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La coparentalité comme règle

[ Vendredi 16 Mai, numéro 120 ]

Journal le Temps du 16 mai 2007

Questions à

Paul Ménard

Président de Père pour toujours, Genève

Le Temps
Vous organisez un rassemblement samedi* pour la création de l’Association suisse pour la coparentalité (GeCoBi). Ses objectifs?

Paul Ménard
Les temps sont mûrs pour changer la pratique en cas de divorce. L’autorité parentale conjointe doit devenir la règle, comme le demande un postulat du conseiller national Reto Wehrli.

Le Temps
Mais n’est-elle pas prévue dans le nouveau droit du divorce? Peut-on forcer les gens à s’entendre?

Paul Ménard
L’autorité conjointe est prévue par la loi, mais on y renonce à la moindre réticence.
Par exemple, l’avocat de la femme dissuade cette dernière de s’y engager, arguant qu’«elle n’a rien à y gagner». Nous demandons que l’on parte du principe d’une obligation d’entente: la garde conjointe serait la règle par défaut. Son refus devrait être justifié.

Le Temps
Vous citez le modèle de la ville de Cochem, en Allemagne. En quoi consiste-t-il?

Paul Ménard
Le processus de séparation est traité par un Tribunal de la famille pluridisciplinaire, comprenant des juges mais aussi des assistants sociaux ou des médiateurs. Dès le départ, un support est mis en place pour aider le couple à trouver une solution de vie future. C’est seulement après que le juge intervient. Aux dernières nouvelles, ce modèle a été adopté récemment au niveau national. Le juge Jürgen Rudolph, de Cochem, sera l’un des orateurs présents samedi.

Le Temps
On a l’impression que les pères en Suisse se battent ponctuellement en cas de divorce difficile mais ne nourrissent pas un véritable mouvement.

Paul Ménard
C’est en train de changer. L’avènement du GeCoBi, qui regroupe les associations paternelles au niveau national, est un signe. Il y a un vrai mouvement de fond.

Propos recueillis par Anna Lietti.

*Samedi 17 mai, 14h30, place Fédérale, Berne.

Le succès de la coopération ordonnée "modèle de Cochem"

[ Dimanche 27 Avril, numéro 119 ]

Coopération ordonnée dans le conflit familial comme processus d’ajustement : Réflexions théoriques et transposition pratique*

Professeur Dr Traudl Fuechsle-Voigt, Coblence**

D'un point de vue psychosocial - se basant sur l'approche par la théorie classique des dissonances à l’ajustement de conflits - des réflexions sont émises pour déterminer dans quelle mesure une coopération ordonnée dans le conflit familial peut y amener un ajustement et ainsi provoquer une désescalade de ce conflit. Ces réflexions portent sur toutes les parties prenantes au conflit : d'une part au niveau des personnes concernées, mais également au niveau des professionnels. Afin d’appréhender un Modèle, l’on a en outre examiné dans quelle mesure l’intervention professionnelle dans le conflit familial représente une fonction de modèle pour les parties concernées. Enfin, un modèle pratique de réussite - dénommé "Modèle de Cochem" - est proposé car il fonctionne avec succès depuis des années grâce à la coopération ordonnée.

Remarque préliminaire

Puisqu'il s'agit ici de contribution à la coopération interdisciplinaire entre les professionnels juridiques et psychosociaux, où l'auteur appartient au second groupe, le professionnel juridique a d’abord été amené à se familiariser avec le mode de pensée psychologique et la forme abrégée de la théorie psychosociale. Toutefois, celui qui n'est intéressé qu'à l'aspect pratique de la coopération ordonnée, peut se reporter directement à la section (IV).

Réflexions théoriques

En 1998, l'espoir d’un changement de mentalité dans le conflit familial a été lié à l'introduction de la nouvelle loi sur la filiation : dans l’esprit de tous les participants et parties concernées, le mode de pensée Gagnant-Perdant devait être supprimé. En lieu et place, devait prédominer l'esprit de la médiation afin d’atteindre une désescalade et une solution du conflit de manière extrajudiciaire.
Les résultats de recherche de Proksch, qui a mené pour le Ministère Fédéral de la Justice une étude complète concernant les conséquences de la réforme de la loi sur la filiation, montrent que cela a réussi jusqu'à présent, en ce sens que la proportion des parents ayant la garde commune est passée d’environ 17% pour atteindre désormais plus de 80%. De surcroît, ces parents communiquent considérablement plus. En revanche, pour les couples dont un des parents a la garde unique, l’on se querelle fréquemment et violemment sur le droit de visite et l’on communique à peine au sujet des enfants. De surcroît, la moitié des parents non gardiens cessent presque complètement le contact avec les enfants 1 .

Comment dès lors la prise de conscience espérée atteint-elle ces parents, en d’autres termes comment se représentent-t-ils psychologiquement ce processus qui concerne l’individu (au niveau micro) et peut mener à un changement de paradigme (au niveau macro) ?

D’un point de vue psychologique, il s’agit d’un processus d’ajustement de conflit qui implique tant les professionnels que les personnes concernées.
La littérature psychosociale pertinente nous donne des indications sur la manière dont cela fonctionne.

Selon la Théorie de la Dissonance cognitive du psychologue américain Leon Festinger 2 , les gens aspirent à vivre en harmonie avec eux-mêmes, c’est-à-dire unir leurs comportements, pensées, opinions et sentiments de concert.
Traduit dans la terminologie de la recherche d’ajustement cela se produit quand les comportements, les composantes cognitives (la pensée) et affectives (les sentiments) ne sont pas en contradiction les uns avec les autres. Maintenant, pour provoquer une modification d’ajustement, une telle contradiction doit être produite. Cela se réalise quand les modes de pensée, de sentiments et de comportements existants sont remis en question par de nouvelles informations, sentiments et structures de comportement. La dissonance existante entre les modes d’ajustement est ressentie comme désagréable, et l’on tente de reconstruire une consonance et une harmonie. Pour cela, différentes stratégies sont utilisées : soit les composantes d’ajustement sont modifiées et remises en place à nouveau, ou bien a lieu une réévaluation, incluant de nouveaux aspects, afin de réduire la dissonance.

Ces actions délimitent le processus de la modification d’ajustement.

Modification d’attitudes dans le conflit familial comme réducteur de dissonance

Les réflexions théoriques ci-dessus sont maintenant transposées ci-après sur la thématique existante.

Considérons d'abord les parties concernées par le conflit familial lui-même : les ajustements, avec lesquels le couple déchiré tire dans le "champ de bataille", sont généralement harmonieux et consonants pour les deux partenaires, dans la mesure où la pensée (composante cognitive), les sentiments (composante affective) et le comportement sont alignés sur le principe de "détruire l’autre".

Pour toutefois maintenant atteindre une désescalade et une médiation eu égard à la prise de conscience espérée, il est quasi indispensable que les ajustements négatifs du couple doivent d'abord être fracturés, ce qui signifie mener à la dissonance.
Comme tous les conseillers le savent, cela ne fonctionne pas tout simplement en disant au couple, qu’il doit quand même voir les côtés positifs du partenaire (cognitif) ou qu’il doit tout de même se rappeler qu’un jour l'autre fût le grand amour et que cela ne peut simplement s’oublier (affectif). De même que les conseils bien intentionnés "maintenant, quand même, mettez-vous ensemble et tâchez, au moins pour l’enfant, de trouver une solution acceptable pour lui", sont prodigués dans le vide, dès lors qu’au moment d'une séparation ces ajustements négatifs sont déjà très centralement et solidement ancrés dans le système de personnalité existant du partenaire.

Une approche à la production de dissonance se retrouve sur la composante du comportement ou sur une modification organisée de cette dernière : si le couple redevient « organisé » pour coopérer, les aspects négatifs cognitifs et affectifs restent cependant présents et ne sont plus ajustés avec l’objectif, dès lors qu'on se rencontre maintenant dans un service de conseils et que l’on coopère eu égard à l'élaboration d'une solution consensuelle par l’intermédiaire d'un conseiller.

L'état de la dissonance provoquée est difficilement supportable par l’homme, suivant les réflexions théoriques exposées ci-dessus et l’on s’efforce de modifier cet état. Cela signifie qu’il n’est pas possible à terme pour les partenaires de voir l’autre sans le haïr profondément, en ne pensant à rien de positif à son égard et de devoir malgré tout coopérer avec lui.

En réalité, seules les stratégies réduisant les dissonances sont valables, comme par exemple "l’autre n’est quand même pas si mauvais", "il/elle veut aussi le meilleur pour l’enfant" ou même "si je dois à nouveau rencontrer le partenaire, il faut qu’au moins quelque chose de positif en sorte". D'autres exemples existent, pour vérifier qu’une modification d’ajustement comme procédé de réduction de dissonance (ou réalisation de consonance) est le seul moyen qui fournisse une base pour atteindre des conventions solides, réglées extrajudiciairement, dans le conflit familial.

La coopération ordonnée signifie : tous les intervenants professionnels dans le conflit familial - avocats, juges, conseillers aux tribunaux de la jeunesse et/ou services de conseils tout comme les experts éventuels - doivent participer au conflit familial d’une manière tenace afin que des procédures contestables ne sont pas permises et que la responsabilité parentale soit renforcée, en élaborant toujours une solution consensuelle de manière forcée. Cela signifie encore que le partenaire déchiré ne peut en aucun cas trouver auprès des professionnels mentionnés ci-dessus un écho quant à une procédure marquée par le mode de pensée habituel Gagnant-Perdant et son attitude de destruction vis à vis de l’autre.

Cela ne peut évidemment fonctionner que si les professionnels sont eux-mêmes disposés à permettre le déroulement de ce processus de modification d’ajustements en se basant sur l’estime et l’acceptation mutuelle et ne sont plus au stade de la méfiance, de la compréhension falsifiée et rejettent le mode de pensée prédominant Gagnant-Perdant. Cela veut encore dire qu’une forme de coopération interdisciplinaire doit être développée, par laquelle tous les professionnels s'acceptent mutuellement et poursuivent le même objectif : travailler avec les moyens de désescalade au travers d’une coopération ordonnée. Les étapes de développement reprenant les éléments ci-dessus : des réunions régulières de tous les professionnels, la suppression des préjugés, le développement de l’estime et de l’acceptation mutuelles eu égard à l'objectif à atteindre.

De cette façon, se crée une fonction de modèle du point de vue psychologique qui agit à titre d’exemple pour l'apprentissage de ce modèle par toutes les personnes concernées. Quand, pratiquement, une forme paisible de coopération entre avocats, juges, etc. est établie, cela réduit le potentiel de polémique du couple qui, n’est plus, du reste, en luttes violentes avec les professionnels - comme cela est, malheureusement, encore trop fréquemment le cas. Par leur façon de coopérer, les professionnels montrent ainsi, pratiquement, au couple en conflit qui se sépare, comment l’on peut élaborer une solution commune malgré des positions peut-être différentes.

Un exemple pratique réussi : "Le Modèle de Cochem"3

En 1992, pour la première fois les collaborateurs de l'Office de la Jeunesse et des Affaires de Famille se sont rencontrés, afin d’échanger quant à leurs méthodes de travail dans les cas de séparations et divorces. Rapidement des contacts furent établis avec les Tribunaux de Famille, où le juge de famille en fonction Jürgen Rudolph était convaincu par l'idée que des possibilités devaient être trouvées, pour coopérer de manière interdisciplinaire afin de réduire les conflits.

Ensuite, une coopération ciblée entre les professionnels "a été ordonnée" utilement par Jürgen Rudolph, ce qui a eu pour conséquence que, dans le district Cochem-Zell, tous les avocats y établis, tous les collaborateurs des Tribunaux de la Jeunesse et Conseillers Experts se sont engagés, malgré des discussions au départ violentes, à poursuivre un objectif commun par le biais de réunions, désormais devenues régulières : dans toutes les affaires qui concernent un enfant impliqué dans un conflit de séparation, procéder exclusivement en aplanissant les conflits.

Cet objectif se laisse décrire comme un processus de modification de l‘ajustement de la théorie de la dissonance. Les professionnels qui participent au conflit familial se sont d’abord rejetés mutuellement ou se sont vus douteux, jusqu’à la méfiance, même parfois dans leur propres activités ils ne comprenaient pas ou n’acceptaient pas, qu’au travers de cette obligation de se connaître, ils devaient réduire leurs dissonances.
Cela se produisit, en rencontrant l’autre, pour développer enfin une compréhension mutuelle, une acceptation, de l'estime, une recherche commune d'objectifs et une alliance de travail commune. En pratique, cette coopération ordonnée est allée si loin chez les professionnels que, par exemple, des avocats qui avaient plutôt adopté au départ une méfiance par rapport à cette alliance, et qui continuaient à présenter leurs dossiers toujours formulés de manière litigieuse dans les débats judiciaires ont été avertis directement par le juge de famille, et énergiquement rappelés à l’ordre au cours de leur participation aux réunions des groupes de travail.

La coopération ordonnée a ainsi été transposée en concept de travail au niveau de tous les intervenants. Face à la nouvelle donne, les personnes concernées (généralement des avocats) ont été orientés, dès le départ d’une action, à demander conseil directement auprès du Tribunal de la Jeunesse ou auprès de Conseillers, afin de développer des règles communes. Si cela ne réussissait pas, le problème était encore discuté en débats judiciaires et, éventuellement, une réunion obligatoire était fixée par téléphone directement avec le juge de la Famille. Les personnes concernées devaient souvent se rendre directement à la médiation auprès d’un collaborateur du Tribunal de la Jeunesse. Même quand des experts étaient nommés, ceux-ci travaillaient selon les règles de séparation des conflits et/ou en diagnostic d’intervention. Cela signifie que les personnes concernées ont appris que pratiquement à tous les niveaux, elles n’avançaient pas en pensant « Gagnant-Perdant ». Elles ont en outre fait l'expérience que, par exemple, dans les débats au tribunal, elles s’engageaient dans des conversations constructives et s’efforçaient d’atteindre des solutions, et ne vivaient plus de lutte entre les avocats des parties, les juges, les collaborateurs du Tribunal de la Jeunesse et tous autres responsables.

Auprès de la plupart des personnes cela a conduit au changement d’ajustage souhaité, de sorte que des règlements solides et encourageants pour les enfants pouvaient être trouvés et que les parents ont avant tout senti qu'ils étaient capables d’atteindre ces résultats ; chose qui, auparavant et sans la coopération ordonnée, était tenue comme impossible.
Déjà avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la filiation, avec cette procédure de la coopération ordonnée, les décisions de gardes communes avaient augmenté dans le district Cochem-Zell pour atteindre 60% (la moyenne fédérale s'élevait alors à environ 17%). En outre, entre 1996 et 1999, il n'y a pas eu une seule décision litigieuse concernant le droit de visite. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la filiation, le nombre des gardes communes approche les 100%.

Ces succès ont été remarqués par les politiques. À côté des invitations aux réunions techniques et aux auditions dans les ministères de la Rhénanie-Palatinat, un représentant du modèle de Cochem a été rapidement invité au comité du droit de la famille du groupe parlementaire CDU/CSU à Berlin.

En octobre 2002, le groupe de travail de Cochem célébrait son 10 ème anniversaire par une réunion technique régionale et incitait ainsi à une collaboration interdisciplinaire supra régionale.

Cela eut enfin lieu en octobre 2003. Avec le soutien des ministères de la Rhénanie-Palatinat pour la justice et le travail, les affaires sociales, la famille et la santé (MAFSG) et du président du Tribunal Régional Supérieur de Coblence, une conférence nationale "Séparation et Divorce" a été créée avec pour objectif de développer au niveau supra régional des concepts de travail similaires dans la coopération interdisciplinaire4 . Le MASFG avait procédé auparavant à une enquête auprès de tous les tribunaux de la Jeunesse de Rhénanie-Palatinat concernant des groupes de travail existants "Séparation et Divorce" et avait mis ces résultats à disposition pour l'invitation à la fondation de la conférence nationale à Cochem.

Résumé et perspective

Le " Modèle de Cochem " exposé est un modèle d'action à la coopération interdisciplinaire dans le conflit de famille. Le noyau central en est la méthode de coopération ordonnée au niveau des professionnels et des personnes concernées. Ce modèle est issu de la pratique et s'est avéré jusqu'à présent très réussi. Nous avons tenté ici, pratiquement, de débroussailler théoriquement ce succès, basé sur la recherche d’ajustement psychosocial classique et sur la théorie la plus connue - la théorie de la dissonance -. De cette façon, les règlements extrajudiciaires obtenus au moyen de la coopération ordonnée dans le conflit familial comme processus de modification d’ajustement sont démontrés.
Les avantages de ce modèle qui par son mode de travail entrevoit les possibilités de solution des conflits extrajudiciairement et qui permettra au législateur de le codifier, peuvent se résumer comme suit :

1. La forme de coopération interdisciplinaire ne représente pas une finalité en soi, que ce soit sur les plans juridiques, psychologiques ou du travail social, mais il s'agit d’une nouvelle perspective globale et interprofessionnelle stimulante.

2. Des frais sont économisés tant pour les personnes concernées que pour les responsables de l’Etat.

3. L’on travaille avec les parties concernées dans le sens des ressources et non pas dans celui des déficits. La capacité à la prise en charge de responsabilité parentale est ainsi renforcée.

4. Surtout pour les enfants, mais également pour les adultes, des charges psychiques sont largement évitées. De cette façon, un effet préventif est obtenu eu égard au maintien de la santé physique et mentale, ce qui à nouveau entraîne des économies.

5. La satisfaction est élevée auprès des personnes concernées, car les solutions élaborées sont généralement solides. La satisfaction est élevée aussi chez les professionnels, puisqu'ils ne s’épuisent pas par des luttes de compétence ni par des tensions inutiles.

6. Grâce à cette forme de coopération, les professionnels représentent aux yeux des personnes concernées un exemple dans la gestion de conflits.

* avec l´aimable autorisation de la revue allemande « Familie, Partnerschaft und Recht » (FPR). Cet article était publié d`abord en Allemand en FPR, 2004, Heft 11, 600-602

** L'auteur est Professeur de Haute École et expert en matières familiales, membre du groupe de travail Séparation et Divorce de Cochem.

1 Selon p. ex. Proksch, Conséquences de la réforme de loi sur la filiation pour le travail en réseau des professionnels, dans : Documentation de la réunion technique du Ministère du Travail, des Affaires Sociales, de la Famille et de la Santé en coopération avec le Ministère de la Justice "Transposition de la loi sur la filiation - Mise en réseau des Professionnels", Groupes de travail Séparation et Divorce, 2003.

2 Voir pour cela p. ex. les déclarations dans Wellhoefer, Grundstudium Sozialpsychologie, 2. Edition (1988).

3 Le développement du "Modèle de Cochem" est exposé dans Fuechsle-Voigt, Zeitschrift für Mediation 1998, 126 à 127 (Revue pour Médiation 1998, pp.126 à 127). Les actualisations ainsi que les activités sont reprises dans les documentations du SPD-Landtagsfraktion Rhénanie-Palatinat, sur le sujet "Nouveaux chemins dans la politique familiale", juin 2002, et la réunion technique du Ministère du Travail, des Affaires Sociales, de la Famille et de la Santé en coopération avec le Ministère de la Justice "Transposition de la loi sur la filiation - Mise en réseau des Professionnels", Groupes de travail Séparation et Divorce, 2003, ainsi qu'en ligne sous www.ak-cochem.de.

4 Voir pour cela les comptes rendus de Fuechsle-Voigt, et Trossen, dans : Mediationsreport Avril et Décembre 2003.

L'intérêt supérieur de l'enfant peut être assuré après un divorce

[ Jeudi 24 Avril, numéro 118 ]

Andreas Zulian, chef de section au Service genevois de protection des mineurs, revient sur l'autorité parentale conjointe (LT des 18.4 et 18.5) et décrit les avantages du système.

Alors que la question d'une autorité parentale conjointe de principe fait l'objet de débats aux Chambres fédérales, suite au dépôt d'une motion en ce sens au Conseil national, et qu'un rapport du Conseil fédéral portant sur une éventuelle modification de la loi est attendu, l'autorité parentale conjointe (APC) constituait, d'ores et déjà, une innovation majeure du nouveau droit du divorce, entré en vigueur en janvier 2000.

Dans le régime actuel de la loi, l'attribution de l' autorité parentale et de la garde de l'enfant à l'un des parents est la règle. Le maintien en commun de l' autorité parentale est l'exception, soumise à des conditions.

Une autorité parentale conjointe ne peut être ordonnée contre la volonté d'un des parents. Il suffit qu'un des parents ne soit pas d'accord pour que le partage de l' autorité parentale ne soit plus rendu possible.

L'exigence d'un accord parental formel laissant la possibilité, au moment de la séparation, à un refus de tout partage de la responsabilité parentale par un parent réfractaire, pose la question de savoir si cette possibilité ouverte par la loi est conforme à la sauvegarde de l'intérêt de l'enfant ou si elle n'est pas le prélude à un désinvestissement parental.

A Genève, l'évaluation sociale de la situation de la famille et de l'enfant est confiée systématiquement par le Tribunal de première instance au Service de protection des mineurs (SPMi), pour lui au secteur des évaluations sociales (ES).

Source d'information professionnelle, le rapport qui en résulte évalue la conformité des accords parentaux avec l'intérêt de l'enfant et conclut à un préavis. C'est notamment sur ce rapport que se fonde le Tribunal de première instance pour déterminer l'intérêt bien compris de l'enfant et fixer l' autorité parentale sur celui-ci, ainsi que ses relations personnelles avec le parent non gardien.

Confrontée par sa pratique depuis l'entrée en vigueur du nouveau droit, à toutes les particularités des cas d'espèce, l'équipe des ES formée de quinze collaborateurs sociaux réunissant de solides compétences professionnelles dans le champ de l'action socio-éducative, a développé, sous la conduite d'experts de l'enfance, de la famille et/ou du droit, une réflexion sur l' autorité parentale conjointe et une analyse de sa pratique d'évaluation. Pour l'année statistique écoulée (septembre 2005-août 2006), le secteur des évaluations sociales a traité 1721 évaluations dont 872 demandes en divorce parmi lesquelles 416 en accord complet. Selon nos données, 410 demandes pour le maintien de l'accord parental conjoint ont été effectuées.

La question de l' autorité parentale, qui est directement remise en cause par le divorce, fait souvent office de paratonnerre, suivant l'intensité du conflit conjugal.

Or, il est aujourd'hui généralement admis que le maintien de l' autorité parentale conjointe au-delà du divorce, en reconnaissant la place et le rôle de chacun des parents sur le terrain de la coparentalité, est une réponse équilibrée afin de préserver le bien- être de l'enfant et de promouvoir une parentalité indépendante du statut juridique des parents.

Par conséquent, nous sommes souvent amenés à devoir clarifier avec les parents les notions de garde et d' autorité parentale.

Dans un souci de prévention touchant à l'intérêt de l'enfant, nous sommes aussi amenés à rappeler au parent se sachant privé de l' autorité parentale la permanence de sa parentalité, quand bien même il menace déjà l'enfant de son désinvestissement.

Dans cette optique, et pour éviter que toute relation conflictuelle ne vienne signer l'arrêt d'une autorité parentale conjointe, une analyse du conflit parental est nécessaire.
Pour ce faire, nous examinons le degré de réalisation de toute une série de critères d'évaluation touchant à la fonction parentale et aux besoins spécifiques de l'enfant. Nous cherchons à déterminer si le projet parental satisfait à des conditions minimales et si un désaccord est somme toute gérable et intégrable, autorisant une coparentalité fonctionnelle, c'est-à-dire une capacité à réaliser des compromis nécessaires pour organiser la vie de l'enfant et sauvegarder son bien-être.

En définitive, un des axes principaux de notre intervention consiste à évaluer dans quelle mesure les parents confondent concrètement conjugalité et coparentalité, dans leur vie quotidienne et dans leur relation avec l'enfant.

Il est bien entendu que l' autorité parentale conjointe, de principe ou d'exception, n'est ni un antidote contre le conflit conjugal, ni une solution idéale pour tous.

Cela étant, une autorité parentale conjointe de principe comporte de nombreux avantages. Elle permet, dans de nombreux cas, d'éviter que la coparentalité ne soit irrémédiablement brisée. Elle neutralise une éventuelle absence d'accord formel entre les parents et encourage leur accord de fait dans le champ de la parentalité, mettant l'accent sur leurs qualités parentales, sans faire référence à leurs problématiques conjugales. Elle promeut ainsi la protection de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Andreas Zulian
Le Temps
Mercredi 29 août 2007
Rubrique: Eclairages

Décision de la Cour Européenne des Droits de l'Homme

[ Mardi 22 Avril, numéro 117 ]

Communiqué du greffier du 19 janvier 2007

Zavrel c. République tchèque (n° 14044/05) Violation de l’article 8

Le requérant, Vladimír Zavrel, est un ressortissant tchèque né en 1945 et résidant à Brno (République tchèque).

En juillet 2001, J.Z., l’épouse du requérant quitta le domicile conjugal, emmenant avec elle leur fils, né en 1995. L’ancien couple parvint à un accord sur notamment l’exercice du droit de visite du requérant, qui fut approuvé par le tribunal municipal de Brno le 11 décembre 2002 et passa en force de chose jugée. Cependant, la mère de l’enfant commença à empêcher le requérant d'exercer son droit de visite.

Après s'être désisté de sa première demande d'exécution, prétendument pour ne pas exacerber les tensions, le requérant demanda à nouveau l'exécution de son droit de visite en octobre 2003 puis invita le tribunal à préciser les modalités de l'exercice dudit droit. Cependant, excepté une rencontre chez l'expert début 2004, le requérant n'a pas vu son fils depuis novembre 2003.

Le requérant alléguait notamment que ses demandes tendant à l’exécution de son droit de visite n’avaient pas été examinées équitablement et dans un délai raisonnable et que son droit au respect de sa vie familiale a été enfreint du fait de la non-exécution du jugement du 11 décembre 2002. Il invoquait notamment l’article 8 (droit au respect de la vie familiale).

La Cour note que les capacités éducatives du requérant ont été qualifiées de bonnes, alors que les experts ont à plusieurs reprises relevé que J.Z. exerçait une influence négative sur l'enfant et le montait contre l'intéressé. Il était donc plus qu'évident que le passage du temps avait des conséquences défavorables pour le requérant. Par ailleurs, les tribunaux ont également considéré qu'il était dans l'intérêt du mineur de rencontrer son père. Or, bien qu'ils aient été régulièrement informés de la situation par le requérant et des psychologues, les tribunaux se sont bornés à adresser à la mère de l'enfant deux sommations et à orienter les parents vers un centre de consultation.

La Cour est d’avis que la non-réalisation du droit de visite du requérant était imputable surtout à la tolérance de facto par les tribunaux de la résistance constante de la mère, et à l’absence de mesures visant à instaurer des contacts effectifs. Dans ces conditions, la Cour conclut à l’unanimité à la violation de l’article 8 et alloue au requérant 6 000 EUR pour dommage moral. (L’arrêt n’existe qu’en français.)

Le lien vers l'arrêté:

http://cmiskp.echr.coe.int/tkp197/view.asp?item=1&portal=hbkm&action=html&highlight=14044&sessionid=7148708&skin=hudoc-fr

Reconnaissance de l’Aliénation Parentale dans l’espace juridique français, à partir de la jurisprudence

[ Samedi 19 Avril, numéro 116 ]

Jurisprudence parue dans la "gazette du palais , 18 au 20 novembre 2007

TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE TOULON (JAF) 4 JUIN 2007 M FREMONT-VALETTE, JUGE AUX AFFAIRES FAMILIALES

mots clé : Syndrome d’aliénation parentale - Expertise psychologique Autorité parentale conjointe - Droit de visite et d’hébergement - Père - Droit de visite et d’hébergement progressif - Modalités d’exercice


L’expertise psychologique a mis en évidence le lien entre le comportement des enfants et le discours négatif que tient la mère à l’encontre du père. De ce fait, les enfants ne s’autorisent pas à se rapprocher de leur père. Pris dans un conflit de loyauté, ils expriment un sentiment de culpabilité à l’égard de leur mère s’ils admettent désirer voir leur père. Il est urgent de faire cesser cette dictature affective qui pèse sur les enfants et dont l’un d’eux commence à se faire le relai. L’expert psychologique a relevé une forte immaturité affective chez ces enfants qui sont instrumentalisés et dont l’épanouissement personnel est en danger. Ils présentent tous deux des perturbations au niveau de leurs repères familiaux et l’un d’eux possède d’ailleurs à cet égard une représentation familiale faussée puisque c’est le compagnon de la mère qui a pris la place du père.

Ces enfants, qui sont victimes du syndrome d’aliénation parentale, dont la mère est à l’origine, doivent maintenant pouvoir en toute sérénité avoir des contacts réguliers avec leur père pour qu’ils puissent renouer confiance avec celui- ci, qui ne doit plus être une source d’anxiété alimentée par la mère. Un droit de visite et d’hébergement progressif sera donc accordé au père.

