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Toutes nos chroniques sur le thème 'Paternité'


Baby blues: les pères en souffrent aussi

chronique_109.jpg [ Vendredi 12 Janvier, numéro 109 ]

Article du numéro 2 de Migros Magazine 8 janvier 2007

BABY BLUES: LES PERES EN SOUFFRENT AUSSI

Vague à l’âme, désarroi, impression de perdre les pédales… Face au bébé, les nouveaux pères développent parfois les mêmes symptômes que les mères. Paroles de papas pas forcément poules.

On connaît le baby blues des mères. Ce sentiment vague de joie intense et de larmes impromptues qui éclaboussent les premiers tête-à-tête avec le bébé. Voilà qu’une étude américaine avance que les pères eux aussi seraient concernés: 4% d’entre eux (pour 10% des mères) vivraient cet état d’extrême fragilité à l’arrivée du nourrisson.

Pour Olivier Monney, père de deux enfants et animateur pour des personnes handicapées psychiques à Genève, cette réalité n’a rien d’étonnant: «Je pense même que cela concerne davantage de pères que ça. Le baby blues est souvent sous-jacent, mais comme il n’est pas considéré comme un état viril, la plupart des hommes ne vont pas en parler ouvertement ou vont chercher à l’évacuer. Les pères sont censés assurer, ils n’ont pas le temps de vivre leurs émotions!» Il parle en connaissance de cause: le baby blues avec son cortège de perturbations, il l’a vécu à l’arrivée de son premier enfant, à 27 ans.

Saut dans l’inconnu

Il faisait alors des veilles pour payer sa formation d’éducateur, alors que son épouse terminait ses études d’infirmière. Un couple «osmotique», comme il dit. Au début, la nouvelle de la grossesse les comble de joie. Bonheur devant le ventre alourdi, ce corps de femme en pleine transformation. «Elle était belle, j’ai pris des photos pendant les neuf mois», se souvient Olivier Monney. Et puis, tout à coup, à l’approche du terme, le plongeon dans l’inconnu lui fait peur. Il verbalise aujourd’hui ce «baby blues ressenti par anticipation»: «C’est une charge qui vous arrive dessus. Est-ce que je suis prêt? Vais-je être à la hauteur? C’était l’angoisse.»
Il se souvient d’une douleur. Avant et après. Quand l’enfant débarque, rebelote. Dans le berceau, cette vie qui gigote l’émerveille, mais apporte aussi son lot de bouleversements, de remises en question et de doutes. «J’étais désarçonné. Après l’accouchement, ma femme a également vécu un baby blues, ça a renforcé ma panique.»

Etranger parmi les siens

Une zone de turbulence qui peut être passagère, mais qui peut aussi s’installer. Comme dans le cas de Martin, aujourd’hui papa d’une adolescente, dont le baby blues a commencé dès le retour de l’hôpital. Après les neuf mois de bonheur, de rêve fou à attendre, c’est la douche froide: «Ma femme et ma fille ont très vite formé un couple à l’intérieur de la famille. Je n’ai pas senti tout de suite ce décalage, mais peu à peu le silence a pris le pas, la petite s’est détournée de moi.»
Un passage à vide qui s’est transformé en véritable malaise, voire en dysfonctionnement puisqu’il a duré plusieurs années. «Quand je rentrais du travail, ma fille me repoussait, j’étais l’intrus. Je me retrouvais à sangloter comme un gosse.» Une douleur que son épouse n’a pas remarquée, «absorbée par son propre bonheur»: «J’étais sur mon petit nuage, je n’ai rien vu. J’ai vraiment été bouleversée quand il m’a appris qu’il avait souffert comme ça, pendant si longtemps.»

Du temps, il en a fallu pour retisser les liens manquants. Du dialogue aussi, beaucoup de mots pour dire son sentiment d’exclusion, l’isolement, l’impression d’être un étranger dans sa propre famille. Quelques constructions de Lego et plusieurs dessins à quatre mains plus tard, la relation s’est rétablie entre Martin et sa fille. La place reconquise, à force d’obstination et de patience surtout.

Se reconstruire lentement

Pour Olivier Monney, c’est à coup de randonnées, de ski et de traversées de bassin qu’il a retrouvé prise sur le réel. Autant d’activités partagées avec son épouse pour se réaménager du temps ensemble. «Mais ça s’est reconstruit lentement.» Long, le chemin pour trouver de nouveaux repères, traverser cette «crise individuelle et de couple», se débarrasser des projections qu’ils avaient l’un sur l’autre, en tant que nouveaux parents.

Faire face à une responsabilité qui arrive, donner son temps sans partage, se retrouver confronté à sa propre enfance. Oui, l’arrivée d’un bébé est souvent un choc inavoué pour les mères et pour les pères. «Tout ça est très ambivalent. Il y a le désir d’enfant et, en même temps, cet enfant fout notre vie en l’air, bouscule tout et amène aussi la vie», résume Olivier Monney.

Pour sortir de la zone de turbulence, trois à quatre mois sont souvent nécessaires. Quand la relation avec l’enfant se construit, le baby blues s’éclipse de lui-même sur la pointe des chaussons.

PATRICIA BRAMBILLA

Infos sur www.pptg.ch

Article disponible sur le site de Migros magazine à l’adresse :


PAROLES D'EXPERTE

Nahoé Curtet, sage-femme et conseillère en planning familial à Profa, Lausanne.
Comment expliquer le baby blues des pères?


Il s’agit de savoir de quoi on parle. Le baby blues, à ne pas confondre avec la dépression, est ce moment d’adaptation à une réalité avec une libération des tensions portées pendant neuf mois. Après l’accouchement, le ventre est vide, l’enfant attendu est enfin là, la réalité est autre avec ses émotions multiples qui vont de la culpabilité à la joie en passant par les larmes. Les hommes peuvent tout à fait ressentir ce désarroi. Eux aussi deviennent pères! Quand ils mesurent que les choses changent, il peut y avoir une crainte de la paternité en regard de leur histoire personnelle. Ce n’est pas nouveau. Mais ils sont moins observés puisqu’ils ne sont pas hospitalisés… Qu’éprouvent-ils seuls à la maison alors que leur femme et enfant sont à la maternité durant trois ou quatre jours?
Est-ce un état différent de celui des femmes?

Contrairement à ce que l’on croit, il ne semble pas que le baby blues soit lié à un taux d’hormones particulier. Vécue par le père, cette réaction est également émotionnelle et n’a rien de pathologique. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter puisqu’elle dure généralement quelques jours. C’est un état de vulnérabilité extrême qui a sa raison d’être: il est le signe que l’on a lâché beaucoup de défenses pour être à la hauteur du bébé, tout à son service.

Ce «passage à vide» peut-il avoir des conséquences sur le développement de l’enfant?

Non, à moins que le baby blues ne se prolonge et ne se transforme en dépression. Les symptômes? Un sentiment d’incapacité, de distance, d’être toujours dans l’étrangeté avec l’enfant, des insomnies, des pleurs fréquents. Dans ces cas-là, où le fait de devenir mère ou père réveille une souffrance enfouie, il faut un soin psychothérapeutique afin de dénouer le nœud relationnel.

Article disponible sur le site de Migros magazine à l’adresse :

http://www.migrosmagazine.ch/index.cfm?id=16123

La réelle fonction du père

[ Mardi 20 Juin, numéro 103 ]

En cette journée de la fête des pères et dans un contexte social où de plus en plus de pères veulent s'impliquer dans l'éducation de leurs enfants, il serait peut-être bon de se poser la question : " En quoi consiste réellement la fonction paternelle ? " En quoi sa fonction est-elle complémentaire, et non similaire, à la fonction maternelle ? Quelle est la mission réelle du père ? Voici quelques éléments de réflexion que j'ai glanés au cours de mes lectures et de ma vie de père et qui m'ont servi à écrire le chapitre Un père, pour quoi faire ?1

Il existe une différence fondamentale entre rôle sexuel et fonction sexuelle. En résumé, le rôle désigne des comportements, des actes ou des attitudes conscientes, volontaires, concrètes, interchangeables et relatifs comme les tâches ménagères ou de pourvoyeurs. Ces rôles évoluent au gré du temps et des modes et peuvent être indifféremment remplis par la mère ou le père (identité de genre). La fonction est à l'inverse des rôles car celle-ci est inconsciente, psychologique (non volontaire), unique, spécifique et absolue (identité sexuée). Aucune mère, malgré sa bonne volonté, ne peut remplir la fonction paternelle ; elle ne peut remplir que " sa " fonction maternelle. Et vice versa !

La fonction maternelle est d'abord une fonction de matrice, de source nourricière, d'enveloppe, de réceptacle de vie, de rétention. La mère représente l'abri, la sécurité, la protection, la chaleur, l'affection, la fusion, la compréhension... La mère représente l'amour. La fonction du père en est une de séparation, d'expulsion du sein maternel, de distinction, de différenciation. Le père doit éduquer ses enfants dans le sens étymologique du mot " educare " : faire sortir, tirer dehors, conduire au-dehors avec soin.

La fonction du père est de séparer l'enfant de la mère. Il doit s'interposer entre la mère et l'enfant pour permettre à l'enfant de développer son identité en dehors de la symbiose maternelle et rappeler à la mère qu'elle est aussi une femme, une amante, un être de plaisir, non seulement un être de devoir généreux. Si la mère représente l'amour fusionnel, le père représente les limites, les frontières, la séparation psychologique.

L'enfant a besoin de sentir toute l'attention de la mère pour découvrir sa puissance. Mais il a aussi besoin des interdits de son père pour connaître ses limites et apprendre à faire attention aux autres. L'enfant apprend, par sa mère, qu'il est au centre de l'univers, de son univers ; il doit apprendre, par son père, qu'il existe d'autres univers avec lesquels il devra collaborer pour survivre et s'épanouir. L'enfant doit apprendre à se situer à mi-chemin entre l'attitude du chat et du chien. Le chat se croit le maître en voyant tout ce que son " esclave " fait pour lui, alors que le chien perçoit son propriétaire comme son maître parce qu'il est capable de tout faire pour lui.

D'après les psychologues, la fonction paternelle se manifeste dans cinq secteurs précis :

1. La protection. Auparavant, grâce à sa force physique, cette protection était surtout limitée aux dangers physiques extérieurs : l'homme des cavernes devait protéger les siens de prédateurs de toutes sortes. L'homme du XXIe siècle sera de plus en plus appelé à assurer, en plus, une sécurité émotive non seulement pour ses enfants, mais aussi pour sa femme (c'est d'ailleurs là l'une des principales demandes de la femme moderne). Sa femme et ses enfants veulent pouvoir compter sur lui. Pour ce faire, il doit évidemment être présent, physiquement et psychologiquement, et être valorisé dans cette fonction.

2. L'éducation. Le père doit faciliter à ses enfants l'apprentissage du contrôle de soi ; il doit leur apprendre à renoncer à la satisfaction immédiate de ses besoins et désirs ; il doit leur apprendre la patience. Il doit surtout les aider à canaliser leur agressivité vers une expression positive et constructive de celle-ci. Il est évident que, ce faisant, il apprend lui aussi à mieux gérer ses propres besoins et sa propre agressivité. Mais n'est-ce pas en enseignant qu'on apprend à enseigner ?

3. L'initiation. Le père a aussi comme fonction d'humaniser l'enfant à la frustration et au manque afin de pouvoir l'intégrer dans le monde adulte et le monde social, comme cela se faisait dans les rituels initiatiques des tribus dites " primitives ". Le père initie l'enfant aux règles de la société, sinon aucune vie sociale n'est possible. La démission du père à ce niveau est probablement en grande partie responsable de l'augmentation croissante de la délinquance juvénile. Les enfants deviennent délinquants parce qu'ils continuent de croire que tout leur est dû et que les autres sont à leur service (comme l'était maman).

4. La séparation. La femme moderne demande à l'homme du XXIe siècle de l'accompagner dans toutes les étapes de la grossesse, de l'accouchement et des soins de l'enfant et je crois que cet accompagnement constitue une excellente façon de développer le sens de la paternité. Mais, j'insiste pour réaffirmer que la fonction du père est de séparer l'enfant de la mère et la mère de l'enfant et non pas de former une " sainte trinité " où chacun perd son identité. Ainsi, le père permet la survie et l'épanouissement de l'enfant ; ainsi, l'homme permet la survie et l'épanouissement de la femme qui existe dans la mère.

5. La filiation. Peu importe le nom de famille donné à l'enfant, celui-ci a besoin de savoir qu'il a un père et qui est ce père. Il a aussi besoin de savoir qu'il s'inscrit dans une lignée qui possède une histoire. Il a besoin de se sentir relié à l'humanité, qu'il fait partie de la grande famille humaine. Traditionnellement, la filiation était patrilinéaire ; elle assurait au père qu'il avait un fils ou une fille et elle assurait à l'enfant, fille ou fils, qu'il avait bien un père, ce père.

La maternité ne fait pas de doute : la mère sait que c'est " son " enfant parce qu'elle l'a porté. La paternité, elle, doit parfois être prouvée et c'est la raison principale pour laquelle, ne l'oublions pas, la filiation patrilinéaire et la monogamie se sont développées. L'homme peut ainsi être assuré qu'il est vraiment le père de ses enfants et qu'il peut consacrer ses ressources, sa force de travail et son affection à leur survie et leur développement. C'est une attitude extrêmement paranoïde de croire que les hommes ont inventé ces institutions pour asservir les femmes. Ils l'ont fait pour protéger leurs droits, leur paternité, ce qui m'apparaît un mobile tout à fait légitime. Sinon, l'homme serait encore plus esclave de la femme en ce sens que sa fonction serait réduite à son rôle de pourvoyeur : améliorer les conditions de vie de n'importe quel enfant et il devrait probablement prendre en charge de nombreux enfants qui ne sont pas les siens 2.

Déjà, en juillet 1966, Margaret Mead proposait dans un article de Redbook le mariage en deux étapes. La première consistait en un lien légal sans véritable engagement et sans conséquences advenant un divorce : le mariage individuel ou amoureux. La deuxième étape légalisait la relation à long terme avec des garanties concernant les enfants en cas de divorce : le mariage parental. Ce mariage unirait les partenaires à vie. La première étape a donné naissance au foisonnement des unions libres des années 70 et 80. Mais la deuxième étape n'a jamais pris forme. Les enfants n'ont aucune garantie que leurs droits seront respectés dans le cas de divorce. Les mariages basés sur le sentimentalisme, le non-engagement et l'absence de sens pratique responsable deviennent évidemment explosifs et traumatisants pour toutes les parties en cause au moment du divorce, et les enfants sont souvent l'enjeu des disputes entre ex-amants.

Les alternatives du père

Devant la situation actuelle, l'homme devenu père se trouve face à une alternative que l'on peut présenter de différentes façons :

1. Il délègue toutes ses responsabilités à la mère et lui laisse tout le pouvoir ou bien il s'approprie la partie du pouvoir qui lui revient et fait partie intégrante du triangle familial.