M. G. c. Mme M. RG no 04/00694

Le Tribunal (...),

Sur la demande relative au droit de visite et d’hébergement L’expertise psychologique a mis en évidence le lien entre le comportement des enfants et le discours négatif que tient la mère à l’encontre du père. De ce fait les enfants ne s’autorisent pas à se rapprocher de leur père. Pris dans un conflit de loyauté, ils expriment un sentiment de culpabilité à l’égard de leur mère s’ils admettent désirer voir leur père. Pourtant le dernier bilan du point-rencontre fait état de quelques avancées dans les relations entre M. G. et ses fils, notamment avec R., « au grand dam de son frère qui tente de l’en empêcher ». Il est urgent de faire cesser cette dictature affective qui pèse sur les enfants et dont A. commence à se faire le relai. L’expert psychologique a relevé une forte immaturité affective chez ces enfants qui sont instrumentalisés et dont l’épanouissement personnel est en danger. Ils présentent tous deux des perturbations au niveau de leurs repères familiaux et R. possède d’ailleurs à cet égard une représentation familiale faussée puisque c’est le compagnon de la mère qui a pris la place du père. Ces enfants, qui sont victimes du syndrome d’aliénation parentale, dont M M. est à l’origine, doivent maintenant pouvoir en toute sérénité avoir des contacts réguliers avec leur père, pour qu’ils puissent renouer confiance avec celui-ci, qui ne doit plus être une source d’anxiété alimentée par la mère. Un droit de visite et d’hébergement progressif sera donc accordé au père.

Sur les dépens :

Les dépens seront mis à la charge de Mme M.

Par ces motifs :

Le juge aux affaires familiales, statuant contradictoirement, après débats en chambre du conseil, par décision susceptible d’appel mais assortie de droit de l’exécution provisoire, Dit que M. G. bénéficiera à l’égard de ses enfants d’un droit de visite et d’hébergement progressif qui se déroulera de la manière suivante :

Jusqu’au 31 août 2007 :

- les 1 er, 3 et 5 samedis de chaque mois de 14 h à 18 h.

À compter du 1 er septembre 2007 :

- un samedi sur deux de 10 h à 18 h.

À compter du 1 er novembre 2007 :

- les 1 er , 3 eme et 5 eme fins de semaine de chaque mois du samedi 14 h au dimanche 19 h ;
- les 29, 30 et 31 décembre 2007.

À compter du 1 er janvier 2008 :

en dehors des périodes de congés scolaires :

- les première, troisième et cinquième fins de semaine de chaque mois, du vendredi 16 h 30 sortie des classes au dimanche 19 h, étant précisé que toute fin de semaine commencée au cours d’un mois doit être comptée dans ce mois.

pendant les périodes de congés scolaires :

- la première moitié des vacances scolaires les années paires,

- la deuxième moitié des vacances scolaires les années impaires, à charge pour lui d’aller chercher ou faire chercher les enfants au domicile où ils résident habituellement, de les ramener ou faire ramener par une personne de confiance et de supporter les frais de déplacement nés de l’exercice de ce droit ;

Dit que si la fin de semaine au cours de laquelle doit s’exercer le droit est immédiatement suivie ou précédée d’un ou plusieurs jours fériés, le droit de visite et d’hébergement s’exercera également durant celui-ci ou ceux-ci ;

Dit que le droit de visite et d’hébergement s’exercera à partir de 14 h lorsque les vacances débuteront le samedi, et à partir de 10 h le lendemain du dernier jour de la scolarité dans les autres cas, le ou les enfants étant ramenés au domicile du parent chez lequel ils résident le dernier jour de la période de vacances accordée, à 19 h ;

Dit que les dates de vacances à prendre en considération sont celles de l’académie où demeurent les enfants ; Dit que faute pour le père de s’être présenté dans l’heure qui suit le début de son droit pour la fin de semaine, dans la première journée pour la période de vacances, la mère pourra librement disposer de ce droit pour la période considérée ;

Rappelle que chacun des parents doit respecter les liens de l’enfant avec l’autre parent, que tout changement de résidence de l’un des parents, dès lors qu’il modifie les modalités de l’exercice de l’autorité parentale doit faire l’objet d’une information préalable et en temps utile de l’autre parent, et qu’en cas de désaccord, le parent le plus diligent pourra saisir le juge aux affaires familiales.

M es Pin, Stephan, av.

NOTE m Voici une décision - encore trop rare - qui s’appesantit courageusement sur une réalité quasi- systématiquement ignorée des juridictions spécialisées, l’aliénation parentale, dont les ravages sont pourtant parfaitement identifiés depuis longtemps par d’éminents experts et plus récemment reconnus par la Cour européenne des droits de l’homme.

Il s’agit d’une réalité que chacun d’entre nous a pu constater dans son entourage lors de l’éclatement d’une famille, à la suite d’un divorce ou d’une séparation. Les parents qui obtiennent la garde des enfants n’ont pas toujours la sagesse de veiller au maintien de bonnes relations avec les parents évincés. Beaucoup s’appliquent au contraire - et parfois s’acharnent - à détruire l’image de l’autre parent dans l’esprit des enfants, mettant tout en œuvre pour le tenir à l’écart voire le priver de tout contact naturel avec la plus grande indifférence quant aux conséquences psychologiques que cela peut entraîner, lesquelles peuvent engendrer des séquelles irréversibles : c’est l’aliénation parentale découverte et analysée depuis plus de vingt ans par l’éminent Richard A. Gardner, professeur en pédopsychiatrie et psychanalyste de la Colombia University de New York, qui y 1 a consacré d’importants travaux ( ).

Ce phénomène est de plus en plus souvent dénommé « syndrome d’aliénation parentale » (SAP) comme on le voit d’ailleurs dans la présente décision qui doit être saluée.

Car nous, les Français, qui avons toujours des idées sur tout et souvent en avance d’une révolution, sommes ici largement en retard d’une guerre si l’on en juge par le scepticisme des magistrats spécialisés lorsque les avocats tentent de faire valoir que l’aliénation parentale est un fléau qui handicape l’avenir de l’enfant qui en est victime et doit être détecté à temps pour en limiter au maximum les conséquences par des thérapies et des décisions appropriées.

Les spécialistes français, psychiatres et psychologues, sont encore trop rares aujourd’hui et, de ce fait, souvent débordés par l’importance du combat qu’ils mènent tant à l’égard de l’autorité judiciaire qu’ils sont censés éclairer que devant l’opinion en général récemment sensibilisée par des travaux accablants qui 2 secouent les consciences ( ). Car, enfin, l’aliénation parentale est aussi une forme de violence sur enfants qu’il conviendra, un jour ou l’autre, d’appréhender comme telle au moins dans les situations extrêmes qui relèvent de l’hystérie.

Les faits :

La présente décision rendue par un juge aux affaires familiales du Tribunal de grande instance de Toulon concerne une situation assez représentative des difficultés auxquelles sont confrontés les magistrats.

À la suite d’une séparation entre deux parents non mariés, la mère des deux enfants a tenté de s’opposer par différents moyens (plainte pour agression sexuelle, c’est un grand classique) à l’exercice d’un droit de visite et d’hébergement au profit du père.

Bénéficiant d’un non-lieu confirmé par la Cour d’appel, le père a saisi le JAF par voie de requête, mais s’est finalement entendu fixer son droit de visite et d’hébergement sur ses enfants dans un point-rencontre, régime draconien qui a été prorogé dans l’attente du dépôt de l’examen psychologique qu’il avait d’ailleurs lui-même réclamé. « L’expertise psychologique, explique le juge, a mis en évidence le lien entre le comportement des enfants et le discours négatif que tient la mère à l’encontre du père. De ce fait les enfants ne s’autorisent pas à se rapprocher de leur père. Ils expriment un sentiment de culpabilité à l’égard de leur mère s’ils admettent désirer voir leur père... Il est urgent de faire cesser cette dictature affective qui pèse sur les enfants... ».

En conséquence de quoi le JAF constate que ces enfants sont victimes du syndrome d’aliénation parentale dont la mère est à l’origine et décide qu’ils doivent maintenant pouvoir en toute sérénité avoir des contacts réguliers avec leur père « pour qu’ils puissent renouer confiance avec celui-ci, qui ne doit plus être une source d’anxiété alimentée par la mère. Un droit de visite et d’hébergement progressif sera donc accordé au père ». La messe est dite, mais qui en a entendu parler ? La querelle est vive

Pareille décision semble inspirée du simple bon sens, et l’on pourrait croire qu’elle s’applique dans toutes les situations où un parent irresponsable s’est résolu à entraîner la perte de l’autre. On est encore très loin d’une telle approche même si une prise de conscience commence à se faire jour. Comme on dit, une hirondelle ne fait pas le printemps...

La plupart du temps, les juges affectent d’ignorer l’aliénation parentale, persuadés qu’ils sont que la stabilité de l’enfant doit s’accommoder de quelques conséquences désagréables. C’est ainsi que prospère encore aujourd’hui l’idée que les points-rencontre constituent une solution acceptable tant qu’on n’a pas trouvé mieux.

Qu’on nous permette d’affirmer que c’est à la fois une solution de facilité et une abomination indigne de notre pays dans l’immense majorité des situations.

La solution de facilité consiste à penser qu’en imposant au parent « déchu », le régime des points rencontre, on a quelque part préservé le droit de visite et donc le lien parent-enfant.

La réalité est assez éloignée et ne saurait s’accommoder d’une telle simplification. Ceux qui ont vécu cette forme de rencontre organisée sous la surveillance des associations agréées dénoncent unanimement une frustration majeure doublée d’un sentiment d’échec dans la vie et de culpabilité aigüe pour une infamie qu’ils n’ont pas commise. Le point- rencontre a subi une dérive inquiétante ; on devait pourtant en limiter l’usage aux situations de violences caractérisées.

C’est un fait que les juges n’ont pas su résister à cette solution qui, pourtant, ne leur plaît pas beaucoup.

Quant aux enfants qui subissent au point-rencontre la visite du parent rejeté, le plus souvent en baissant la tête pendant l’heure chichement accordée, ils ont en main en pareille circonstance la scie qui permet d’accélérer l’élimination du lien parental qu’on voulait pourtant préserver. C’est ce que les spécialistes appellent fort à propos le « conflit de loyauté » 3.

L’enfant amené au point-rencontre par le parent aliénant, comme un bon petit soldat formaté pour la circonstance, va « loyalement » montrer sa haine au parent aliéné. Il n’a le plus souvent aucune chance d’échapper à ce piège. D’où vient cette incapacité du monde judiciaire à rejeter l’inacceptable ? N’y a-t-il de clairvoyance et de bon sens qu’à Toulon ?

Nous en sommes sur ce point au Moyen-âge de la prise de conscience des réalités que des associations de parents évincés et meurtris tentent désespérément 4 de mettre en lumière ( ).

L’affaire est d’autant plus préoccupante que les spécialistes ne se contentent pas de se battre sur le terrain de la sémantique pour savoir, par exemple, si le mot syndrome n’est pas le meilleur moyen de faire peur à ceux qui se laisseraient tenter par la reconnaissance de l’aliénation parentale 5. Le psychiatre Paul Bensussan, expert près les tribunaux, a grandement contribué, par la qualité de ses travaux, à réveiller les consciences sur le drame de cette armée d’« enfants-soldats » jetés dans la bataille pour régler les comptes des parents aliénants. « L’enfant du divorce peut devenir l’instrument de la haine. Quand l’entourage familial, encouragé par certains intervenants, envenime les choses, la souffrance psychologique et l’humiliation peuvent être sans 6 limites » ( ).

Ce fléau, qui frappe un nombre impressionnant de familles éclatées, a aussi ses détracteurs qui se répandent dans les colloques pour résister à ce qu’ils appellent une mode sans avenir. On ne se gêne même pas pour faire passer Gardner pour un illuminé. Hélas, les psy ont aussi leurs chapelles et s’entredéchirent allégrement à travers leurs publications.

Comment peut-on cependant nier à ce point la réalité quotidienne ? Les juges et les psy ne sont pas seuls en cause - voyez la Chancellerie et la Défenseure des enfants - et il faudra certainement du temps avant que les esprits s’attachent à changer les réflexes. Les avocats qui s’évertuent à brandir le spectre de l’aliénation parentale en répétant vox clamens in deserto devraient pourtant reprendre espoir depuis que la CEDH a situé le débat sur le terrain de l’article 8 de la Convention. C’est à eux d’enfoncer le clou et de réduire les réticences avec l’aide des experts qui ne sont pas, par principe, hostiles au SAP.

Encore la CEDH

L’article 8 de la Convention énonce que : « 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 - Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

La Cour européenne rappelle qu’elle n’a pas pour tâche de se substituer aux autorités compétentes pour réglementer les questions de garde et de visite, mais d’apprécier sous l’angle de la Convention les décisions que ces autorités ont rendues dans l’exercice de leur pouvoir d’appréciation. S’agissant plus particulièrement de l’obligation pour l’État d’arrêter des mesures positives, la Cour a déclaré à de nombreuses reprises que l’article 8 implique le droit d’un parent à des mesures propres à le réunir à son enfant et l’obligation pour les autorités nationales de les prendre (Ignaccolo-Zénide c/ Roumanie, n o 31679/96 ; Nuutinen c/ Finlande, n o 32842/96 ; Iglesias Gil et AUI c/ Espagne, n o 5673/00 ; Monory c/ Roumanie et Hongrie, n o 71099/01).

Outre cela, la Cour précise que les obligations de l’article 8 de la Convention fait peser sur les États contractants en matière de réunion d’un parent à ses enfants doivent s’interpréter à la lumière de la Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989 et de la Convention de La Haye du 25 octobre 1980 sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants.

À propos d’un enfant qu’une mère avait refusé de restituer au père en violation d’une décision d’un tribunal suisse, la Cour estime que l’attitude des autorités suisses chargées de faire respecter la décision judiciaire « témoigne dans l’ensemble d’un certain laxisme, qui ne cadre ni avec l’objet et le but de la Convention de La Haye, ni avec son libellé particulièrement clair et rigoureux. Cette passivité est à l’origine de la rupture totale des relations entre l’enfant et son père, qui dure depuis près de deux ans et qui comporte, vu le très jeune âge de l’enfant, le risque d’une « aliénation » croissante entre les deux, aliénation qui n’est aucunement à considérer comme étant dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Il s’ensuit, conclut la Cour, qu’on ne saurait prétendre que le droit au respect de la vie familiale du requérant a été protégé de manière effective, comme le prescrit la Convention. Dès lors, il y a eu violation de l’article 8 de la Convention ».

C’était un premier pas vers la reconnaissance de l’aliénation parentale comme forme d’atteinte directe au respect de la vie privée et familiale. La Suisse a été condamnée par arrêt définitif du 22 septembre 2006 (Bianchi c/ Suisse, n o 7548/04). Pareille décision laissera rêveurs les spécialistes qui savent que les violations répétitives du droit de visite se comptent chaque week-end par milliers dans l’indifférence générale des parquets. Les statistiques sont accablantes ; il est très rare d’obtenir plus qu’un timide rappel à la loi qui, dans ces affaires passionnelles, est plutôt un véritable encouragement à prendre le risque de résister aux décisions judiciaires. À croire que la Cour européenne se trouve très loin, sur une autre planète.

Pourtant, la Cour persiste puisqu’elle vient de rendre une décision encore plus précise le 18 janvier 2007 sur le thème de l’aliénation parentale (Zavrel c/ o Rép. tchèque, n 14044/05).

Dans cette affaire, la Cour énonce qu’une expertise en pédopsychologie avait été ordonnée par le tribunal et que l’expert avait relevé chez le mineur les premiers signes du syndrome d’aliénation parentale - du fait des agissements de la mère - qui l’ont incité à préconiser l’élargissement du droit de visite accordé au père.

Selon le requérant, le Tribunal, qui avait largement suivi les recommandations de l’expert, est resté inactif devant le refus systématique de la mère de représenter l’enfant connaissant pourtant les risques auxquels expose l’aliénation parentale. La Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle si l’article 8 a essentiellement pour objet de prémunir l’individu contre les ingérences arbitraires des pouvoirs publics, il ne se contente pas de commander à l’État de s’abstenir de pareilles ingérences : « À cette engagement plutôt négatif peuvent s’ajouter des obligations positives inhérentes à un respect effectif de la vie privée ou familiale... L’article 8 implique ainsi le droit d’un parent à des mesures propres à le réunir avec son enfant et l’obligation des autorités nationales de les prendre. Selon la Cour, il y a lieu de considérer ces principes comme s’appliquant aussi à des affaires ayant trait à un conflit opposant les parents quant au contact avec leur enfant » (v. mutatis mutandis, Mihailova c/ Bulgarie, o n 35978/02).

De l’avis de la Cour, la non-réalisation du droit de visite du requérant est imputable surtout à la tolérance de facto par les tribunaux de la résistance constante de la mère, et à l’absence de mesures visant à instaurer des contacts effectifs. « Force est de constater, conclut la Cour, que les autorités nationales n’ont pas fait preuve de la diligence qui s’imposait en l’espèce, et sont restées en deçà de ce qu’on pouvait raisonnablement attendre d’elles. Par ailleurs, étant donné les opinions des experts quant à la manipulation de l’enfant par la mère et aux capacités éducatives limitées de celle-ci, la question se pose de savoir si les tribunaux ont été inspirés dans leurs démarches par l’intérêt du mineur dûment établi.

La Cour se doit enfin de constater que, à ce jour, le requérant n’a pas vu son enfant pendant une durée de trois ans ». Il y a eu dans ces conditions violation de l’article 8 de la Convention.

Quelle fraicheur, quel louable réponse à la détresse du justiciable !

Hélas, on est ici à des années-lumière de la pratique judiciaire française. Cette décision récente de la CEDH devrait pourtant avoir un retentissement important sur les suites que n’accordent pas pour l’instant les parquets aux nombreux cas de non- représentation d’enfants qui, rappelons-le encore une fois, se comptent par milliers chaque week-end. Elle est aussi de nature à renforcer la décision du JAF de Toulon et à donner des idées à d’autres qui subissent, impuissants, les initiatives ravageuses de leurs ex-conjoints ou assimilés et vivent encore plus douloureusement le fait de ne pas pouvoir compter sur la mise en œuvre de solutions qui figurent pourtant dans nos Codes. Car enfin, on peut bien attendre de la France ce qu’on vient d’exiger de la République Tchèque qui sort à peine de l’ornière Ira-t-on plus loin, c’est-à-dire vers une véritable approche pénale de ces actes de violence aux conséquences parfois irréversibles ? C’est un autre débat qui mérite d’être engagé quand on regarde à la loupe la politique pénale de notre pays. Car les dégâts occasionnés à longueur d’année par l’aliénation parentale - qu’on découvre aujourd’hui mais qui n’a jamais cessé de fragiliser à vie des milliers d’enfants - valent bien qu’on y consacre un peu de réflexion pour tenter de les réduire.

Jean Pannier Docteur en droit Avocat à la Cour de Paris

(1) R.-A. Gardner, The Parental Alienation Syndrome, by Creative Thera- peutics, Cresskill NJ, paru en 1992 et réédité en1998

(2) Jean-Marc Delfieu, expert psychiatre, Syndrome d’aliénation paren-tale, Diagnostic et prise en charge médico-juridique. Revue Experts n o 67, juin 2005, p. 24 à 30

(3) Marc Juston, De la puissance paternelle aux droits de l’enfant : l’évolution, les enjeux et les risques en cas de séparation, Gaz. Pal. du 12 août 2006, p. 2

(4) Les associations sont référencées sur tous les moteurs de recherche à la rubrique « aliénation parentale » ; on citera plus particulièrement l’Acalpa - parrainée par Simone Veil - qui vient d’être enregistrée au ministère de l’Intérieur comme association de victimes.

(5) Hubert Van Gijseghem, L’aliénation parentale : points controversés, Revue Belge, « Divorce et séparation », n o 3, juin 2005, Éditions Labor.

(6) Paul Bensussan et Florence Rault, La dictature de l’émotion, Éd. Belfond, 2002.

L'autorité parentale conjointe peut être source d'injustice devant le fisc.

[ Jeudi 17 Avril, numéro 115 ]

TRIBUNAL FEDERAL

L'autorité parentale conjointe et la garde alternée représentent peut-être la meilleure solution, ou la moins mauvaise, après un divorce. Mais en tout cas pas la plus avantageuse fiscalement, un couple fribourgeois vient d'en faire l'expérience. Dans une décision de principe diffusée vendredi, le Tribunal fédéral a jugé qu'en matière d'impôt fédéral direct, un seul des ex-conjoints a droit aux déductions sociales et au taux réduit pour famille monoparentale, quand bien même les parents divorcés se partageraient les rôles avec une parfaite égalité.

Dans le cas précis, c'est la mère qui aura droit aux déductions sociales, alors même qu'elle partage l'autorité parentale avec son ex-mari et que la garde des enfants est alternée entre eux de manière symétrique. La préférence accordée par le Tribunal fédéral à la mère n'est nullement fondée sur le sexe, mais sur le fait que le père verse à son ex-femme une pension de 400 francs par mois pour l'entretien des deux enfants.

Dura lex sed lex, c'est bien le versement de cette modeste contribution qui oblige à considérer la mère comme celle qui doit bénéficier des déductions liées à l'entretien des enfants. Cette pension est en effet fiscalisée chez la mère, et déduite du revenu du père.

Situation choquante

Le Tribunal fédéral se montre conscient de ce que la situation de ce dernier peut avoir de «choquante», dans la mesure où la déduction qu'il peut opérer (4800 francs par an) est inférieure aux déductions sociales auxquelles la mère a droit, 11200 francs. Pour l'impôt fédéral direct, un même abattement ne peut être accordé plusieurs fois, ni être réparti entre deux contribuables, comme le prévoient certains cantons. En cas d'égalité parfaite des rôles, et à défaut de toute contribution d'entretien versée par l'un des ex-conjoints, les déductions sont attribuées au revenu le plus élevé. «L'introduction dans le code civil de l'autorité parentale conjointe et de la garde alternée n'autorise pas une interprétation qui s'écarte du sens clair» de la loi. «Seul le législateur fédéral peut corriger d'éventuelles inégalités en la matière»: pour le Tribunal fédéral, c'est donc au pouvoir politique d'agir s'il estime devoir le faire.

Arrêt 2A.107/2007 du 4.11.2007, publication prévue dans les ATF.

Denis Masmejan
Journal Le Temps
Samedi 29 septembre 2007
Rubrique: Suisse

Majeur, on ne peut prendre ses parents pour de simples tiroirs-caisses

[ Mercredi 16 Avril, numéro 114 ]


Parvenus à la majorité, les enfants ne sauraient considérer leurs parents que comme des tiroirs-caisses. C'est, en substance, ce qu'affirme le Tribunal fédéral dans un arrêt diffusé vendredi. Les juges ont refusé de contraindre un père à verser une contribution d'entretien à sa fille, une étudiante en droit de 24 ans qui, à la suite du divorce houleux de ses parents, refusait tout contact avec lui. A cet âge, objecte le TF, on peut attendre d'un adulte qu'il prenne de la distance avec des conflits familiaux nés d'un divorce remontant, dans le cas précis, à quelque treize ans. Dans ces circonstances, un parent ne saurait être contraint de payer pour un enfant majeur, même encore aux études, qui ne lui parle plus.

L'écoulement du temps ne semblait pas avoir apaisé la hargne de cette fille contre son père. Parce qu'elle le jugeait trop sévère, autoritaire et égoïste, elle avait coupé les ponts avec lui depuis plus de dix ans, ne le rencontrant plus jamais sauf à quelques rares exceptions pendant la procédure. Lui s'était au contraire efforcé à plusieurs reprises de rétablir le contact.

Le jugement de divorce avait mis à sa charge une contribution d'entretien de 700 francs par mois en faveur de sa fille, qu'il devait payer jusqu'aux 20 ans de celle-ci. Il s'en était acquitté régulièrement, versant même cette somme jusqu'à ce que sa fille obtienne sa maturité, à l'âge de 21 ans. Après quoi, il avait refermé son porte-monnaie.

Le Tribunal fédéral lui donne raison de ne plus avoir versé un centime à sa fille. Les père et mère ont certes le devoir d'entretenir leurs enfants au-delà de l'âge de la majorité si ces derniers n'ont pas encore, à ce moment, une «formation appropriée» leur permettant de subvenir seuls à leurs besoins. Il faut toutefois que les circonstances permettent de l'exiger des parents. Tel peut ne pas être le cas lorsqu'un enfant majeur refuse toute relation. En principe, plus le temps passe, estiment les juges, moins on sera enclin à admettre des circonstances atténuantes permettant de mettre l'attitude de rejet de l'enfant sur le compte d'un conflit qu'il n'a pas encore pu résoudre.

En l'absence de manquements avérés du père à ses devoirs, les reproches que sa fille lui adresse n'ont pas une portée telle qu'ils puissent justifier, après tant d'années, son refus de reprendre contact avec lui. On peut attendre d'elle qu'elle fasse un effort sur elle-même, concluent les juges.

Arrêt 5C.260/2002 du 6 mars 2003, destiné à être publié dans les ATF.

Journal Le Temps
Denis Masmejan
Samedi 31 mai 2003
Rubrique: Suisse

L'évaporation de l'homme

[ Lundi 14 Avril, numéro 113 ]


Par Jean GABARD

Les hommes connaîtraient des difficultés à s’adapter à l’évolution de la société. Cette crise concernerait les mâles dominants qui, pour ne pas perdre leurs prérogatives, n’accepteraient pas l’égalité en droits entre les hommes et les femmes. Les hommes dits « modernes », ceux qui n’hésitent pas à soutenir les féministes dans leur lutte, ne semblent pourtant pas plus à l’aise. « Le vieil homme est mort » mais les hommes en mutation ne savent pas pour autant comment « être » : ils ne sont plus solides et se liquéfient devant les injonctions nouvelles, innombrables et parfois même contradictoires. Dans la société et dans la famille, en définitive, ils s’évaporent…

1. La difficulté d’être un homme

Simone de Beauvoir l’avait écrit pour les femmes mais c’est peut-être encore plus vrai pour les hommes : « on ne naît pas homme, on le devient ». Tout enfant, garçon ou fille semble s’identifier d’abord à sa maman, à celle qui l’a porté neuf mois et avec laquelle il forme une dyade nécessaire dans les premiers jours de la vie.

En grandissant, la fille, née d’un ventre du même sexe, reste dans la fusion et peut continuer à suivre son modèle premier et à se sentir toute-puissante comme elle. Le petit garçon, au contraire, pour devenir un homme, est obligé de renoncer au modèle qu’il idolâtre. Cette castration primaire est terrible. Il doit la refouler pour pouvoir la supporter et se construire autrement. Ce sont ces rapports à la maman et à la toute-puissance fantasmatique qui entraîneraient une structuration du psychisme différente chez le garçon et la fille et ceci quelle que soit la culture dans laquelle il est plongé. C’est ainsi que pris entre sa fascination pour la maman et l’obligation de regarder ailleurs, le garçon a des difficultés à savoir ce que c’est qu’être un homme.

L’histoire nous montre un homme qui, pour compenser la toute-puissance fantasmatique perdue, a mis en place, depuis le Néolithique, des sociétés patriarcales fondées sur la domination incontestée des pères et donc des hommes sur les femmes. Cette autorité a commencé à être contestée vers le XVème siècle quand son origine divine a été remise en cause par les protestants et les humanistes. Ceci a amené le siècle des Lumières puis la Révolution. La marche vers la démocratie s’est faite ensuite lentement mais inexorablement pour aboutir, après la révolution culturelle des années 60 - 70, dans les textes, au moins, à une égalité en droits entre les hommes et les femmes. Aujourd’hui, la nouvelle vision du monde que nous pouvons appeler féministe dans la mesure où elle s’oppose en tous points à l’idéologie « machiste », devient majoritaire. Cependant, comme dans toute réaction, des dérives apparaissent.

2. Les difficultés de l’homme nouveau dans la société nouvelle

La vision du monde féministe devient chez certains une idéologie qui, pour s’opposer au sexisme et à l’autoritarisme de la société patriarcale traditionnelle, prône une égalité en droits et une liberté qui ont tendance à se transformer en droit à l’égalité et en toute-puissance.

(a) L’égalitarisme
L’égalitarisme se traduit notamment par une nouvelle négation de la différence des sexes. Pour remédier à la difficulté d’assumer la différence de structuration du psychisme, les théoriciens du genre, dans le vent, avancent que les différences ne peuvent être que la conséquence d’une construction sociale sexiste. Ils demandent aux hommes et aux femmes de « lâcher prise » et de développer leur masculinité et leur féminité « originelles » qu’ils possèderaient à part égale. Les qualités autrefois vénérées chez les hommes : la froideur, la rigueur, la distance, la droiture, la fermeté, la violence …sont cependant dévalorisées alors que leur opposé : la sensibilité, la spontanéité, la proximité, la complicité, l’écoute, la compassion, la flexibilité, la non-violence…sont aujourd’hui idéalisées.

Alors que la femme était considérée comme un homme incomplet, l’homme est aujourd’hui diabolisé. Culpabilisé, il a même un devoir de repentance d’appartenir à la race des hommes et presque une obligation de soin pour rattraper le retard qu’il conserverait sur la femme, dans « sa réalisation intérieure ». Pour atteindre un androgynat utopique, il lui est prescrit de prendre exemple sur la femme. Notre « homme nouveau » écume les stages et les thérapies pour apprendre à « être soi-même », mais n’arrive pas pour autant à « se sentir bien dans ses baskets » et à plus forte raison dans des talons hauts !