2. Il reste le pourvoyeur de nourriture qu'il a été depuis le début de l'humanité ou bien il s'implique en plus au plan relationnel et émotif pour éviter d'être le père manquant à l'origine des enfants manqués (Guy Corneau) parce qu'ils ont eu trop de mère et pas assez de père.

3. Il démissionne et ne sert que d'épouvantail au service de la mère ou bien il se tient debout et se bat pour remplir sa fonction de père.

Comme l'a si bien fait ressortir le sociologue québécois Germain Dulac3, les études faites sur la paternité l'ont été autour des quatre paradigmes négatifs suivants : la passivité, l'absence, la violence et l'abus. On s'est plutôt penché sur les conséquences de l'absence ou de la passivité du père et sur les effets négatifs des abus paternels de pouvoir plutôt que chercher à étudier la paternité pour elle-même, ses caractéristiques intrinsèques, ses apports à l'éducation et l'évolution des enfants ou les façons de mieux l'exercer.

Il serait temps que le discours des pères - et partant celui des hommes - soit enfin entendu pour ce qu'il est : une réelle volonté de participer à l'éducation des enfants et à l'évolution de l'humanité.

Yvon Dallaire, M. Ps.
Psychologue et auteur
http://www.yvondallaire.com

1 Extrait du livre Homme et fier de l'être. Un livre qui dénonce les préjugés contre les hommes et fait l'éloge de la masculinité, publié aux Éditions Option Santé (Canada) en 2001.

2 Certaines études rapportent que 2 à 3 % des enfants sont élevés par un père qui n'est pas le leur, à l'insu du père.

3 Dulac, Germain, « La configuration du champ de la paternité : politiques, acteurs et enjeux », in Lien social et politique, no 37, printemps-été 1997.

http://www.erudit.org/revue/lsp/1997/v/n37/005095ar.pdf

1001 raisons d'être père

[ Vendredi 09 Juin, numéro 102 ]

A l’occasion de la fête des pères, pour qu’on sache qu’un père peut être autre chose qu’un pourvoyeur, qu’un payeur de pension, voici un article parue dans la revue l’Actualité (Montréal)

1001 raisons d'être père
Notre chroniqueur n'était pas certain de vouloir des enfants. Comme les gars du film Horloge biologique. Voici pourquoi il ne regrette rien.


par Jean-François Lisée

publié dans L'actualité du 15 juin 2006

Vous me direz, j’arrive tard. Horloge biologique est sorti sur grand écran l’été dernier. Il n’est pas rapide sur la gâchette, le chroniqueur Lisée. Mais voilà, je suis père de deux jeunes enfants. Alors j’attends les DVD. Il n’y a pas que le problème des gardiennes. Il y a aussi la fatigue. Le père, en fin de journée, tend vers le canapé plutôt que vers le Cinéplex.

Je l’ai beaucoup aimé, ce film. Bien joué, bien écrit, bien monté. Les gars — sauf celui qui cache des pilules anticonceptionnelles dans le jus d’orange — sont légèrement moins méprisables que ce que les critiques n’avaient suggéré.

C’est à eux (mais pas à celui des pilules) et à tous ceux qui s’identifient à eux que j’adresse cette lettre. Les lectrices sont priées de nous quitter à la fin du présent paragraphe. Nous avons besoin d’intimité masculine.

Bon. Maintenant que nous sommes entre nous, je ne vous cacherai rien. Avoir des enfants est une «hénaurme» demande d’énergie. Un paquet de troubles. Surtout pendant, disons, les 122 premiers mois. Ils vous réveillent la nuit, vomissent dans votre lit, crachent sur vos belles chemises, essuient leurs bottes sur vos pantalons, cachent vos clefs — sans se souvenir où ils les ont mises ou même s’ils les ont prises.

On n’a pas tout saisi de la condition humaine tant qu’on n’a pas transporté, dans ses bras, sous la pluie, avec un sac d’épicerie et un sac d’écolier, le long de trois pâtés de maisons et sous les regards accusateurs, une enfant gesticulant et hurlant de colère d’avoir dû quitter la maison d’une amie, qui ponctue ses pleurs de stridents: «Je te déteste, je ne veux plus jamais te voir!»Vous êtes sportif? Avoir la forme est obligatoire. Notez cependant que, en forme ou pas, il est extrêmement difficile de convaincre un enfant de monter sur le siège d’appoint d’un vélo s’il a décidé de vous tenir tête.
Les couches? Ah, les couches! C’est un peu répugnant la première semaine, puis on s’habitue. La garderie? C’est le festival des microbes. Une maladie n’attend pas l’autre. Un véritable abonnement Nautilus pour les anticorps parentaux. Avant les enfants, on ne voit pas où va tout l’argent qui est prelevé sur nos salaires pour la santé. Après, à la 30e visite à Sainte-Justine, on saisit parfaitement le caractère redistributif, favorable aux familles, du régime public d’assurance maladie.Et puis, il y a la discipline. Toujours répéter. «Combien de fois faudra-t-il te le dire: mets tes bottes!» C’est usant à la fin. Et le classique, venu de mon enfance, sorti spontanément de mon gosier, me faisant plus peur qu’à eux, proféré d’un ton menaçant: «Va-tu falloir que papa y aille?» Voilà où j’en suis.
Lorsque toute cette intendance était assumée par le beau sexe, je suppose que nos pères et grands-pères trouvaient la chose supportable. C’était zizi panpan pendant la nuit de noces, puis un peu d’autorité à exercer au retour du champ, du chantier, de la «factrie», du magasin, du bureau. Puis, on donnait la jeune mariée au gendre. Pas étonnant que l’adaptation soit difficile pour les nouveaux pères que nous sommes. Ah oui. Je me souviens d’avoir annoncé plus tôt 1 000 raisons d’avoir, malgré tout, des enfants. Je les présente dans le désordre.

Raison 66: Pour communiquer avec notre indispensable gardienne, nous écrivons des notes sur un petit panneau fixé au frigo. Trouvé à notre retour, un vendredi soir: «Cher Irma, Laisez les enfan écoutez la téler ce soir. Merci.»

Raison 38: Elle, et lui à trois ans de distance: «Papa, la lune nous a suivis jusqu’au chalet!»

Raison 12: Les câlins collectifs. Les câlins express.

Raison 100: On peut avoir des enfants à tout âge. J’ai eu les miens à 40 et 44 ans. Cela a ses avantages. Un ami, qui a procréé dans la vingtaine, me raconte son andropause: «Tu es à un moment où tu te demandes si tu as fait de bons choix de vie. Ce que ta carrière a vraiment changé, pour toi, pour le monde. Si tu n’as pas manqué d’audace. Et là, ton “flo” de 16 ans te dit: “T’es qui, toi? Qu’est-ce que t’as fait de si génial pour me donner des ordres? Si t’es pas un raté, prouve-le!”» Je ne sais pas si j’ai assez diplomatiquement répondu que, pendant que je me posais ces mêmes questions, que je vivais les mêmes angoisses existentielles, ma fille, de trois ans, me disait: «Papounet, le plus beau, le plus fort et le plus gentil du monde, je t’aime trop. Voudrais-tu te marier avec moi?»

Raison 11: Les attaques de bisous. Les concours de bisous.

Raison 18: On peut revoir Les sentinelles de l’air, relire Tintin et Astérix, en disant que c’est pour eux.

Raison 29: Lui, trois ans: «Les muffins aux bibittes de chocolat, j’aime trop.»

Raison 6: À deux ans, elle tombe du quai, tout habillée. Je suis tout près et la sors de l’eau immédiatement. Peu après, pendant que sa mère la sèche, je l’entends demander: «Maman, quand tu étais petite, ton papa t’a-t-il sauvé la vie, à toi aussi?» À ce moment, exactement, j’ai su que j’étais devenu quelqu’un.

Raison 650: Il nous annonce que, demain, la garderie se rend à la planète Arium.

Raison 3: Il y a des instants où on voit, en direct, en chair et en os, une incarnation du bonheur. L’autre jour, fiston était debout dans la cuisine. Il tournait lentement sur lui-même, dodelinait de la tête d’un côté et de l’autre, en fredonnant un air tout simple. Le geste d’un enfant à la fois complètement insouciant, complètement dans son univers, complètement à l’aise. Ça vaut son pesant de couches.

Raison 8: Ces petits êtres ouvrent en nous des canaux émotifs dont on ne soupçonnait pas l’existence.

Raison 272: À trois ans, elle veut 1 000 enfants. Ils sortiront de son ventre en se tenant par la main. Comme ça fait tout de même pas mal de monde à élever, les premiers sortis, de toute évidence nettement plus vieux, s’occuperont des plus jeunes.

Raison 4: On apprend la patience. Une vertu applicable ensuite à toutes nos autres activités. On affine notre autorité. Elle aussi exportable. On comprend qu’il faut combiner les deux. Inestimable.

Raison 28: Les questions de fond. «Papa, ceux qui ont écrit la Bible, comment ils savaient que c’était vrai ce qu’ils écrivaient?» (Suit une explication super-vulgarisée sur la vérité révélée.) «Oui, mais ils peuvent l’avoir inventé. Tu les crois, toi?»

Raison 67: À cinq ans, elle nous fait une petite régression. Elle veut qu’on l’aide à manger à la cuillère. On refuse. Son frère, deux ans, se désole de la situation. Il s’extirpe de sa chaise haute et, cuillère à la main, nourrit sa grande sœur. Ce qui a durablement réglé le problème.

Raison 13a: Elle, cinq ans et demi. Discussion vestimentaire. «Je peux avoir un gilet bedaine?» À quoi ça sert? «À avoir l’air sexy.» Qu’est-ce que c’est, avoir l’air sexy? «C’est avoir l’air cool.» Et qu’est-ce que c’est, avoir l’air cool? «On a l’air cool, c’est tout.» Les parents sont poches.

Raison 13b: Interdire le mensonge, mais permettre la blague. Faire comprendre la diff érence. Donc, mieux la saisir soi-même.

Raison 22: Les discussions lourdes. En voiture. À quatre ans. Tu aimes la vie, ma chouette? «Ouais, mais j’aime aussi la mort.» (Contraction soudaine des tripes paternelles.) Ah bon, pourquoi? «Parce que je pourrai voir Jean-Claude et papa René» (ses grands-pères décédés). Très bien, ma belle. Ils vont être contents de te voir, mais ils sont là pour l’éternité. C’est long, ça. Alors ils veulent que tu vives toute une vie pleine d’aventures pour avoir beaucoup de choses à leur raconter quand tu monteras au ciel. «Ah, oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé.» (Décontraction lente des tripes paternelles.)

Raison 804: Apprendre à brosser les cheveux d’une petite fille. Lui faire des lulus, des chignons. Je suis nul en tresses.

Raison 444: Il fabrique de banales colonnes de cubes Lego pendant des semaines, puis paf! il se présente à vous avec une armada de bateaux tridimensionnels munis de trous pour les canons et d’accessoires à couper le souffle. On ne sait pas lequel, du soulagement ou de la fierté paternelle, est le plus grand.

Raison 16: Entre cinq et sept ans, ils apprennent à lire. À lire bien. Puis, on entend l’aînée faire la lecture à son cadet. Plus attendri, tu meurs.

Raison 117: Entendant à trois ans la chanson «Lady Marmalade», sur ma bande son de Moulin Rouge!, il demande: «Pourquoi est-ce que ces dames veulent dormir avec moi?»

Raison 22: Les questions délicates. Elle, à cinq ans:«Comment le papa met-il la graine dans la maman pour faire le bébé?» Chérie, quand les deux parents s’aiment beaucoup... Elle coupe: «Oui, oui, mais comment il met la graine?» Eh bien, ma belle, les parents font un gros câlin, lorsqu’ils s’aiment beaucoup… Elle coupe: «Quelle sorte de câlin?» Un câlin spécial, ma chouette. Elle: «Comment, spécial?» Un câlin spécial secret que font les grandes personnes qui s’aiment et que tu connaîtras quand tu seras une grande personne! (Il faut aussi savoir comment ne pas répondre aux questions.)

Raison 23: Les dialogues entre eux, quand ils pensent qu’on ne les entend pas. Et qu’ils reprennent nos paroles, nos intonations, nos règles. Et dire qu’on pensait qu’ils ne nous écoutaient pas.

Raison 101: Au début, pour peu que l’on prête attention, on sait tout ce qu’ils savent: les émissions de télé, les conversations, les jouets, les sorties. Alors, on suit à la trace comment ces éléments se recombinent dans leurs cerveaux et on s’en émerveille. Petit à petit, avec la garderie, l’école, les amis, les intrants nous échappent. Pour Internet, c’est trop tard. Je l’initiais de façon homéopathique à l’engin, et la voilà qui revient de l’école en m’annonçant qu’il faut cliquer sur «Internet Explorer» (prononcez: «explorez»), puis aller sur «Gogol» ou faire directement, je la cite: «Triple double «v» point games papa point com.»

Raison 007: On peut se refaire. Mes enfants savent de moi que j’aime le piano, que j’adore le canot, fais des exercices quotidiens, aime glisser, patiner et faire des tunnels, adore les devoirs et les haricots. Ils m’auraient rencontré à 38 ans, ils ne m’auraient pas reconnu. Je m’aime mieux maintenant.

Raison 72: Tout l’apprentissage. Au début, elle nommait deux couleurs. Il y avait jaune. Il y avait pas jaune.

Raison 68: Les sautes d’humeur. Adultes, nous avons la capacité de rester en colère, ou de bonne humeur, pendant de longs jours. La rancune est un muscle. Les adolescents l’ont développé. Pas les enfants. Ils passent de la panique au bonheur en une minute. Une gastro? Ils vomissent, puis se mettent à chanter. Une punition? Quand c’est fini, on peut rigoler de suite.

Raison 14: Ce qu’il aime du drapeau québécois? Les belles fleurs d’épices.

Raison 33: On refait connaissance avec soi-même. Par les enfants, on revoit l’enfant en soi, les sentiments qu’on avait oubliés, les engouements, les angoisses, les petites joies et les grandes découvertes. On jette un regard attendri sur son propre passé et on redécouvre ses propres parents. Ils sont devenus des complices, nous sommes entrés dans leur club: celui des parents. Nous sommes enfin à leur échelle et eux à la nôtre. On les aime autrement, mieux.

Raison 1 000: Je ne veux pas exagérer, les gars. Mais sachant ce que je sais maintenant — ou plutôt ressentant ce que je ressens maintenant —, si on me disait que je devrais vivre sans jamais connaître le bonheur d’être père, ce serait, de très loin, la plus grande peine d’amour de ma vie. Je ne m’en remettrais jamais.

À quoi rime le bonheur dans une nation où l’avenir familial est bouché?

[ Jeudi 11 Mai, numéro 101 ]

Divorce : droits des pères bafoués…quand papa n’est pas là, où la politique anti-père de la TSR

Depuis la fin du mois de janvier 2006, la Télévision Suisse Romande avait prévu présenter un débat dont le thème était : « Divorce : droit des pères bafoués ? ». Dans le forum associé à cette émission, on peut lire plusieurs témoignages poignants de pères épuisés par des démarches juridiques épuisantes et coûteuses, des allégations d’accusations d’abus, des non présentations d’enfants ou non respect des droits de visites pour lesquelles rien ne peut être fait au niveau juridique, des condamnations à voir leurs enfants dans des « Points de rencontre » quand bien même rien ne leur soit reproché.

Des femmes, nouvelles conjointes ou compagnes de ses pères, témoins au quotidien du dénigrement et du travail d’aliénation systématique font aussi part de leur commentaire dont voici un extrait :

« Etant la compagne et bientôt l'épouse du papa à qui, toute la panoplie de la mère toxique et femme ignoble lui étaient offerte, exemple : non-respect du droit de visite, non-respect du droit de vacances scolaires, procédure pour des attouchements sexuels, aucune information sur la scolarité des enfants, aucune information sur les activités extrascolaires des enfants, etc...

(…)

Par contre, nous avons toujours espéré que la justice (qui la connaît bien) sanctionne sévèrement la perversité de cette femme, la manipulation sur ses enfants contre le père, et la liste est longue, mais toujours rien. C'est pourquoi, je comprends les papas qui baissent les bras, qui tournent la page de leur ancienne vie et qu'ils se disent qu'un jour les enfants seront grand et reviendront prendre contact, avec le risque de les perdre pour toujours. L'acharnement avec lequel ces femmes, utilisent leur détermination pour couper tous les liens entre les papas et les enfants, c'est inadmissible. Et c'est le système que je tiens de responsable !!! »


En résumé, les témoignages de ce forum présentent le drame quotidien d’hommes et de pères de plus en plus nombreux qui ont tout simplement été éjecté de leur famille. Le seul rôle qui leur reste c’est celui de pourvoyeur, de Bancomat.

Or depuis janvier 2006, cette émission est repoussée à chaque semaine pour laisser passer d’autres sujets que l’équipe de l’émission Infrarouge a jugé plus importants comme « La photo volée du président »: débat sur les implications éthiques et manifestement grave de photographier et de publier des photos qui montraient le Président de la confédération en maillot de bain, ou encore plus dramatique pour la société suisse en particulier genevoise, le débat « Genève: république comique ? »: débat sur les frasques et bouffonneries des Tornare, Hediger, Mugny et compagnie, magistrats à la ville de Genève.

Le drame des enfants qui ne voient plus leur père est-il à ce point polémique et aussi disons-le, politiquement incorrect, pour qu’il faille le repousser depuis des mois ? Faire un émission sur la violence institutionnelle que subissent au quotidien des pères dans des tribunaux, des services de "protection" de la jeunesse et des Point de rencontre demande-t-il un courage journalistique à ce point important?

Non ! Non parce que le 11 mai 2006, l’autre émission d’information de la Télévision Suisse Romande « Temps présents » présente un sujet intitulé Quand papa n'est pas là...

Vous allez me dire, ben voyons Monsieur le chroniqueur de Père Pour Toujours pourquoi avoir écrit que la politique de la TSR était anti-père. Elle a pourtant planifiée une émission où l’on pose la question sur les droits bafoués des pères et elle présente une autre sur les pères absents. A la lecture du résumé de l’émission « Quand papa n’est pas là… » vous comprendrez ma colère.

Je cite :

Enfants-rois, refus de l'autorité sous toutes ses formes, comportements violents : de nombreux parents n'arrivent plus à donner des repères et à imposer des limites à leur enfant. L'une des principales raisons de ces difficultés, c'est l'absence, voire la démission des pères, conséquence directe de la multiplication des divorces. Aujourd'hui, dans une famille sur cinq, c'est la mère qui assume toutes les responsabilités. Comment grandir quand Papa n'est pas là ? Plusieurs familles monoparentales de Suisse romandes témoignent de leur désarroi.

Le commentaire de présentation de Pierre Stucki est lui aussi tout aussi ahurissant :

« Quand le père s’en va, qu’il abandonne ses responsabilité ça peut faire très mal. Temps présent fait le constat des dégats ».

Dans notre mémoire intitulé « Aider les pères…aussi », nous écrivions que le champ de la paternité s’articule souvent, presque toujours, autours de notions négatives telles que : la passivité, l’absence, la violence et les abus et que non seulement en est-on à questionner les capacités parentales des pères, mais le plus souvent on parle d’eux en fonction du« déficit parental » sans trop s’interroger sur les causes de la déconstruction du lien père-enfant au moment d’une séparation ou d’un divorce.

L’émission de « Temps présent » soulève quand même une question fondamentale :

À quoi rime le bonheur dans une nation où l’avenir familial est bouché?

En d’autres mots, comment un homme peut-il encore trouver la motivation de survivre quand il est réduit à sa seule fonction de pourvoyeur? Que ferait une femme réduite à sa seule fonction de chair-à-baiser? Le plus stupéfiant dans tout ça c’est que pour chaque insulte ou dénigrement dont les femmes se défendent farouchement, il y a un outrage équivalent que vivent les hommes, et qu’elles refusent de voir comme tel. Quand on identifie son adversaire à de la vermine, aucune compassion n’est possible, aucune compréhension ne peut s’installer, il faut tout simplement l’éliminer.

Et si tout simplement, pour une fois nous faisions part de notre colère et disons le franchement de notre écœurement devant le biais évident de la Télévision Suisse Romande. Pourquoi ne pas demander à l’équipe d’Infrarouge pourquoi l’émission sur les pères est reportée ad nauseam et n’écrivions-nous pas à Pierre Stucki pour lui faire par de notre dégout.

L’adresse courriel de l’équipe d’Infrarouge est : infrarouge@tsr.ch. Le numéro de téléphone est le : +41 79 681 7059.

Les références de la production de Temps présents sont les suivantes

Emission Temps Présent
Télévision Suisse Romande
20 Quai Ernest-Ansermet
CH - 1211 Genève 8
e-mail: temps.present@tsr.ch

Les productrices de l’émission de Temps présents sont : Monique Dobretz, Anne Bouvrot et Colette Eberle.

Communiqué de presse du MCPV2

[ Dimanche 02 Octobre, numéro 81 ]

PAPA-CONTACT

à Yverdon, rue Curtil-Maillet 23 pour la première fois le 17 Octobre de 20 à 23 heures. Puis chaque 3ème lundi du mois


Après 3 ans et demi d’expérience, les lieux de Paroles et d’Ecoute des « PAPA-CONTACT » connaissent une grande affluence. Après Renens, Martigny, Fribourg, les MCPs ouvrent un 4ème lieu pour les pères devant affronter les difficultés de la séparation. C'est Yverdon qui a été choisi par le Mouvement de la Condition Paternelle Vaud-Valais pour démarrer ce nouveau point de rencontre pour les pères qui ont besoin de parler de leur situation.

Ces rencontres, gratuites, sont animées par des animateurs bénévoles de notre association. Venez vous y exprimer, dans un cadre respectueux et confidentiel.
Elles se déroulent chaque lundi du mois dans un lieu différent en Vaud, Valais et Fribourg.

Pour plus de renseignements sur le Mouvement de la Condition Paternelle, consultez notre site www.sosopapa.ch

Ci-joint une affiche qui va être distribuée dans la région yverdonnoise. Pouvez-vous la diffuser dans votre journal? Cela rendra un grand service à notre association en permettant d’informer les hommes concernés par les problèmes souvent douloureux du divorce ou de la séparation.

Dans l’espoir que vous accepterez de diffuser ces informations, nous nous tenons à votre entière disposition pour tout renseignement, et vous prions de recevoir, Madame, Monsieur, nos salutations les plus sincères.

Contact : 076/536/25/13
021 618 0244 (heures de bureau + répondeur)

Aider les pères...aussi (7/7) Conclusion

[ Vendredi 20 Mai, numéro 77 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
7ième partie de sept

CONCLUSION

Quand aider les pères… aussi peut s’intégrer à une véritable politique de santé publique et non plus un lieu d’affrontement hommes-femmes.



Nous pensons avoir démontré que les hommes en général et les pères en particulier ont aussi, à leur façon, besoin d’aide.

Malheureusement, il existe de nombreux obstacles à la mise en place de ressources consacrés à les aider. Toutes et tous y participent. Les hommes sont souvent perçus comme étant un groupe social nécessairement favorisé par la société, donc en position de domination et de pouvoir. Pour certaines femmes, aider les hommes en général et les pères en particulier peut paraître menaçant avec la peur de perdre le pouvoir qu’elles ont gagné. C’est risquer de revenir en arrière, risquer de voir les budgets des groupes de femmes transférés en parti aux groupes d’hommes. Les hommes eux-mêmes font aussi obstacles et contribuent à la perpétuation en choisissant des solutions individuelles à des problèmes collectifs ou en gardant le secret sur leur souffrance et leurs difficultés. (1)

Nous pensons qu’aider les pères…aussi, n’implique pas nécessairement parler moins des femmes. Par contre, c’est s’opposer à un construit social qui polarise la situation où on ne parle des femmes qu’en tant que victimes et des hommes qu’en tant qu’agresseurs ou que porteur de problèmes.

Nous pensons qu’aider les pères…aussi c’est admettre qu’ils ont aussi des besoins spécifiques et pas nécessairement antagoniste à ceux des autres et qu’y répondre c’est aussi adapter une véritable politique de santé publique ouverte à tous. C’est admettre que les hommes sont aussi des êtres humains.

Nous pensons finalement que Père pour toujours est en mesure d’apporter des solutions par ses actions.

Ces actions prennent les formes suivantes :

- Une permanence d'accueil, animée par des professionnels de la médiation avec une expérience particulière des problèmes auxquels sont confrontés les pères. L'écoute attentive des difficultés et le fait de ne pas être seul avec ces difficultés, l'information que l'on peut y recevoir, et tant d'autres choses qui ne peuvent toutes être décrites et expliquées ont dans les faits un impact évident sur le parcours du père qui vient nous voir. C'est là que se fait le travail le plus utile. En raison d'absence de local et d'absence de financement, nous ne pouvons actuellement recevoir les pères qu’au compte-gouttes (2-3 entretiens par semaine, alors que en 2003 ce n'étaient pas moins de 600 entretiens par an! ) La remise sur pied de cette permanence est notre objectif prioritaire.

- Des réunions mensuelles "l'école des pères ?" qui offrent une possibilité de réflexion et d'évolution personnelle

- Notre site Internet, qui offre de grandes possibilités d'information facilement accessible et stimule une réflexion sur les problèmes des pères. La fréquentation réjouissante, de notre site (près de 27'000 visiteurs depuis avril 2004 ; plus de 150 accès par jour en moyenne en février 2005, en augmentation constante) nous apporte la preuve de l'intérêt de son contenu que nous enrichissons constamment et montre aussi la demande d’information existante concernant la parentalité, les liens père enfant, la médiation.

- Notre philosophie d'action, qui vise à une collaboration constructive avec la mère des enfants, les autorités concernées, avec toujours au centre le bien-être des enfants. Nous voulons être un partenaire utile à toutes les personnes concernées, apportant des informations, expérience et savoir-faire.

- La nécessité ressentie maintenant par une large majorité de la population d'adapter les réalités institutionnelles aux changements considérables des réalités familiales: le nombre d'enfants dont les parents sont séparés de plus en plus grand. On ne peut pas répondre à cette réalité nouvelle avec des schémas de pensée datant d'une autre époque et excluant de facto le père.

Père pour toujours Genève entend être un vecteur de ces changements progressifs tant nécessaires.


Paul Ménard


Felipe Fernandez


membres du comité de Père pour toujours Genève


Remerciement


Nous tenons à remercier sincèrement le Dr Patrick Robinson (Neuchâtel) pour les discussions constructives et ses commentaires qui nous ont permis d’approfondir notre réflexion, entre autre sur la question de la violence. Nous remercions aussi Yvon Dallaire (psychologue- Québec) pour ses commentaires.

(1) Dulac Germain,

Aider les pères...aussi (6/7) Mythe no 5: L'illusion de la justice

[ Lundi 16 Mai, numéro 76 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
6ième partie de sept


Mythe No 5 L’illusion de la justice

A la lecture des mythes et préjugés précédents quant au prétendu déficit des capacités parentales des pères, de l’absence de besoin des pères et du ciblage des hommes comme responsables exclusifs de la violence familiale, comment s’étonner des décisions prises majoritairement par la justice.

Lorsqu’un père équilibré se voit confronté à une procédure judiciaire en divorce, il pense naïvement que dans son cas, la justice le reconnaîtra apte à être un parent compétent, égal à l’autre parent. Quelle illusion !

Tout d’un coup, il est évincé de la vie de ses enfants qu’il aime, ne les voit que tous les quinze jours quand tout va relativement bien.

Encore là, le respect des droits de visite reste dans bien des cas aléatoire et il n’existe pas de mesure efficace où de volonté concrète visant à faire respecter le droit de visite.

De fausses allégations sont encore souvent invoquées pour que, immédiatement, les liens avec les enfants soient rompus.

« Depuis quelques temps, on assiste à une prolifération d’allégations d’abus sexuel dans les causes de divorce et de garde d’enfants. Selon les chercheurs qui se sont penchés sur ce phénomène, une grande proportion de ces allégations sont fausses (…) Dès que le signalement est fait, le conjoint présumé abuseur perd ses droit, souvent dans les 24 heures qui suivent (…) jusqu’à ce que le tribunal se prononce sur la preuve ». (1)

Le problème, c’est qu’il n’y a pas que les liens pères-enfants qui soient rompus, Gérard Niveau, médecin sur Genève, parle de maltraitance grave Bien que tous s’entendent pour dénoncer les effets particulièrement pervers de ces fausses allégations, sur Genève il n’y a jamais eu de condamnation. On préfère ratisser large où comme nous l’écrivait la présidente d’une association active dans le milieu de la lutte contre les pédophiles : « il existe malheureusement un nombre de cas impressionnant d’abus réels sur des enfants, et nous avions peur que certaines femmes ayant réellement de quoi déposer plainte ne le fasse pas par peur d’une répression sans précédent ».

En fait, sur cette question des abus qu’ils soient vrais ou faux, on finit par admettre qu’il y a des victimes qui le sont plus que d’autres. On accepte que la lutte contre la pédophilie ne se fasse qu’au prix de dommages collatéraux énormes Si tel est le cas, quel principe éthique sous-tend l’impunité actuelle?

Comme le soulignait l’avocate Kathrin Gruber dans une de nos chroniques :
« Actuellement, la justice et les experts spécialisés penchent presque toujours en faveur de l’autorité parentale et de la garde à la mère en vertu du principe qu’on ne peut pas enlever l’autorité parentale à une mère n’ayant pas démérité de son rôle de mère, car cela facilite grandement les décisions et correspond encore à une mentalité un peu dépassée de la mère au foyer et du père au travail pour entretenir la famille. Les autorités judiciaires et les spécialistes peinent à prendre en compte le changement de situation qui s’est produit, en ce sens que les mères sont davantage impliquées dans le monde du travail et le père davantage dans les tâches éducatives.