(b) Le glissement de la liberté vers la toute-puissance
Les hommes ont toujours eu peur de la femme fatale, et par crainte de n’arriver à la gérer, ont fatalement cherché à la maîtriser. Avec la remise en cause de l’origine divine de leurs pouvoirs, ils en ont perdu la légitimité et petit à petit l’exclusivité. Aujourd’hui, si la concurrence les obligent à se battre davantage, ils ne redoutent pas pour autant l’égalité en droits. Au contraire, le pouvoir forcément limité qu’acquiert la femme, la fait descendre de son piédestal imaginaire à une réalité qu’ils connaissent et savent affronter. Ils craignent par contre beaucoup plus qu’avant leur toute-puissance fantasmatique fascinante et effrayante qu’ils n’ont plus les moyens de la contrôler. En effet, au nom de la liberté, la féminité autrefois verrouillée a été libérée et peut s’étaler au grand jour sans aucune retenue.

De nombreuses règles, ayant été appliquées de façon sexiste, ont été supprimées. Ainsi au nom d’une politique du « tout sauf le tchador » des femmes exposent les emblèmes vivants de leur féminité. Non seulement, avec certaines tenues, elles n’accordent plus aux hommes le temps de les déshabiller du regard, mais elles peuvent même leur demander de se comporter en pur esprit. Pour ne pas être accusés de « proposition sexuelle non voulue », c’est à dire de harcèlement sexuel, ils leur est demandé de n’avoir plus que des désirs « flottants ». Alors que la sexualité des femmes est libérée, ils doivent, eux, s’en libérer !

Autre exemple de la confusion entre liberté et toute-puissance : la violence dont peuvent être victimes les hommes et qui n’est pas forcément celle à laquelle on pense. Ils peuvent, certes, être victimes de la violence physique des femmes mais de la même façon qu’une arrivée au pouvoir les replace, dans le regard des hommes dans un domaine réel et connu d’eux, les claques qu’elles donnent sous l’emprise de la colère les rabaissent aussi à un niveau qu’ils maîtrisent. Il n’en est pas de même des mots, des insultes, envoyés avec froideur et mépris, qui terrifient les hommes, « bêtement » humains. Ces agressions verbales réactivent la blessure de la castration primaire, les renvoient à leur non toute-puissance et à leur incertitude sur leur identité. De même qu’ils ont refoulé la première souffrance, ils ne sont souvent pas davantage prêts à reconnaître cette blessure psychique. Persuadés de la totale légitimité de cette utilisation de la liberté par les femmes et ne voyant aucune raison objective de s’écrouler, ils en ont honte. Comme beaucoup de victimes, ce sont eux qui culpabilisent. Ils entendent les remarques de leur adversaire sur leur fragilité comme une incitation à se faire soigner. Cet étonnement n’est-il pas cependant le même que celui des violeurs persuadés de « n’avoir rien fait de grave, de n’avoir qu’insisté un peu » ? Dans les deux cas, il y a négation de la différence des sexes : les hommes prêtent aux femmes ce qu’ils pourraient ressentir si une femme insistait pour leur faire l’amour et les femmes prêtent aux hommes le ressentiment qu’elles peuvent éprouver, quand elles se font insulter (sans menaces physiques). Elles ne tiennent pas compte du fait qu’elles sont, dans l’imaginaire des hommes, des divinités fascinantes mais aussi totalement terrifiantes, et que la portée de l’injure n’est pas la même suivant qu’elle est proférée par une divinité ou par un humain !

Ainsi, avec la nouvelle négation de la différence des sexes, la fragilité physique de la femme est de plus en plus prise en compte, celle psychique de l’homme est niée et il est tenu de se calquer sur les qualités et les comportements de la femme. S’il n’y arrive pas, il ne sera pas jugé inférieur, car cette idée est devenue politiquement incorrecte, mais il lui sera conseillé de faire un travail « sur lui » pour « retrouver son être intérieur » dépouillé de toute éducation patriarcale ! Alors ce « gynocentrisme » qui donne la priorité aux valeurs féminines et qui considère l’homme attardé ou malade, n’est-il pas le pendant féminin du sexisme masculin qui faisait des femmes des hommes imparfaits ?

3. L’homme nouveau dans la famille nouvelle

La famille moderne est une famille où l’autorité est devenue parentale : « l’autorité parentale appartient aux pères et aux mères. » Mais y a-t-il encore des pères et des mères ? En effet comment sont posées les limites et surtout qui les pose ? Le papa qui a tendance à être moins fusionnel avec son enfant parce qu’il a « neuf mois de retard » est peut être moins compréhensif. Il n’a cependant plus envie d’endosser le rôle répressif qui n’est jamais plaisant et qui a pris une connotation tout à fait négative. De plus, s’il se manifeste le premier, il risque de rappeler le macho qui décide seul, alors que la maman, faisant ce qu’avant, elle n’avait pas le droit de faire, ne peut qu’apparaître libérée. De plus ne préfère-t-elle pas remplir elle-même cette tache désagréable ? Ne risque-t-elle pas, autrement, d’assister au spectacle encore plus désagréable de la réprimande donnée par quelqu’un d’autre à l’enfant qu’elle a mis au monde et qu’elle a toujours « naturellement » protégé ? Ainsi pour ces différentes raisons, c’est souvent la maman qui pose les limites et qui sur de nombreux points a le dernier mot, quand ce n’est pas aussi le premier.

Ce renversement de situation, accepté par l’homme, n’est cependant pas anodin pour l’enfant. En effet, celui-ci a gardé de sa maman la vision d’une déesse omnipotente qui ne peut avoir mis au monde qu’un enfant-roi. Il constate que sa maman n’écoute pas le papa, qu’elle décide seule et qu’elle semble ne manquer de rien ni de personne, que le papa peut donner de l’affection mais qu’il ne parle pas et qu’apparemment, il ne mérite pas d’être entendu puisque la maman référence ne juge pas bon de lui donner la parole et de l’écouter. Alors que le but de l’éducation devrait être d’apprendre à l’enfant à assumer la castration, la maman reste, pour lui, une divinité toute-puissante qu’il ne peut qu’imiter par peur de la perdre.

Ainsi l’homme partage le rôle d’aide maternelle et même s’il reste souvent moins performant que la maman, joue de mieux en mieux son rôle affectif de papa. L’homme cependant, parce qu’il ne la veut plus et/ou parce qu’on ne la lui donne plus, n’exerce plus la fonction d’autorité et apparaît, aux yeux des enfants, comme un subalterne. Souvent par lassitude, il démissionne ou est démissionné par une maman qui croit pouvoir se passer de lui, avec toutes les conséquences que cela peut occasionner dans la perte des « re-pères », dans la « fabrication » d’enfants rois, d’enfants hors la loi.

L’homme mal à l’aise dans une société où la norme exige de déployer des qualités féminines, ne se sent pas non plus utile dans l’éducation des enfants, en n’exerçant plus la fonction de père. Il a tendance à se replier, à se faire oublier, à se rendre invisible, à s’évaporer !

Avec la négation de la différence des sexes, les femmes qui ne sont pas non plus dans la fonction de mère, sont-elles gagnantes ? Ce n’est pas sûr ! Ne sont-elles pas de plus en plus nombreuses à regretter qu’il n’y ait plus d’homme et plus de père ? En niant le manque, la sexualité et donc l’amant, ces « Vierges Marie », ne risquent-elles pas de n’apparaître que sur le versant maman ou le versant putain alors que c’est justement ce qu’elles voulaient éviter ?

Plus vraiment de femme, plus vraiment d’homme ! Et si c’était plutôt un manque d’Humain ou d’Homme, avec un H majuscule ? Et si c’était le cas, peut-être serait-il alors plus juste de parler non pas « d’évaporation de l’homme », mais de difficulté à naître !

Jean GABARD

Jean GABARD http://www.jeangabard.com
auteur de : « Le féminisme et ses dérives - Du mâle dominant au père contesté »,
Les Editions de Paris, 2006

Journée CSIAS du 6 mars 2008 - Retour sur la journée nationale « Pauvreté après le divorce »

[ Samedi 12 Avril, numéro 112 ]

C’est sous le titre « Pauvreté après le divorce : quand le revenu ne suffit pas pour deux ménages » qu’a eu lieu le 6 mars 2008 à Bienne une journée nationale organisée par la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS). Si la journée a principalement offert une tribune aux revendications des femmes qui, selon la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF), sont deux fois plus nombreuses à tomber dans la pauvreté que les hommes après le divorce, il faut regretter que les associations de familles monoparentales ou recomposées, les associations proches de la protection ou des droits de l’enfance ainsi que les associations de pères n’aient pas été invitées à présenter officiellement leur point de vue. Cette journée aura cependant eu le mérite de mettre en évidence le besoin urgent de définir et de mettre en place une véritable politique de la « Famille », que cette dernière soit traditionnelle, éclatée, monoparentale ou recomposée, et dans laquelle les responsabilités parentales soient équitablement réparties entre le père et la mère. Car bien plus que des interprétations de la loi ou des points techniques touchant à sa jurisprudence, c’est la problématique globale du droit de la famille en général et du droit du divorce en particulier qui doit être repensée afin de réduire « toutes » les inégalités et diminuer le recours à l’aide sociale.

Co-organisée par la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF), l’Association Suisse de Politique Sociale (ASPS) et l’Association romande et tessinoise des institutions d’action sociale (ARTIAS), cette journée nationale avait pour objectif de démontrer les lourdes conséquences qu’un recours au service social peut avoir pour les personnes divorcées ainsi que les possibilités de garantir l’égalité des droits entre père et mère après un divorce.

Chiffres préoccupants

Alors qu’actuellement, en Suisse, le divorce touche plus d’un couple sur deux, aborder la problématique de la pauvreté après le divorce est une initiative plus que bienvenue. La statistique suisse de l’aide sociale 2005 démontre que les personnes divorcées sont 3,3 fois plus touchées par la pauvreté que les personnes mariées. Plus de la moitié des jeunes de moins de 18 ans tributaires de l’aide sociale vivent au sein de ménages monoparentaux, lesquels constituent le groupe ayant le plus de risques d’être frappé par la pauvreté (près d’un ménage sur six).

Ces chiffres préoccupent au plus haut point Philippe Perrenoud, directeur de la santé publique et de la prévoyance sociale du canton de Berne. Les situations de détresse que vivent les familles de ces jeunes ont des répercussions sociales importantes qui réduisent notablement leurs chances de se développer normalement. Faute d’argent, les possibilités de formation sont réduites et l’accès à des activités de loisirs est très limité. Sans oublier les effets que la pauvreté a sur la santé. Les privations et les frustrations débouchent inévitablement sur un sentiment d’exclusion avant de mener à la désintégration sociale et à la marginalisation dont les coûts devront finalement être supportés par la société dans son ensemble.

Selon M. Perrenoud, pour lutter contre la pauvreté engendrée par le divorce, il faut « penser le changement et non pas changer le pansement ». Compte tenu des conséquences multiples du divorce, il est nécessaire d’agir sur plusieurs fronts. Il est tout d’abord essentiel que les pouvoirs publics s’allient au monde économique afin de permettre aux couples – divorcés ou non – de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Ensuite, la prévention de la pauvreté passe par l’accès facilité à la formation. La statistique démontre que plus de la moitié des bénéficiaires de l’aide sociale ne disposent d’aucun titre de formation. Enfin, il convient de diminuer la charge des familles et de s’assurer que chacun bénéficie d’un salaire lui permettant de joindre les deux bouts, sans oublier les différences de traitement entre hommes et femmes qui devraient faire partie d’un passé révolu.

Recommandations contestées

Inégalité de traitement entre hommes et femmes, il en a été question, notamment en ce qui concerne la répartition des charges alimentaires entre les conjoints après le divorce.
Instigatrice majeure de cette journée, la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF) a présenté, sous le thème « Le divorce mène-t-il tout droit à l’aide social ? », son étude intitulée « Contribution d’entretien après le divorce – Soutien financier par des proches parents – Aide sociale ».

Cette étude part du postulat que les femmes divorcées frappées par la pauvreté (10,3%) sont presque deux fois plus nombreuses que les hommes (5,3%) – à noter que ces chiffres sont tirés d’une autre étude publiée en 1997 et probablement basée sur des données encore moins récentes. Se basant sur l’analyse de décisions judiciaires particulièrement défavorables aux femmes, de la législation actuelle ainsi que de la pratique en matière d’aide sociale, elle met en évidence toute une série de cas où la jurisprudence et la pratique juridique discriminent les femmes et portent atteinte à l’égalité des chances en ce qui les concerne.

Par exemple, la CFQF juge anticonstitutionnel le fait que la jurisprudence mette les cas de déficit (c’est-à-dire lorsque les revenus des deux conjoints ne suffisent pas à couvrir les besoins des deux ménages après le divorce) exclusivement à la charge de l’ayant droit à une contribution d’entretien – c’est-à-dire la femme dans 90% des cas pour l’année 1997 – afin de préserver le minimum vital du conjoint débiteur – l’homme en règle générale. Pour la CFQF, le maintien de cette jurisprudence représente une discrimination indirecte à l’encontre des femmes. Mais il a aussi d’autres conséquences : « lors du calcul des pensions alimentaires destinées aux enfants, les besoins de ces derniers sont de moins en moins au centre des préoccupations. On tient davantage compte de l’interdiction faite par le Tribunal fédéral d’empiéter sur les propres besoins de la personne tenue de pourvoir à leur entretien, et les pensions alimentaires fixées tendent à diminuer. Il s’ensuit que la mère ne peut le plus souvent même pas profiter des avances de pensions alimentaires et est contrainte de recourir à l’aide sociale et, comme celle-ci doit être remboursée, à s’endetter », souligne Elisabeth Freivogel, avocate, vice-présidente de la CFQF et auteure de l’étude.

Se basant sur ces conclusions, la CFQF émet, sous le titre « Pour une répartition équitable entre les sexes des conséquences économiques de la séparation ou du divorce » toute une série de recommandations à l’adresse des avocats, des juridictions, des autorités sociales et des milieux politiques. Celles-ci invitent par exemple avocats et tribunaux d’une part à chiffrer un éventuel déficit et à le répartir entre les deux conjoints et d’autre part à ne pas hésiter à prélever sur le minimum vital du débiteur les montants nécessaires à couvrir les besoins « effectifs » des enfants (y compris la part affectée au logement) et les montants nécessaires à la constitution de la prévoyance vieillesse de l’ayant-droit. Corollaire d’une telle pratique : non plus un seul, mais les deux conjoints seraient contraints de recourir à l’aide sociale, ce qui engendrerait inévitablement un surplus de travail administratif pour les services sociaux sans pour autant que les prestations soient plus élevées puisque le montant alloué auparavant à un seul conjoint sera probablement partagé entre les deux conjoints divorcés. La CFQF se garde également d’analyser les répercussions indirectes que de telles recommandations, si elles étaient adoptées, auraient sur les relations déjà souvent difficiles entre les conjoints divorcés et, partant, sur les enfants du couple.
Les autres recommandations visant notamment à ne pas exiger le remboursement des prestations de l’aide sociale ou à abandonner le recours obligatoire au soutien de proches parents rallie davantage de soutien, reste à savoir quel modèle de financement peut supporter une telle approche.

Les pièges des avances sur pensions alimentaires

Garante de l’excellente logistique de cette journée, la CSIAS a présenté les pièges que peuvent receler les mécanismes de versement d’avances sur pensions alimentaires lorsque le conjoint à charge d’entretien néglige son obligation de verser la contribution dans les délais prévus par le jugement de divorce.

Le code civil fixe le principe des avances sur pensions alimentaires et en délègue la mise en œuvre aux cantons sans donner de directives très précises. Il en résulte de fortes différences entre les réglementations cantonales. Le concept de la prestation peut cependant, dans certains cas, conduire à la pauvreté ou réduire la motivation à exercer une activité lucrative.

Les trappes de pauvreté existent lorsque les cantons fixent trop bas les limites de revenu donnant droit à ces prestations ou les montants maximum des avances, limitent l’octroi de ces avances sur une certaine période de temps ou refusent d’octroyer des avances partielles. Dans chacun de ces cas, la couverture du minimum vital de l’enfant peut être compromise. Par exemple, dans certains cantons, le montant maximal des avances sur pensions alimentaires est inférieur au montant moyen des pensions accordées à des familles « working poor » (Fr. 670.-/mois/enfant).
Les incitations négatives au travail ne sont pas à négliger. Elles apparaissent dès le moment où, pour une personne ayant droit aux prestations, le fait de reprendre une activité lucrative – et faire ainsi augmenter son revenu – rend subitement caduc le droit aux avances sur pensions alimentaires et entraîne ainsi une diminution du revenu disponible à un niveau encore plus bas que lorsque la personne ne travaillait pas ou travaillait moins.

Pour Caroline Knupfer et Natalie Pfister, du secteur Etudes de la CSIAS, une harmonisation des pratiques cantonales actuelles en matière d’avances sur pensions alimentaires s’impose au niveau national. En particulier, il est important que le montant des prestations (fourchette) soit défini, que les conditions donnant droit aux avances soient clairement fixées et que le système soit conçu de manière à ce que la reprise ou l’augmentation du degré de l’activité rémunérée soient récompensée et non pas pénalisée. Il est également particulièrement important de garantir la couverture du minimum vital pour les foyers monoparentaux qui ne se sont pas vus attribuer de pensions alimentaires ou des pensions insuffisantes, ceci éventuellement sous la forme de prestations complémentaires.

Cas pratique : Bienne

Pour Beatrice Reusser, responsable du département des affaires sociales de Bienne, ville hôte de cette journée, seule importe la réalité du terrain. Pour une ville d’env. 50'000 habitants, l’aide sociale traite pas loin de 2'700 dossiers concernant 4’700 personnes. La pauvreté touche à Bienne 11% des personnes divorcées et 17,5% des foyers mono¬parentaux (416 foyers). Dans ces derniers, on trouve 311 femmes et 16 hommes divorcés ou séparés. Enfin, la pauvreté qui touche les foyers monoparentaux dans la ville seelandaise concerne directement 691 enfants.

Des chiffres effrayants sur lesquels, selon Beatrice Reusser, l’élimination de quelques discriminations indirectes entre les sexes n’aurait aucun effet positif : « les problèmes de ressources précaires ou inexistantes seraient distribués de manière différente et le nombre de personnes dépendant de l’aide sociale augmenterait. »
Pour la responsable des affaires sociales, des mesures concrètes et ciblées comme la création de places supplémentaires pour l’encadrement extrafamilial et des encouragements à recouvrer une indépendance matérielle seraient beaucoup plus efficaces que l’adaptation du cadre légal et de la jurisprudence concernant les contributions alimentaires.

Les pères oubliés

Le divorce a cela d’équitable qu’il touche le même nombre d’hommes que de femmes. Il touche malheureusement aussi beaucoup d’enfants, trop souvent pris dans la tourmente des conflits de couples en crise. Il est donc regrettable que les organisateurs de cette journée n’aient pas pris la peine d’équilibrer les présentations en invitant par exemple les associations de familles monoparentales ou recomposées, les associations proches de la protection ou des droits de l’enfance ainsi que les associations de pères (qui en tant que parties souvent à charge d’entretien sont les premiers concernés par les recommandations émises par la CFQF) à s’exprimer sur le sujet.
Les associations de pères, par l’entremise de GeCoBi (Associations Suisses pour la Coparentalité) avaient d’ailleurs adressé, une douzaine de jours avant la manifestation, une ultime requête à la CSIAS dans le but de pouvoir bénéficier d’une fenêtre de dix minutes dans le programme de la journée pour présenter le point de vue des parents non gardiens sur le thème de la pauvreté après le divorce. Malheureusement, après consultation des autres co-organisateurs, cette demande a été refusée. GeCoBi a néanmoins été invitée à participer activement aux discussions dans les workshops et a pu mettre à disposition des participants des copies de sa prise de position.

Ensemble pour une véritable politique familiale

Les conséquences du divorce conduisent malheureusement encore aujourd’hui à de criantes inégalités. La Commission fédérale des questions féminines en a identifié quelques unes qui pénalisent particulièrement les femmes. Ce qu’il faut savoir, c’est que les inégalités relevés par la CFQF reposent non pas sur une discrimination volontaire et directe des femmes par rapport aux hommes mais sur une discrimination indirecte, induite par le schéma traditionnel de la répartition des rôles et des tâches au sein du couple qui heureusement de nos jours, n’en déplaise aux féministes, tend à évoluer.
Il faut savoir également que la même discrimination, encore aujourd’hui dans notre pays, prive les pères divorcés de leurs droits de parent sur leurs enfants et les empêche de participer activement à la vie de leurs enfants plus de deux jours par quinzaine. La même discrimination, encore aujourd’hui dans notre pays, offre aux mères un droit de veto absolu sur les questions de l’autorité parentale conjointe ou de la garde partagée des enfants.

Plus que des interprétations de la loi ou des points techniques touchant à sa jurisprudence, c’est la problématique globale du droit de la famille en général et du droit du divorce en particulier qui doit être repensée. Et pour reprendre l’expression de M. Philippe Perrenoud, membre du Conseil-exécutif du canton de Berne : « il faut penser le changement et non pas changer le pansement ».
Les associations de la condition paternelle et de pères affiliées à GeCoBi estiment qu’il est urgent de définir et de mettre en place une véritable politique de la « Famille », que cette dernière soit traditionnelle, éclatée, monoparentale ou recomposée, et dans laquelle les responsabilités parentales soient clairement et équitablement réparties entre le père et la mère. Elles invitent les parties concernées à œuvrer ensemble pour réduire « toutes » les inégalités et diminuer le recours à l’aide sociale.


Olivier Girard
Association Jurassienne de la Condition Paternelle (AJCP)

La médiation – coopération ordonnée: Une nécessité

[ Lundi 17 Décembre, numéro 111 ]

La réorganisation des relations enfants-parents dans les situations de séparation- divorce nécessite le développement de la capacité des parents de négocier autour des intérêts de l’enfant. Les procédures judicaires actuelles empêchent souvent les parents à rechercher eux-mêmes des solutions aux conflits concernant leurs enfants. Les lourdeurs du système judicaire contribuent même à aggraver les conflits, la souffrance des enfants, les coûts aux familles et à la société. La médiation -coopération ordonnée permettrait aux parents de développer une coresponsabilité parentale plus saine pour le développement de l’enfant ainsi qu’une réduction des frais de procédures judiciaires.

Les opposants à l’autorité parentale conjointe par principe argumentent souvent que l’attribution de l’autorité parentale conjointe à des parents en conflits serait source d’encore plus de conflits, et donc négatif pour le développement de l’enfant. La situation actuelle qui permet à ce qu’un des deux parents refuse que l’autorité parentale reste conjointe contribue en fait, dans beaucoup de cas conflictuels, à la péjoration des relations lors des procédures judiciaires. Le mode de pensée Gagnant-Perdant devrait être supprimé. L’attribution par principe de l’autorité parentale conjointe réduirait donc une partie des conflits encouragés par les procédures actuelles.

Dans la pratique des tribunaux et dans les faits, l’intérêt des enfants dans le réaménagement de la vie familiale ne trouve que rarement une application appropriée et ceci particulièrement pendant et après des procédures conflictuelles. Selon la loi, l’intérêt supérieur de l’enfant devrait primer au dessus de toutes autres considérations. Ce changement de paradigme qui fait passer l’enfant d’objet à sujet n’est que rarement concrétisé dans la pratique.

Toutes les études sur l’impact de la séparation et du divorce sur les enfants démontrent que l’intérêt et le bien être des enfants aux court et long termes sont mieux préservés lorsque les conflits parentaux autour des enfants sont minimisés et lorsqu’une relation positive est maintenue ou développée entre les enfants et les deux parents. Les études démontrent aussi l’ampleur des effets néfastes sur le développement des enfants qu’ont une continuation des conflits post séparation et le manque de qualité des relations avec les deux parents (dégradation sur le plan psychosocial, scolaire, de la santé….). Les parents souffrent aussi de part et d’autre de ces conflits avec des répercussions sur leur santé et capacité productive et donc économique. Ces effets néfastes ont un lourd coût tant humain qu’économique- direct (frais d’avocats et de justice, de santé) et indirecte (capacité productive des parents, égalité des chances des enfants).

Les expériences faites dans plusieurs pays (Allemagne, Autriche, USA, Canada, Grande Bretagne, Pays Bas, Norvège), démontrent que la médiation-cooperation ordonnée permet aux parents en conflits de réduire leurs conflits et de développer leurs capacités de coopération et de coresponsabilité parentales avec des effets positifs sur leurs enfants. Le modèle de coopération ordonnée développé depuis une dizaine d’année avec succès à Cochem en Allemagne démontre que les parties concernées (parents et enfants) doivent pouvoir se faire aider par des intervenants spécialement formés à ce type de médiation. De plus, une norme est nécessaire rendant obligatoire la coopération diligente entre les services publiques de protection des mineurs et d’assistance (sociale, psychologique, éducative, etc.), les intervenants pertinents (psychologues, médecins, etc.), les avocats et les tribunaux. Les avantages du « Modèle de Cochem », qui par son mode de travail entrevoit la possibilité de solution de conflits extrajudiciairement et qui permet au législateur de le codifier, se résument comme suit:

1- La forme de coopération interdisciplinaire ne représente pas une finalité en soi, que ce soit sur les plans juridiques, psychologiques ou du travail social, mais il s’agit d’une nouvelle perspective globale et interprofessionnelle stimulante.

2- Des frais sont économisés tant par les parents que pour les services étatiques.

3- L’on travaille avec les parties concernées dans le sens des ressources et non pas dans celui de déficits. La capacité à la prise en charge de responsabilités parentales est ainsi renforcée.

4- Surtout pour les enfants, mais également pour les adultes, des charges psychiques sont largement évitées. Un effet préventif est donc obtenu au maintien de la santé psychique et mentale, ce qui de nouveau entraîne des économies et une meilleure capacité productive.

5- La satisfaction est élevée parmi les parties concernées, car les solutions élaborées sont généralement solides. La satisfaction est élevée aussi chez les professionnels, puisqu’ils ne s’épuisent pas par des luttes de compétence ni par des tensions inutiles.

Un élément qui a fortement influencé le succès de cette approche est que la coopération soit ordonnée et le processus entamé très rapidement (dans les 15 jours) suite à une décision de séparation. Les autorités y voient un avantage pour réduire la possibilité d’enlisement ou d’aggravation des conflits.

En Suisse, la possibilité de résolutions de conflits par la médiation est admise dans les procédures`de divorces, les Tribunaux contrôlant et ratifiant les conventions établies lors de la médiation. Bien qu’un nombre croissant de parents ait recours à la médiation, et que les résultats sont généralement très positifs, ce n’est que ceux qui sont suffisamment d’accord pour trouver des solutions ensemble qui y adhèrent. N’étant pas obligatoire et dès le début de la séparation, les parents en conflits aigus ne voient pas l’intérêt de la médiation, qui peut être refusée par l’un d’eux.

Néanmoins les Art. 273, al 2 et 307 du Code civil permettent aux tribunaux d’instruire une médiation si elle le considère nécessaire dans l’intérêt supérieure de l’enfant. Certains tribunaux de districts (par exemple l’Autorité tutélaire de Berne) commencent timidement à utiliser cette approche avec succès. Mais il faudrait que le Code civil soit modifié pour que les tribunaux aient l’obligation d’ordonner un tel processus. Il n’est pas inutile de rappeler que lors de la révision du droit du divorce de 2000, c’est le Parlement qui a biffé l’article qui devait donner l’accès à la médiation et ouvrir la voie à une juridiction spécialisée pour des tribunaux de la famille. Les propositions « ont été rejetées par le Parlement sous prétextes que la promotion de la médiation familiale représentait une concurrence déloyale pour les avocats et que la prescription de la Confédération de tribunaux des familles aurait constitué une ingérence dans un domaine relevant de la souveraineté des cantons. Si cette compétence leur appartenait bel et bien, il faut remarquer qu’aucun n’en a fait usage jusqu’ici » (Rolf Vetterli, Président, II ème chambre civile, Trib. cantonal de St-Gall - 2006).

Patrick Robinson, représentant de la Coordination romande des organisations paternelle auprès de GECOBI

Lien du Site de Gecobi: http://www.gecobi.ch

L’importance de la présence des deux parents pour un bon développement physique e psychique de l’enfant

[ Dimanche 16 Décembre, numéro 110 ]

Les enfants sont à eux-mêmes, ils n’appartiennent à personne. Dans la situation actuelle, qui attribue les fils à un seul des deux parents on arrive à une situation qui ressemble à celle du droit romain, sauf que ce n’est plus le père qui possède la totalité des droits sur ses enfants (oui, de vie et de mort aussi), mais c’est normalement la mère. On n’est pas allé très loin dans le progrès social.

On sait depuis longtemps que l’absence régulière d’un parent dans l’éducation des enfants peut causer des dommages importants sur sa personnalité et sur son identité. Les deux parents sont fondamentaux pour que l’enfant puisse devenir une personne complète. Les rôles sont bien distincts et complémentaires. La mère donne l’affection, le père la loi. La mère, dans son rôle, doit satisfaire les besoins de l’enfant, en lui donnant tout ce qu’il lui faut pour un développement sain et régulier, à commencer par l’allaitement. Le père, par contre, doit créer le désir, c’est à dire la faculté d’élaborer des projets, de poursuivre des buts, de respecter la loi et les règles de la société.