L’égalité existe dans la loi, mais pas encore dans les mentalités ». (2)

La réalité est que le système judiciaire permet au juge de se baser sur la coutume et la jurisprudence qui s’en « tient au principe selon lequel les enfants en bas âges doivent être attribué en général à la mère. (3), (4)

Une ex-ministre québécoise, Louise Harel, déclarait lors d’une commission parlementaire sur les pensions alimentaires : « Je pense qu’il faut regarder une réalité qui est justement celle de motiver, d’encourager, d’inciter les pères à être des pourvoyeurs. On a beaucoup dévaloriser le fait d’être pourvoyeur. Je pense qu’il faut revaloriser ce rôle dans notre société. » Veut-on vraiment relayer les pères au rôle de simple guichet automatique ? » (5)

Les décisions prises sont essentiellement économiques. On ne va chercher à évaluer les capacités parentales de chaque parent !

Ce père équilibré qui veut transmettre à ses enfants ce que lui-même a reçu de ses parents se voit dévalorisé. Il ne devient qu’un parent visiteur au mieux, mais toujours un parent pourvoyeur. La Juge Claire l’Heureux-Dubé alors juge à la Cour suprême du Canada définissait ainsi ce qui reste souvent au père : « Le rôle du parent visiteur est celui d’un observateur privilégié qui, dans un rôle secondaire, apporte amour et soutien à l’enfant.»

Ce père passe par des étapes soit de révolte en demandant justice et en devenant procédurier, soit de découragement, de dépression, voir de démission en ne sachant que faire pour faire face à cette situation

La permanence d’accueil de Père pour toujours Genève peut lui apporter un soutien pragmatique. Le travail qui s’y fait remet entre les mains des pères la responsabilité du maintien du lien avec ses enfants et leur permet de s’ouvrir à d’autres alternatives que celle imposées par la voie judiciaire.

En d’autres mots, l’information qu’ils y reçoivent leur permet progressivement de moins subir et de participer plus activement aux événements transformant leur vie.

(1) Van Gijseghem, Hubert, L’enfant mis ànu L’allégation d’abus sexuel : La recherche de la vérité, Méridien, Montréal page 1999, (1992)

(2) Gruber Kathrin, « Quelles sanctions si le titualire du droit de garde sur les enfants ne respecte pas le droit de visite » Père pour toujours Genève (10 décembre 2004)
http://www.perepourtoujours.ch/chroniques.php

(3) CCS, article premier, alinéas 1, 2 et 3

(4) RO 108 II 373, JdT 1984 I 265

(5) Dallaire, Yvon, Homme et fier de l’être, Ed. Option Sante, Québec, 2001, p. 144)

Aider les pères...aussi (5/7) Mythe no 4: Les hommes ne sont pas victimes de violence

[ Dimanche 15 Mai, numéro 75 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
5ième partie de sept

Mythe no 4. Les hommes ne sont pas victimes de violence

La violence conjugale contre les femmes est un véritable drame. Aujourd’hui, la société a lancé des messages clairs de refus de ce type de violence. Il n’en a pas toujours été ainsi et il a fallu quelques décennies pour prendre conscience du drame. Il n’y pas longtemps encore, quand les premiers résultats des grandes enquêtes sur la violence faite aux femmes ont été publié, il est arrivé que dans certains parlements la réaction des députés a été d’en rire. (1)

Aujourd’hui, parler d’hommes battus soulève des réactions passionnées et agressives.

Les études féministes affirment que la violence conjugale ne peut que s’inscrire dans des rapports de dominance masculine, de préservation des privilèges patriarcaux et d’infériorisation des femmes.(2) L’expression violence familiale est devenue synonyme de violence contre les femmes. Par le fait même, on fait disparaître le concept même d’homme victime tout en occultant la notion de contrevenant féminin. (3) et (4)

Pourtant dans un article récent, paru dans Questions familiales de l’Office fédéral des affaires sociales, les femmes comme les hommes dans une proportion respective de 8 % et de 7% admettent « bousculer, pousser ou secouer leur partenaire sous l’effet de la colère ;
1,6 % des femmes comme des hommes disent frapper leur partenaire que ce soit à coups de pied ou de poing ; 0,6 % des femmes et 0, 7% des hommes admettent régulièrement rouer de coups leurs partenaire, le maltraiter avec des objets, voire l’étrangler ». (5) Ces résultats sont conformes à d’autres études, entre autre canadiennes.
(6) et (7)

Mais en fait de quelle violence parle-t-on ? Daniela Gloor et Hanna Meier dans un article de revue parlent de « violence en tant que comportement spontané face aux conflits » à ne pas confondre avec le « concept de comportement violent et dominateur systématique ». La littérature publiée récemment sur la violence dans le couple est claire sur la distinction à faire à ce sujet. (8) et (9)

Evidemment, on pourrait croire que la violence féminine ne peut être que réactive à la violence masculine patriarcale et dominatrice. Pourtant, on peut lire dans une étude récente de l’Institut de la statistique du Québec sur l’ Enquête sociale générale (ESG) que le taux de prévalence (taux pour 1000) des cas de violence conjugale de la part d’un ex-conjoint au cours des cinq années précédent l’enquête, les taux hommes et les femmes victimes de « terrorisme conjugal grave » ou de « comportement violent et dominateur systématique » sont respectivement de 50 pour mille et de 62 pour mille. (10) et (11)

Deux distinctions sont relevées cependant : la gravité des blessures que subissent les femmes et le taux de dénonciation de la situation différentes chez les hommes et les femmes.

Qu’en est-il des statistiques en Suisse ? Au cours d’une réunion organisée le 11 novembre 2004 entre des membres d’associations suisses de pères et la section violence du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes, on a admis qu’il n’y avait pas de statistiques fiables quant aux nombres et au sexe de victimes de violences ; que chaque canton a ses propres statistiques des condamnations pénales et la plupart ne précisent pas si les délits ont été commis dans le cadre de la violence domestique. (12)

En accord avec les propos tenus par une responsable de la section violence du Bureau fédéral de l’égalité entre les femmes et les hommes, nous ne voulons pas faire ici une compétition à savoir qui des hommes ou des femmes seraient plus victimes. Cependant, nous affirmons que la thèse développée et diffusée largement à l’effet que la violence conjugale est le reflet exclusif de la domination de l’homme sur la femme (13) est pour le moins simpliste et réductrice. Mis à part son effet médiatique qui renforce le mythe que les hommes ne sont pas victimes de violence, elle ne permet surtout pas d’expliquer toutes les violences qui s’expriment entre personnes intimes (couples hétéro, lesbiens ou couples gais).(14), (15) et (16)

Sur cette question des hommes battus, on entend couramment cette question sur un ton ironique : « Où sont-ils ? ».

En fait il est intéressant de constater que les hommes qui viennent en contact avec l’association ne viennent jamais directement. C’est souvent, presque toujours leur entourage (ami, collègues) qui nous contacte et nous fait part de leur inquiétude, nous demande de prendre l’initiative du contact avec la personne intéressée.

Comme on peut le lire dans un rapport de Santé Canada : « En fait, c'est très simple, si l'on ne se met pas à la recherche des victimes masculines, elles ne se manifestent pas spontanément. Si nous n'explorons pas la problématique de la victimologie masculine avec les hommes et les garçons, ceux-ci ne nous livreront pas leurs histoires de leur propre chef. Par conséquent, et cela est malheureusement très caractéristique, la première fois qu'un contrevenant masculin, adolescent ou adulte, reçoit la moindre aide au niveau de sa propre victimologie, c'est lorsqu'il a retenu l'attention du système judiciaire pour avoir lui-même fait des victimes (Sepler, 1990) ». (17)

Les hommes qui subissent de la violence dans le couple se taisent pour différentes raisons. Pour l’homme battu, « la honte constitue entre autre une raison qui empêche les hommes de parler des violences psychologiques et physiques qu’ils subissent. Objet de sa conjointe, l’homme est aussi sujet de risée sociale. Etre battu invalide l’homme dans son appartenance à la catégorie sociale « homme ». Les institutions (services communautaires, police, justice) et beaucoup d’intervenants (médecins, psychologues, travailleurs sociaux) minimisent la violence faites aux hommes »(18)

Les propos tenus par Silvia Tombesi, alors substitut du procureur général du canton de Genève, maintenant juge au Tribunal de la famille, à la journaliste Anna Lietti du journal Le Temps sont éloquents et illustrent bien le climat actuel : « Nous partons du principe pour acquis que les mères disent la vérité » (19)

Alors ne nous étonnons pas que les hommes se taisent parce qu’ils ont été ciblés comme étant les responsables exclusifs de la violence conjugale. Le risque, pour eux, c’est d’être à la fois victime et être pointé du doigt comme étant l’agresseur potentiel, d’être expulsé du domicile familial, d’être condamné à voir ses enfants dans un Point de rencontre, souvent à la suite d’une longue attente.

Les hommes battus se taisent parce qu’ils sont impensables socialement.



(1) Tutty Leslie, Violence à l’égard du mari: vue d’ensemble sur la recherche et les perspective Santé-Canada, - Unité de la prévention de la violence familiale 33 pages (1999)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/husbandfrench.pdf


(2) Gillioz Lucienne, De Puy Jacqueline, Ducret Véronique Domination et violence evers la femme dans le couple Editions Payot Lausanne 269 pages (1997)

(3) Mathews, Frederic Le garçon invisible: (…)

(4) Torrent Sophie « L’homme battu : impensé car impensable social » dans Questions familiales Office fédéral des assurances sociales , Berne, numéro 1, pages 50- 53 (2004)

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0401.pdf

(5) Bodenmann, Guy et Gabriel, Barbara « Le bien-être des couples suisse » dans Questions familiales, Office fédérale des affaires sociales (Berne) volume 4 numéro 2 page 50. (2004)

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0402.pdf

(6) Statistique Canada La violence familiale au Canada: un profil statistique Gouvernement du Canada, 2000

(7) Laroche Denis La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Gouvernement du Québec, 2003

http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/violence_h-f99_pdf.htm

(8) Johnson Michael P. ; et Janel M. Leone « The Differential Effects of Intimate Terrorism and Situational Couple Violence, Findings fromt the National Violence Against Violence Survay, revision a paper presented at the Tenth International Conference on Personal Relationship, Brisbane (Asutralia) (2002)


(9) Laroche Denis, Aspect du contexte et des conséquences de la violence conjugale : violence situationnelle et terrorisme conjugal au Canada en 1999 Institut de la statistique du Québec décembre 2004

http://stat.gouv.qc.ca/bul/conditions_vie/AspectViolen.pdf


(10) Statitistique Canada, Enquête sociale générale 1999, fichier de microdonnées
« L’échantillon de l’Enquête sociale générale (ESG) de 1999 sur la victimisation, a été menée par Statistique Canada, comptait 25876 répondants, soit 11607 hommes et 14269 femmes, résidant dans les 10 provinces canadienne »

(11) Laroche Denis, Aspect du contexte et des conséquences de la violence conjugale : violence situationnelle et terrorisme conjugal au Canada en 1999 tableau 9 page 18

(12) Aide mémoire de la réunion du 11 novembre 2004 Bureau fédéral de l’égalité entre les femmes et les hommes.


(13) Gillioz Lucienne, De Puy Jacqueline, Ducret Véronique Domination et violence envers la femme dans le couple Editions Payot Lausanne 269 pages (1997)

(14) Kirkland Kevin La violence des gais dans leur relations intimes : un document de trvail Gouvernement du Canada – Ministère de la santé – Agence de santé publique du Canada (2004)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/2004HommeGai_f.pdf

(15) Centre national d’information sur la violence dans la famille La violence à l’égard des hommes dans les relations intimes Gouvernement du Canada – Ministère de la santé (2004)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/Intimate_Partner_Fr.pdf

(16) Chesley Laurie, MacAulay Donna, Ristoch Janice La violence dans les relations lesbiennes: informations et resources Gouvernement du Canada – Centre National d’information dans la famille (1998)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/relationslesbiennes.pd

(17) Mathews, Frederic Le garçon invisible: nouveau regard sur la victimologie au masculin enfants et adolescents Gouvernement du Canada, (1996)

http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/nfntsxinvisible_f.html#s_ouvrir

(18) Torrent Sophie, « L’homme battu : impensé car impensable social » dans Questions familiale Office fédérale des affaire sociale, Suisse pp 50.52 (2004)

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0401.pdf

(19) Lietti Anna « Faut-il punir les parents coupables de meurtre psychologiques » in Le temps 18 mai 2000

Aider les pères...aussi (4/7) Mythe no 3: Il faut protéger les enfants des pères

[ Samedi 14 Mai, numéro 74 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
4ième partie de sept

Mythe no 3 Il faut protéger les enfants des pères.

Un autre aspect non négligeable de cette question de la prétendu capacité parentale moindre des pères est celle de la maltraitance. En d’autres mots, non seulement le concept de capacité parentale équivalente n’est pas passé dans les mœurs, mais encore croit-on, qu’il faudrait protéger les enfants des pères et que les mères sont un rempart à la maltraitance des pères.

Encore aujourd’hui, la page d’accueil du site Internet du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes accueille ainsi l’internaute : « Demain bien sûr… Les femmes et les enfants ne subiront plus la violence sexuelle ».(1)

La maltraitance revêt différents aspects qui ont été défini par l’Organisation Mondiale de la Santé et qui ont été repris par plusieurs pays. Ces aspects sont au nombre de quatre : la violence physique, la violence psychologique, les abus sexuels et la négligence.

La répartition canadienne des différents types de mauvais traitements est le suivant : (2)
Violence physique 31 %
Abus sexuel 10 %
Négligences 40 %
Violence psychologique 19 %

Les auteurs de l’ensemble de ces violences sont :
Mère biologique 61 %
Père biologique 38 %
Beau-père 9 %
Belle-mère 3 %
Famille d’accueil 1 %
Autre membre de la famille 7 %

Dans les cas d’abus, les pères sont impliqués dans 15 % des enquêtes ouvertes. Sur l’ensemble de ces enquêtes le pourcentage des plaintes se distribue selon la ventilation suivante :
Corroborées 20 %
Présumées 20 %
Non corroborées 60 %

Aux Etats-Unis, les résultats sont presque identiques. La répartition des auteurs de l’ensemble des maltraitances est :
Mère biologique 62 %
Père biologique 38 %

Toujours aux Etats-Unis, le pourcentage d’infanticide quant à lui représentait un taux de 1,62 pour 100'000. Les auteurs des ces infanticides se répartissaient comme suit :
Mère seule 31,5 %
Deux parents 21.3 %
Mère + autre personne 16. 3 %
Père 10. 7 %
Famille d’accueil 6. 1 %
Autre 5.7 %
Parenté 4.5 %
Inconnu 2.7 %
Père + autre personne 1.1 %(3)

En Suisse, l’obtention de statistiques fiables suisses est difficile. Dans son rapport Evaluation du dispositif de protection des enfants victimes de maltraitance, la Commission externe d’évaluation des politiques publiques du canton de Genève indique :
« Il n’existe pas de statistiques complètes ni au niveau suisse ni au niveau genevois. A Genève, les définitions n’étant pas unifiés, les statistiques tenues par certains services ne sont pas comparables : années civiles en Pédiatrie, années scolaires au SSJ, pas de statistiques consolidées, etc. Il est difficile dans ce contexte de cerner précisément l’ampleur de la maltraitance, laquelle se chiffre cependant à plusieurs centaines de cas par an »(4)

Pouvons-nous admettre que les similitudes nord-américaines, en particulier canadienne, avec la Suisse permettraient d’émettre l’hypothèse suivante : les grandes tendances sur le type, les causes et les auteurs des maltraitances se distribuent de manières semblables en Suisse ? Nous pensons que oui.

Mais alors, si tel est le cas, pourquoi les pères sont ciblés comme étant le principal risque de maltraitance ? Pourquoi la garde des enfants est accordée presque systématiquement à la mère ?

Autre question provocatrice, les pères ne pourrait-il pas être un contre pouvoir qui apporte une limite à la toute puissance maternelle ?

Finalement, « si on admet cette thèse selon laquelle le principal rôle du père consiste à couper le cordon ombilical de l’enfant, doit-on s’étonner que les mères, affranchies de la dépendance envers leur mari, l’aient congédié et s’opposent farouchement à toute intervention dans leur relation symbiotique avec ses enfants? N’est-ce pas d’ailleurs pour empêcher que l’on dénonce cette immoralité que les mères ont pris d’assaut les pères pour leur inventer quelque immoralité pour que la cour les écarte systématiquement du giron familial? »(5)

(1)http://www.equality-office.ch/f/index.htm

(2) Trocmé N et AL. Etude canadienne sur l’incidence des signalements de cas di violences ete de négligences envers les enfants – Rapport final – Gouvernement du Canada Ministères de la santé (2001)

(3) US Department of Health and Human Service, Administration on Children, Youth and Family. Child Maltreatment 1999 Washington DC USA. Government Printing Office, (2001)

http://www.acf.hhs.gov/programs/cb

(4) Commission externe d’évaluation des politiques publiques du canton de Genève Evaluation du dispositif de protection des enfants victimes de maltraitance (2005)

(5) Brook François, Un père ça sert à quoi dans Chronique 29, 6 mai 2004

http://www.perepourtoujours.ch/chroniques.php

Aider les pères...aussi (3/7) Mythe no 2: Les pères ont une capacité parentale moindre

[ Vendredi 13 Mai, numéro 73 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
3ième partie de sept


Mythe no 2 Les pères ont une capacité parentale moindre

Le champ de la paternité s’articule souvent autours de notions négatives telles que : la passivité, l’absence, la violence et les abus.(1)

Comme le soulignait, Germain Dulac nous vivons dans une société caractérisée par un paradoxe, celui du père nécessaire et du père abject. D’un côté on affirme la nécessité du père comme élément essentiel de développement des enfants, de l’autre on le présente comme un être immoral (2) Ce n’est que tout récemment, dans les années ’70, que les milieux scientifiques prenaient conscience que les pères avaient une fonction importante à jouer dans l’éducation des enfants. On « découvrait » à l’époque la capacité des pères à interagir avec des nouveaux nés. Sans vouloir faire d’ironie, on a découvert que les pères étaient capables de paterner et encore cette reconnaissance ne s’est faite qu’en comparant ce paternage à une valeur étalon, celui du comportement maternel. « Les papas font aussi de bonnes mamans ».

Comme le souligne le sociologue Dulac : « la paternité est dépendant de la capacité des pères à mimer les comportements de mères, il s’agit d’une parentalité construite par la négation, la dévaluation d’une parentalité au masculin.(…) Combien de pères nous disent avoir abandonné ou s’être progressivement retiré des soins aux enfants et des tâches domestiques parce que leur conjointe adoptait une attitude qui leur envoyait une image négative d’eux-mêmes ? A savoir, qu’ils ne s’y prenaient pas de la bonne manière, qu’ils n’avaient pas le mode d’emplois (celui de la mère),…C’est dans le contexte qu’on évalue encore aujourd’hui la compétence parentale des pères. On est loin de questionner la nécessité du faire autant, mais surtout de faire pareil implicite à cette mentalité . (3

Non seulement, en est-on à questionner les capacités parentales des pères, mais le plus souvent on parle d’eux en fonction du« déficit parental » sans trop s’interroger sur les causes de la déconstruction du lien père-enfant au moment d’une séparation ou d’un divorce.

Dans ce cas là, comment comprendre que plus de 90 % de la garde des enfants soit accordé à la mère.

La réalité est que la réponse repose davantage sur les stéréotypes et les préjugés que sur les faits. D’ailleurs, il est intéressant de noter que, dans les tribunaux ou dans les différents services de l’Office de la Jeunesse, il n’existe pas de guide officiel d’évaluation de la capacité parentale.

Pourtant ces guides existent. Leur objectif est d’aider les intervenants à « estimer de manière rigoureuse l’état de mobilisation des parents, leur potentiel à actualiser leurs capacités parentales ainsi que leurs facultés à le faire dans un délai raisonnable en regard des besoins de l’enfant, afin de prendre sans délais les mesures les plus appropriées à chaque situation. » (4)

La réalité montre aussi que les pères et les mères ont des capacités différentes, certes, mais équivalentes.

La réalité montre aussi que les pères et les mères sont nécessaires au développement équilibré des enfants et qu’il faut mettre fin à un processus qui conduit à une proportion importante d’enfants de couples divorcés à ne plus avoir de contact avec leur père dans les cinq années qui suivent une séparation ou un divorce.

Ce qu’il faut, c’est regarder et arrêter de prendre les préjugés pour la réalité et s’ouvrir les yeux pour voir que les pères aiment leurs enfants autant que les mères :

Ah ! Quelques fois tout croche… bien sûr,

Avec des échecs… bien sûr,

Avec des maladresses… bien sûr,

Comme tout le monde, bien sûr... les mères y compris.



(1) Dulac Germain « La configuration du champ de la paternité : politiques acteurs et enjeux » dans Lien social et politique – RIAC , no 31, printemps (1997).

(2) Dulac Germain, « La fragilité de la paternité dans la société québécoise : les paradoxes du père nécessaire et du père abject ». Défi Jeunesse – Institut universitaire Centre de jeunesse de Montréal Vol 6 numéro 3

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/cmulti/defi/defi_jeunesse_0006/paternite.htm

(3) Dulac Germain, « La fragilité de la paternité dans la société québécoise…. »

(4) Centre de Jeunesse de Montréal – Institut Universitaire Guide d’évaluation des capacités parentales (adaptation du guide Steinhauer) (Octobre 2003)

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/evaluation/pdf/guide_competences_parentales.pdf

Aider les pères...aussi (2/7) Mythe no 1: les hommes n'ont pas besoin d'aide

[ Jeudi 12 Mai, numéro 72 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Mythe no 1 : Les hommes n’ont pas besoin d’aide.

La preuve, ils n’en demandent pas.

Il est évident que les hommes ne se portent pas tous mal, mais ceux qui ont des difficultés ont souvent de la peine à admettre leur situation et encore moins à demander de l’aide. Lorsqu’ils le font ils sont souvent reçus froidement par les dispensateurs de service.(1), (2), (3)

La prévention au suicide est un bon exemple de l’incapacité de la société à admettre que les hommes et les pères ont aussi besoin d’aide. Les données statistiques indiquent clairement que la prévalence du suicide est de 2, 7 fois (Au Québec, c’est 4 fois plus) plus élevés chez les hommes que les femmes en Suisse et que les groupes d’âges de 35 à 54 ans représentent 37,5 % des hommes qui se suicident.(4) Dans les pays industrialisés, la progression des taux de suicide dans l’ensemble de la population est expliquée exclusivement par l’augmentation fulgurante des taux de mortalité chez les hommes, en particulier chez les hommes d’âges moyens (5) Parmi, les facteurs de risque clairement identifiés chez ces hommes on trouve les séparations et les divorces (6), (7), (8). Pourtant même lorsque la Fédération des Médecins Helvétiques déplore le retard de la Suisse dans la mise en place de programme de prévention du suicide, on parle d’adolescents, de jeunes adultes et des personnes âgées. On ne parle pas des hommes chez qui on trouve la majorité des suicidés (9). Ce constat est identique chez Ipsilon, Stop-Suicide et à l’Unité d’étude et de prévention du suicide des HUG.

Pourquoi ne fait-on rien pour les hommes de 35-54 ans chez qui on retrouve le plus grand nombre de suicides et c’est un exemple parmi d’autre ou les besoins d’aides sont occultés.

Nous devons admettre, cependant, qu’il est difficile pour les hommes de demander de l’aide, en particulier parce que les exigences de la demande sont antinomiques par rapport aux exigences de la masculinité :
- renoncer au contrôle plutôt qu’exercer un contrôle
- montrer ses faiblesse plutôt que montrer sa force
- faire l’expérience de la honte plutôt qu’exprimer sa fierté (10).

Par contre, il leur est parfaitement acceptable de venir chercher de l’information. Il y a aussi une difficulté spécifique aux hommes qui viennent en situation de crise aiguë et qu’on ne reverra qu’à la prochaine crise aiguë.
Comme le souligne Germain Dulac « les hommes attendent la crise pour demander de l’aide, mais ils s’empressent de mettre fin à l’aide reçue dès qu’ils retrouvent un certain équilibre ou que la crise s’est résorbée. » (11). Ce genre de nuance a son importance et permet de comprendre comment créer une relation de confiance durable, permettant ainsi de mettre en place un soutien dans la durée, condition essentielle pour une action efficace.

Toutes ces spécificités font que les hommes sont parfois perçus comme des clients pénibles ou, dès qu’ils haussent le ton, sont perçus comme menaçant dans un contexte où eux mêmes ne se sentent pas compris, manipulés, agressés, défavorisés, injustement traités, pas écoutés, etc.

La réalité est que les hommes ont besoin effectivement d’aide mais à leur façon. Il faut tout d’abord décoder ce qu’ils disent. Ils sont plus pudiques et plus évasifs. Souvent ils minimisent les problèmes, n’ont pas la même capacité que les femmes à mettre des mots sur leurs souffrances et leurs besoins. Leur silence, lorsqu’ils ne voient pas de solution ou leur façon de plaisanter en dit long à ceux qui savent les écouter et il faut leur laisser le temps, respecter leur silence ou leur agressivité soudaine et leur apporter le sentiment d’être compris dans leur réalité d’homme.

Les structures d’accueil existantes sont souvent inadaptées La permanence d’accueil de Père pour toujours Genève a pour objectif de présenter une réponse spécifique aux besoins des hommes, en l’occurrence sur leurs responsabilités parentales en leur offrant une solution adaptée, ce qu’il ne trouve pas ailleurs.

(1)Bolté Christine, Devault Annie, St-Denis Michèle et Gaudet Judith Sur le terrain des pères – projets de soutien et de valorisation du rôle paternel Université du Québec à Montréal ( Groupe de Recherche et d’Action sur la Victimisation des Enfants) Canada (2002)
http://www.graveardec.uqam.ca/pdf/sltdp.pdf

(2) Gaudet Judith, Devault Annie : Comment intervenir auprès de pères ?: Le point de vus des intervenants psychosociaux. Intervention, 114, 9-18.(2001)
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Comment_intervenir_peres.pdf

(3) Dulac, Germain « L’intervention auprès des pères : des défis pour les intervenants, des gains pour les hommes. Prisme, no 18 p- 190-206 (1998)

(4) Rapport mondial sur la violence et la santé Organisation mondiale de la santé (2002)

(5) Saint-Laurent Danielle, Bouchard Clermont, L’épidémilogie du suicide au Québec : que savons-nous de la situation récente Institut national de santé publique du Québec – Gouvernement du Québec, 24 pages, (2004)
http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/283-FeuilletEpidemioSuicide.pdf

(6) Kposowa AJ. « Marital status and suicide in the National Longitudinal Mortality Study ». Journal of Epidemiology and Community Health No 54 pages 254-261, (2000)

(7) Smith JC, Mercy JA, Conn JM. “Marital status and the risk of suicide”. American Journal of Public Health, No 78, page 78-80, (1998)

(8) Canto CH, Slater PJ « Marital breakdown, parenthood and suicide » Journal of Family Studies, No 1, pages 91-102, (1995)

(9)« Prévention du suicide: initiative pour la création d’une compétence nationale » Bulletin des médecins suisse No 47, page 83 , (2003)
http://www.saez.ch/pdf/2003/2003-47/2003-47-1119.PDF

(10) Rondeau Gilles, « Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins – rapport du comité de travail en matière de prévention et d’aide aux hommes ». Ministère de la santé et des services sociaux – Gouvernement du Québec, janvier 2004.
http://ftp.msss.gouv.qc.ca/publications/acrobat/f/documentation/2004/04-911-01rap.pdf

(11) Dulac Germain Aider les hommes…aussi VLB Editeur (2001) page 72.

Aider les pères...aussi (1/7)

[ Mercredi 11 Mai, numéro 71 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
1ière partie de sept parties


Depuis quelques décennies, la société est en plein bouleversement. D’une société où les fonctions familiales n’avaient pas bougé depuis longtemps et qui étaient attribuées aux unes et aux autres, aujourd’hui ces fonctions ont évolué. Le modèle unique de la famille stable caractérisé par le père au travail et la mère à la maison à s’occuper des enfants et du, ménage n’est plus et de loin le seul modèle. Aujourd’hui, la famille va du modèle traditionnel à la famille monoparentale, en passant par la famille recomposée.

Bien que la société ait évolué et qu’elle continue à changer, la famille aussi, la représentation des fonctions ou des rôles dans la famille, elle, n’a pas beaucoup évolué. Les préjugés envers les femmes et les hommes sont tenaces.

En ce qui concerne les hommes en général et les pères en particuliers, leurs difficultés sont souvent mésestimées ou ignorées. Lorsqu’on parle d’inégalités chez les femmes on parle de discrimination systémique. Lorsque des inégalités sont relevées chez les hommes (prévalence au suicide plus élevée, négation des capacités parentales, prévalence d’accidents graves au travail) on parle de problème social et surtout pas de discrimination.

En fait, on se pose peu la question sur les origines de la discrimination systémique ou des problèmes sociaux, comme si l’une et l’autre s’excluaient mutuellement et se développaient indépendamment des représentations sociales et de la compréhension que nous avons de notre environnement. Comme si l’une et l’autre ne dépendaient pas du même processus de développement de normes, de règles de conduites, de valeurs et de stéréotypes qui finissent pas être institutionnalisés dans des organismes économiques, politiques et sociales.

Si l’on admet que les femmes subissent une discrimination systémique, on craint que si on préoccupe de la condition masculine l'on perde de vue les moyens de lutter pour l’égalité des femmes, comme si les intérêts fondamentaux des femmes et des hommes ne pouvaient qu’être en opposition et contradictoires se résumant à une lutte de pouvoir entre les sexes.

Dans un rapport soumis au Ministère de la santé du gouvernement canadien, Frederic Matthews résume bien ces craintes en parlant des représentations que l’on se fait des organisations d’hommes et de pères qui se mettent en place et des difficultés qu’ils ont à se faire entendre.