La société actuelle ne reconnaît pas ces rôles, en donnant à la mère toute la responsabilité d’élever et de l’éduquer les enfants. En plus, les institutions (en commençant par l’école) et l’Etat, qui ont aussi le buts de former les futurs citoyens, ont un rôle « féminin », celui de pourvoir aux besoins et non pas celui de créer les désirs (poursuite des objectifs, c.à.d. respect de la loi et des institutions de l’ordre constitué).

Les pères aujourd’hui sont relégués exclusivement à l’entretien des enfants. Si l’on peut admettre un tel rôle au temps des chasseurs du paléolithique (compréhensible en ces temps là, à cause des nécessités prioritaires et des contingences quotidiennes, mais en ces temps là aussi les pères avaient un rôle éducatif important), on doit aussi constater les dommages causés de nos jours par l’absence de la figure paternelle. Dans notre culture, même dans le familles normalement constituées, où le père ne s’occupe pas beaucoup des enfants, on constate divers problèmes chez les jeunes: absence de valeurs, absence d’identité, incapacité de poursuivre des buts, incapacité de formuler des projets. Tout cela porte à des perturbations, telles que dépressions, consommation d’alcool et de drogue, suicide etc.

On peut pas continuer de s’occuper de ces problèmes sans regarder où en est la cause. Une des causes toujours plus répandues est l’absence des parents en tant qu’éducateurs responsables de leurs enfants.

La loi actuelle ne garantit pas aux enfants, en cas de séparation, la présence des deux parents. Elle tend à éliminer une figure, normalement le père (90% des cas). La pratique actuelle des institutions n’impose pas au deux parents le devoir d’élever et d'éduquer les mineurs, comme le propose l’article no. 302 ccs et 219 cps ainsi que la convention des droits de l’enfant de l’ONU.

Un changement de la culture s’impose. Notre but est de conduire vers une plus grande responsabilité des parents dans l’éducation de leurs fils, surtout en cas de séparation. Les parents doivent être obligés par la loi et par les institutions à collaborer dans l’éducation des mineurs, sous peine de sanctions.

Les parents doivent s’occuper de leurs enfants et être en mesure de le faire depuis la naissance. On ne peut plus se cacher derrière le vieux lieu commun que les pères ne s’intéressent pas à l'éducation des enfants, surtout quand il sont petits. Les diverses organisations paternelles de Suisse et de l’étranger démontrent bien la volonté d'être present et de collaborer aux tâches éducatives.

On doit finalement écouter ce que beaucoup d'éminentes personnalités ont écrit sur cette matière, F. Dolto, C. Risè et M. Cavina, entre autres. Les enfants l’attendent depuis longtemps.

Il est clair que la situation actuelle n’est plus soutenable. On entend de la part des opposants que la résidence alternée n’est pas une bonne solution, que cela va poser des problèmes aux enfants. Néanmoins, on commence à disposer de nombreuses études qui montrent les résultats et les avantages de la garde partagée, comme celle de Robert Bausermann, Ph.D., du département SIDA au ministère de la Santé et des services psycho-sociaux à Baltimore, au Maryland, qui a réalisé une méta-analyse de 33 études examinant 1,846 cas de garde monoparentale et 814 cas de garde partagée entre 1982 et 1999. Les études ont comparé l'équilibre des enfants en garde conjointe physique ou légale avec des situations de garde monoparentale et 251 familles intactes. La garde partagée était définie soit par la garde physique — où un enfant passe un temps égal ou des périodes de temps substantielles avec les deux parents — ou la garde légale — où un enfant vit principalement avec un des parents, mais où les deux parents participent à tous les aspects de la vie de l'enfant.

Les enfants vivant dans des contextes de garde conjointe avaient moins de problèmes de comportement et de difficultés émotives, avaient une meilleure estime de soi, de meilleures relations de famille et performaient mieux à l’école que les enfants vivant dans un contexte de garde monoparentale. Et ces enfants étaient aussi bien équilibrés que les enfants des familles intactes pour les mêmes mesures, ajoute Bauserman, « probablement parce que la garde conjointe fournit à l'enfant une occasion d'avoir un contact régulier avec les deux parents ».

Ces conclusions montrent que les enfants ne doivent pas nécessairement vivre dans une situation de garde partagée physique pour manifester un meilleur équilibre, mais doivent surtout passer une période de temps substantielle avec les deux parents, particulièrement avec leur père, affirme Bauserman. De plus, les couples en garde conjointe ont avoué vivre moins de conflits, probablement parce que les deux parents peuvent participer à la vie de leurs enfants de façon équitable en ne passant pas leur temps à se disputer sur des décisions concernant l’éducation des enfants. Malheureusement, la perception existe que la résidence alternée est plus nocive, parce qu'elle expose les enfants à de perpétuels conflits parentaux. En fait, les études de cette méta-analyse ont constaté que les parents en garde monoparentale déclaraient des taux plus élevés de conflit.

On peut donc montrer que la résidence alternée, là où on a eu le courage de la pratiquer, fonctionne, même en Suisse.

Toutes les questions qui normalement surgissent sont des questions pratiques et logistiques (le logement, le temps à passer avec chacun etc.), que avec un petit effort on peut résoudre facilement. En faisant ce petit effort, on arrive à avoir des enfants heureux qui peuvent fréquenter ses deux parents sans difficulté, des enfants qui développent une personnalité saine et complète, des enfants contents de vivre une belle vie. C’est tout ce qu’on souhaite pour eux.

Contribution de Riccardo Kuebler de GECOBI

Baby blues: les pères en souffrent aussi

chronique_109.jpg [ Vendredi 12 Janvier, numéro 109 ]

Article du numéro 2 de Migros Magazine 8 janvier 2007

BABY BLUES: LES PERES EN SOUFFRENT AUSSI

Vague à l’âme, désarroi, impression de perdre les pédales… Face au bébé, les nouveaux pères développent parfois les mêmes symptômes que les mères. Paroles de papas pas forcément poules.

On connaît le baby blues des mères. Ce sentiment vague de joie intense et de larmes impromptues qui éclaboussent les premiers tête-à-tête avec le bébé. Voilà qu’une étude américaine avance que les pères eux aussi seraient concernés: 4% d’entre eux (pour 10% des mères) vivraient cet état d’extrême fragilité à l’arrivée du nourrisson.

Pour Olivier Monney, père de deux enfants et animateur pour des personnes handicapées psychiques à Genève, cette réalité n’a rien d’étonnant: «Je pense même que cela concerne davantage de pères que ça. Le baby blues est souvent sous-jacent, mais comme il n’est pas considéré comme un état viril, la plupart des hommes ne vont pas en parler ouvertement ou vont chercher à l’évacuer. Les pères sont censés assurer, ils n’ont pas le temps de vivre leurs émotions!» Il parle en connaissance de cause: le baby blues avec son cortège de perturbations, il l’a vécu à l’arrivée de son premier enfant, à 27 ans.

Saut dans l’inconnu

Il faisait alors des veilles pour payer sa formation d’éducateur, alors que son épouse terminait ses études d’infirmière. Un couple «osmotique», comme il dit. Au début, la nouvelle de la grossesse les comble de joie. Bonheur devant le ventre alourdi, ce corps de femme en pleine transformation. «Elle était belle, j’ai pris des photos pendant les neuf mois», se souvient Olivier Monney. Et puis, tout à coup, à l’approche du terme, le plongeon dans l’inconnu lui fait peur. Il verbalise aujourd’hui ce «baby blues ressenti par anticipation»: «C’est une charge qui vous arrive dessus. Est-ce que je suis prêt? Vais-je être à la hauteur? C’était l’angoisse.»
Il se souvient d’une douleur. Avant et après. Quand l’enfant débarque, rebelote. Dans le berceau, cette vie qui gigote l’émerveille, mais apporte aussi son lot de bouleversements, de remises en question et de doutes. «J’étais désarçonné. Après l’accouchement, ma femme a également vécu un baby blues, ça a renforcé ma panique.»

Etranger parmi les siens

Une zone de turbulence qui peut être passagère, mais qui peut aussi s’installer. Comme dans le cas de Martin, aujourd’hui papa d’une adolescente, dont le baby blues a commencé dès le retour de l’hôpital. Après les neuf mois de bonheur, de rêve fou à attendre, c’est la douche froide: «Ma femme et ma fille ont très vite formé un couple à l’intérieur de la famille. Je n’ai pas senti tout de suite ce décalage, mais peu à peu le silence a pris le pas, la petite s’est détournée de moi.»
Un passage à vide qui s’est transformé en véritable malaise, voire en dysfonctionnement puisqu’il a duré plusieurs années. «Quand je rentrais du travail, ma fille me repoussait, j’étais l’intrus. Je me retrouvais à sangloter comme un gosse.» Une douleur que son épouse n’a pas remarquée, «absorbée par son propre bonheur»: «J’étais sur mon petit nuage, je n’ai rien vu. J’ai vraiment été bouleversée quand il m’a appris qu’il avait souffert comme ça, pendant si longtemps.»

Du temps, il en a fallu pour retisser les liens manquants. Du dialogue aussi, beaucoup de mots pour dire son sentiment d’exclusion, l’isolement, l’impression d’être un étranger dans sa propre famille. Quelques constructions de Lego et plusieurs dessins à quatre mains plus tard, la relation s’est rétablie entre Martin et sa fille. La place reconquise, à force d’obstination et de patience surtout.

Se reconstruire lentement

Pour Olivier Monney, c’est à coup de randonnées, de ski et de traversées de bassin qu’il a retrouvé prise sur le réel. Autant d’activités partagées avec son épouse pour se réaménager du temps ensemble. «Mais ça s’est reconstruit lentement.» Long, le chemin pour trouver de nouveaux repères, traverser cette «crise individuelle et de couple», se débarrasser des projections qu’ils avaient l’un sur l’autre, en tant que nouveaux parents.

Faire face à une responsabilité qui arrive, donner son temps sans partage, se retrouver confronté à sa propre enfance. Oui, l’arrivée d’un bébé est souvent un choc inavoué pour les mères et pour les pères. «Tout ça est très ambivalent. Il y a le désir d’enfant et, en même temps, cet enfant fout notre vie en l’air, bouscule tout et amène aussi la vie», résume Olivier Monney.

Pour sortir de la zone de turbulence, trois à quatre mois sont souvent nécessaires. Quand la relation avec l’enfant se construit, le baby blues s’éclipse de lui-même sur la pointe des chaussons.

PATRICIA BRAMBILLA

Infos sur www.pptg.ch

Article disponible sur le site de Migros magazine à l’adresse :


PAROLES D'EXPERTE

Nahoé Curtet, sage-femme et conseillère en planning familial à Profa, Lausanne.
Comment expliquer le baby blues des pères?


Il s’agit de savoir de quoi on parle. Le baby blues, à ne pas confondre avec la dépression, est ce moment d’adaptation à une réalité avec une libération des tensions portées pendant neuf mois. Après l’accouchement, le ventre est vide, l’enfant attendu est enfin là, la réalité est autre avec ses émotions multiples qui vont de la culpabilité à la joie en passant par les larmes. Les hommes peuvent tout à fait ressentir ce désarroi. Eux aussi deviennent pères! Quand ils mesurent que les choses changent, il peut y avoir une crainte de la paternité en regard de leur histoire personnelle. Ce n’est pas nouveau. Mais ils sont moins observés puisqu’ils ne sont pas hospitalisés… Qu’éprouvent-ils seuls à la maison alors que leur femme et enfant sont à la maternité durant trois ou quatre jours?
Est-ce un état différent de celui des femmes?

Contrairement à ce que l’on croit, il ne semble pas que le baby blues soit lié à un taux d’hormones particulier. Vécue par le père, cette réaction est également émotionnelle et n’a rien de pathologique. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter puisqu’elle dure généralement quelques jours. C’est un état de vulnérabilité extrême qui a sa raison d’être: il est le signe que l’on a lâché beaucoup de défenses pour être à la hauteur du bébé, tout à son service.

Ce «passage à vide» peut-il avoir des conséquences sur le développement de l’enfant?

Non, à moins que le baby blues ne se prolonge et ne se transforme en dépression. Les symptômes? Un sentiment d’incapacité, de distance, d’être toujours dans l’étrangeté avec l’enfant, des insomnies, des pleurs fréquents. Dans ces cas-là, où le fait de devenir mère ou père réveille une souffrance enfouie, il faut un soin psychothérapeutique afin de dénouer le nœud relationnel.

Article disponible sur le site de Migros magazine à l’adresse :

http://www.migrosmagazine.ch/index.cfm?id=16123

Le travail domestique et professionnel et leur influence sur l’attribution de l’autorité parentale.

[ Jeudi 23 Novembre, numéro 108 ]

Cette chronique est la première d’une série commentant les arguments opposés et ceux en faveur de l’attribution de l’autorité parentale conjointe après la séparation des parents. Au cours du débat télévisé de l’Emission Infrarouge, les opposants aux Postulat Reto Wherli ont pu faire valoir tant bien que mal leurs arguments et dure fût cette soirée pour les opposants au projet Wherli. Parmi ceux-ci, on trouve la question de la prétendue contribution inégalitaire des hommes au travail relatif à l’entretien de la famille.

Sur ce point, l’argumentation de Mme Ruth-Bernasconi, conseillère nationale du Parti Socialiste, de Mme Patricia Roux de l’Université de Lausanne et dans une moindre mesure M. Nordmann aussi représentant au Conseil National du Parti Socialiste est la suivante :

Les hommes participent moins aux tâches domestiques entre autre celles relatives à l’éducation des enfants ; la majorité de ces hommes ne découvriraient leur situation de père qu’au moment de la séparation et dans ce contexte il serait donc naturel qu’ils n’aient pas l’autorité parentale conjointe automatique. En d’autre mots, que seuls ceux qui la méritent, l’obtiennent.

Sur cet aspect bien précis, quelle est la situation et pourquoi cette argumentation ne tient pas la route ?

En 2004, le Département de l’Intérieur de la Confédération publiait un rapport sur la situation de la famille. Ce document traite de l’ensemble des aspects reliées à la vie familiale dont celui concernant l’activité professionnelle, les tâches domestiques et familiales. A ce chapitre, on peut lire :

« La charge totale résultant de l’activité professionnelle et des tâche domestiques et familiale dépend de la situation familiale et non du sexe. Si l’on additionne le temps consacré à l’exercice d’une activité lucrative et celui investi dans les tâches domestiques et familiales, on obtient la charge de travail totale. Elle atteint son sommet lorsque les enfants sont en bas âges. Les mères comme les pères vivant en couple comptabilisent en moyenne 70 heures de travail hebdomadaires ».

A la lecture de cette citation, on peut admettre que le travail de l’un et l’autre sont sans doute différents mais aussi équivalent en termes d’énergie consacrée à l’entretien de la famille. On peut aussi admettre sans trop de problèmes que si le père travaille, c’est pour faire vivre sa famille et que si la mère travaille, c’est aussi au bénéfice de la famille.

Soyons clair, il n’est pas question pour nous de prétendre que la place des femmes se trouve derrière le fourneau mais de s’opposer à l’argumentation qu’il ne faille tenir compte que du travail domestique dans l’évaluation de la contribution de deux conjoints à la vie de la famille. En d’autres mots, sans activités professionnelles la famille ne peut vivre et il en est de même pour l’activité domestique et dénigrer l’une en faveur de l’autre ou n’en comptabiliser qu’une au dépend de l’autre n’a aucun sens. D’ailleurs à ce sujet, Mme Ruth-Bernasconi, malgré sa formation en sociologie, n’est pas arrivée à expliquer ce qui permettait de soutenir son choix méthodologique pour le moins restrictif et surtout très biaisé.

De plus, on aurait pu penser que l’orientation politique de cette dernière l’aurait amené à prendre en compte que dans un contexte où les inégalités salariales entre les hommes et les femmes sont une réalité, il apparaitrait évident que le partage des tâches entre les activités professionnelles et domestiques relève davantage du choix de la société que du choix de deux individus formant un couple. Eh bien non !

Pour Mme Ruth-Bernasconi et M. Nordmann, admettre que dans une société qui a fait le choix d’imposer et de maintenir des inégalités de fonction professionnelle et salariales entre les sexes, les membres d’un couple n’ait pas le choix de leur position dans la famille, cela relève semble-t-il de la mission impossible. On se serait attendu à autre chose de la part des représentants du Parti Socialiste.

En effet, s’il s’agit d’un choix de société, ce que nous pensons, la probabilité que les membre d’un couple ait de modifier ce choix est bien mince.

Pourtant, nous savons très bien comment la situation s’impose aux familles et le scénario suivant est loin d’être improbable.

Le père a sans doute davantage d’opportunités professionnelles, la mère moins. Si celle-ci décide de travailler, il faudra que le couple tienne compte de toute une série de paramètres comme : la disponibilité d’une garderie, les coûts de cette dernière, de la charge fiscale supplémentaire, des frais de transport additionnel, etc. Dans ce contexte, on connait la plupart du temps la réponse. Elle n’a souvent rien à voir avec l’argumentation reliée à la domination patriarcale des hommes sur la famille mais plutôt sur ce qui restera sur le compte de banque à la fin du mois.

Alors les questions importantes à poser sont les suivantes :

Dans quelle mesure un individu, qu’il soit homme ou femme, doit-il supporter personnellement un mode de fonctionnement sur lequel son levier d’intervention est nul pendant la vie de la famille ou après sa rupture ? Plus précisément, dans le cadre de la situation actuelle, pourquoi l’autorité parentale ne serait-il accordé qu’à celui ou celle qui a consacré le plus de temps au travail domestique ? Y aurait-il des heures de contribution à la vie de la famille meilleures que d’autres ? Faut-il dénigrer ou valoriser un type de travail au dépend de l’autre ? Faut-il opposer les pères et les mères sur cet aspect bien précis de la vie de famille ?

Evidemment, la réponse est non à toutes ces questions et l’évaluation de la contribution à la vie ne se termine pas au seuil de la porte du foyer familial.

D’ailleurs à ce sujet, je me permets de citer que ce que l’on constate dans les couples hétérosexuels existe aussi dans l’organisation domestique des couples lesbiens et gays. En effet, au cours de la conférence « Work in progress Etudes Genre 2005 » organisée à l’Université de Lausanne, Valérie Biétry indique dans son étude sur cette question : « Les résultats obtenus montrent que la majorité des couples n’ont pas une organisation clairement définie, ce qui favorise une répartition inégalitaire des tâches ménagères, où l’une des partenaires s’y investie davantage que l’autre ».

Je me permettrai cependant d’ajouter qu’il aurait sans doute été intéressant pour cette chercheuse d’étendre son champs de recherche à l’extérieur du giron restrictif du foyer et de l'analyse "genre" et serait sans doute venu à des conclusions identiques à celle du Rapport de la famille 2004 à l’effet que dans presque tous les couples il y a partage inégalitaire du travail domestique et professionnel mais que le total du travail est équivalent quelque soit le type de couple et que l’attribution des rôles a sans doute peu à voir avec les genres, mais davantage avec les exigences ou opportunités socio-économiques des membres formant le couple.

A vérifier.

Pour conclure, je pense et nous sommes de plus en plus à le penser qu’il faille définir un nouveau paradigme sur cette question du travail domestique versus le travail professionnel et en finir avec leur opposition. A entendre Mme Roth-Bernasconi, le féminisme en aurait fini avec sa vision manichéenne sur la « domination patriarcale de l’homme sur la femme et ce depuis plus de cent ans », je pense donc que cette redéfinition pourrait être atteinte aisément. Je l’espère.

Si ce n’est pas le cas, cette dernière, M. Nordmann et Mme Roux se trompent de cible.

A la question de la redéfinition des fonctions de «pourvoyeur » et d’« éducatrice », nous sommes aussi de plus en plus nombreux à réclamer une présence plus importante auprès de nos enfants que nous aimons autant que les mères. Cependant, vous comme moi savons très bien que si la question relativement simple de l’inégalité de traitement salariale n’a pas été résolue à ce jour, la question de la redéfinition par la société des fonctions au sein de la famille risque de prendre du temps aussi et ce n’est pas aux individus qui la subissent, père ou mère d’en faire davantage les frais, entre autre après le mariage.

Paul Ménard MSc
Président du comité

Stuz, Heidi et al Rapport sur les familles 2004 - Structures nécessaires pour une politique familiale qui réponde aux besoins Département fédéral de l'Intérieur, Berne 2004
http://www.bsv.admin.ch/forschung/publikationen/familienbericht_f.pdf

Emission Infrarouge: Droit des pères bafoués?
http://infrarouge.tsr.ch/forum-155-divorce-droit-peres-bafoue.html
Cliquer sur le bandeau "visionner l'émission"

postulat Reto Wherli
http://search.parlament.ch/f/cv-geschaefte?gesch_id=20043250

Violence conjugale en Suisse.

[ Mercredi 22 Novembre, numéro 107 ]

Dans une dépèche de l'Agence Télégraphique Suisse qui vient de paraître aujourd'hui, on pouvait lire:

"Au moins 10% des cas dénoncés de violences domestiques dans le canton de Berne sont le fait des femmes. Le nouveau rapport de la Commission cantonale de l'égalité l'affirme. Peu d'hommes victimes de leur compagne contactent la police.

La plupart de ces hommes cachent leur statut de victime de la violence féminine, de peur d'être remis en cause dans leur masculinité. Intitulé "Violence féminine : mythes et réalités", le rapport rendu public à Berne se base sur les statistiques de 2004 et 2005 des polices des cantons de Berne, Zurich, St-Gall et Appenzell Rhodes-Extérieures.
Les images traditionnelles de l'homme fort et dominateur et de la femme faible et soumise ont la vie dure. Les plaisanteries sur les ménagères menaçant son mari avec un rouleau à pâte aussi. Ce genre de stéréotype sexiste empêche beaucoup d'hommes d'accepter leur statut de victime et d'en parler, estime la commission dans un communiqué.

De récentes études montrent en outre que les mères se montrent aussi violentes face à leurs enfants que les pères, même si ces proportions restent peu comparables, souligne le rapport. Pères et mères ne se partagent en effet pas encore à égalité le temps consacré aux enfants et la responsabilité de leur éducation.
La commission cantonale de l'égalité propose de sensibiliser les spécialistes de la violence domestique dans leur approche des hommes victimes et des femmes violentes. En matière de protection de l'enfant, il faudrait aussi être plus attentif à la violence féminine.

Ce phénomène trouve souvent son origine dans le surmenage des femmes face aux enfants qui crient, leur tiennent tête ou sont hyperactifs. Pour la commission, il est important de rendre visible le lien existant entre la répartition des rôles et la violence domestique et d'agir dans ce domaine.
Le rapport demande enfin que les mesures demandées ne soient pas appliquées au détriment des victimes féminines et des aides qui leur sont fournies."

Le paradigme de la violence conjugale exclusivement masculine s'effrite sérieusement. On en arrivera sans doute finalement aux conclusions de la recherche récente sur la question qui montrent que la violence qu'elle soit situationnelle ou qu'elle relève du terrorisme conjugal existe aussi chez les femmes.

Cependant, ce qui est important ici, c'est qu'un bureau de l'égalité d'un des plus important canton de Suisse finissent par admettre qu'il faille aussi s'intéresser à la violence au féminin et que les stéréotypes sexistes actuels nous empêche d'avoir une évaluation objective de ce phénomène et ça c'est un pas déterminant pour la mise en place d’une véritable politique de prévention qui ne présume pas coupable la moitié de la population parce qu’elle possède une paire de chromosomes XY.

Paul Ménard MSc
Président du comité
Père pour toujours Genève

pour avoir accès au rapport:
http://www.sta.be.ch/site/fr/gleichstellung-frauengewalt_fk06_dt.pdf

Syndrome d’aliénation parentale et jurisprudence : une nouvelle décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

[ Jeudi 10 Août, numéro 106 ]

Régulièrement, la question du non-respect du droit de visite est soulevée par de nombreux pères. Malheureusement, en Suisse et en particulier à Genève, les efforts requis par les pères pour faire respecter les décisions de justice concernant les droits de visite relève d’un véritable parcours du combattant. Nous en voulons pour preuve le manque manifeste de volonté et de mauvaise foi des magistrats genevois et des autorités de tutelle ou de protection de la jeunesse du canton.

En Suisse, l’article 274 al.1 du Code civil prévoit que le père et la mère doivent veiller à ne pas perturber les relations de l’enfant avec l’autre parent et à ne pas rendre l’éducation plus difficile.

Cependant, comme le soulignait, Maître Kathrin Gruber, le droit suisse ne prévoit pas de sanction pénale pour non respect du droit de visite, comme c’est le cas en France (non présentation d’enfant).

La seule sanction pénale qui peut entrer en ligne de compte actuellement est celle de l’article 292 du Code Pénal pour insoumission à une décision d’autorité. Les peines prévues sont les arrêts ou l’amende. La sanction n’est cependant possible que si le jugement de divorce, le prononcé de mesures provisionnelles ou de mesures protectrices prévoient expressément la menace des peines prévues à l’article 292 CP en cas de non respect du droit de visite. Si le jugement ne mentionne rien à ce sujet, cette disposition n’est pas applicable et le non respect du droit de visite ne peut pas faire l’objet d’une plainte pénale.

Cependant, suite à un jugement du 20 juillet 2006 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la situation évoluera sans doute. Cette décision condamne en effet la République tchèque et estime que les tribunaux tchèques n’ont pas pris toutes les mesures nécessaire, en vue d’amener E.P., une mère, à respecter le droit de visite d’un père. La Cour Européenne estime de plus que les tribunaux ne se sont pas montrés assez rapides et systématiques dans leur recours pour amener la mère à se soumettre au décision de justice et à respecter l’article 8 de la Convention Européenne des Droits de l’homme.


Les appréciations de la Cour soulignent les éléments suivants:

« 63. Il convient de rappeler ici que dans une affaire de ce genre, le caractère adéquat d’une mesure se juge à la rapidité de sa mise en œuvre (Maire c. Portugal, no 48206/99, § 74, CEDH 2003 VII) »

« 65. Il est également important de noter que dès 1995, les experts ont attiré l’attention sur l’attitude négative de la mère et sur le fait que le droit de visite ne pouvait pas être réalisé sans sa coopération (paragraphe 10 ci-dessus) ; les rapports ultérieurs ont relevé chez l’enfant sa fixation pathologique à la mère et le syndrome d’aliénation parentale (paragraphe 35 ci-dessus). Il était donc plus qu’évident que le passage du temps avait en l’espèce des conséquences défavorables pour le requérant. »


« 67. Au vu des faits susmentionnés, la Cour admet que la non-réalisation du droit de visite du requérant est imputable surtout au refus manifeste de la mère, puis à celui de l’enfant, programmé par cette dernière. Elle estime cependant que les tribunaux nationaux n’ont pas pris, en vue d’amener E.P. à respecter la décision donnant le droit de visite au requérant, toutes les mesures que l’on pouvait raisonnablement exiger d’elles dans le conflit très difficile en cause, et qu’ils ne se sont pas montrés assez rapides et systématiques dans leur recours aux différentes moyens d’exécution prévues par le droit interne. »

Par ce jugement, la Cour Européenne indique donc une fois de plus la nécessité d’agir rapidement lorsque de tels litiges surviennent et de la nécessité de prendre les mesures nécessaires afin d’amener le parent délinquant à respecter ses obligations légales et son devoir d’éducation. Ce jugement reconnaît la présence fixations pathologiques d’un enfant vis-à-vis un parent aliénant et l’existence d’un syndrome d’aliénation parentale.

Finalement, elle reconnaît une violation de l’article 8 de la Convention des Droits de l’Homme par la République tchèque.

Paul Ménard
Président du Comité
Père pour toujours Genève

Article 8 - Droit au respect de la vie privée et familiale

1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

Lien vers la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

http://www.lexinter.net/UE/droits_et_libertes.htm

Lien vers le jugement :

http://cmiskp.echr.coe.int/tkp197/view.asp?item=76&portal=hbkm&action=html&highlight=&sessionid=8046677&skin=hudoc-fr

Communiqué de presse de la Cour Européenne des Droits de l'homme

[ Jeudi 10 Août, numéro 105 ]

Koudelka c. République tchèque (no 1633/05) Violation de l’article 8

Le requérant, Jirí Koudelka, est un ressortissant tchèque né en 1957 et résidant à Prague. De sa relation avec E.P. naquit une fille en 1990. Le couple se sépara l’année suivante et la garde de l’enfant fut confiée à E.P.

En 1993, le requérant demanda au tribunal de déterminer son droit de visite, alléguant que E.P. l’empêchait de voir leur fille. Les experts désignés par le tribunal ne relevèrent aucun obstacle au contact du requérant avec sa fille mais firent état des relations conflictuelles entre les parents et l’attitude négative de la mère, dont la coopération était selon eux indispensable pour la mise en œuvre d’un droit de visite. Par une décision du 24 octobre 1995 confirmée en appel, le requérant se vit accorder un droit de visite médiatisé : ses rencontres avec l’enfant devant avoir lieu un jeudi après-midi sur deux dans un centre de prévention sociale et avec l’assistance d’un spécialiste.