« En luttant contre certains de ces stéréotypes, ils s'exposent souvent à des accusations de misogynie, d'appartenir à la réaction idéologique contre le féminisme, ou encore d'appliquer en sous-main un programme occulte visant à miner les gains des femmes. S'il y a la moindre véracité à l'une ou l'autre de ces accusations, elles devront être confrontées par nous tous. Mais si elles ne sont motivées que par la crainte qu'une reconnaissance de la victimologie masculine puisse saper les gains des femmes, alors il faudra en discuter sans détour et surtout sans essayer de minimiser le vécu de ces hommes en s'engageant dans une sorte de compétition qui chercherait à établir lequel des deux groupes aurait été le plus meurtri. Néanmoins, il importe que nous nous rendions tous compte que bien des femmes risquent d'avoir de la difficulté à prêter l'oreille aux drames des victimes masculines avant d'avoir été rassurées à cet égard.

Il est triste de constater que les hommes victimes et leurs porte-parole risquent gros en s'opposant au statu quo et qu'ils subissent de fortes pressions pour rester tranquilles. »
(1)

Dans ce contexte, pourquoi ne pas parler des principaux préjugés ou mythes auxquels sont confrontés les hommes et les pères en particulier.

Notes : Père pour toujours Genève est un organisme non subventionné. L’essentiel des ressources de notre association repose sur le travail de bénévoles. Les moyens mis à disposition de notre service de recherche sont limités. Aussi, les ressources documentaires proviennent essentiellement de ce que l’on trouve sur Internet. Peu d’études en français sont publiées sur la paternité et celles qui sont disponible en ligne proviennent essentiellement du Canada.


(1) Mathews, Frederic Le garçon invisible: nouveau regard sur la victimologie au masculin enfants et adolescents
Gouvernement du Canada, (1996)

http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/nfntsxinvisible_f.html#s_ouvrir

La fonction du père aujourd'hui - Interview d'Hélène Renaud, pédagogue et auteure

[ Vendredi 31 Décembre, numéro 62 ]

Interview d’Hélène Renaud.

Nous vous l’avions promis, voici notre interview d’Hélène Renaud, pédagogue, formatrice et conférencière. La communauté genevoise a eu l’occasion de la recevoir cette année en octobre 2004 à l’université de Genève. Elle a accepté de répondre à nos questions.

Père pour toujours Genève -Le pourcentage de familles qui éclatent avec enfants est de plus en plus élevé. Dans ce contexte, quelle place reste-t-il au père ?

Hélène Renaud
- Il est vrai qu'un grand pourcentage de familles se séparent. Dans un monde idéal, il est souhaitable qu'à la suite du bris du lien conjugal, les deux parents conservent le lien parental pour continuer avec la complicité de l'autre parent, à apporter à l'enfant le support et l'encadrement dont l'enfant a besoin. C'est pourquoi la place du père comme celle de la mère est nécessaire.

Après la rupture, ce qu'il reste au père est la place qu’il avait avant la rupture et il est de sa responsabilité de tout faire pour garder cette place qui est un droit et non un privilège. S’il ne prenait pas cette place avant la rupture il est de sa responsabilité de tout mettre en place pour récupérer la place qu’il avait omis de prendre avant la séparation.

On sait que la loi actuelle, lorsqu'il y a séparation des conjoints, privilégie davantage et essaie de conserver d'abord le lien avec la mère plutôt que celle du père. La place du père est souvent non considérée et son rôle est parfois mis à l'écart.
Quelle place peut alors prendre le père? Si la situation n'est pas trop conflictuelle avec la mère. Le père dans la mesure du possible doit prendre la place qui lui incombe et à laquelle il a droit en établissant avec la mère une relation de complicité mutuelle où il pourra dans le respect de lui-même et des autres (enfant et mère) assumer son rôle paternel.

Il doit tout mettre en œuvre pour garder un lien avec la mère. Malheureusement, dans plusieurs cas cette connivence avec la celle-ci ne peut se vivre. Selon la situation, pour garder sa place, si minime soit-elle, le père, par les moyens qui lui sont possibles établira la relation en gardant contact avec l'enfant que ce soit par des visites ponctuelles ou même une simple correspondance écrite.

Certaines situations pénibles demanderont au père, s'il vit du ressentiment et est blessé, d'agir en lâchant-prise à sa rancœur et son orgueil et de mettre la personne au premier plan, c'est à dire lui-même et les personnes concernées. Ces actions détachées permettront de rendre moins pénibles les souffrances occasionnées par ces ruptures dramatiques.

PPTG - Voyez vous une évolution chez les hommes dans leur façon de voir leur rôle dans la famille. En d’autres mots, le nouveau père : un mythe ou une réalité ?

HR
- À travers nos formations "Parent-guide, Parent-complice", qu'un très grand nombre de pères ont suivies et ont pratiqués notre approche, il nous est possible de constater un investissement de plus en plus important des hommes seuls ou en couples, dans leur rôle de père. Il est temps que l’homme prenne conscience de son importance dans l’éducation des enfants et ne soit pas qu'un pourvoyeur. Ce nouveau père est de plus en plus réel. La collectivité permet à ce nouveau père d’être reconnu, à lui de l’exprimer.

Une des raisons de cette évolution nous semble un effet positif indirect (puisqu'il y en a), de la séparation des parents qui provoque et force un éveil de la conscience de certains quand à la place qu'ils jouent ou devraient jouer auprès de leur enfant. Dans de nombreux cas, l'homme qui en couple laisse souvent sa conjointe assumer seule la plus grande partie du rôle parental, est à cause de la séparation de sa conjointe, mis en situation où il doit souvent assumer les fonctions parentales et prendre conscience de l'importance de son rôle. En changeant sa perception et agissant ainsi, il permet par le modèle et cette nouvelle conscience d'avoir une influence sur la conscience collective et sur la nouvelle génération de pères qui émergent actuellement.

Le père d'aujourd'hui mythe ou réalité? Difficile à évaluer objectivement. Mais j'espère que le rôle du père n'en soit pas un de mythe quoiqu'il est parfois difficile de composer avec la réalité qui devra se vivre en fonction de chaque situation. Certains contextes provoquent parfois selon le cas, un éloignement, un détachement ou même un abandon du père quant à son rôle auprès de son enfant. Il est vrai que plusieurs, par dépit ou manque de conscience de l'importance de leur rôle de père ont abandonné la pratique de leurs fonctions paternelles.

Les pères frustrés par la séparation d'avec la mère de leurs enfants ou par des obligations juridiques justifiées ou non et qui doivent composer avec certaines situations où ils vivent des jugements, du rejet ou même de l'abandon, peuvent être accablés par ces situations parfois très douloureuses. Il est impératif qu'ils demandent de l'aide auprès d'associations de pères en difficultés comme la vôtre, auprès de travailleurs sociaux et de thérapeutes spécialisés et ainsi minimiser les dégâts et les frustrations infligées à leur propre personne et à leurs enfants. Encore là, un lâcher-prise quant aux souffrances occasionnées par ces incompréhensions et frustrations sera la meilleure solution, même si elle n'est pas toujours facile, pour diminuer les souffrances personnelles et familiales souvent déchirantes qui en découlent.

PPTG - En 2004, comment les enfants voient-ils les pères ?

HR
- La question qu'il faudrait peut-être se poser avant tout: Comment les pères se voient-ils en 2004? Selon la perception qu'ont les pères d'eux-mêmes, selon leur vision et l'application de leurs fonctions de pères, ils déterminent automatiquement la vision qu'ont les enfants envers eux. En 2004 comme en tout temps les enfants voient leur père comme ceux ci se présentent à eux. On ne parle pas de la collectivité ici mais bien de la perception du père par son enfant. Donc dépendamment du modèle qu’il va présenter, l’enfant le percevra comme tel: Papa complice, papa autoritaire, papa présent, papa sécurisant, etc…

Cette perception est individuelle selon l'expérience que l'enfant a de son vécu avec son propre père.

PPTG. En 2004, comment les mères voient-elles les pères ?

HR
- Les mères sont de plus en plus conscientes du rôle du père dans l’équilibre émotionnel de leurs enfants et demandent une plus grande place du père dans l'application de son rôle et de ses responsabilités.

Je crois que toute mère qui met au monde un enfant, souhaite procurer à son enfant l'amour et le support d'un papa aimant. Malheureusement, s'il en est parfois autrement, l'amour étant ce qu'il est, souvent faussé, provoque des jugements qui changent complètement la dynamique entre conjoints et amène des séparations non seulement entre les parents, mais aussi entre les pères et leurs enfants.

PPTG. Germain Dulac, sociologue à l’université Mc Gill parle d’une société caractérisée par le paradoxe du père nécessaire et du père abject. Je cite : « D’un côté on nous dit que le père est nécessaire, de l’autre il serait un être immoral, indigne de notre confiance ». En effet, dans le discours actuel, on a souvent l’impression qu’il faut protéger les femmes et les enfants, des hommes. Qu’en pensez-vous ?

HR
- Toujours dans un monde idéal, le père a un apport important dans la vie de l'enfant et l'harmonie familial, donc nécessaire à son épanouissement. Il n'est pas courant mais quand même pas rare non plus que soit, par constat réel des manquements de certains pères (abandon de l'enfant par le père, inceste, etc…) ou par simples jugements inconscients et destructeurs véhiculés par les médias, que l'on perçoive avec mépris tous les pères ou certains pères en particulier. Cette réalité qui nous saute aux yeux n'est cependant pas généralisée….

Le père prend de plus en plus conscience de son importance, la société reflète seulement l’image négative du père pour faire sensation et rendre les informations plus spectaculaires, mais à l’inverse nous voyons de plus en plus de pères prendre la responsabilité des enfants après la séparation mais cela n'est pas sensationnel et ne fait pas vendre de publicité.

PPTG. Comment voyez-vous ces organisations de pères qui se mettent en place. Ces organisation sont-elles des rassemblements de pères frustrés ou plutôt représentent-il l’émergence d’hommes qui prennent conscience de leur « paternitude » ?

HR - Je crois que les fondateurs des organismes réunissant les pères se donnent comme première mission d'offrir des services pour permettre aux hommes d’être mieux outillés et compris par rapport à l’image négative que la société véhicule depuis trop longtemps.

Les associations actuelles réunissant les pères se sont souvent organisées par souci de certains pères de défendre leurs droits lésés. D'autres pères y adhèrent, frustrés de l'incompréhension totale que suscite en eux l'abandon ou le rejet de la mère de leurs enfants. On y retrouve aussi selon les services offerts, les hommes qui viennent chercher de l'aide pour assumer adéquatement leur rôle parental et ne savent pas comment agir face à certains conflits, surtout s'ils sont séparés de la mère. Dans ces groupes ces besoins cohabitent. Nous espérons que la frustration, l'inacceptation et la révolte de certains ne polluent pas trop l'atmosphère de ces groupes et n'empêchent pas la mission première que devrait poursuivre ces organisations: un soutien au père qui cherche de l'aide.

Ces mouvements réunissant les pères sont nécessaires aujourd’hui comme l’étaient les mouvements de libération de la femme, un autre temps. Mais j’espère que l’évolution rendra ces mouvements inutiles par la reconnaissance de l’homme dans ses fonctions dans la nouvelle société.

PPTG - A quelques jours de 2005, un père ça sert à quoi ?

HR
- Quelle que soit l'époque ou l'année qu'il soit, un père est là pour permettre à l'enfant de s'épanouir tout en tenant compte et acceptant de ses limites actuelles…
Un père ça sert à procurer à ses enfants de l’affection, du réconfort, ça sert à protéger et à permettre à l’enfant d’avoir un modèle solide pour lui permettre d’évoluer dans un contexte sain et sécurisant. Le père par son apport au vécu de l'enfant, permet à celui-ci de développer son plein potentiel dans un contexte idéal, par des modèles (père, mère) équilibrés.

Nous remercions HÉLÈNE RENAUD. Rappelons qu’elle est co-auteures des formations suivantes :
« Parent-guide, Parent-complice »
« Enseignant-guide, Enseignant-complice »
« Éducatrice-guide, Éducatrice-complice »
et des livres :
8 Moyens efficaces pour réussir mon rôle de parent
Être parent, mode d’emploi

Édition Quebecor
EN VENTE
HTTP://WWW.COMMEUNIQUE.COM

Père à part entière avec enfants à temps partiel

Chronique 60.gif [ Mardi 21 Décembre, numéro 60 ]

Un guide sans aucun doute utile pour tous ces hommes qui vivent une situation difficile de séparation ou de divorce et qui veulent rester un père à part entière.De part lui même, le titre indique que le concept de père à temps partiel est faux. Les pères le sont à temps plein et ils le sont pour toujours.

Voici l'introduction de ce livre:

"Les enfants ont besoin de leur père et de leur mère

Dans un monde parfait, nous vivrions toujours heureux et les parents ne se sépareraient jamais. Dans le monde réel où nous devons tous vivre, la séparation et le divorce sont des choses assez fréquentes; plusieurs enfants ne vivent pas à temps plein avec leur parent biologiques. Cependant, la responsabilité parentale ne cesse pas avec le divorce. Nous savons bien que les enfants de parents séparés ont besoins de bons soins parentaux - en fait, ils en ont peut-être plus besoin que les autres enfants. Nous savons aussi qu'il est préférable qu'ils aient de bons soins de la part de chacun de leurs deux parents. Ce livret est donc rédigé en supposant que, dans la plupart des cas, l'idéal serait que les enfants de parents séparés aient une relation affectueuse et favorable avec leur père et leur mère.

A quoi s'attendre et ne pas s'attendre de ce livret

Ce livret porte sur la manière d'être un bon père, le meilleur père que vous puissiez être dans des circonstance assez difficiles, alors que vous ne vivez plus à temps plein avec vos enfants. Il ne traite pas du système des Tribunaux de la famille ou de la manière de gagner une contestation sur la garde des enfants. Si cela est votre préoccupation du moment, ou si vous êtres aux prises avec des problèmes comme une ex-conjointe qui a des difficultés personnelles graves ou qui bloque l'accès à vos enfants que la loi vous permet d'avoir, il est possible que ce livret ne vous apporte pas toutes les réponses que vous recherchez. Ces problèmes sont bien réels et très difficiles; ils exigent l'aide d'un avocat, d'un médiateur familial, d'un conseiller professionnel ou d'un groupe d'entraide pour pères divorcés. Ce document-ci cherchera à présenter l'expérience parentale du point de vue d'un homme récemment séparé ou divorcé.

Le grand défi

Etre divorcé ou séparé et vivre sans vos enfants est comme mener deux vies différentes: vous restez toujours un père, mais, à certains moments, votre vie semble vide d'enfants. Il est plus difficile de demeurer lié à vos enfants et il se peut que vous vous sentiez sans grande influence sur leur vie. Il peut aussi être difficle de trouver sur l'art dâtre parent une information qui se rapporte à votre situation. Le présent livret cherchera à combler certaines de ces lacunes et vous aider à réfléchir sur certains points problématiques. Les réponses faciles sont rares, mais retenez ceci: quelles que soient les circonstances, ou quoi qu'il arrive en bien ou en mal, votre relation et votre amour soutenus sont très important pour vos enfants. C'est, bien sûr, très important pour vous aussi, car vous désirez sans doute la même chôse que la plupart des autres parents: une relation pleine de satisfaction avec vos enfants, et qui durera toute la vie"

A lire absolument et gratuitement en le téléchargeant à l'adresse suivante:

http://www.cfii.ca/fiion/divorcedfathersf.pdf

Un site plein de ressources: Prospère

[ Lundi 23 Août, numéro 40 ]

Bien oui, la recherche sur la "paternitude" ça existe et je vous invite à lire les documents accessibles en ligne et téléchargeables du site Prospère une groupe de recherches de l'Université du Québec à Montréal.

Sa mission:
"Depuis 10 ans, les membres de Prospère ont contribué au développement des connaissances et des pratiques dans le domaine de la paternité. C’est pourquoi, le site Prospère se veut aussi un lieu de partage des connaissances autour de la paternité.

Parmi les articles intéressants, accessibles en ligne:

Bolté, C., Devault, A. St-Denis, M. & Gaudet, J. (2002) Sur le terrain des pères. Projets de soutien et de valorisation de la paternité. Grave/Ardec, UQAM, Montréal.
http://www.graveardec.uqam.ca/pdf/sltdp.pdf


Deslauriers, J.-M. (2002). L'évolution du rôle du père au Québec, Intervention, no. 116, pp. 145-157.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Article_pathistoire.pdf

Deslauriers, J.-M. (2002). La paternité à la suite d'une séparation, Intervention, no. 116, pp. 52-61.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Pater_Separation.pdf


Dubeau, D. (2002). État de la recherche portant sur les pères au Canada. / Research on fatherhood in Canada. Rapport subventionné par le Réseau ontarien de l’initiative pour l’engagement paternel.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/rapportdiane_dubeau.pdf


Dubeau, D. (2002). Portraits de pères. Monographie « Tendances contemporaines de la famille ». Ottawa : Institut Vanier de la famille. Document disponible également en version PDF sur le site web :
http://www.vifamily.ca

Gaudet, J. & Devault, A. (2001). Comment intervenir auprès des pères ? : Le point de vue des intervenants sociaux et communautaires. Intervention, 114, 9-18.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Comment_intervenir_peres.pdf


Métiers de père : Traitement des données. Document de travail développé par Francine Ouellet, chercheure à la Direction de la Santé Publique de Montréal-Centre.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Traitement_donnees.pdf

Milcent, M.-P. (1999). Quand les garçons abusés sexuellement deviennent des pères incestueux : Connaissances et controverses. Handicap, Revue de Sciences Humaines et Sociales. Numéro spécial « sexualité et institutions », 83, 45-61
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/MPMilcent.pdf

Ouellet, F. et Forget, .G. (2002) Pères en mouvement/Pratiques en changement. Une formation pour favoriser l’implication des pères dans la vie de leurs enfants. Communication écrite présentée au Colloque « Manifeste pour les enfants : Vers un réseau international d’échanges et de bonnes pratiques », Bruxelles, 18-19 avril 2002, 8 pages.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/peresenmouvement.pdf

Ouellet, F., Turcotte, G., Desjardins, N. (2001). À Rosemont, ça CooPÈRE. Analyse d’implantation d’un projet d’action intersectorielle sur la paternité. Montréal : Direction de la santé publique. Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Rapport_Rosemont.pdf

Paquette D., Bolté, C., Turcotte, G. Dubeau, D.et Bouchard, C. (2000). "New typology of fathering : Defining and associated variables", Infant and Child Development, 9,213-230.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/patfina.pdf

Paquette, D., Carbonneau, R., Dubeau, D., Bigras, M. et Tremblay, R.E.(2003). "Prevalence of father-child rough-and-tumble play and physical aggression in preschool children", European Journal of Psychology of Education, vol. 18, no 2, 171-189.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/RTPfinal.pdf

Turcotte, G., Desjardins, N. Ouellet, F (2001). À Pointe-Calumet, on fait place aux pères. Analyse d’implantation d’Initiative Place-o-pères, un projet d’action communautaire sur l’engagement paternel. Montréal : Direction de la santé publique. Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.

Turcotte, G., Dubeau, D., Bolté, C. et Paquette, D. (2001). Pourquoi certains pères sont-ils plus engagés que d’autres auprès de leurs enfants ? Une revue des déterminants de l’engagement paternel, Revue canadienne de psychoéducation, 30, 1, 39-65.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Turcotte_Dubeau.pdf

L'accès au site se fait via le lien suivants:

http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/vision.htm

Père d'abord

[ Vendredi 02 Juillet, numéro 39 ]

Vous avez aimé Les invasions barbares ou Le déclin de l'empire américain de Denys Arcand, alors vous aimerez aussi l'interview de Rémy Girard (personnage principal dans Les invasions barbares) sur son rôle de père. Un père qui s'occupe au jour le jour de son fils gravement handicapé. Un père qui voit la vie avec bonheur malgré les difficultés mais surtout avec beaucoup d'amour.

Voici un extrait de l'interview:

A.D.: Vous avez dit que votre fils vous avait montré le chemin de la vie. Qu’entendez-vous par là?

R.G.: Je me souviens du jour où il a failli mourir de la méningite: il était sous respirateur, branché de partout, perfusé, entubé ; seul un de ses pieds était libre. J’ai pris dans ma main son petit pied, je l’ai caressé, et là, à travers le tube qui lui obstruait le visage, j’ai vu sourire mon garçon. C’est à ce moment précis que je me suis dit: Toi et moi, on va passer au travers.

A.D.: C’est un signe qu’il vous adressait?

R.G.: Quand je demande aux médecins comment ils font pour savoir qu’un enfant va s’en sortir et un autre pas, ils répondent invariablement : «C’est lui qui décide.» J’ai constaté,
à l’hôpital, que les enfants seuls, abandonnés par leurs parents, se laissent souvent mourir.


Pour avoir accès à l'ensemble de l'interview, le lien est:

http://www.selectionrd.ca/mag/2004/04/remy_girard.html

Bossez moins, les papas !

[ Lundi 14 Juin, numéro 37 ]

L'éditorialiste et économiste Beat Kappeler vient de publier un livre intitulé: "Die neue Schweizer Familie" aux éditions Nagel & Kinche.

Dans cet essai, le constat suivant est fait: l'Europe se meurt et la Suisse avec. La cause est celle de la dénatalité en forte hausse qui va conduire à moyen terme à un fort vieillissement de la population dont les conséquences menacent la pérennité des institutions sociales telles l'assurance vieillesse et l'assurance maladie

La solution avancée par Beat Kappeler, non pas une réduction du temps de travail pour la réduction du temps de travail, mais une implication plus importante des pères dans la vie familiale en les appelant à travailler moins. Cet encouragement nécessaire à la co-parentalité devrait permettrent aux couples d'envisager plus sereinement le fait d'avoir plusieurs enfants. Comme le souligne l'édition de ce jour du journal Le Matin, aux yeux de Beat Kappeler:

"un taux d'activité de 70 % pour chacun des deux conjoints permet un bonne organisation et assure un revenu suffisant durant les quatre à cinq premières années des enfants, les plus critiques."

"Et c'est valable pour toutes les classes sociales" assure-t-il"
.

A réfléchir.

Pour avoir accès à l'article voici le lien:

http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinheadactu/actu_suisse/bossez_moins,_les.html

Le lien vers la maison d'éditions Nagel & Kimche

http://www.nagel-kimche.ch/buch/2004/3-312-00333-4.htm

Textes de réflexion sur les politiques du père

[ Samedi 08 Mai, numéro 28 ]

Erudit est une site Internet de promotion et de diffusion du savoir universitaire. On y trouve donc plusieurs revues qui traitent de sujets aussi divers que la médecine, la sociologie ou la criminologie.

En 1997, la revue Lien social et Politique publiait dans son numéro 37 un numéro sur les Politiques du père sous la direction de Germain Dulac, du Centre d'études appliquées sur la famille de l'Ecole de Service Social de l'Université McGill (Montréal) et de Nadine Lefaucheur du CNRS-GRASS de l'Université Paris VIII.

Ce numéro traite donc de différents aspects reliés à la "paternitude" sur 11 articles regroupés en 3 sections:
- Politique et mouvances de la paternité
- La gestion du "démariage"
- Pouvoir et pratiques paternelles.

Nous vous invitons à faire un saut sur le lien suivant:

http://www.erudit.org/revue/lsp/1997/v/n37/index.html

et vous souhaitons une bonne lecture.

Un père, ça sert à quoi ?

[ Jeudi 06 Mai, numéro 29 ]

Voici un texte paru à la suite de la publication du livre de Serge Ferrand, Papa, à quoi sers-tu? paru au Editions Option Santé en 2003. Il s'agit d'un texte de François Brooks qui s'interroge sur le rôle du père.


Il me semble que cette question, mise dans la bouche d’un enfant, est née dans l’esprit d’un père qui s’est fait congédier du nid familial et qui, réduit au rôle de guichet automatique, se demande : « En tant que père, n’aurais-je pas une autre utilité? Je suis papa, en quoi suis-je utile à mes enfants? » Cette exclusion ressentie par le père lui donne automatiquement le goût de se faire désirer. Rejeté par sa conjointe, a-t-il encore une chance de se faire aimer de ses enfants? « Ma fille, mon garçon, m’aimez-vous encore? Comment puis-je vous être utile? » Et pour simplifier les choses, parce que, par les temps qui courent, les garçons semblent plus déstabilisés que les filles après le congédiement de leur père : « Mon garçon, as-tu quelque amour pour ton père? » Voilà la première question.

Dans un monde utilitariste, le statut du père ne suffit pas ; pour être aimé, il faut être utile. D’où la question de l’enfant : « Papa, à quoi sers-tu? » Amenée dans ce contexte, c’est comme si l’enfant disait : « Je veux bien t’aimer papa, mais mon amour n’est pas gratuit ; il faut que tu me sois utile à quelque chose. » C’est le monde à l’envers dirait mon grand-père. Alors que les fils ont toujours eu à faire leurs preuves pour se gagner l’amour de leur père, c’est maintenant le père qui doit se mériter l’amour du fils. De plus, cette approche mercantile caractéristique de notre société me gène parce qu’elle suscite en moi la question complémentaire : « À quoi sert-il de mettre des enfants au monde? »

La thèse romantique développée dans ce livre cherche à démontrer que le bon père est un père qui sait se faire aimer. C’est un père qui cherche à devenir copain avec son fils ; un père si blessé du rejet de ce qu’il représente, qu’il est prêt à se mettre dans une situation d’égalité avec son fils pour aller apprendre en même temps que lui à faire du canot-camping. Un père est-il l’égal de son fils? Est-ce que c’est au père de s’efforcer à se mettre au niveau de son fils pour gagner son amour ou n’est-ce pas plutôt au fils de s’efforcer de s’élever au niveau de son père pour gagner son affection? Qui doit gagner l’amour de qui? Et qu’est-ce que c’est que ce pays si malade d’amour qu’il rend les pères coupables de l’absence d’amour de leur progéniture pour eux! J’ai plutôt le goût d’inverser la question : « Mon fils, à quoi me sers-tu? »

Nous avions jadis une cellule familiale solide où on ne se demandait pas si papa nous aime. Papa se levait à cinq heure du matin. Il travaillait jusqu’au soir pour gagner l’argent sans lequel sa famille ne pouvait pas survivre. L’amour du père, c’était la survie de sa famille. Cette seule survie commandait le respect des enfants. Le plus souvent d’ailleurs les enfants étaient utiles à leurs parents. Dès leur plus jeune âge, ils s’impliquaient dans les travaux de la ferme. D’un côté comme de l’autre, le père était utile à ses fils, et les fils utiles à leur père, dans l’entreprise familiale qui consistait à se mettre mutuellement au service de l’autre. L’autorité paternelle était reconnue comme une force positive apportant la sécurité et l’harmonie. Mais aujourd’hui, la femme et les enfants survivent quoi qu’il advienne. S’ils n’y arrivent pas, l’État s’en charge. Le rôle traditionnel du père a été absorbé par l’État duquel nous sommes tous devenus les enfants. Autrefois, le père avait droit au respect de ses enfants ; aujourd’hui, il aura leur amour s’il est gentil. Autrefois les enfants étaient utiles au père qui en tirait toute sa fierté, aujourd’hui, à quoi ses enfants peuvent-ils bien lui servir? Le plus souvent, ils suivent des chemins diamétralement opposés à leur père qu’ils s’efforcent de nier par tous les moyens possibles : ils feront un métier différent, ils adhéreront à des valeurs toutes autres, il iront même jusqu'à éprouver une certaine honte à donner leur nom de famille lorsqu’on leur demandera de s’identifier. Tout comme leur mère féministe, comme s’ils voulaient être nés d’eux-mêmes, ils refuseront avec entêtement de s’identifier à leur père.

On peut très bien inverser la question et ainsi expliquer le taux de dénatalité au Québec mais une fois que les enfants sont nés, il faut faire avec. Serge Ferrand a raison de poser la question : « Papa, à quoi sers-tu? » Mais quelle est l’utilité d’un père qui serait guéri de son problème de manque d’amour et qui serait à nouveau capable d’aimer, de donner, d’être? Être père, n’est-ce pas avant tout faire quelque chose de bien, en être fier et donner à son fils un modèle gratuit? L’amour d’un père doit-il, à l’image de celui de la mère, être inconditionnel et charnel, ou ne doit-il pas plutôt présenter quelques exigences et s’affranchir du romantisme féminin? L’amour d’un fils pour son père n’est-il pas mieux démontré lorsque celui-ci se reconnaît en lui, que par des je t’aime vides de sens dont raffolent les romantiques? Et si le premier rôle du père doit être de couper le cordon ombilical[1] qui unit l’enfant à sa mère, ne doit-il pas démontrer son amour d’une manière différente et complémentaire? La femme donne un corps charnel à son fils. Le fils a-t-il besoin de la même chose de son père, ou n’aurait-il pas plutôt besoin que ce père lui donne les clefs du monde par l’exemple, l’éducation et l’instruction? Mais voilà, le père fut aussi expulsé de ce rôle depuis longtemps par l’État qui a pris en charge la formation professionnelle de ses fils et filles.

À la question « Papa, à quoi sers-tu? », ce livre propose la réponse suivante : « À être aimé ». En soi, je suis tout à fait d’accord avec l’auteur pour dire qu’il n’y a rien de plus utile pour un être que d’aimer. De toute évidence, il est bien que notre rapport au père soit teinté d’amour. Je suis aussi d’accord pour dire que cet amour doit passer par l’épreuve d’une initiation au monde tant matériel que spirituel. Mais il me semble que l’aspect spirituel ait été remplacé par l’aspect émotionnel. Nulle part je n’y ai trouvé l’importance de l’influence philosophique que le père doit exercer sur sa progéniture. L’amour intellectuel est devenu tabou mais n’y aurait-il pas lieu de le réhabiliter? L’être humain est un tout composé d’un corps, d’un cœur et d’un esprit. Enlevez un de ces trois aspects et il apparaîtra une sorte de monstre incomplet qui cherche à combler son manque par mille artifices aveuglants.