Ce régime est toujours en vigueur, même si une procédure portant sur sa suppression, engagée par E.P., est actuellement en cours. Depuis lors, le requérant tente de mettre en oeuvre son droit de visite. La seule et unique tentative de rencontre eut lieu dans un centre spécialisé en juillet 2002 ; à cette occasion, les experts constatèrent que l’éducation dispensée par E.P. souffrait de sérieux manquements et que le contact entre le requérant et sa fille ne serait pas possible sans recourir d’abord à une thérapie, E.P. faisant développer chez l’enfant le syndrome d’aliénation parentale.
Le requérant se plaignait que les autorités n’ont pas déployé suffisamment d’efforts pour faire exécuter son droit de visite à l’égard de sa fille en dépit de la résistance de la mère. Il invoquait notamment les articles 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) et 6 § 1 (droit à un procès équitable).

Bien que connaissant dès 1995 les obstructions faites par E.P. à la rencontre entre le requérant et sa fille, le tribunal compétent s’est longtemps borné à une seule sommation adressée à E.P. en 1996, laquelle est restée manifestement inefficace. Par la suite, ce n’est qu’en avril 1999 et octobre 2000 que le tribunal infligea à E.P. deux amendes d’environ 70 et 7 EUR. Vu les circonstances de l’affaire et l’attitude damnable de la mère, la Cour considère qu’une telle mesure ne saurait être considérée comme suffisante et adéquate.

Eu égard aux circonstances de l’espèce, la Cour estime que la non-réalisation du droit de visite du requérant est imputable surtout au refus manifeste de la mère, puis à celui de l’enfant, programmé par cette dernière. Elle estime cependant que les tribunaux tchèques n’ont pas pris, en vue d’amener E.P. à respecter le droit de visite du requérant, toutes les mesures que l’on pouvait raisonnablement exiger d’elles dans le conflit très difficile en cause, et qu’ils ne se sont pas montrés assez rapides et systématiques dans leur recours. Par ailleurs, étant donné la conclusion faite par le psychologue en juillet 2002, selon laquelle E.P. compromettait le bon développement de l’enfant, la question se pose de savoir si les tribunaux ont été inspirés dans leurs démarches par l’intérêt de l’enfant.

De l’avis de la Cour, les tribunaux tchèques ont permis que le présent litige soit tranché par le simple écoulement du temps, de sorte que le rétablissement des liens entre l’intéressé et sa fille ne semble plus possible aujourd’hui. Dès lors, la Cour conclut à l’unanimité à la violation de l’article 8. Elle estime qu’il n’y a pas lieu d’examiner séparément le grief tiré de l’article 6 § 1 et alloue au requérant 13 000 EUR pour préjudice moral et 2 000 EUR pour frais et dépens moins les 701 EUR déjà perçus du Conseil de l’Europe au titre de l’assistance judiciaire. (L’arrêt n’existe qu’en français.)

Enlèvement international d'enfant: la Cour Européenne remet à l'ordre la Suisse

[ Jeudi 22 Juin, numéro 104 ]

Affaire du petit Ruben: Strasbourg stigmatise la justice lucernoise

La Suisse a violé le droit à la vie familiale du père de Ruben, un enfant de sept ans enlevé par sa mère, une ex-championne cycliste lucernoise. A titre de réparation, la Cour européenne alloue 15'000 euros à ce père divorcé, un Italien de 41 ans.

La Cour stigmatise l'attitude de la justice lucernoise. La manière dont elle a procédé cadre mal avec le but et les objectifs de la Convention de La Haye, qui est d'assurer un "retour immédiat" des enfants déplacés ou retenus illicitement.

Après l'enlèvement de l'enfant par sa mère, qui avait profité d'un droit de visite fin décembre 2003, le Tribunal de Willisau (LU) avait pris une première décision inopportune en ordonnant le maintien du petit Ruben en Suisse pendant la durée de la procédure lancée par son père.

Plus grave, il a ensuite attendu quatre mois pour statuer sur la demande de rapatriement. Un tel laps de temps n'est pas conforme avec la Convention de La Haye, qui exige que les autorités judiciaires procèdent "d'urgence", dénonce Strasbourg.

Enfin, la décision de rejeter la demande de rapatriement, pour tenir compte des réticences de l'enfant, paraît aussi inopportune. Car, comme l'avait par la suite admis le Tribunal cantonal de Lucerne, il est normal qu'un enfant de quatre ans qui se trouve depuis des mois sous l'influence de sa mère, s'oppose à son retour.

La Cour juge également fondé le reproche de passivité adressé par le père après la disparition de son enfant. L'attitude des autorités lucernoises, entre l'enlèvement et leur dernier contact avec la mère, "témoigne dans l'ensemble d'un certain laxisme", qui ne cadre pas avec la Convention de La Haye, relèvent les juges de Strasbourg.
Spécialiste en médecine du sport, le père de l'enfant vit séparé de la mère. Depuis 2002, les tribunaux italiens lui avaient confié la garde de l'enfant.

Cette année-là déjà, la mère refusait de rendre l'enfant après un droit de visite. En décembre 2003, elle avait récidivé et n'avait plus accepté de se séparer de son fils. Depuis septembre 2004, elle vit cachée avec lui.

Après la disparition de Ruben, le père avait alerté l'opinion publique et avait fait une grève de la faim devant l'ambassade suisse à Rome. En plus de l'indemnité pour tort moral de 15'000 euros, il reçoit 5000 euros pour ses frais et dépens.

ATS

Le lien vers le jugement est le suivant:

http://cmiskp.echr.coe.int////tkp197/viewhbkm.asp?action=open&table=1132746FF1FE2A468ACCBCD1763D4D8149&key=57181&sessionId=8046677&skin=hudoc-fr&attachment=true

La réelle fonction du père

[ Mardi 20 Juin, numéro 103 ]

En cette journée de la fête des pères et dans un contexte social où de plus en plus de pères veulent s'impliquer dans l'éducation de leurs enfants, il serait peut-être bon de se poser la question : " En quoi consiste réellement la fonction paternelle ? " En quoi sa fonction est-elle complémentaire, et non similaire, à la fonction maternelle ? Quelle est la mission réelle du père ? Voici quelques éléments de réflexion que j'ai glanés au cours de mes lectures et de ma vie de père et qui m'ont servi à écrire le chapitre Un père, pour quoi faire ?1

Il existe une différence fondamentale entre rôle sexuel et fonction sexuelle. En résumé, le rôle désigne des comportements, des actes ou des attitudes conscientes, volontaires, concrètes, interchangeables et relatifs comme les tâches ménagères ou de pourvoyeurs. Ces rôles évoluent au gré du temps et des modes et peuvent être indifféremment remplis par la mère ou le père (identité de genre). La fonction est à l'inverse des rôles car celle-ci est inconsciente, psychologique (non volontaire), unique, spécifique et absolue (identité sexuée). Aucune mère, malgré sa bonne volonté, ne peut remplir la fonction paternelle ; elle ne peut remplir que " sa " fonction maternelle. Et vice versa !

La fonction maternelle est d'abord une fonction de matrice, de source nourricière, d'enveloppe, de réceptacle de vie, de rétention. La mère représente l'abri, la sécurité, la protection, la chaleur, l'affection, la fusion, la compréhension... La mère représente l'amour. La fonction du père en est une de séparation, d'expulsion du sein maternel, de distinction, de différenciation. Le père doit éduquer ses enfants dans le sens étymologique du mot " educare " : faire sortir, tirer dehors, conduire au-dehors avec soin.

La fonction du père est de séparer l'enfant de la mère. Il doit s'interposer entre la mère et l'enfant pour permettre à l'enfant de développer son identité en dehors de la symbiose maternelle et rappeler à la mère qu'elle est aussi une femme, une amante, un être de plaisir, non seulement un être de devoir généreux. Si la mère représente l'amour fusionnel, le père représente les limites, les frontières, la séparation psychologique.

L'enfant a besoin de sentir toute l'attention de la mère pour découvrir sa puissance. Mais il a aussi besoin des interdits de son père pour connaître ses limites et apprendre à faire attention aux autres. L'enfant apprend, par sa mère, qu'il est au centre de l'univers, de son univers ; il doit apprendre, par son père, qu'il existe d'autres univers avec lesquels il devra collaborer pour survivre et s'épanouir. L'enfant doit apprendre à se situer à mi-chemin entre l'attitude du chat et du chien. Le chat se croit le maître en voyant tout ce que son " esclave " fait pour lui, alors que le chien perçoit son propriétaire comme son maître parce qu'il est capable de tout faire pour lui.

D'après les psychologues, la fonction paternelle se manifeste dans cinq secteurs précis :

1. La protection. Auparavant, grâce à sa force physique, cette protection était surtout limitée aux dangers physiques extérieurs : l'homme des cavernes devait protéger les siens de prédateurs de toutes sortes. L'homme du XXIe siècle sera de plus en plus appelé à assurer, en plus, une sécurité émotive non seulement pour ses enfants, mais aussi pour sa femme (c'est d'ailleurs là l'une des principales demandes de la femme moderne). Sa femme et ses enfants veulent pouvoir compter sur lui. Pour ce faire, il doit évidemment être présent, physiquement et psychologiquement, et être valorisé dans cette fonction.

2. L'éducation. Le père doit faciliter à ses enfants l'apprentissage du contrôle de soi ; il doit leur apprendre à renoncer à la satisfaction immédiate de ses besoins et désirs ; il doit leur apprendre la patience. Il doit surtout les aider à canaliser leur agressivité vers une expression positive et constructive de celle-ci. Il est évident que, ce faisant, il apprend lui aussi à mieux gérer ses propres besoins et sa propre agressivité. Mais n'est-ce pas en enseignant qu'on apprend à enseigner ?

3. L'initiation. Le père a aussi comme fonction d'humaniser l'enfant à la frustration et au manque afin de pouvoir l'intégrer dans le monde adulte et le monde social, comme cela se faisait dans les rituels initiatiques des tribus dites " primitives ". Le père initie l'enfant aux règles de la société, sinon aucune vie sociale n'est possible. La démission du père à ce niveau est probablement en grande partie responsable de l'augmentation croissante de la délinquance juvénile. Les enfants deviennent délinquants parce qu'ils continuent de croire que tout leur est dû et que les autres sont à leur service (comme l'était maman).

4. La séparation. La femme moderne demande à l'homme du XXIe siècle de l'accompagner dans toutes les étapes de la grossesse, de l'accouchement et des soins de l'enfant et je crois que cet accompagnement constitue une excellente façon de développer le sens de la paternité. Mais, j'insiste pour réaffirmer que la fonction du père est de séparer l'enfant de la mère et la mère de l'enfant et non pas de former une " sainte trinité " où chacun perd son identité. Ainsi, le père permet la survie et l'épanouissement de l'enfant ; ainsi, l'homme permet la survie et l'épanouissement de la femme qui existe dans la mère.

5. La filiation. Peu importe le nom de famille donné à l'enfant, celui-ci a besoin de savoir qu'il a un père et qui est ce père. Il a aussi besoin de savoir qu'il s'inscrit dans une lignée qui possède une histoire. Il a besoin de se sentir relié à l'humanité, qu'il fait partie de la grande famille humaine. Traditionnellement, la filiation était patrilinéaire ; elle assurait au père qu'il avait un fils ou une fille et elle assurait à l'enfant, fille ou fils, qu'il avait bien un père, ce père.

La maternité ne fait pas de doute : la mère sait que c'est " son " enfant parce qu'elle l'a porté. La paternité, elle, doit parfois être prouvée et c'est la raison principale pour laquelle, ne l'oublions pas, la filiation patrilinéaire et la monogamie se sont développées. L'homme peut ainsi être assuré qu'il est vraiment le père de ses enfants et qu'il peut consacrer ses ressources, sa force de travail et son affection à leur survie et leur développement. C'est une attitude extrêmement paranoïde de croire que les hommes ont inventé ces institutions pour asservir les femmes. Ils l'ont fait pour protéger leurs droits, leur paternité, ce qui m'apparaît un mobile tout à fait légitime. Sinon, l'homme serait encore plus esclave de la femme en ce sens que sa fonction serait réduite à son rôle de pourvoyeur : améliorer les conditions de vie de n'importe quel enfant et il devrait probablement prendre en charge de nombreux enfants qui ne sont pas les siens 2.

Déjà, en juillet 1966, Margaret Mead proposait dans un article de Redbook le mariage en deux étapes. La première consistait en un lien légal sans véritable engagement et sans conséquences advenant un divorce : le mariage individuel ou amoureux. La deuxième étape légalisait la relation à long terme avec des garanties concernant les enfants en cas de divorce : le mariage parental. Ce mariage unirait les partenaires à vie. La première étape a donné naissance au foisonnement des unions libres des années 70 et 80. Mais la deuxième étape n'a jamais pris forme. Les enfants n'ont aucune garantie que leurs droits seront respectés dans le cas de divorce. Les mariages basés sur le sentimentalisme, le non-engagement et l'absence de sens pratique responsable deviennent évidemment explosifs et traumatisants pour toutes les parties en cause au moment du divorce, et les enfants sont souvent l'enjeu des disputes entre ex-amants.

Les alternatives du père

Devant la situation actuelle, l'homme devenu père se trouve face à une alternative que l'on peut présenter de différentes façons :

1. Il délègue toutes ses responsabilités à la mère et lui laisse tout le pouvoir ou bien il s'approprie la partie du pouvoir qui lui revient et fait partie intégrante du triangle familial.

2. Il reste le pourvoyeur de nourriture qu'il a été depuis le début de l'humanité ou bien il s'implique en plus au plan relationnel et émotif pour éviter d'être le père manquant à l'origine des enfants manqués (Guy Corneau) parce qu'ils ont eu trop de mère et pas assez de père.

3. Il démissionne et ne sert que d'épouvantail au service de la mère ou bien il se tient debout et se bat pour remplir sa fonction de père.

Comme l'a si bien fait ressortir le sociologue québécois Germain Dulac3, les études faites sur la paternité l'ont été autour des quatre paradigmes négatifs suivants : la passivité, l'absence, la violence et l'abus. On s'est plutôt penché sur les conséquences de l'absence ou de la passivité du père et sur les effets négatifs des abus paternels de pouvoir plutôt que chercher à étudier la paternité pour elle-même, ses caractéristiques intrinsèques, ses apports à l'éducation et l'évolution des enfants ou les façons de mieux l'exercer.

Il serait temps que le discours des pères - et partant celui des hommes - soit enfin entendu pour ce qu'il est : une réelle volonté de participer à l'éducation des enfants et à l'évolution de l'humanité.

Yvon Dallaire, M. Ps.
Psychologue et auteur
http://www.yvondallaire.com

1 Extrait du livre Homme et fier de l'être. Un livre qui dénonce les préjugés contre les hommes et fait l'éloge de la masculinité, publié aux Éditions Option Santé (Canada) en 2001.

2 Certaines études rapportent que 2 à 3 % des enfants sont élevés par un père qui n'est pas le leur, à l'insu du père.

3 Dulac, Germain, « La configuration du champ de la paternité : politiques, acteurs et enjeux », in Lien social et politique, no 37, printemps-été 1997.

http://www.erudit.org/revue/lsp/1997/v/n37/005095ar.pdf

1001 raisons d'être père

[ Vendredi 09 Juin, numéro 102 ]

A l’occasion de la fête des pères, pour qu’on sache qu’un père peut être autre chose qu’un pourvoyeur, qu’un payeur de pension, voici un article parue dans la revue l’Actualité (Montréal)

1001 raisons d'être père
Notre chroniqueur n'était pas certain de vouloir des enfants. Comme les gars du film Horloge biologique. Voici pourquoi il ne regrette rien.


par Jean-François Lisée

publié dans L'actualité du 15 juin 2006

Vous me direz, j’arrive tard. Horloge biologique est sorti sur grand écran l’été dernier. Il n’est pas rapide sur la gâchette, le chroniqueur Lisée. Mais voilà, je suis père de deux jeunes enfants. Alors j’attends les DVD. Il n’y a pas que le problème des gardiennes. Il y a aussi la fatigue. Le père, en fin de journée, tend vers le canapé plutôt que vers le Cinéplex.

Je l’ai beaucoup aimé, ce film. Bien joué, bien écrit, bien monté. Les gars — sauf celui qui cache des pilules anticonceptionnelles dans le jus d’orange — sont légèrement moins méprisables que ce que les critiques n’avaient suggéré.

C’est à eux (mais pas à celui des pilules) et à tous ceux qui s’identifient à eux que j’adresse cette lettre. Les lectrices sont priées de nous quitter à la fin du présent paragraphe. Nous avons besoin d’intimité masculine.

Bon. Maintenant que nous sommes entre nous, je ne vous cacherai rien. Avoir des enfants est une «hénaurme» demande d’énergie. Un paquet de troubles. Surtout pendant, disons, les 122 premiers mois. Ils vous réveillent la nuit, vomissent dans votre lit, crachent sur vos belles chemises, essuient leurs bottes sur vos pantalons, cachent vos clefs — sans se souvenir où ils les ont mises ou même s’ils les ont prises.

On n’a pas tout saisi de la condition humaine tant qu’on n’a pas transporté, dans ses bras, sous la pluie, avec un sac d’épicerie et un sac d’écolier, le long de trois pâtés de maisons et sous les regards accusateurs, une enfant gesticulant et hurlant de colère d’avoir dû quitter la maison d’une amie, qui ponctue ses pleurs de stridents: «Je te déteste, je ne veux plus jamais te voir!»Vous êtes sportif? Avoir la forme est obligatoire. Notez cependant que, en forme ou pas, il est extrêmement difficile de convaincre un enfant de monter sur le siège d’appoint d’un vélo s’il a décidé de vous tenir tête.
Les couches? Ah, les couches! C’est un peu répugnant la première semaine, puis on s’habitue. La garderie? C’est le festival des microbes. Une maladie n’attend pas l’autre. Un véritable abonnement Nautilus pour les anticorps parentaux. Avant les enfants, on ne voit pas où va tout l’argent qui est prelevé sur nos salaires pour la santé. Après, à la 30e visite à Sainte-Justine, on saisit parfaitement le caractère redistributif, favorable aux familles, du régime public d’assurance maladie.Et puis, il y a la discipline. Toujours répéter. «Combien de fois faudra-t-il te le dire: mets tes bottes!» C’est usant à la fin. Et le classique, venu de mon enfance, sorti spontanément de mon gosier, me faisant plus peur qu’à eux, proféré d’un ton menaçant: «Va-tu falloir que papa y aille?» Voilà où j’en suis.
Lorsque toute cette intendance était assumée par le beau sexe, je suppose que nos pères et grands-pères trouvaient la chose supportable. C’était zizi panpan pendant la nuit de noces, puis un peu d’autorité à exercer au retour du champ, du chantier, de la «factrie», du magasin, du bureau. Puis, on donnait la jeune mariée au gendre. Pas étonnant que l’adaptation soit difficile pour les nouveaux pères que nous sommes. Ah oui. Je me souviens d’avoir annoncé plus tôt 1 000 raisons d’avoir, malgré tout, des enfants. Je les présente dans le désordre.

Raison 66: Pour communiquer avec notre indispensable gardienne, nous écrivons des notes sur un petit panneau fixé au frigo. Trouvé à notre retour, un vendredi soir: «Cher Irma, Laisez les enfan écoutez la téler ce soir. Merci.»

Raison 38: Elle, et lui à trois ans de distance: «Papa, la lune nous a suivis jusqu’au chalet!»

Raison 12: Les câlins collectifs. Les câlins express.

Raison 100: On peut avoir des enfants à tout âge. J’ai eu les miens à 40 et 44 ans. Cela a ses avantages. Un ami, qui a procréé dans la vingtaine, me raconte son andropause: «Tu es à un moment où tu te demandes si tu as fait de bons choix de vie. Ce que ta carrière a vraiment changé, pour toi, pour le monde. Si tu n’as pas manqué d’audace. Et là, ton “flo” de 16 ans te dit: “T’es qui, toi? Qu’est-ce que t’as fait de si génial pour me donner des ordres? Si t’es pas un raté, prouve-le!”» Je ne sais pas si j’ai assez diplomatiquement répondu que, pendant que je me posais ces mêmes questions, que je vivais les mêmes angoisses existentielles, ma fille, de trois ans, me disait: «Papounet, le plus beau, le plus fort et le plus gentil du monde, je t’aime trop. Voudrais-tu te marier avec moi?»

Raison 11: Les attaques de bisous. Les concours de bisous.

Raison 18: On peut revoir Les sentinelles de l’air, relire Tintin et Astérix, en disant que c’est pour eux.

Raison 29: Lui, trois ans: «Les muffins aux bibittes de chocolat, j’aime trop.»

Raison 6: À deux ans, elle tombe du quai, tout habillée. Je suis tout près et la sors de l’eau immédiatement. Peu après, pendant que sa mère la sèche, je l’entends demander: «Maman, quand tu étais petite, ton papa t’a-t-il sauvé la vie, à toi aussi?» À ce moment, exactement, j’ai su que j’étais devenu quelqu’un.

Raison 650: Il nous annonce que, demain, la garderie se rend à la planète Arium.

Raison 3: Il y a des instants où on voit, en direct, en chair et en os, une incarnation du bonheur. L’autre jour, fiston était debout dans la cuisine. Il tournait lentement sur lui-même, dodelinait de la tête d’un côté et de l’autre, en fredonnant un air tout simple. Le geste d’un enfant à la fois complètement insouciant, complètement dans son univers, complètement à l’aise. Ça vaut son pesant de couches.

Raison 8: Ces petits êtres ouvrent en nous des canaux émotifs dont on ne soupçonnait pas l’existence.

Raison 272: À trois ans, elle veut 1 000 enfants. Ils sortiront de son ventre en se tenant par la main. Comme ça fait tout de même pas mal de monde à élever, les premiers sortis, de toute évidence nettement plus vieux, s’occuperont des plus jeunes.

Raison 4: On apprend la patience. Une vertu applicable ensuite à toutes nos autres activités. On affine notre autorité. Elle aussi exportable. On comprend qu’il faut combiner les deux. Inestimable.

Raison 28: Les questions de fond. «Papa, ceux qui ont écrit la Bible, comment ils savaient que c’était vrai ce qu’ils écrivaient?» (Suit une explication super-vulgarisée sur la vérité révélée.) «Oui, mais ils peuvent l’avoir inventé. Tu les crois, toi?»

Raison 67: À cinq ans, elle nous fait une petite régression. Elle veut qu’on l’aide à manger à la cuillère. On refuse. Son frère, deux ans, se désole de la situation. Il s’extirpe de sa chaise haute et, cuillère à la main, nourrit sa grande sœur. Ce qui a durablement réglé le problème.

Raison 13a: Elle, cinq ans et demi. Discussion vestimentaire. «Je peux avoir un gilet bedaine?» À quoi ça sert? «À avoir l’air sexy.» Qu’est-ce que c’est, avoir l’air sexy? «C’est avoir l’air cool.» Et qu’est-ce que c’est, avoir l’air cool? «On a l’air cool, c’est tout.» Les parents sont poches.

Raison 13b: Interdire le mensonge, mais permettre la blague. Faire comprendre la diff érence. Donc, mieux la saisir soi-même.

Raison 22: Les discussions lourdes. En voiture. À quatre ans. Tu aimes la vie, ma chouette? «Ouais, mais j’aime aussi la mort.» (Contraction soudaine des tripes paternelles.) Ah bon, pourquoi? «Parce que je pourrai voir Jean-Claude et papa René» (ses grands-pères décédés). Très bien, ma belle. Ils vont être contents de te voir, mais ils sont là pour l’éternité. C’est long, ça. Alors ils veulent que tu vives toute une vie pleine d’aventures pour avoir beaucoup de choses à leur raconter quand tu monteras au ciel. «Ah, oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé.» (Décontraction lente des tripes paternelles.)

Raison 804: Apprendre à brosser les cheveux d’une petite fille. Lui faire des lulus, des chignons. Je suis nul en tresses.

Raison 444: Il fabrique de banales colonnes de cubes Lego pendant des semaines, puis paf! il se présente à vous avec une armada de bateaux tridimensionnels munis de trous pour les canons et d’accessoires à couper le souffle. On ne sait pas lequel, du soulagement ou de la fierté paternelle, est le plus grand.

Raison 16: Entre cinq et sept ans, ils apprennent à lire. À lire bien. Puis, on entend l’aînée faire la lecture à son cadet. Plus attendri, tu meurs.

Raison 117: Entendant à trois ans la chanson «Lady Marmalade», sur ma bande son de Moulin Rouge!, il demande: «Pourquoi est-ce que ces dames veulent dormir avec moi?»

Raison 22: Les questions délicates. Elle, à cinq ans:«Comment le papa met-il la graine dans la maman pour faire le bébé?» Chérie, quand les deux parents s’aiment beaucoup... Elle coupe: «Oui, oui, mais comment il met la graine?» Eh bien, ma belle, les parents font un gros câlin, lorsqu’ils s’aiment beaucoup… Elle coupe: «Quelle sorte de câlin?» Un câlin spécial, ma chouette. Elle: «Comment, spécial?» Un câlin spécial secret que font les grandes personnes qui s’aiment et que tu connaîtras quand tu seras une grande personne! (Il faut aussi savoir comment ne pas répondre aux questions.)

Raison 23: Les dialogues entre eux, quand ils pensent qu’on ne les entend pas. Et qu’ils reprennent nos paroles, nos intonations, nos règles. Et dire qu’on pensait qu’ils ne nous écoutaient pas.

Raison 101: Au début, pour peu que l’on prête attention, on sait tout ce qu’ils savent: les émissions de télé, les conversations, les jouets, les sorties. Alors, on suit à la trace comment ces éléments se recombinent dans leurs cerveaux et on s’en émerveille. Petit à petit, avec la garderie, l’école, les amis, les intrants nous échappent. Pour Internet, c’est trop tard. Je l’initiais de façon homéopathique à l’engin, et la voilà qui revient de l’école en m’annonçant qu’il faut cliquer sur «Internet Explorer» (prononcez: «explorez»), puis aller sur «Gogol» ou faire directement, je la cite: «Triple double «v» point games papa point com.»

Raison 007: On peut se refaire. Mes enfants savent de moi que j’aime le piano, que j’adore le canot, fais des exercices quotidiens, aime glisser, patiner et faire des tunnels, adore les devoirs et les haricots. Ils m’auraient rencontré à 38 ans, ils ne m’auraient pas reconnu. Je m’aime mieux maintenant.

Raison 72: Tout l’apprentissage. Au début, elle nommait deux couleurs. Il y avait jaune. Il y avait pas jaune.

Raison 68: Les sautes d’humeur. Adultes, nous avons la capacité de rester en colère, ou de bonne humeur, pendant de longs jours. La rancune est un muscle. Les adolescents l’ont développé. Pas les enfants. Ils passent de la panique au bonheur en une minute. Une gastro? Ils vomissent, puis se mettent à chanter. Une punition? Quand c’est fini, on peut rigoler de suite.

Raison 14: Ce qu’il aime du drapeau québécois? Les belles fleurs d’épices.

Raison 33: On refait connaissance avec soi-même. Par les enfants, on revoit l’enfant en soi, les sentiments qu’on avait oubliés, les engouements, les angoisses, les petites joies et les grandes découvertes. On jette un regard attendri sur son propre passé et on redécouvre ses propres parents. Ils sont devenus des complices, nous sommes entrés dans leur club: celui des parents. Nous sommes enfin à leur échelle et eux à la nôtre. On les aime autrement, mieux.

Raison 1 000: Je ne veux pas exagérer, les gars. Mais sachant ce que je sais maintenant — ou plutôt ressentant ce que je ressens maintenant —, si on me disait que je devrais vivre sans jamais connaître le bonheur d’être père, ce serait, de très loin, la plus grande peine d’amour de ma vie. Je ne m’en remettrais jamais.

Ma mère, mon agresseure

[ Vendredi 19 Mai, numéro 33 ]

19 mai 2004, numéro 33

Les autres abus...

Le 9 mars 2004, l'émission "Enjeux" de la société Radio-Canada présentait un reportage intitulé "Ma mère, mon agresseure".

Le propos ici de Père pour toujours Genève n'est pas ici d'entrer dans une polémique de savoir qui des pères ou des mères ont le plus de probabilité de commettre des abus ou de maltraiter les enfants, mais bien de parler d'un phénomène qui existe et trop souvent gardé secret.

Comme le soulignait Elisabeth Badinter dans une interview du 20 mai 2004 de l'Hebdo:

"Quand on parle de violence féminine, on est toujours soupçonnée de vouloir atténuer la violence masculine"

Dans le synopsis de cette émission, on peut lire:

"Quand on parle d'inceste, on pense tout de suite aux hommes. Aujourd'hui, les cas d'inceste demeurent encore des secrets biens gardés. Ils sont très peu rapportés. Mais que se passe-t-il lorsque c'est une mère qui agresse son enfant? La mère est perçue comme le refuge d'amour et de tendresse. Souvent, on ne veut même pas en entendre parler. En plus du récit cauchemardesque de leur enfance, des victimes d'inceste maternel nous racontent à quel point il leur a été difficile de trouver une oreille attentive, compréhensive.

Il y a 20 ans, la violence familiale était un sujet très peu abordé dans les médias. Au Canada, il aura fallu une commission d'enquête nationale pour que la société constate l'ampleur du phénomène. Le père, surtout, était considéré comme le responsable de la violence qui sévissait dans les familles. En paroles, l'inceste impliquait nécessairement le père avec une de ses filles.

(...)

Depuis l'origine des temps, la mère apparaît comme le premier et le dernier refuge des enfants pour obtenir compassion et chaleur. Et c'est avec beaucoup de circonspection que nous levons un coin du voile sur les agressions sexuelles commises par des femmes, le plus souvent la mère. Un tabou que nous transgressons pour jeter un peu de lumière sur un comportement aussi difficile à comprendre qu'à nommer. Mère incestueuse, femme pédophile? Les mots écorchent et personne ne veut les entendre.


Pour avoir accès au quatre volets du reportage, voici le lien:

http://www.radio-canada.ca/actualite/enjeux/reportages/2004/040309/mere-agresseur.shtml

connexion ADSL souhaitable.

Autre lecture:

Tardif Monique, Lamoureux Bernadette, "Les femmes responsables d'abus sexuels: refus d'une certaine réalité" dans Forensic - revue de psychiatrie et psychologie légale 1999 numéro 21. Cet article est accessible sur le site de l'Institut Philippe-Pinel à l'adresse:

http://www.psychiatrieviolence.ca/articles/tardif.html

À quoi rime le bonheur dans une nation où l’avenir familial est bouché?

[ Jeudi 11 Mai, numéro 101 ]

Divorce : droits des pères bafoués…quand papa n’est pas là, où la politique anti-père de la TSR

Depuis la fin du mois de janvier 2006, la Télévision Suisse Romande avait prévu présenter un débat dont le thème était : « Divorce : droit des pères bafoués ? ». Dans le forum associé à cette émission, on peut lire plusieurs témoignages poignants de pères épuisés par des démarches juridiques épuisantes et coûteuses, des allégations d’accusations d’abus, des non présentations d’enfants ou non respect des droits de visites pour lesquelles rien ne peut être fait au niveau juridique, des condamnations à voir leurs enfants dans des « Points de rencontre » quand bien même rien ne leur soit reproché.

Des femmes, nouvelles conjointes ou compagnes de ses pères, témoins au quotidien du dénigrement et du travail d’aliénation systématique font aussi part de leur commentaire dont voici un extrait :

« Etant la compagne et bientôt l'épouse du papa à qui, toute la panoplie de la mère toxique et femme ignoble lui étaient offerte, exemple : non-respect du droit de visite, non-respect du droit de vacances scolaires, procédure pour des attouchements sexuels, aucune information sur la scolarité des enfants, aucune information sur les activités extrascolaires des enfants, etc...

(…)

Par contre, nous avons toujours espéré que la justice (qui la connaît bien) sanctionne sévèrement la perversité de cette femme, la manipulation sur ses enfants contre le père, et la liste est longue, mais toujours rien. C'est pourquoi, je comprends les papas qui baissent les bras, qui tournent la page de leur ancienne vie et qu'ils se disent qu'un jour les enfants seront grand et reviendront prendre contact, avec le risque de les perdre pour toujours. L'acharnement avec lequel ces femmes, utilisent leur détermination pour couper tous les liens entre les papas et les enfants, c'est inadmissible. Et c'est le système que je tiens de responsable !!! »


En résumé, les témoignages de ce forum présentent le drame quotidien d’hommes et de pères de plus en plus nombreux qui ont tout simplement été éjecté de leur famille. Le seul rôle qui leur reste c’est celui de pourvoyeur, de Bancomat.

Or depuis janvier 2006, cette émission est repoussée à chaque semaine pour laisser passer d’autres sujets que l’équipe de l’émission Infrarouge a jugé plus importants comme « La photo volée du président »: débat sur les implications éthiques et manifestement grave de photographier et de publier des photos qui montraient le Président de la confédération en maillot de bain, ou encore plus dramatique pour la société suisse en particulier genevoise, le débat « Genève: république comique ? »: débat sur les frasques et bouffonneries des Tornare, Hediger, Mugny et compagnie, magistrats à la ville de Genève.

Le drame des enfants qui ne voient plus leur père est-il à ce point polémique et aussi disons-le, politiquement incorrect, pour qu’il faille le repousser depuis des mois ? Faire un émission sur la violence institutionnelle que subissent au quotidien des pères dans des tribunaux, des services de "protection" de la jeunesse et des Point de rencontre demande-t-il un courage journalistique à ce point important?

Non ! Non parce que le 11 mai 2006, l’autre émission d’information de la Télévision Suisse Romande « Temps présents » présente un sujet intitulé Quand papa n'est pas là...

Vous allez me dire, ben voyons Monsieur le chroniqueur de Père Pour Toujours pourquoi avoir écrit que la politique de la TSR était anti-père. Elle a pourtant planifiée une émission où l’on pose la question sur les droits bafoués des pères et elle présente une autre sur les pères absents. A la lecture du résumé de l’émission « Quand papa n’est pas là… » vous comprendrez ma colère.

Je cite :

Enfants-rois, refus de l'autorité sous toutes ses formes, comportements violents : de nombreux parents n'arrivent plus à donner des repères et à imposer des limites à leur enfant. L'une des principales raisons de ces difficultés, c'est l'absence, voire la démission des pères, conséquence directe de la multiplication des divorces. Aujourd'hui, dans une famille sur cinq, c'est la mère qui assume toutes les responsabilités. Comment grandir quand Papa n'est pas là ? Plusieurs familles monoparentales de Suisse romandes témoignent de leur désarroi.

Le commentaire de présentation de Pierre Stucki est lui aussi tout aussi ahurissant :

« Quand le père s’en va, qu’il abandonne ses responsabilité ça peut faire très mal. Temps présent fait le constat des dégats ».

Dans notre mémoire intitulé « Aider les pères…aussi », nous écrivions que le champ de la paternité s’articule souvent, presque toujours, autours de notions négatives telles que : la passivité, l’absence, la violence et les abus et que non seulement en est-on à questionner les capacités parentales des pères, mais le plus souvent on parle d’eux en fonction du« déficit parental » sans trop s’interroger sur les causes de la déconstruction du lien père-enfant au moment d’une séparation ou d’un divorce.

L’émission de « Temps présent » soulève quand même une question fondamentale :

À quoi rime le bonheur dans une nation où l’avenir familial est bouché?

En d’autres mots, comment un homme peut-il encore trouver la motivation de survivre quand il est réduit à sa seule fonction de pourvoyeur? Que ferait une femme réduite à sa seule fonction de chair-à-baiser? Le plus stupéfiant dans tout ça c’est que pour chaque insulte ou dénigrement dont les femmes se défendent farouchement, il y a un outrage équivalent que vivent les hommes, et qu’elles refusent de voir comme tel. Quand on identifie son adversaire à de la vermine, aucune compassion n’est possible, aucune compréhension ne peut s’installer, il faut tout simplement l’éliminer.

Et si tout simplement, pour une fois nous faisions part de notre colère et disons le franchement de notre écœurement devant le biais évident de la Télévision Suisse Romande. Pourquoi ne pas demander à l’équipe d’Infrarouge pourquoi l’émission sur les pères est reportée ad nauseam et n’écrivions-nous pas à Pierre Stucki pour lui faire par de notre dégout.

L’adresse courriel de l’équipe d’Infrarouge est : infrarouge@tsr.ch. Le numéro de téléphone est le : +41 79 681 7059.

Les références de la production de Temps présents sont les suivantes

Emission Temps Présent
Télévision Suisse Romande
20 Quai Ernest-Ansermet
CH - 1211 Genève 8
e-mail: temps.present@tsr.ch

Les productrices de l’émission de Temps présents sont : Monique Dobretz, Anne Bouvrot et Colette Eberle.

La ratification par le juge d'un accord entre parents prévoyant une garde alternée de l'enfant

[ Mardi 09 Mai, numéro 100 ]

LA RATIFICATION PAR LE JUGE D’UN ACCORD ENTRE PARENTS
PREVOYANT UNE GARDE ALTERNEE DE L’ENFANT

Par Laurent MARGOT


Président du Tribunal du District du Val de Travers, Canton de Neuchâtel .
Conférence du 27 avril 2006 pour l’ Association Neuchâteloise pour la Médiation Familiale


1. LA GARDE COMME UN DES ATTRIBUTS DE L’AUTORITÉ PARENTALE

L’enfant est soumis, pendant sa minorité, à l’autorité parentale (art. 296 al. 1 CC) ce qui donne aux parents le droit - et le devoir - de (art. 301 ss CC) :

1.1 Pourvoir aux soins et à l’éducation de l’enfant ;

1.2 Le représenter, tant à l’égard des tiers qu’en ce qui concerne l’administration de ses biens ;

1.3 Exercer sur lui un droit de garde, soit le droit de déterminer son lieu de résidence et son mode d’encadrement, que ce soit chez les parents ou chez des tiers (cf. Hegnauer/Meier, n. 26.06).

La garde est donc un attribut de l’autorité parentale. Il en découle deux conséquences :

Tout d’abord, la ratification par le juge d’un accord entre parents prévoyant une garde alternée de l’enfant n’est envisageable que s’il y a autorité parentale conjointe (cf. ATF 5C.42/2001), c’est-à-dire uniquement dans les cas de parents mariés qui se séparent (art. 297 al. 1 CCS), de parents qui divorcent tout en maintenant l’autorité parentale conjointe (art. 133 al. 3 CC), ainsi que de parents non mariés qui ont demandé l’autorité parentale conjointe (art. 298a al. 1 CC) et qui cessent la vie commune. Par contre, dans tous les autres cas où seul un parent exerce l’autorité parentale, on ne peut légalement mettre sur pied une garde alternée 1 ; une garde de fait alternée ou un droit de visite élargi (voir b ci-dessous) restent cependant envisageables (cf. ATF 117 II 528).

Ensuite, la ratification par le juge d’une garde alternée sera intimement liée à la possibilité d’accorder l’autorité parentale conjointe.

2 UN PEU DE TERMINOLOGIE 2

2.1 Garde conjointe ou en commun: les parents exercent en commun l’autorité parentale et vivent ensemble avec l’enfant.

2.2 Garde alternée 3 ou partagée: les parents exercent en commun l’autorité parentale, mais se partagent la garde de l’enfant de manière alternée pour des périodes plus ou moins égales, qui peuvent être fixées en jours ou en semaines, voire en mois (cf. ATF 5C.42/2001) 4.

2.3 Droit de visite élargi : droit de visite du parent qui n’a pas la garde, plus large que le droit de visite usuel (en Suisse romande, en général un week-end sur deux, la moitié des vacances scolaires et les jours fériés en alternance avec l’autre parent), mais moins étendu qu’une garde alternée (cf. ATF 123 III 445 = JT 1998 p. 354).

Garde de fait: encadrement quotidien de l’enfant (cf. Stettler, « Le droit suisse de la filiation », p. 249 ss). Elle est en général assumée par le parent qui a la garde « légale » de l’enfant, mais il peut la confier à des tiers. Exemples : enfant mis en colonie de vacances, accueilli par ses grands-parents durant une hospitalisation du parent gardien, placé chez son parent à qui la garde n’a pas été officiellement accordée. Cette garde de fait peut être confiée tacitement ou faire l’objet d’un accord écrit. Le détenteur de l’autorité parentale est habilité à reprendre en tout temps sa garde car son droit est intransmissible et il ne peut y renoncer.

3 PETIT HISTORIQUE

3.1 Initialement, l’autorité parentale conjointe en Suisse était liée au mariage des parents. Ainsi, en cas de concubinage, la mère était l’unique titulaire de l’autorité parentale ; de même, en cas de divorce, l’autorité parentale ne pouvait être attribuée qu’à un seul des parents.

Progressivement, le principe du partage de l’autorité parentale après le divorce s’est étendu dans le monde 5 et est arrivé jusqu’ici. C’est ainsi que l’autorité parentale conjointe a été examinée et rejetée lors de la révision du droit de la filiation en 1975. Puis, en 1983, le Conseil fédéral s’est déclaré prêt, en réponse à un postulat, à étudier la possibilité de l’instaurer dans le droit helvétique. Mais avant même les résultats de l’étude que le Conseil fédéral a menée à ce sujet, quelques juges de première instance ont accordé dès 1988 l’autorité parentale conjointe à des parents divorcés (cf. notamment SJ 1990 p. 372), ce qui a conduit le Tribunal fédéral à rappeler que le droit suisse interdisait une telle pratique, et ce même si les parents s’étaient mis d’accord sur ce point dans leur convention de divorce (cf. ATF 117 II 519), et qu’il appartenait au législateur et non aux juges d’en décider.

3.2 C’est ainsi que le législateur a introduit l’autorité parentale conjointe dans la modification du droit du divorce, entrée en vigueur le 1er janvier 2000. Cette innovation est mise en œuvre dans les articles du Code civil suivants :

Dans le cadre du divorce6.
Article 133 al. 3 CC : « Sur requête commune des père et mère, le juge maintient l’exercice en commun de l’autorité parentale, pour autant que cela soit compatible avec le bien de l’enfant et que les parents soumettent à sa ratification une convention qui détermine leur participation à la prise en charge de l’enfant et la répartition des frais d’entretien de celui-ci. »
Dans le cadre de l’union libre.
Article 298a al. 1 CC: «Sur requête conjointe des père et mère, l’autorité tutélaire attribue l’autorité parentale conjointement aux deux parents, pour autant que cela soit compatible avec le bien de l’enfant et qu’ils soumettent à sa ratification une convention qui détermine leur participation à la prise en charge de l’enfant et la répartition des frais d’entretien de celui-ci. »

3.3 Le 7 mai 2004, un postulat a été déposé, chargeant le Conseil fédéral d’examiner comment il serait possible de promouvoir l’autorité parentale conjointe dans les cas où les parents ne sont pas mariés ensemble ou ne le sont plus, et de déterminer s’il serait possible de faire de l’autorité parentale conjointe la règle 7. Le Conseil fédéral a proposé d’accepter ce postulat. Finalement, le Conseil National a de plus accepté le 15 mars 2006 une motion de sa Commission des affaires juridiques chargeant le Conseil fédéral d’examiner la possibilité de procéder à des révisions législatives dans le domaine de la compensation de la prévoyance et des questions qui touchent les enfants 8.

4 LES CONDITIONS DE LA GARDE ALTERNEE

4.1 Comme cela a déjà été relevé, la garde alternée n’est envisageable que si l’autorité parentale conjointe peut être accordée ; il convient donc de s’attarder sur les conditions du maintien de cette autorité parentale, à savoir :

Une requête commune des parents.
En droit suisse, l’autorité parentale conjointe ne peut être imposée à l’un ou l’autre des parents ; il faut que tous deux se soient mis d’accord pour qu’une telle solution soit appliquée.

Le bien de l’enfant.
L’autorité parentale conjointe doit de plus être compatible avec le bien de l’enfant. Le Conseil fédéral relevait à ce sujet 9 : « Il est nécessaire que chaque parent ait une capacité éducative totale, c’est-à-dire que chacun remplisse toutes les conditions de l’attribution de l’autorité parentale. Il est en outre fondamental que les parents n’aient pas seulement la volonté de coopérer, ce qui se manifeste par la requête commune, mais qu’ils soient aussi capable de le faire malgré le divorce. Leur personnalité, leurs relations actuelles ainsi que leurs plans communs pour l’avenir de l’enfant doivent montrer que l’autorité parentale conjointe demandée est compatible avec le bien de l’enfant. Le pronostic est plus facile lorsque les parents se sont déjà occupés conjointement de l’enfant durant la séparation précédant le divorce ».

La convention.
Les parents doivent soumettre à l’approbation du juge une convention portant sur la participation à la prise en charge de l’enfant et la répartition des frais d’entretien de celui-ci. Le Conseil fédéral mentionnait à cet égard 10 : « Il résulte de cette condition que les deux parents doivent vouer des soins à l’enfant après le divorce, de manière à connaître sa vie quotidienne. Le temps que doit consacrer chaque parent à l’enfant doit, dans les grandes lignes, être prévu dans la convention afin de prévenir des difficultés et des divergences futures sur ces points ainsi que des procédures de modification éventuelles qui pourraient être préjudiciables à l’enfant ».

4.2 La garde alternée, quant à elle, n’est pas réglementée par la loi ; elle n’apparaît dans le Message du Conseil fédéral, que dans les termes suivants 11: « La «garde alternée», qui consiste à faire habiter l’enfant pendant quelques jours alternativement chez la mère et chez le père n’est pas réglée expressément. L’admissibilité de tels accords doit être appréciée sous l’angle du bien de l’enfant et dépend donc essentiellement des circonstances du cas particulier (âge de l’enfant, distance entre les logements des parents, etc.) ».

Dans un des (très) rares arrêts concernant cette garde, le Tribunal fédéral a relevé 12 : « En présence de circonstances idéales, le modèle de la garde alternée est le mieux à même de compenser la perte, à la suite d’un divorce, de relations personnelles intenses avec les deux parents. Toutefois, la doctrine souligne que la garde alternée présuppose une grande capacité de coopération, des conditions de logement favorables et, lorsque les enfants sont scolarisés, la proximité entre le domicile et le lieu de visite ; une telle réglementation de la garde est souvent trop lourde pour beaucoup de parents et d’enfants. Sans vouloir traiter ici exhaustivement la question de la garde alternée, il paraît indiqué d’être très strict sur les conditions de ratification de telles conventions ».

Dans un autre arrêt, il a rappelé que13: « Ainsi, même dans les cas où les parents requièrent conjointement le maintien de l’exercice en commun de l’autorité parentale après le divorce et soumettent à la ratification du juge une convention prévoyant une garde alternée, l’admissibilité d’un tel accord doit être apprécié sous l’angle du bien de l’enfant et dépend essentiellement des circonstances du cas particulier, telles que l’âge de l’enfant, la proximité des logements parentaux entre eux et avec l’école, la capacité de coopération des parents ».
On peut dégager ainsi quelques critères, non exhaustifs, permettant de se déterminer sur l’octroi ou le refus d’une garde alternée :

L’avis de l’enfant : il ne paraît pas judicieux de contraindre un enfant à subir une garde alternée ; de plus, la garde alternée doit être dans son intérêt, et non dans l’intérêt des parents qui chercheraient de la sorte à se partager entre eux leur progéniture comme ils l’ont fait pour leur régime matrimonial.

L’âge de l’enfant : plus il est jeune, plus il a besoin de stabilité ; plus il est âgé, plus il est apte à faire part de son avis quant à ce mode de garde.

La fratrie : en principe, une fratrie ne devrait pas être partagée.

La répartition des tâches pendant la vie commune : si l’un des parents n’a jamais pris en charge l’enfant pendant la vie commune, il paraît illusoire qu’il soit apte à le faire après la désunion ; par contre, si les parents ont tous deux pris en charge l’enfant dans une mesure comparable, la garde alternée aura de bonnes chances de succès.

La capacité de coopération des parents : la garde alternée suppose une organisation particulièrement développée ; si la coopération n’est pas bonne entre les parents, elle ne pourra être mise en œuvre.

La distance entre les logements des parents entre eux et avec l’école : l’enfant ne doit pas passer son temps à se déplacer d’un logement à l’autre ou d’un logement à l’école.

La stabilité de l’enfant : le passage d’un parent à l’autre ne doit par exemple pas empêcher l’enfant d’avoir son cercle d’amis en raison de changements fréquents, ou entraîner un suivi déficient de sa scolarité.

La capacité d’hébergement des parents : l’enfant doit pouvoir bénéficier de conditions de logement correcte chez les deux parents, ce qui nécessite certaines facultés financières.

1Cela signifie notamment que si des concubins se sont séparés et veulent mettre sur pied une garde alternée alors qu’ils n’avaient pas auparavant demandé l’autorité parentale conjointe, ils devront formellement requérir d’une part l’autorité parentale conjointe, d’autre part la garde alternée

2 La terminologie proposée ici est majoritairement reconnue, mais non unanimement (voir notamment Werro, « Concubinage, mariage et démariage », n. 748 ss, pour qui il y a droit de garde en commun dès qu’il y a autorité parentale conjointe, mais qui distingue toutefois la garde de fait).

3 Certains mouvements de condition paternelle préconisent un autre vocable, le terme de « garde » étant jugé choquant (garde des prisonniers, des bestiaux..), et l’adjectif « alternée » signifiant que la responsabilité sur l’enfant bascule d’une tête sur une autre ; ils préconisent ainsi la « résidence paritaire ».

4 Dans un arrêt rendu en matière de droit fiscal, le Tribunal fédéral a relevé que lorsque l’autorité parentale et la garde sont attribuées par le juge du divorce à l’un des parents, et que ceux-ci s’entendent ensuite pour que les enfants passent une semaine alternativement chez chacun d’eux, il n’y a pas une véritable garde alternée mais un arrangement à bien plaire et à titre précaire (2A.256/2004). On peut parler d’une « garde de fait alternée », à distinguer d’une « garde légale alternée », soit celle qui a été ratifiée par le juge.

5 Par exemple :
Recommandation du 28 février 1984 du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe (R 89), qui préconise le partage de l’autorité parentale après divorce ;
Convention de l’ONU de 1989 relatives aux droits de l’enfant, qui relève que les parents soient responsables de l’enfant quelle que soit leur situation (art. 18) ;
Children Act de Grande-Bretagne de 1989, qui prévoit que chaque parent est individuellement responsable de l’enfant, autant avant qu’après le mariage ;
Art. 287 du Code civil français qui impose le principe du partage de l’autorité parentale, sauf dans les cas où il serait contraire aux intérêts de l’enfant.

6 C'est ainsi qu’en 2002 et 2003, l’autorité parentale conjointe a été maintenue pour respectivement 27% et 26% des enfants ; Office fédéral de la statistique, Section Démographie er migration, Divorces.

7 Postulat Wehrli, n°04.3250.

8 CAJ-CN, n° 04.405

9 Message du 9 janvier 1996, p. 133.

10 Message du 9 janvier 1996, p. 133.

11 Message du 9 janvier 1996, p. 133.

12 JT 1998 I 360.

13 ATF 5C.42/2001.

Concert en faveur du Mouvement de la Condition Paternelle Vaud-Valais

[ Lundi 08 Mai, numéro 99 ]

Le vendredi 16 juin 2006 à 20H00 le Mouvement de la condition paternelle Vaud-Valais organise un concert à la Cathédrale de Lausanne.

Le Choeur de l'Ecole de Jazz et des Musiques actuelles de Lausanne (EJMA) sous la direction de Jacqueline Savoyard participera à la première partie du concert. Au cours de la deuxième partie, Elisabeth Sombart au piano et Jean-Christophe Geiser à l'orgue présenteront des pièces de Maurice Ravel, de Wolfgang Amadeus Mozart et de Louis Vierne.

En clôture, le Choeur Philarmonia de Lausanne, le Choeur de la Paroisse du Sacré-Choeur d'Ouchy et le Choeur la Villanelle d'Evian-les-Bains, soient plus de 120 choristes sous la direction de Claude-Nicolas Crausaz, de François Altermath à l'orgue de choeur et Jeans-Christophe Geiser au grand orgue présenteront la Messe solonnelle en Ut dièze mineur pour choeur mixte et deux orgue op. 16 de Louis Vierne.

Tous les musiciens ayant accepté de se produire bénévolement, l'intégralité de la recette du concert sera versée au Mouvement pour la Condition Paternelle Vaud-Valais.

Pour plus d'informations sur le Mouvement de la Condition Paternelle Vaud-Valais (MCPV2) les références sont les suivantes:

MCPV2
Case postale 289
1000 Lausanne 22
mcpv@sospapa.ch
ccp 70-286579-9

Entrée: 35 CHF, 25 CHF pour AVS, étudiants, apprentis, chômeur et membres du MCPV2 et SCCL
Réservation au 021 316 7161

Pour d'autres informations:
http://www.sospapa.ch/mvcp/pictures/concert.pdf

La violence démaquillée - dossier sur la désinformation statistique (partie X)

[ Mardi 11 Avril, numéro 98 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la neuvième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie X

Quand le stéréotype tient lieu de méthodologie


La violence conjugale constitue un problème social bien réel. Plusieurs croient cependant que l’ampleur véritable du phénomène a été exagérée. Ce scepticisme est alimenté par le fait que des groupes de pression ont propagé dans les médias, au cours des trois dernières décennies, des chiffres sans validité statistique quant à la prévalence de la violence conjugale.

Un premier exemple de ces fausses statistiques est celui du chiffre avancé par le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme qui affirmait que « chaque année, une Canadienne sur 10 est battue, qu’elle soit mariée ou qu’elle vive en union de fait » 1. Il a fallu attendre jusqu’en 1994 pour que Linda MacLeod reconnaisse elle-même que le chiffre publié à grand renfort d’indignation en 1980 n'avait aucune validité statistique : « Mon estimation n’avait aucun semblant de validité ou de fiabilité statistique... C’était une supposition admise; je n’ai jamais prétendu que ce soit autre chose »2.

Un second exemple nous est donné par le chiffre suivant : « au Québec, en 1985, on estime à près de 300 000 femmes le nombre de femmes de plus de 15 ans, victimes de violence conjugale quelle qu’en soit la forme »3. Les données ainsi que la méthodologie employées pour parvenir à ce chiffre n’ont jamais été dévoilées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec. Une demande d’accès à l’information sur la méthodologie et les sources de données utilisées pour arriver à ce résultat a permis d’apprendre que ce chiffre n’avait pas de fondements statistiques valides.

Ces deux exemples ne constituent que la pointe visible d’un immense iceberg. Les pages qui suivent vont ajouter d’autres cas au « dossier » de plus en plus volumineux des fausses statistiques sur la violence conjugale au Québec.

Environ 2 790 000 Canadiens faussement présentés comme ayant commis des agressions sexuelles envers leur conjointe ou une ex-conjointe

Dans un rapport intitulé « La violence faite aux femmes : à travers les agressions à caractère sexuel »4, recherche publiée en février 1995, le Conseil du statut de la femme (CSF) se livre, dans le premier chapitre de ce document, au procès de la sexualité masculine en général. À l’appui de son réquisitoire contre les hommes, le rapport du Conseil du statut de la femme soumet au troisième chapitre une « preuve » sur l’ampleur des agressions sexuelles, à l’aide de statistiques provenant de diverses enquêtes sur la victimisation et la violence conjugale.

Citant le Quotidien5 du 18 novembre 1993, publié par Statistique Canada, le Conseil du statut de la femme brandit un chiffre accablant à la page 47 de ce rapport : « L’enquête de 1993 de Statistique Canada donne des précisions importantes sur les agressions commises par les conjoints des femmes. Selon les résultats de l’Enquête sur la violence envers les femmes, 39 % des femmes ont signifié qu’elles avaient été agressées sexuellement par leur conjoint. L’enquête vient donc confirmer les résultats des différentes recherches voulant que les femmes soient les victimes de la violence des hommes qu’elles connaissent » (Conseil du statut de la femme, 1995, p. 47).

Ce chiffre de 39 %, cité dans le rapport du Conseil du statut de la femme, est manifestement erroné. L’erreur est flagrante aux yeux de quiconque est le moindrement familier avec la méthodologie et les définitions utilisées lors de l’Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF) de 1993, ou de quiconque prend la peine de lire les premières pages de l’article du Quotidien, qui fournit toutes les précisions nécessaires pour détecter aisément cette erreur. Car, de toute évidence, le chiffre de 39 % des femmes victimes d’agression sexuelle de la part du conjoint, repris dans le rapport du Conseil du statut de la femme, est incompatible avec la méthodologie et les définitions employées dans l’EVEF.

Si l’on prend la peine de lire les faits saillants en page 1 du Quotidien, il est dit clairement que « le quart de l’ensemble des femmes ont été victimes de violence de la part de leur conjoint actuel ou d’un conjoint précédent ». À la page 2, au paragraphe précédant l’extrait cité par le Conseil du statut de la femme, il est dit à nouveau que « vingt-cinq pour cent de l’ensemble des femmes ont subi un acte de violence physique ou sexuelle, commis par un conjoint (dans le présent article, on entend par « conjoint » autant les époux que les conjoints de fait) ». À la page 4 du même texte, un titre en caractères gras indique : « Une femme sur quatre a été agressée par un conjoint », suivi une fois de plus du constat que « vingt-cinq pour cent de l’ensemble des Canadiennes ont été victimes de violence de la part de leur conjoint actuel ou d’un conjoint précédent depuis l’âge de 16 ans. Cette proportion est encore plus élevée si l’on tient compte uniquement des femmes qui ont déjà été mariées (29%) ».

À la page 2, immédiatement après la phrase contenant ce chiffre de 39 % de femmes victimes d’agression sexuelle, il y a une figure qui précise la « proportion des femmes de 18 ans et plus qui ont déjà été victimes d’actes de violence, selon le lien de l’agresseur avec la victime, Canada, 1993 ». Vis-à-vis la catégorie « conjoint », la proportion indiquée est de 25 %; une note au bas de cette figure précise que « les 2,6 millions de Canadiennes qui ont été victimes d’actes de violence commis par un conjoint représentent 25 % de la population totale de 10 millions de femmes et 29 % des 9 millions de femmes qui ont déjà eu un conjoint », qu’il s’agisse du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint.

Un encadré de la page 3 du Quotidien précise que les « agressions physiques et sexuelles commises par le conjoint sont définies comme des voies de fait contre l’épouse/la conjointe » et réfère à un encadré subséquent pour une définition de ces termes. Cet encadré, intitulé « Mesure des voies de fait contre l’épouse/la conjointe » se trouve à la page 6 du Quotidien. Il énumère le module de 10 questions 5 employées dans l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993 pour mesurer les « voies de fait contre l’épouse/la conjointe », parmi lesquels se trouve l’énoncé : « Vous a forcé à vous livrer à une activité sexuelle contre votre gré en vous menaçant, en vous immobilisant ou en vous brutalisant d’une façon quelconque ».