Serge Ferrand n’a jamais rempli son rôle de père mieux que durant la période où il travaillait à sa bande dessinée. Son fils Jesson le confirme à la page 41 : « …C’est excitant de suivre ta carrière, tu sais! Pour moi, c’est un success-story… si, si, je t’assure! … J’ai vu la façon dont tu as été récompensé par ton travail! J’ai toujours eu l’impression que tu travaillais fort et que tu réussissais. Quand je te regardais en train de dessiner ta bédé, avec cette lumière qui se reflétait de ton papier sur ta figure… je me souviens de tout, c’est comme si c’était hier. T’étais un personnage… quelqu’un de très solide. Je te voyais carrément comme… invulnérable. » Un père stoïque qui, loin des je t’aime romantiques, s’acharnait à réaliser ce en quoi il croyait le plus. Plus que l’objet de son travail, c’est dans son attitude à la tâche que Jesson voit l’homme qu’il reconnaît comme son père : un père qui a réussi.

L’amour philosophique, intellectuel ou spirituel (appelez-le comme vous voudrez), a ceci de particulier qu’il se distingue de l’amour charnel et de l’amour romantique. Il est caractéristique au père. Il naît d’une admiration qui n’a que faire du charme ou de la séduction. Si le père a à regagner une fonction dans l’éducation de ses fils et filles, c’est en se distinguant par sa pensée, sa foi et sa détermination. Bien sûr, il y aura confrontation ; il y a toujours eu confrontation entre père et fils. Mais à la différence de l’amour maternel inconditionnel, celui du père pose des exigences qui obligent son fils ou sa fille à se dépasser. L’amour qui en naît est celui qui naît entre deux adversaires qui se confrontent et duquel le plus faible apprend du plus fort. Le domaine de l’amour inconditionnel est déjà envahi par la mère et par l’État. C’est de l’amour qui engage à se surpasser que notre progéniture a maintenant besoin pour son équilibre.

Devant l’immense propagation de la médiocrité dans tous les domaines, n’est-il pas évident que nous avons, plus que jamais, besoin que renaisse le désir de se surpasser et du travail bien fait. Si le père doit servir à quelque chose n’est-ce pas comme modèle, d’idéal, d’honnêteté et d’intégrité que nous en avons besoin? Domaines dans lesquels, à ce qui me semble, le féminisme n’a pas aidé à faire progresser les choses depuis son avènement, bien au contraire.

« Si tu n’aimes pas tes enfants, fais leur la vie facile » nous disait Robert Heinlein.

[1] Si on admet cette thèse selon laquelle le principal rôle du père consiste à couper le cordon ombilical de l’enfant, doit-on s’étonner que les mères, affranchies de la dépendance envers leur mari, l’aient congédié et s’opposent farouchement à toute intervention dans leur relation symbiotique avec ses enfants? N’est-ce pas d’ailleurs pour empêcher que l’on dénonce cette immoralité que les mères ont pris l’assaut les pères pour leur inventer quelque immoralité pour que la cour les écarte systématiquement du giron familial?


Merci à François Brooks pour l'autorisation de reproduire son texte.

Pour avoir accès à l'ensemble du texte, le lien est le suivant:

http://www.philo5.com/Feminisme-Masculisme/040425%20Papa%20a%20quoi%20sers-tu.htm

Pour le résumé du livre de Serge Ferrand, Papa, à quoi sers-tu? paru au Editions Option Santé en 2003:

http://www.optionsante.com/livre_papa.html

Les paradoxes du père nécessaire et du père abject

[ Vendredi 30 Avril, numéro 25 ]

La fragilité de la paternité dans la société québécoise : le paradoxe du père nécessaire et du père abject

Germain Dulac Ph.D., sociologue et chercheur Centre d'études appliquées sur la famille, École de service social de l'Université McGill écrivait un article en août 2000 sur les différentes représentations que la société, en particulier la société québécoise, se faisait de l'image du père.

Cet article est intéressant et nous l'avons relevé parce qu'il est toujours d'actualité et que les questions qui y sont soulevées sont centrales. Parmi elles, celle de l'absence quasi totale d'une représentation positive du père et de la paternité, de la vision collective de la famille. En d'autres mots, on parle des mères et des enfants, les pères quant à eux... Sans doute sommes-nous en parti responsable de notre absence du concept actuel de la famille et avons-nous un espace à reconquérir.

Cette absence va évidemment au delà de l'imaginaire. Pratiquement, elle a ses effets sur l'ensemble du processus de mise en place d'une politique de la famille en général et de ses implications au niveau de la définition de politiques de santé publique en particulier. En effet, en Suisse et particulièrement à Genève, les pères et le concept de paternité comme éléments essentiels du développement des enfants et des différents aspects de leur santé sont absents de ce processus. Pour beaucoup, ceux qui veillent à développer des concepts tels que ceux défendus par Père pour toujours Genève (co-responsabilité, équivalence parentale, formation à la parentalité) sont malheureusement souvent perçus comme des hommes ayant "découverts leur rôle de père après un divorce" ou pire comme des "hommes dans la colère et frustrés".

Comme le souligne l'auteur:

Cet article soulève des questions qui, à première vue, ne sont pas évidentes parce qu’elles ne sont pas encore instituées en savoir officiel.

(...)

Plusieurs facteurs contribuent à fragiliser la paternité. Nous sommes plusieurs à avoir documenté le comportement des hommes, leurs manières de concilier le travail et la famille, de vivre les transitions familiales et les crises de la vie. En revanche, peu de personnes se sont véritablement intéressées aux représentations sociales de la paternité.

LE DISCOURS SOCIAL PARADOXAL : LE PÈRE NÉCESSAIRE ET ABJECT

Nous vivons un moment de l’Histoire où les sociétés développées sont confrontées à des changements si violents et si rapides qu’il est souvent difficile de trouver une cohérence, de faire du sens avec ce qui se passe.

Du côté des institutions, par exemple, qui peut aujourd’hui me décrire ce qu’est une famille ? Difficile d’avoir la réponse juste; d’ailleurs, on parle plutôt des familles, ne dit-on pas que la famille est à géométrie variable, qu’elle a de multiples facettes, qu’elle est souvent atypique,...

(...)

Ce qui est vrai des institutions l’est aussi pour les normes qui définissent le rôle du père. Plusieurs personnes hésitent désormais avant de définir ce qu’est un père. Si nous divergeons d’opinion sur ces points, cela n’est pas sans lien avec le fait que, comme société, nous vivons sous l’emprise d’un paradoxe du père nécessaire et du père abject. D’un côté, on nous dit que le père est nécessaire; de l’autre, il serait un être immoral, indigne de notre confiance. Il est important de prendre un peu de temps pour mettre en place les éléments constitutifs de ce paradoxe, partout présents et qui s’immiscent de manière insidieuse dans notre vie.

LE NÉCESSAIRE PÈRE ET LES CONSÉQUENCES CATASTROPHIQUES DE SON ABSENCE SUR LES ENFANTS

Le premier volet de ce paradoxe est à trouver dans tous les débats qui traitent de l’importance du père et de son corollaire, à savoir les conséquences catastrophiques de son absence sur les enfants.

Le rôle du père s'est longtemps résumé aux tâches de pourvoyeur. Mais, depuis l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, les rôles masculins sont le théâtre d'un déplacement de la fonction centrale du père où le rôle d'agent de socialisation est plus important qu'auparavant. Le déplacement des éléments, attributs et caractéristiques qui définissent le rôle du père s'est fait graduellement. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître aujourd’hui, il a fallu faire la preuve que les pères étaient capables de paterner.

Aujourd'hui encore, on cite les travaux de Parke, et de Lamb, qui datent du début des années 1970, lorsqu’il est question de soutenir le fait que les hommes sont capables d'interagir avec les nouveau-nés ou d’interpréter les mimiques, les cris et le langage corporel des enfants. Je précise cela pour signaler que durant les années 1970 on s’interrogeait sur la capacité parentale des pères. L’idée, selon laquelle les hommes ont un potentiel nurturant (pour reprendre une expression anglaise) ne s’est pas imposée facilement dans l’esprit des gens. Aujourd’hui, elle n’a pas acquise la place qui lui revient, car bien des gens ne sont pas prêts à admettre le corollaire à savoir que le fait d’être parent ne peut plus se résumer au fait biologique de la maternité et de l'accouchement. Ce qui revient à dire que la parentalité ne relève pas du domaine exclusif des femmes pas plus dans la tendre enfance qu’à d’autres moments de la vie des enfants. Bien des gens considèrent encore la bipolarité des fonctions parentales : un âge de la mère et un âge du père. Cela veut donc dire que s’il y a du travail à faire du côté des pères, il y a aussi un travail à faire du côté des mères pour qu’elles lâchent prise.

(...)

La légitimité de la paternité a donc passé par l'institutionnalisation de l'équivalence entre le maternage et le paternage et je me prends à penser qu’on n’a pas encore dépassé ce débat.


Les questions posées par Germain Dulac peuvent-elles s'appliquer à la problématique de la paternité en Suisse ? Nous pensons que oui. Les problèmes et défis des pères, d'ici et maintenant, restent les mêmes et l'évolution nécessaire pour la reconnaissance de notre "paternitude" et de notre rôle auprès des enfants est encore bien embryonnaire.

Pour avoir accès à l'article de Germain Dulac, publié par le Centre de Jeunesse de Montréal, Institut Universitaire, le lien est le suivant:

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/cmulti/defi/defi_jeunesse_0006/sommaire.htm

Méprise et erreur sur la personne

[ Jeudi 29 Avril, numéro 24 ]

Pourquoi un tel titre. Dans le numéro 22 de notre chronique je citais Francine Allard, romancière, comme étant l'auteur de l'article intitulé: "Comment valoriser le rôle du père et promouvoir son engagement parental". En fait, il y a eu erreur sur la personne. La Francine Allard que j'avais citée est en fait assistante sociale et non pas romancière. Il y a donc deux Francine, la romancière un peu rêveuse et l'assistante sociale qui écrit des choses sérieuses.

Cependant, la romancière, bien qu'elle soit rêveuse, du moins c'est ainsi qu'elle se qualifie, a quand même son opinion sur les pères et elle ne m'en voudra sûrement pas en citant quelques extrait d'un de ses textes écrit à ce sujet qui s'intitule Les pères

Les pères

Texte de Francine Allard

Juin 2002

Dans mon œuvre, j’ai moult fois célébré le père présent. Le père que fut le mien et aussi celui que j’ai donné à mes enfants. Dans mes chroniques quotidiennes (www. matin.qc.ca) , je ne l’ai pas oublié non plus. Depuis quatre ans, je célèbre le père présent, le père attentif, le père tendre. J’ai vilipendé le père violent. Le père absent. Mais j’ai aussi conspué la femme despote qui, de plus en plus, à l’abri d’un féminisme réactionnaire, retire subtilement l’idée même du père de la tête de ses enfants dès que survient une séparation. Insidieux lavage de cerveaux innocents.

Lorsque j’ai compris le ravage que l’absence du père était en train de créer chez les adolescents québécois, j’ai tenté de parler à mes consoeurs. J’ai questionné la désormais affaire Fabienne Brin. Pourquoi Marc Habib Eghbal était-il coupable d’avoir enlevé Sara alors que des milliers de mes congénères féminines enlèvent leurs enfants à l’année longue sans que la justice n’ait la moindre réaction? Pourquoi un homme n’a-t-il pas le droit de voir ses enfants dès qu’il cesse d’être un bon amant pour sa femme? Pourquoi un homme qu’on a chéri passionnément et qui a été jusque-là un bon père, devient-il un crétin immonde, dangereux et violent dès que survient la grogne dans le couple? Pourquoi le balancier, retenu par les féministes enragées, ne revient-il pas du côté des hommes pour s’immobiliser au milieu de leurs différences? Pourquoi les femmes ont-elles le droit de ne compter que sur une pension monétaire de leur ex conjoint qui lui, doit payer sans avoir le droit de voir ses enfants? Et, question ultime : si, comme le prétendent les psys de tout acabit, seules les femmes possèdent la structure affective pour s’occuper des enfants, pourquoi accorderait-on le droit aux homosexuels d’en adopter?

Toutes ces questions, suis-je la seule à me les poser et à les poser aux divers gouvernements? Dans les différents médias au Québec, on n’interroge pas le féminisme. On ne risque pas sa réputation en semant pareilles interrogations. On fait la sourde oreille au désespoir des hommes. On ne se recueille pas sur les milliers de suicides masculins causés par le déni de leur paternitude. On ne cherche pas non plus à modifier nos gestes. On se tait, c’est tout. Au Québec, les médias renvoient les lettres d’opinion des lecteurs qui questionnent le despotisme des femmes et la mesquinerie des avocats. Les journalistes refusent d’ouvrir un œil sur les desperados que sont devenus les hommes depuis que leurs compagnes ont découvert qu’elles peuvent vivre sans eux. Qu’elles peuvent désormais créer la vie sans eux. Qu’elles peuvent nier jusqu’à leur existence.

(...)


Francine Allard


Pour avoir accès au texte complet, le lien suivant vous y donne accès:

http://www.francineallard.com/editoriauxTexte.php?id=23


Pour avoir accès au site de Francine Allard, romancière, l'adresse est la suivante:

http://www.francineallard.com

Comment valoriser le rôle du père et promouvoir son engagement parental

[ Mercredi 28 Avril, numéro 22 ]

Parmi les objectifs de Père pour toujours Genève la promotion de la coparentalité, de l'équivalence parentale et la formation à la parentalité sont essentiels.En 1999, sur le site de Petit Monde, Francine Allard, a publié un article sur la promotion des pères et de leur engagement parental.

Celle-ci écrivait:

En 1993, La Politique de périnatalité affichait sa conviction quant à l'importance du rôle du père et reconnaissait la compétence parentale des pères et des mères. Enfin, Le plan d'action jeunesse de la région de Québec, recommandait d'accorder une attention particulière aux pères (1994): «Une attention particulière doit être apportée aux activités de promotion et d'interventions qui s'adressent de façon spécifique aux pères. On a déjà démontré les liens existants entre la force ou la faiblesse de l'attachement et le développement des attitudes liées à la protection ou à l'abus. Trop souvent, le réseau ne s'adresse qu'aux mères et consolide les stéréotypes de rôles. Il faut trouver des moyens favorisant l'implication des pères et des conjoints de fait.» p. 17

Les autres questions et points soulevés par Francine Allard dans cet article était:

- Qu'est-ce qu'un père engagé?

- Comment définit-on l'engagement paternel?

- Les mécanismes sociaux qui favorisent le désengagment paternel

- Les éléments qui encouragent l'éclosion de l'engagement du père?

- Comment valoriser le rôle du père et promouvoir son engagement parental?

Cet article vous intéresse ?

Pour y avoir accès voici le lien:
http://www.petitmonde.com/iDoc/article.asp?id=2952

La bibliographie de l'article est disponible à l'adresse suivante:
http://www.petitmonde.com/iDoc/article.asp?id=2951

L'adresse de Petit Monde, un portail canadien sur la famille et l'enfance, est la suivante:
http://www.petitmonde.com

 
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