Si, comme le mentionne l’article du Quotidien à maintes occasions, 25 % de l’ensemble des Canadiennes ont été victimes d’actes de violence conjugale, c’est-à-dire de voies de fait, dont la définition inclut les agressions physiques et les agressions sexuelles de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint, durant le cours de leur union avec cette personne, comment le Conseil du statut de la femme peut-il passer outre ces définitions précises et explicites pour se persuader que cette proportion puisse atteindre 39 % de l’ensemble des Canadiennes pour les seules agressions sexuelles commises par un conjoint? À moins que le Conseil du statut de la femme n’adhère à une logique fallacieuse où la partie est nécessairement plus grande que le tout, une telle chose est impossible.

Enfin, à la page 5 du Quotidien, une figure, présentant la « proportion de femmes de 18 ans et plus qui ont déjà été mariées, selon le type de violence infligée par leur conjoint actuel ou un conjoint précédent, Canada 1993 », établit à 8 % la proportion des femmes agressées sexuellement. La statistique réelle portant sur la prévalence sur la durée totale de l’union (prévalence à vie) des agressions sexuelles par le conjoint actuel ou un ex-conjoint est bel et bien de 8 %, et non de 39 %, comme prétendait à tort l’avoir confirmé le Conseil du statut de la femme. Il importe au passage de noter que le rapport du Conseil du statut de la femme n’a pas jugé bon de mentionner à la page 47 de son rapport que la proportion erronée de 39 % de femmes agressées sexuellement était un taux de prévalence à vie, laissant ainsi le lecteur libre de croire à tort qu’il pouvait s’agir d’un taux de prévalence annuelle.

L’écart entre la proportion réelle des femmes victimes de situations d’agression sexuelle de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint (8 %) et la proportion faussement rapportée par le Conseil du statut de la femme (39 %) est de 31 points de pourcentage. Comme il y a environ 9 000 000 de femmes faisant état d’un conjoint ou d’un ex-conjoint au Canada en 1993, on peut évaluer qu’environ 2 970 000 Canadiens ont été injustement désignés par le Conseil du statut de la femme comme ayant commis des agressions sexuelles envers leur conjointe ou une ex-conjointe. Au Québec seulement, on peut évaluer au quart de l’effectif canadien, soit environ 700 000 conjoints ou ex-conjoints, le nombre des hommes victimes de cette accusation injuste de la part du Conseil du statut de la femme.

Comme le montrent les paragraphes précédents, l’analyse des données de l’Enquête sur la violence envers les femmes dans le Quotidien du 18 novembre 1993 comportait toutes les informations méthodologiques et toutes les définitions nécessaires pour que le Conseil du statut de la femme puisse mettre en doute la véracité de la mention que la proportion de 39 % femmes victimes d’agressions sexuelles se rapporte aux actes de violence commis par un conjoint. La prudence élémentaire aurait exigé que le Conseil du statut de la femme consulte aussi la version anglaise du même texte, avant de conclure hâtivement avoir la confirmation d’un taux de prévalence aussi élevé des agressions sexuelles de la part des conjoints.

Le texte auquel se réfère le Conseil du statut de la femme, se lit de façon suivante, à la page 2, dans la version française du Quotidien du 18 novembre 1993 : « De même, 39 % des femmes ont déclaré avoir subi des agressions sexuelles et 15 % ont été victimes d’attouchements sexuels non désirés uniquement (Ces proportions se rapportent aux actes de violence commis par un conjoint) ». La version anglaise du même texte est la suivante, à la page 2, dans le Daily 6 du 18 novembre 1993 : « Similarly, 39 % of women reported having been sexually assaulted and 15 % experienced unwanted sexual touching only (These figures include violence by spouses) ». On a substitué le verbe français « se rapportent » comme traduction du mot anglais « include » dans la version anglaise originale produite à Statistique Canada.

Si l’on se réfère à nouveau à l’encadré de la page 3 du Quotidien, précisant la « Définition de la violence » employée dans l’Enquête sur la violence envers les femmes et à un autre encadré de la page 4 du Quotidien relatif à la mesure des agressions sexuelles dans cette enquête, il est facile de comprendre que cette statistique de 39 % relative aux agressions sexuelles s’applique non seulement aux victimes du conjoint ou d’un ex-conjoint, mais aussi à l’ensemble des victimes des catégories suivantes d’hommes : les inconnus et les autres hommes connus de la victime (les connaissances, les voisins, les membres de la famille, les amoureux, et enfin, les conjoints ou ex-conjoints).

Bref, toutes les catégories d’hommes sont couvertes par cette statistique sur le taux de prévalence à vie, de même que toutes les catégories d’agressions sexuelles, allant des attouchements sexuels importuns jusqu’aux agressions sexuelles avec violence blessant grièvement la victime (il s’agit de la variable TOTSEX, dérivée des questions J15, C30, C25, C28, C24, C22, C19, C17, C15, C13, C11, C9 C7, C6, C4, C2 du questionnaire de l’Enquête sur la violence envers les femmes) 7. En outre, cette statistique est un taux de prévalence à vie, depuis l’âge de 16 ans, précision que le Conseil du statut de la femme a omis de mentionner à la page 47 de son rapport

De plus, une simple consultation des autres publications de Statistique Canada aurait pu permettre au Conseil du statut de la femme de déceler aisément cette erreur. Les estimations statistiques sur le taux de prévalence à vie des agressions sexuelles commises par le conjoint ou un ex-conjoint déclarées par les participantes à l’enquête de 1993 ont été publiées à au moins deux autres occasions au cours de l’année 1994 avant la parution du rapport du Conseil du statut de la femme en février 1995.

En mars 1994, le bulletin Juristat 8 de Statistique Canada présentait les résultats de l’EVEF de 1993. Le tableau 4, à la page 9, fait état de la « proportion de femmes de 18 ans et plus se trouvant ou s’étant trouvé dans une relation conjugale violente, selon le type de violence », dans l’ensemble du Canada.

À la dernière ligne de ce tableau 4, parmi les femmes qui sont mariées, qui l’ont déjà été ou qui vivent en union libre avec un homme, 8 % des femmes ont été victimes d’agression sexuelle de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint. Si l’on ne tient compte que des femmes vivant avec un conjoint au moment de l’enquête, 2 % des femmes ont fait mention d’agression sexuelle depuis le commencement de la relation avec ce conjoint, et dans le cas des femmes qui ont un ex-conjoint avec qui elles ne vivent plus au moment de l’enquête, 17 % font mention du même genre d’agression.

Dans le cas des femmes avec un conjoint au moment de l’enquête, le nombre des conjointes (c’est-à-dire le dénominateur de la proportion, soit 6 690 000 femmes) est mentionné à la première ligne du tableau 2, à la page 6, et le nombre de victimes (c’est-à-dire le numérateur de la proportion, soit 108 000 femmes victimes d’agression sexuelle) est mentionné à la dernière ligne du tableau de la page 9. Donc, la statistique non arrondie pour la proportion des femmes agressées sexuellement par leur conjoint actuel pendant le cours de cette union est de 1,6 % environ. Il s’agit déjà d’une proportion énorme, mais qui se trouve tout de même aux antipodes du 39 % que le Conseil du statut de la femme prétend faussement avoir confirmé.

Ce même tableau a été publié dans une analyse 9 de Statistique Canada portant le titre « La violence familiale au Canada », en juin 1994, au tableau 1.5, à la page 13. De plus, cette statistique a sans doute été mentionnée dans un grand nombre de journaux, de revues ou de publications au Québec et dans l’ensemble du Canada. Pour ne pas voir ces données et accepter comme fondé le résultat imputable à une banale erreur de traduction de Statistique Canada, il fallait vraiment vouloir sélectionner, parmi toutes les statistiques sur la prévalence à vie des agressions sexuelles de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint provenant de l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993, le résultat le plus incriminant envers les hommes en général, c’est-à-dire le seul qui soit erroné.

Au paragraphe suivant celui mentionnant, à la page 47 de son rapport, la proportion erronée de 39 % des femmes victimes d’agression sexuelle de la part de leur conjoint, le Conseil du statut de la femme énonce clairement l’interprétation qu’il donne à cette fausse statistique et l’usage qu’il entend en faire : « Il faut constater que le viol et les autres agressions à caractère sexuel sont des actes fréquents, contrairement à la conception traditionnelle qui veut que ces délits soient inusités compte tenu de leur gravité, de leur ignominie et surtout de leur quasi-absence de signalement. Sous cet éclairage, ces délits sont loin d’apparaître comme atypiques dans une société mais plutôt comme constitutifs des rapports sociaux ».

Depuis l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993, Statistique Canada a réalisé, à l’occasion de l’Enquête sociale générale sur la victimisation en 1999 et en 2004, deux autres enquêtes avec des sections spécialisées portant sur le problème de la violence conjugale. En ce qui a trait aux agressions sexuelles subies par les femmes de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint au cours des cinq années précédant l’enquête, Statistique Canada 10 rapporte que le nombre de femmes victimes de ces agressions s’élève à 138 000 en 1999 et à 106 000 en 2004. Si l’on considère que le nombre total des femmes avec un conjoint actuel ou un ex-conjoint était d’environ 10 millions au moment où ces enquêtes ont été effectuées (un peu moins en 1999 et un peu plus en 2004), il s’avère que le taux de prévalence sur cinq ans des agressions sexuelles subies par les femmes de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint se situe autour de 1 % en 1999 et en 2004.

Le taux de prévalence annuelle des agressions sexuelles de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint au Canada se situerait ainsi nettement au-dessous de un demi de 1 % en 1999 et en 2004. Il s’agit déjà de proportions élevées; toute agression sexuelle est inacceptable. Il faut quand même noter que ces taux de prévalence annuelle provenant de l’Enquête sociale générale de Statistique Canada sont du même ordre de grandeur que les résultats du SCVMU mené au début de 1982 et qu’ils sont aussi 80 fois moins élevés que la statistique erronée de 39 % propagée par le Conseil du statut de la femme. Il faut aussi souligner que le Conseil du statut de la femme se garde bien de faire mention de telles statistiques quand elles vont à l’encontre de ses « croyances ».

L’agression sexuelle est inacceptable. Les fausses accusations d’agression sexuelle sont également inacceptables. Hormis l’homicide, les agressions sexuelles comptent parmi les infractions les plus graves du Code criminel canadien et constituent une forme de violence qui fait à juste titre l’objet d’une réprobation générale dans notre société. Dans le Code criminel canadien, les délits de nature sexuelle sont passibles de lourdes peine d’emprisonnement. Les agresseurs font l’objet d’un dossier criminel indélébile et sont mis au ban de la société. Le seul fait d’être accusé d’un tel crime suffit à stigmatiser et à ostraciser un homme pour le reste de son existence et à le détruire psychologiquement et moralement.

Il est difficile de trouver propos plus ignominieux, plus offensant, plus déshonorant envers un homme qu’une fausse allégation d’agression sexuelle. La plus élémentaire prudence et la plus élémentaire rigueur méthodologique de la part du Conseil du statut de la femme du Québec aurait permis d’éviter qu’environ 2 970 000 Canadiens soient erronément, injustement et gratuitement désignés comme ayant commis l’un des crimes jugés les plus sordides et les odieux dans notre société. Les fausses statistiques au service de la propagation de stéréotypes sur la violence conjugale et les agressions sexuelles par le conjoint ou un ex-conjoint sont inacceptables.

1. Linda MacLeod et Andrée Cadieux, La femme battue au Canada. Un cercle vicieux, Ministère des Approvisionnements et Services Canada, Ottawa, 1980, p. 23.

2 Linda MacLeod, « Le défi posé par la mesure d'un problème social sans nom », dans Violence envers les femmes : la controverse des chiffres. Actes du colloque tenu à Montréal le 17 mai 1994 dans le cadre du congrès de l'ACFAS, publié sous la direction de Maryse Rinfret-Raynor, Francine Ouellet, Solange Cantin et Chantal Hamel, Collection Réflexions, nº 2, CRI-VIFF, 1994, p. 13.

3 Ministère des Affaires Sociales du Québec, Une politique d’aide aux femmes violentées, Québec, 1985, p. 10.

4 Conseil du statut de la femme, par Mariangela Di Domenico, avec la collaboration de Guylaine Bérubé, sous la coordination de Jacqueline Ramoisy, La violence faite au femmes : à travers les agressions à caractère sexuel– Recherche, No. 195-03-R, Conseil du statut de la femme, Les Éditions du Québec, février 1995, 79 p.
Si vous ne l’avez déjà fait, hâtez-vous de télécharger ce document. Il y a de très fortes chances que le Conseil du statut de la femme supprime toute référence à ce document sur son site Internet, avouant ainsi de facto la désinformation statistique à laquelle a donné lieu cette publication,
http://www.csf.gouv.qc.ca/telechargement/publications/RechercheViolenceFaiteAuxFemmesAgressionsSexuel.pdf.

5 Statistique Canada, « L’Enquête sur la violence envers les femmes », Le Quotidien, 18 novembre, Catalogue 11-001F, 1993, p. 2.

6 Statistics Canada, « The Violence Against Women Survey », The Daily, 18 novembre, Catalogue 11-001E, 1993, p. 2.

7 Statistique Canada, Enquête sur la violence envers les femmes, 1993, Manuel des codes pour les usagers, 1996,
http://sherlock2.bibl.ulaval.ca/ENQ-10019/doc/vawmicf5.dbf.txt.

8 Karen Rodgers, « Résultats d’une enquête nationale sur l’agression contre la conjointe », Juristat, vol. 14, n° 9, mars 1994, Catalogue 85-002, Statistique Canada, 1994, p. 9,
http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femnational_f.html.

9 Statistique Canada, La violence familiale au Canada, juin 1994, Catalogue 89-5410XPF, Ottawa, 1994, p. 13.

10 Statistique Canada, La violence familiale au Canada : un profil statistique 2005, Catalogue 85-224-XIF, Ottawa, 2005, tableau 1.1, p. 30,
http://www.statcan.ca/francais/freepub/85-224-XIF/85-224-XIF2005000.pdf.

La violence démaquillée - dossier sur la désinformation statistique (partie IX)

[ Dimanche 09 Avril, numéro 97 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la neuvième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie IX

Cas exemplaire de l’imposture de l’échantillon clinique (clinical sample fallacy)


Après avoir cité de façon inexacte des statistiques sur le taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale au Québec et au Canada (voir Partie I), et falsifié la teneur d’un débat à l’émission Dussault Débat à propos du documentaire Pied-de-biche (Partie II), l’article de la Gazette des femmes entreprend de jeter le doute sur les statistiques de prévalence de la violence conjugale au Canada et au Québec en tentant d’opposer les statistiques policières aux taux de prévalence observés par l’Enquête sociale général menée en 1999 et en 2004 par Statistique Canada . Voici l’extrait de l’article :

« Statistique Canada présente des données semblables dans son dernier rapport annuel sur La violence familiale au Canada: « Les taux de la violence conjugale infligée par un partenaire, soit actuel ou ancien, au cours de la période de cinq ans se situaient à 7 % pour les femmes et à 6 % pour les hommes. »

Facile donc de conclure que les hommes et les femmes sont égaux dans la violence conjugale. Sauf que les statistiques policières disent exactement le contraire. Ainsi, en 1999, sur l’ensemble des victimes de violence de la part d’un partenaire au Canada, 13 % étaient des hommes et 87 % des femmes. Des proportions que confirme le ministère de la Sécurité publique du Québec, selon lequel les hommes composaient 86 % des auteurs présumés de violence conjugale en 2003 » (Gazette des femmes, p. 16-17).


Dans cet extrait, la Gazette des femmes se livre à un cas exemplaire de « l’imposture de l’échantillon clinique », erreur méthodologique qui sévit de façon endémique dans les articles de nombreux commentateurs sur la violence conjugale. De quoi s’agit-il? L’imposture de l’échantillon clinique consiste à généraliser à l’ensemble des victimes de violence conjugale des constats qui s’appliquent à un sous-groupe particulier de victimes, alors que les biais de sélection, souvent extrêmes, associés à la constitution du sous-groupe en question interdisent toute généralisation à l’ensemble des victimes.

Pour illustrer ce qu’est l’imposture de l’échantillon clinique, prenons un exemple extérieur à la question de la violence conjugale. Ainsi, si l’on faisait une enquête parmi les patients d’un hôpital sur leur état de santé, il ne viendrait à personne l’idée de généraliser les résultats sur l’état de santé des patients de cet hôpital à l’ensemble de la population et d’affirmer que l’ensemble des individus de la population éprouvent dans des proportions comparables des problèmes de santé semblables à ceux des patients de l’hôpital. Tout le monde comprend que les patients séjournant dans un hôpital constituent l’aboutissement d’un processus de sélection des cas graves qui nécessitent une intervention médicale. Les patients d’un hôpital constituent un « groupe clinique ». Il est en outre facile de comprendre qu’il ne serait même pas légitime de généraliser les résultats obtenus dans un établissement hospitalier particulier à l’ensemble des établissements hospitaliers, car les types de patients et des problèmes de santé qu’ils éprouvent peuvent varier considérablement d’un établissement à l’autre. Une telle généralisation ne serait pas légitime, car elle comporterait des risques importants de biais.

En matière de violence conjugale, un « groupe clinique » est en règle générale un groupe constitué de personnes qui ont fait appel aux services offerts par des services publics ou des organismes à but non lucratif pour venir en aide aux victimes de violence. Il s’agit donc des victimes dont la situation a été portée à l’attention de tierces personnes dans le but de recevoir de l’aide ou du soutien dans leur démarche pour se soustraire à une situation de violence conjugale. Dans ce cas, le « groupe clinique » peut par exemple être constitué de femmes qui séjournent dans un centre pour femmes victimes de violence; il peut aussi s’agir des victimes qui se sont présentées à l’urgence des hôpitaux pour recevoir des soins par suite de violence, ou il peut s’agir des victimes qui ont fait appel aux services d’un CLSC. Il peut aussi s’agir des victimes dont la situation a été signalée aux services policiers.

De manière générale, les études réalisées au moyen de tels « groupes cliniques » présentent un ensemble de biais de sélection qui font en sorte qu’ils ne peuvent être considérés comme représentatifs de l’ensemble des victimes de violence conjugale. Tenter d’opposer les constats faits auprès de tels groupes cliniques à ceux faits au moyen d’une enquête reposant sur un vaste échantillon représentatif de l’ensemble de la population constitue une erreur méthodologique fondamentale que les spécialistes comme Murray A. Straus désignent par l’expression « clinical sample fallacy », notion que l’on peut traduite de la façon suivante : « imposture de l’échantillon clinique » :

« […] it is important to avoid using findings based on cases known to police or shelters for battered women as the basis for understanding and dealing with the relatively minor and less chronic violence found in the population in general. That type of unwarranted generalization is often made and it is known as the “clinical fallacy”. […]

Much of the controversy over assaults by women stems from assuming that data from the family conflict studies on assaults by women apply to cases known to police and shelters, and the similar unwarranted assumption that the predominance of assaults by men in data from crime studies and battered women shelters applies to the population at large. » (Straus 1, 1999, p. 29).

« Sociologists sometimes use the term clinical fallacy to call attention to the fact that research based on “clinical” samples (i.e., samples of persons or families receiving assistance or treatment for a problem) may have limited applicability because those who seek or receive “treatment” are often not representative of the entire population manifesting the problem. »
(Straus 2, 1990, 86).

C’est précisément à ce type de généralisation erronée que se livre la Gazette des femmes en opposant les statistiques policières, plus précisément la proportion des femmes dans le total des cas signalés à la police, aux taux de prévalence observés dans l’Enquête sociale générale de 1999 et de 2004.

Dans le cas des statistiques policières, comme le souligne Karl Thomassin 3, les statistiques officielles constituent l’aboutissement d’un long processus social de sélection. Thomassin identifie trois étapes qui doivent être complétées pour qu’un crime puisse faire partie des statistiques officielles : 1. la première étape consiste en la détection ou l’identification du crime, notamment par la victime, qui doit avoir pris conscience du fait qu’elle a fait l’objet d’un crime (par exemple, bien des hommes qui ont reçu une gifle de la part de leur conjointe ou d’une ex-conjointe ne considèrent pas toujours qu’ils ont été victimes d’un crime); 2. la seconde étape exige que la victime (ou une tierce personne) estime qu’il est nécessaire de procéder au signalement du crime ou de l’agression aux autorités policières; 3. la troisième étape est l’enregistrement du crime, si l’enquête policière établit que la plainte est fondée.

À titre d’exemple, Karl Thomassin mentionne que les cas de violence conjugale sont signalés aux autorités de façon moins fréquente que d’autres catégories d’infractions, en raison du fait que les victimes de violence conjugale doivent prendre en compte de multiples facteurs avant de prendre la décision de porter le crime à la connaissance des services policiers. Chacune des étapes identifiées par Thomassin se traduit par la sélection d’un nombre de cas de plus en plus restreint et généralement de plus en plus graves de violence conjugale.

Par exemple, il se peut qu’une bonne partie des hommes et des femmes qui ont reçu des coups ou d’autres formes d’agression physique de la part du conjoint ou d’un partenaire ne réalisent pas qu’ils ont été victimes d’un crime. Car il se peut que leur définition subjective de ce qu’est un crime de la part d’une personne de leur entourage ne coïncide pas avec les définitions du Code criminel. D’une façon analogue comme l’ont souligné les rapports de chercheures comme Sunita Kishor ou Holly Johnson cités dans la Partie VII du présent dossier, le recours au « single question threshold approach » quant au fait d’avoir été victime de « violence » présente l’inconvénient d’être dépendant de ce « seuil » subjectif qui peut être très variable d’un individu à l’autre.

Ainsi, il est possible que ce « seuil de tolérance » face aux agressions physiques soit différent chez les hommes et les femmes, d’abord au plan de la prise de conscience du fait d’avoir été victime, et ensuite au plan de la propension à signaler la situation aux services policiers. Il y a donc une sélection différentielle qui peut s’exercer à cette étape et les statistiques policières vont refléter les « biais » découlant de cette première sélection.

Ensuite, même une fois qu’une victime a réalisé qu’elle était victime d’un crime, divers facteurs peuvent entrer en considération pour favoriser ou inhiber la propension de la victime à déclarer l’incident à la police. L’affection envers le conjoint peut être un de ces facteurs, ou les conséquences du signalement sur les enfants du couple; la peur du conjoint peut également entrer en jeu ou la prise en compte des répercussions possibles d’un dossier criminel, telle que la perte d’un emploi. Il se peut aussi que la peur de la police soit un facteur notable. Par exemple, si les hommes courent de fortes chances (ou croient à tort ou à raison que tel peut être le cas) d’être eux-mêmes arrêtés et expulsés de leur domicile s’ils signalent une agression commise par leur conjointe, il est bien évident que cette pratique policière exercera un fort effet dissuasif au signalement de la violence subie les hommes. Il existe donc à cette étape un ensemble varié des facteurs susceptibles d’exercer un effet significatif de sélection des cas susceptibles d’être signalés.

Enfin, il faut que le crime soit enregistré dans la base de données de la statistique policière, c’est-à-dire qu’une première enquête policière sur place doit établir que la plainte est fondée. Dans les cas de violence conjugale, il est possible que l’enquête policière fasse l’objet de certains biais et tendent, à titre d’exemple, à accréditer davantage les signalements fait par les femmes que ceux faits par les hommes. C’est une autre source possible de biais.

La plupart des personnes qui se trouvent dans un contexte clinique y parviennent au terme d’un processus de sélection similaire. Chacune des étapes d’un tel parcours se traduit par la sélection d’un groupe de plus en plus restreint de victimes (ou d’agresseurs) dans le processus de constitution du groupe clinique. Une fois qu’il est constitué, le groupe clinique se caractérise par de multiples biais de sélection qui ont pour effet de rendre impossible toute généralisation à partir d’un tel groupe à l’ensemble de la population sous peine de se livrer à ce que Straus désigne par l’expression « imposture de l’échantillon clinique » (clinical sample fallacy).

Il y a un fort consensus chez les chercheurs dans le domaine de la violence conjugale à l’effet que de tels groupes cliniques comportent un ensemble de biais de sélection qui font en sorte qu’on ne peut généraliser les constats faits auprès de tels groupes à l’ensemble de la population.

Déjà en 1994, l’American Medical Association 4 souligne les sources possibles de biais dans le cas des données policières :

« A second source of official data on spousal violence is data on police calls and arrest. Police call data are subject to much more bias than are homicide data. First, the vast majority of instances of spousal violence do not result in a call to the police, and a vast majority of police calls for instances of domestic violence do not result in an arrest. Gelles and Straus33 found that police were called to less than one in twenty houses (4.8 percent) in which there had been some kind of spousal violence in the previous year, and when the police were called, they arrested an offender in only 15 percent of the cases.

Police call data show an overwhelming pattern of male-to-female violence compared to female-to-male violence. Dobash and Dobash examined police call data in Scotland and found that, when the sex of the participants was recorded, women were the victims of domestic violence in 94 percent of the cases and the offenders in 3 percent of the cases. Other analyses of police data reveal similar patterns.

The small percentage of female offenders could be a result of the fact that police calls are more likely to occur when an injury occurs. Even though this may affect the kinds of cases of spousal violence that come to official attention, it does suggest that male-to-female violence is more likely to cause injury than female-to-male violence. A second plausible explanation for the small percentage of female offenders may be the reluctance of the police to make an arrest when a female is the offender. Buzawa and Buzawa note that male victims of domestic assault are uniformly dissatisfied with police response and feel that police have a limited understanding of male victimization ».


De l’avis de la plupart des chercheurs, il y a de très fortes raisons de penser que les statistiques policières comportent, en général, des biais de sélection plus importants que les enquêtes sur la violence conjugale, car elles exigent l’accomplissement des trois étapes décrites par Karl Thomassin, avec une sélection progressive des cas les plus graves à chacune de ces étapes. Dans le cas d’une enquête sur la violence conjugale auprès d’un échantillon représentatif, comme c’est le cas de l’Enquête sociale générale de Statistique Canada, la situation est tout à fait différente. L’identification d’un cas de violence conjugale exige seulement que le répondant à une enquête réponde positivement à une seule des questions des Échelles de tactiques de conflit, avec l’assurance que l’anonymat de sa réponse se trouve garanti. Comme le montrent Sunita Kishor ou Holly Johnson, l’avantage de l’emploi des Échelles des tactiques de conflit pour détecter les situations de violence, c’est qu’il n’est même pas nécessaire que la victime ait réalisé qu’elle a été victime d’un crime.

À l’instar des cas enregistrés dans les statistiques officielles de la criminalité, les cas observés dans la plupart des contextes cliniques constituent, dans la très grande majorité des cas, l’aboutissement d’un long processus jalonné d’une suite d’étapes ou de décisions qui se traduisent le plus souvent par une sélection progressive des cas les plus graves, comme le soulignait le chercheur Michael P. Johnson 5 en 1995 :

« What about the data sources for most of the feminist research—shelters, hospital emergency rooms, and the criminal and divorce courts? Certainly there are equally serious biases in these sources of data. It is likely, for example, that most families in which couple violence is only intermittent, an unusual response to family conflict, do not need or want such services. The woman or man who is struck or pushed by his or her partner a few times a year will not in most cases report the incident to the police, or go to a shelter, or file for divorce or need to seek medical treatment. Such sources of data are therefore heavily biased in the direction of providing access only to cases of patriarchal terrorism, and, even among those cases, biased in the direction of the most egregious cases ».

Marilyn Kwong, Kim Bartholomew et Donald G. Dutton 6 conviennent, tout comme Michael P. Johnson, que les groupes cliniques recrutés par exemple dans des centres d’hébergement pour femmes victimes de violence se caractérisent par une sélection des cas extrêmes de violence et que l’on ne peut généraliser les constats faits auprès de tels groupes à l’ensemble des couples où sévit la violence conjugale :

« Johnson (1995) has proposed that the phenomenon of "domestic violence" can be broken down into two distinct patterns that he labels patriarchal terrorism and common couple violence. Patriarchal terrorism describes violence in which women are highly victimized by husbands who seek control over them. Common couple violence represents occasional violence that is often enacted and initiated equally by men and women during conflicts that get out of hand. Johnson argues that studies of women seeking aid for domestic violence, such as women in shelters, generally include only women experiencing the extreme form of domestic violence. It is therefore inappropriate to generalize from these studies to the entire population of violent couples ».

Lynn Magnol, Terrie E. Moffitt, Avshalom Caspi, Denise Newman, Jeffrey Fagan et Phil A. Silva 7 indiquent aussi de manière claire que l’on ne peut généraliser les constats faits auprès d’un groupe clinique à l’ensemble de la population :

« Second, the expectation that rates of partner violence by men would exceed rates by women may stem from the sampling choices of previous studies. Many of these studies relied on samples of men who had been adjudicated or mandated to treatment programs because of the injurious consequences of their violence (e.g., Faulk, 1974; Hamberger & Hastings, 1986; Roberts, 1987). Other studies used samples of women who sought shelter or treatment for the injurious consequences of their husband's violence (e.g., Gayford, 1975; Rounsaville, 1978).

It is important to bear in mind that clinical studies and epidemiological surveys historically have asked different questions, and the practical implications of findings from these two types of studies have differed (Johnson, 1995; Straus, 1990b). Clinical studies have the advantage of defining violent cases for study on the basis of serious injury, thereby inherently documenting the consequential nature of the violence studied. However, it is not possible to generalize from such selected, samples to draw conclusions about the epidemiology or correlates of partner violence in the population. In contrast, surveys of birth cohorts such as ours, which sample the full range of involvement in partner violence, support generalizable conclusions about the epidemiology and correlates of partner violence. Our findings and other studies (Elliott et al., 1985; Straus & Gelles, 1986; Straus et al., 1980) have shown women to behave at least as violently as men. However, the interpretation of violent behaviour perpetrated by men and women must be informed by knowledge about the consequences of violence, the context in which it occurred, the motives of perpetrators, and their personal characteristics ».


Voici en quels termes, Holly Johnson 8, responsable de l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993 (EVEF) à Statistique Canada, décrit les biais inhérents aux groupes cliniques :

« The earliest attempts to study rape and wife battering involved case studies of female victims who had been in contact with a helping agency, such as a rape crisis centre or a shelter for battered women or case studies of men who had been tried and convicted of such offences. These “clinical” or “convenience” samples were drawn primarily from medical or counselling caseloads or jail populations.

Clinical caseloads of women and men have the advantage to researchers of being readily available, inexpensive to acquire, and not biased (in the case of female victims) by having to first report to the police. However, they are biased in other important ways. Like shelter women who report wife assault or sexual assault to the police, women who use shelters or other services are unrepresentative of all battered or sexually assaulted women. Most women who seek help from an agency have endured the most severe forms of violence, some for many years, and in the case of shelter users, most are economically destitute with few other options open to them.

The earliest studies of violent men attempted to pinpoint how rapists differ from normal men so that therapies could be developed for them. Most described rapists as having psychological defects that caused uncontrollable violent impulses. The conclusions drawn from this research were largely a function of the sample of men who were studied—very violent men, many psychologically disturbed, who were unable to escape police detection, arrest, and conviction. As few rapes are reported to the police and fewer result in convictions, clinical samples represented only the very extreme examples of men who rape […]

…The growing attention of feminist scholars to issues related to violence against women caused a shift in focus from offenders to victims and to the study of clinical samples of women using shelters for battered women, rape crisis centres, or hospitals. There are obvious problems of bias associated with this method of selecting samples, and for the most part, the way the sample is selected will determine the characteristics of the women who respond. Women who use shelters, for example, are likely to be poor, to have had their lives or the lives of their children threatened by the most serious types of violence, and to have few other options available to them. These studies seldom include a control group of non-battered women to indicate how they compare with the clinical sample. As a result, there is no way of knowing from clinical samples how representative these women are of all victims of wife assault, and researchers must be careful not to generalize the characteristics of these women or their experience to all battered women.

The way in which the clinical or convenience sample is selected can also affect the results of the study and the extent to which the findings can be generalized to other populations. Typically, the researcher has limited funds available and must judiciously select a readily available sample of women to interview about their experiences. Some researchers have attracted subjects through notices posted in magazines or newspapers or on university campuses. This method is called “self-selection” as respondents make the decision to select themselves as subjects. While it may be the least costly method of selecting a sample and does not carry with it the same problems inherent in samples of shelters or police statistics, the biases are clearly unknown as the researcher will not know the criteria the subjects have used to participate in the study. There may be a tendency for women who have already reported their experiences to the police or a crisis centre to come forward, or there may be certain class or education factors at play. The types of magazines or newspapers in which the notice is posted will also have a strong bearing on who responds. For example, subjects recruited from a university will differ in important ways from women responding to an advertisement in a public housing project. The important point is that there is a bias in the selection for theses studies and the direction of the bias is largely unknown to the researcher.

Despite the limitations of clinical studies, the case study information that has emerged from clinical research has provided much-needed insight into the contexts in which sexual assault and battering occur and the motivations of both victims and offenders ».


Comme le souligne Mme Holly Johnson, de Statistique Canada, de telles études auprès de groupes cliniques peuvent fournir des informations précieuses pour mieux connaître la situation particulière de ces groupes afin répondre aux besoins spécifiques de telles clientèles. Cependant, on ne peut en aucune manière généraliser les constats faits dans un tel cadre à l’ensemble des victimes de violence conjugale ou à l’ensemble de la population. Toute tentative en ce sens constitue une erreur méthodologique fondamentale, soit l’imposture de l’échantillon clinique, qui a pour effet d’induire la population en erreur.

Comme le souligne l’American Medical Association 9, chaque source de data présente des problèmes de validité qu’il faut identifier de manière spécifique dans une analyse statistique et qu’il ne faut en aucun cas négliger de prendre en considération :

« Each of the major data sources has its own validity problems. Clinical data are never representative, and few investigators gathering data from clinical samples employ comparison groups. Official records suffer from variations in definitions, differing reporting and recording practices, and biased samples of violent and abusive behaviors and persons. The biases of social survey data on intimate violence include inaccurate recall, differential interpretation of questions, and intended and unintended response error ».

Il est certain que même les échantillons représentatifs peuvent comporter certaines sources potentielles de biais, tels que des biais de rappel (mémoire défaillante) ou des biais de « désirabilité sociale ». Les responsables des enquêtes avec des échantillons représentatifs peuvent prendre diverses mesures pour contrer ou atténuer ces sources possibles de biais. Cependant, les sources potentielles de biais des échantillons représentatifs sont mineures en comparaison des sources de biais qui affectent les « groupes cliniques » dont les participants peuvent, en plus des multiples biais de sélection, également avoir également la mémoire défaillante ou être influencé par la « désirabilité sociale ».

Maintenant que l’on a établi que les statistiques relatives aux « groupes cliniques », incluant notamment les statistiques policières, reflètent de nombreux biais de sélection, on se trouve en meilleure position pour apprécier à sa juste mesure l’ampleur de l’erreur méthodologique à laquelle se livre la Gazette des femmes quand elle oppose les statistiques policières aux taux de prévalence résultant de l’Enquête sociale générale.

La Gazette des femmes commet une première erreur méthodologique en omettant de mentionner les biais de sélection inhérents aux statistiques policières. Elle commet une seconde erreur méthodologique en utilisant les statistiques policières en les opposant aux résultats de l’Enquête sociale générale. Ce faisant, la Gazette des femmes se livre à une généralisation implicite des résultats de la statistique policière à l’ensemble des victimes de violence conjugale. Comme on vient de le montrer, une telle généralisation n’est pas acceptable méthodologiquement. Enfin, la Gazette des femmes commet une erreur inacceptable d’analyse lorsqu’elle affirme que les statistiques policières permettent de contredire le constat de la similarité des taux de prévalence de la violence conjugale chez les hommes et les femmes sur la base des données de l’Enquête sociale générale. En voici la raison.

Les données de l’Enquête sociale générale proviennent d’un vaste échantillon représentatif de toute la population du Canada. Cette enquête comprend des questions demandant aux victimes de violence conjugale si elles ont signalé la situation de violence conjugale aux services de police. Si l’échantillon de cette enquête est vraiment représentatif et que les estimations qu’il permet d’obtenir sont valides, il devrait permettre d’estimer avec une assez bonne précision le nombre de cas signalés à la police ainsi que la proportion des victimes de chaque sexe dans les cas ainsi signalés.

Il appert que l’estimation, au moyen des données de l’Enquête sociale générale, du nombre de victimes de violence conjugale dont la situation a été signalée aux services de police est comparable aux statistiques policières des cas signalés à la police. De même, la proportion des victimes de sexe féminin dans le total des cas signalés est semblable dans les estimations basées sur l’ESG et dans les statistiques policières. Les données représentatives de l’Enquête sociale générale permettent d’estimer le sous-groupe des victimes de violence dont le cas a été signalé à la police. On peut donc affirmer que la Gazette des femmes induit une fois de plus le public en erreur quand elle fait l’affirmation suivante : « Facile donc de conclure que les hommes et les femmes sont égaux dans la violence conjugale. Sauf que les statistiques policières disent exactement le contraire. Ainsi, en 1999, sur l’ensemble des victimes de violence de la part d’un partenaire au Canada, 13 % étaient des hommes et 87 % des femmes. Des proportions que confirme le ministère de la Sécurité publique du Québec, selon lequel les hommes composaient 86 % des auteurs présumés de violence conjugale en 2003 » (Gazette des femmes, p. 16).

Contrairement à ce que prétend la Gazette des femmes, les statistiques policières ne contredisent pas les constats de l’Enquête sociale générale. Les estimations basées sur l’Enquête sociale générale et les statistiques policières sont convergentes et elles décrivent la même réalité. C’est-à-dire que les situations où les femmes sont victimes de violence conjugale sont signalées en proportion plus élevée que les situations où les hommes sont victimes de violence conjugale.

Le rapport de l’Institut de la statistique du Québec, publié en 2003, se livre à une comparaison des données de l’Enquête sociale générale de 1999 et des statistiques policières au Québec pour la même année. Voici un extrait de l’analyse de l’Institut de la statistique du Québec 10:

« Au cours des 12 mois précédant l’enquête sur la victimisation, environ 14 600 personnes, comptant pour environ 14 % du total des victimes de violence conjugale au cours de la même période, mentionnent que leur situation a été portée à la connaissance des services policiers au Québec, soit par elles-mêmes (12 000 cas), soit autrement (tableau 8.3). Les données de l’enquête permettent également d’estimer à approximativement 11 600 le nombre de femmes victimes de violence conjugale dont le cas est parvenu à l’attention des services policiers au Québec au cours des 12 mois précédent [...] Par ailleurs, les femmes constituent environ 79 % des cas signalés aux services policiers au cours de cette période [...]

Dans le cas du Québec, les valeurs réelles correspondant à ces estimations sont connues, puisque le ministère de la Sécurité publique du Québec publie chaque année un rapport sur le nombre d’infractions réelles de violence conjugale signalées aux divers services policiers du Québec. En 1999, le ministère de la Sécurité publique du Québec recense 14 243 infractions, dont 12 325 infractions subies par des femmes, soit 86,5 % du total, et 1 918, par des hommes, c’est-à-dire une proportion de 13,5 % du total (Motard, 2000 : 12) ».


Contrairement à ce qu’affirme la Gazette des femmes, les statistiques policières ne permettent en aucune manière de remettre en question les taux de prévalence de la violence conjugale obtenus au moyen des données de l’Enquête sociale générale de 1999 ou de 2004. Les résultats de cette enquête permettent plutôt d’estimer avec un bon degré de précision le nombre des cas de violence conjugale signalés à la police et la proportion des victimes de sexe féminin dans le total de ces cas. Les statistiques policières montrent que les hommes victimes de violence conjugale signalent dans une moins grande proportion que les femmes leur situation à la police. Selon le rapport de l’Institut de la statistique, au Québec, au cours des cinq années précédant la tenue de l’enquête, 11 % des 139 000 hommes victimes de violence conjugale ont signalé leur situation à la police; chez les 165 900 femmes victimes de violence conjugale au Québec au cours de la même période, 28 % ont signalé leur situation à la police 12.

En somme, le fait que, dans 85 % des cas de violence conjugale signalés à la police, la victime est une femme au Québec, ne peut en aucune manière être invoqué comme argument pour mettre en doute la validité des estimations de la prévalence de la violence conjugale obtenue au moyen de l’Enquête sociale générale. Ce faisant, la Gazette des femmes se livre à un exemple typique de généralisation erronée connue sous le nom « d’imposture de l’échantillon clinique ». De ce fait, elle induit ses lectrices et le public en erreur. Il faut malheureusement conclure qu’il s’agit d’un cas avéré de désinformation.

1 Murray A. Straus, « The Controversy Over Domestic Violence by Women. A Methodological, Theoretical, and Sociology of Science Analysis », dans X. B. ARRIAGA et S. OSKAMP (dir.), Violence in Intimate Relationships, Thousand Oaks (Calif.), Sage Publications, 1999, p.29,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS21.pdf

2 Murray A. Straus, « Injury and Frequency of Assault and the “Representative Sample Fallacy” in Measuring Wife Beating and Child Abuse » dans Murray A. Straus et Richard J. Gelles (dir), Physical Violence in American Families. Risks Factors and Adaptations to Violence in 8,145 Families, New-Brunswick, USA, 1990, p. 86,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS6.pdf

3 Karl Thomassin « La mesure de la criminalité », Bulletin d’information sur la criminalité et l’organisation policière, vol. 2, no 2, décembre, 2000, 16
http://www.msp.gouv.qc.ca/police/police.asp?ndn=08&txtSection=publicat

4 AMERICAN MEDICAL ASSOCIATION, Violence Toward Men. Fact or Fiction?, report 9 of the Council of Scientific Affairs (I-94), (1994).
www.ama-assn.org/ama/pub/print/article/2036-2559.html
http://www.ama-assn.org/ama/pub/category/13683.html

5 Michael P Johnson, « Patriarchal Terrorism and Common Couple Violence. Two Forms of Violence Against Women », Journal of Marriage and the Family, mai, 1995. p. 289,
http://www.personal.psu.edu/mpj/1995%20JMF.pdf

6 Marilyn Kwong, Kim Bartholomew et Donald G. Dutton, « Gender Differences in Patterns of Relationship Violence in Alberta », Canadian Journal of Behavioral Science, vol. 31, nº 3, p. 157,
http://www.fact.on.ca/Info/dom/kwong99.htm

7 Lynn Magdol, Terrie E. Moffitt, Avshalom Caspi, Denise Newman, Jeffrey Fagan et Phil A. Silva, « Gender Differences in Partner Violence in a Birth Cohort of 21-Year Olds : Bridging the Gap Between Clinical and Epidemiological Approaches », Journal of Clinical and Consulting Psychology, vol. 65, nº 1, 1997, p. 75

8 Holly Johnson, « Method of Measurement », dans Katherine M. J. McKenna et June Larkin, Violence Against Women. New Canadian Perspectives, Innana Publication and Education Inc., Toronto, 2002, p. 30-32.

9 AMERICAN MEDICAL ASSOCIATION, Violence Toward Men. Fact or Fiction?, report 9 of the Council of Scientific Affairs (I-94), (1994).
www.ama-assn.org/ama/pub/print/article/2036-2559.html
http://www.ama-assn.org/ama/pub/category/13683.html

10 Denis Laroche, La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Institut de la statistique du Québec, 2003, p. 187-188
http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/ViolenH_F-3.pdf

11 Denis Laroche, La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Institut de la statistique du Québec, 2003, tableau 8.1, p. 184
http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/ViolenH_F-3.pdf

La violence démaquillée - dossier sur la désinformation statistique (partie VIII)

[ Samedi 08 Avril, numéro 96 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la huitième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie VIII

Brève introduction aux Échelles des tactiques de conflit


Les parties précédentes de ce dossier ont montré les multiples inexactitudes commises par la Gazette des femmes à propos de diverses affirmations ayant trait aux Échelles des tactiques de conflit. Il importe en l’occurrence de souligner que les Échelles des tactiques de conflit sont jugées in abstentia. En effet, le « dossier » de la Gazette des femmes fait le procès des Échelles des tactiques de conflit sans avoir offert la moindre définition ou la moindre description de cet instrument ou des principes méthodologiques sur lesquels il repose.

En d’autres termes, le réquisitoire de la Gazette des femmes semble trouver normal que « l’accusé », en l’occurrence la méthodologie des Échelles des tactiques de conflit, n’ait aucune chance de voir les principes sur lesquels elle repose être présentés ou représentés. Il faut reconnaître qu’il est difficile d’obtenir justice dans de telles circonstances.

Pour réparer l’oubli du « dossier » de la Gazette des femmes de décrire, même sommairement, en quoi consistent les Échelles des tactiques de conflit, voici une brève présentation de cet instrument de mesure. Cette introduction vise à rendre plus concrète la discussion des sections précédentes et à montrer qu’il n’y a rien d’ésotérique ou de maléfique dans les Échelles des tactiques de conflit. Comme on l’a vu, les avantages de cette approche sont reconnus dans les rapports d’organismes internationaux comme l’OMS dont on trouve des extraits dans la partie précédente.

Précisons tout d’abord que le mot « Échelles » est la traduction du terme anglais « Scales », c’est-à-dire « an instrument or machine for weighing ». Par extension de ce terme, le « Scaling » ou la construction d’une échelle est une opération conceptuelle par laquelle on vise à élaborer un instrument permettant d’obtenir une mesure numérique d’un concept abstrait quelconque. Par exemple, le test de QI est une « échelle » conçue pour mesurer le quotient intellectuel, qui est lui-même constitué d’un ensemble d’aptitudes intellectuelles. Un test de QI est un ensemble de questions qui mettent à l’épreuve ces différentes aptitudes intellectuelles afin de les mesurer. Ce test permet de situer les individus les uns par rapport aux autres en termes de QI dans l’échelle numérique ainsi constituée : un individu qui obtient un score de 150 est plus doué que celui qui obtient 80.

De manière similaire, les Échelles des tactiques de conflit sont un instrument conçu en vue de donner une représentation numérique des formes de résolution de conflits utilisées par les individus quand ils sont confrontés à des situations conflictuelles dans leurs rapports avec des membres de leur entourage. Une des échelles de cet instrument, soit l’échelle de l’agression physique, a pris une importance particulière en raison de sa capacité de mesurer la prévalence du recours à la violence physique entre conjoints ou entre les membres d’une même famille.

Ce qu’il importe de savoir, c’est que cette échelle est construite selon les mêmes principes méthodologiques que les centaines d’échelles de mesure utilisées en psychologie, en anthropologie, en éducation, en sciences sociales, où les « objets » mesurés ne sont pas des objets physiques concrets (c.-à-d. des pommes et des oranges) mais des concepts abstraits. Il importe donc de ne pas être mystifié par le mot « échelle ».

Dans sa forme la plus connue, employée lors du National Family Violence Survey de 1985, mené par Straus et Gelles, les Échelles des tactiques de conflit sont tout simplement un module de 18 questions (19 questions, si l’on ajoute « pleurer » à l’échelle de l’agression verbale; Straus ne comptabilise pas les réponses positives à cette question 1) portant sur les diverses conduites ou actions susceptibles d’être employées par un membre de la famille à l’occasion d’un conflit, d’une dispute ou d’un différend quelconque avec un autre membre de la famille. Ce module de questions est précédé de la courte introduction suivante dans la version employée par Straus et Gelles en 1985 :

« No matter how well a couple get along, there are times when they disagree, get annoyed with the other person, or just have spats or fights because they’re in a bad mood or tired or for some other reason. They also use many different ways of trying to settle their differences. I’m going to read some things that you and your (spouse/partner) might do when you have an argument » (Straus et Gelles, 1990, p. 33).

Cette version des Échelles des tactiques de conflit comporte trois échelles : le raisonnement (trois questions), l’agression verbale (6 questions) et l’agression physique (9 questions). Mais il arrive très fréquemment que des enquêtes (par exemple les enquêtes de Statistique Canada) utilisent uniquement l’échelle de l’agression physique, parce que le devis de recherche s’intéresse uniquement à l’agression physique.

Il arrive aussi fréquemment que des chercheurs ajoutent quelques questions additionnelles aux neuf questions originales de l’échelle de l’agression physique. En règle générale, dans ses variantes les plus courantes, l’échelle de l’agression physique compte entre 9 et 14 questions. À titre d’exemple, en 1993 (EVEF), en 1999 (ESG) et en 2004 (ESG), Statistique Canada a utilisé une échelle de l’agression physique qui comporte un module de 10 questions.

Dans les enquêtes de Statistique Canada, l’échelle de l’agression physique comporte les 10 questions suivantes 2 3

« Au cours de la période étudiée, votre mari/femme/conjoint(e) a-t-il : 1- menacé de vous frapper avec son poing ou tout autre objet qui aurait pu bous blesser; 2- lancé quelque chose qui aurait pu vous blesser; 3- poussé, empoigné, ou bousculé d’une façon qui aurait pu vous blesser; 4- giflé; 5- donné des coups de pied, mordu, ou donné un coup de poing; 6- frappé avec un objet qui aurait pu vous blesser; 7- battu; 8- tenté de vous étrangler; 9- utilisé ou menacé d’utiliser une arme à feu ou un couteau contre vous; 10- forcé à vous livrer à une activité sexuelle non désirée, en vous menaçant, en vous immobilisant ou en vous brutalisant d’une façon quelconque? ».

Le module de 10 questions est précédé de l’introduction suivante 4lors de l’Enquête sociale générale de 1999, qui évoque le « grave problème de la violence » :

« Afin de bien comprendre le grave problème de la violence en milieu familial, il est essentiel de savoir ce que les gens en ont à dire. Je vais donc vous poser 10 brèves questions et j’aimerais que vous me disiez, si au cours des 5 dernières années, votre mari/femme/conjoint(e) actuel(le) vous a fait subir une ou plusieurs des situations suivantes. Vos réponses sont très importantes que vous ayez ou non vécu ces situations. N’oubliez pas que l’information recueillie est strictement confidentielle ».

Il n’y a rien d’insidieux ou de mystérieux dans ces questions directes, simples et de portée générale que chacun est à même de comprendre. Il faut ajouter que ces questions sur des actes d’agression physique constituent un échantillonnage qui se veut aussi représentatif que possible des formes les plus courantes que peut prendre un acte d’agression physique, comme le précise Straus 5:

« Like most tests, the CTS includes only a sample of the universe of possible violent acts. This is analogous to a spelling test that includes only a sample of the total number of words that a child in the seventh grade should know how to spell. Although the behaviors in the CTS may be valid, the method used to select behaviors to include in the CTS did not guarantee that they are an adequate sample of violent behaviors. One indication that they are an adequate sample comes from a study by (Dobash & Dobash, 1984) who are among the most strident critics of the CTS. they used qualitative methods to identify typical violent acts. Their list of violent acts is almost identical to the items in the CTS ».

En somme, l’échelle de l’agression physique tente de couvrir le spectre complet des formes les plus courantes que peut prendre une agression physique, c’est-à-dire de couvrir tous les degrés de gravité de la violence, allant de la menace de frapper quelqu’un ou de lui lancer un objet, en passant par le fait de frapper quelqu’un avec les poings ou les pieds, jusqu’à l’utilisation d’un objet ou d’une arme pour commettre l’agression.

Il arrive très souvent qu’un même événement de violence comporte plusieurs formes d’agression physique (par exemple, un même événement peut commencer avec la menacer de frapper, être suivi de poussées ou de bousculades, pour se terminer avec des coups portés avec les poings ou les pieds). Il peut aussi arriver qu’un événement ne comporte qu’une seule forme d’agression physique (par exemple, donner une gifle).

Pour qu’un participant soit considéré comme victime de violence, il suffit qu’il rapporte avec subi, au cours de la période considéré par l’enquête, au moins une des formes de violence mentionnées dans le module de 10 questions. Alors, même si l’échelle comporte un nombre assez limité de questions, il est possible d’identifier la plupart des cas de violence, c’est-à-dire d’obtenir une mesure valide de la prévalence.

Il est avantageux de chercher à garder l’instrument aussi concis que possible. C’est pourquoi l’échelle comprend en général entre 10 et 14 questions, plutôt que 50 ou 60, par exemple. L’ajout de questions additionnelles ne produit pas d’effet substantiel sur l’estimation de la prévalence. Si l’on voulait couvrir toutes les formes imaginables d’agression physique, même les plus inusitées (par exemple, infliger des chocs électriques à une victime ou l’exposer à l’action de produits chimiques nocifs), l’échelle devrait comporter un nombre si élevé de questions qu’elle pourrait mettre à rude épreuve la patience du répondant et ainsi compromettre sa bonne disposition à participer à l’enquête.

Le fait de s’en tenir aux formes les plus courantes d’agression permet généralement de parvenir à obtenir une mesure valide de la prévalence. En conséquence, il n’est pas nécessaire d’énumérer dans l’échelle toutes les formes possibles et imaginables des formes d’agression physique, car il arrive fréquemment qu’une victime subisse plusieurs événements de violence donnant lieu à l’emploi de plusieurs formes de violence. S’il est survenu un seul événement, il arrive aussi que plusieurs formes de violence soient employées lors d’un tel événement unique.

La mesure la plus simple de l’agression physique que l’on puisse obtenir avec les Échelles des tactiques de conflit est la mesure de la prévalence de la violence : c’est-à-dire identifier les personnes qui ont subi au moins une forme d’agression au cours de la période étudiée lors d’au moins un événement de violence. Selon Straus 6 , 7, c’est aussi la mesure présentée le plus fréquemment.

Il est possible de dériver une grande variété de mesures et d’indices à partir des réponses fournies au module de questions des Échelles des tactiques de conflit. C’est donc une erreur (et même de la désinformation) d’affirmer que les Échelles des tactiques de conflit mesurent « uniquement le nombre des actes de violence admis par le sujet » (Gazette des femmes , p. 18). C’est une affirmation inexacte et une généralisation erronée. Plusieurs des variantes des Échelles des tactiques de conflit sont administrées de manière à ne pas comptabiliser le nombre des divers actes individuels du module de questions de l’échelle de l’agression physique. Ainsi, dans les enquêtes de Statistique Canada, le nombre des événements de violence conjugale est établi à partir de questions additionnelles qui ne font pas partie du module des 10 questions de l’échelle de l’agression physique.

Une autre erreur commune, ou un autre type de désinformation largement véhiculée à propos des Échelles des tactiques de conflit, est le reproche voulant que ces échelles ne mesure pas « l’intention du geste posé, ni son interprétation » . Il s’agit d’un autre exemple où l’on confond l’instrument que sont les Échelles des tactiques de conflit avec le devis de l’enquête. Straus a répété maintes et maintes fois que les Échelles des tactiques de conflit ne sont pas conçues pour mesurer les attitudes au sujet des conflits ou divers éléments contextuels de tels conflits, mais seulement l’occurrence ou l’absence de la violence. Voici ce que Straus 8 et ses collègues affirment à ce propos en 1996 :

« The CTS measures the extent to which specific tactics, including acts of physical violence, have been used. The CTS is not intended to measure attitudes about conflict or violence nor the causes or consequences of using different tactics. The focus on specific acts or events is a strength of the CTS. Some scholars, however, view the focus on specific acts as a limitation (Dobash & Dobash, 1979; Kurz, 1993). They fault the CTS for measuring acts out of context.

The criticism that the CTS does not take into account the context and meaning of the acts is analogous to criticizing a reading ability test for not identifying the reasons a child reads poorly (such as limited exposure to books at home or test anxiety) and for not measuring the harmful effects of reading difficulty (such as low self-esteem or dropping out of school). These types of issues are critical, but they must be investigated by including measures of those explanatory, context, or consequence variables along with the reading test.

Similarly, the CTS is intended to be used in conjunction with measures of whatever cause, context, and consequence variables are relevant for the study or the clinical situation. This includes variables that are simple to measure but basic for understanding the connotations and meaning of the CTS scores, such as gender, age, height, and weight; and equally fundamental but more difficult to measure variables, such as the balance of power, feelings of fear and intimidation, and injury ».


Pour bien comprendre les implications méthodologiques des remarques de Straus et de ses collègues sur le rejet des « critiques » à l’endroit des soi-disant déficiences des Échelles des tactiques de conflits, supposons un instant que les questions faisant partie de l’échelle de l’agression physique soient formulées de la même façon que l'énoncé suivant, conformément à ce que semblent souhaiter les commentateurs qui ne cessent d’émettre ce type de critique à l’endroit des Échelles des tactiques de conflit : « Est-ce que votre conjoint vous a giflé et blessé en vue de maintenir son contrôle ou son emprise sur vous? » .

Comment interpréter une réponse négative à cette question? Le répondant veut-il dire qu’il n’y a eu ni violence, ni blessure ni contrôle de la part du conjoint? Ou le répondant veut-il dire qu’il y a eu violence, mais ni blessure ni contrôle? Ou le répondant veut-il dire qu’il y a eu violence et blessure, mais aucun contrôle? Ou le répondant veut-il dire qu’il y a eu violence et contrôle, mais pas de blessure? Si toutes les questions du module de l’agression physique étaient formulées de cette façon, il est fortement possible qu’une forte proportion des répondants victimes de violence répondrait par la négative à ces questions. Logiquement, seuls les répondants qui ont été à la fois violentés, blessés et contrôlés pourraient répondre « Oui » à de telles questions. On voit donc pourquoi, il est nécessaire que chacun de ces aspects soit mesuré séparément, comme le préconise Straus.

En outre, une telle formulation des questions comporterait le désavantage que les aspects «blessure » et « contrôle » de la question présenteraient l’inconvénient majeur d’être un « single treshold question approach » , comme on l’a vu à la Partie VII, c’est-à-dire une définition subjective de ce qu’est une « blessure « ou le « contrôle », variant d’un individu à l’autre.

Advenant le cas d’une réponse positive à cette même question hypothétique, le chercheur serait confronté aux mêmes problèmes d’interprétation. Accepter les commentaires de ces groupes de pression et de ces intervenants, tels que repris par la Gazette des femmes , serait aller à l’encontre des principes méthodologiques les plus élémentaires permettant d’établir une mesure fiable de la prévalence. Il n’est donc pas étonnant que Straus et l’immense majorité des chercheurs repoussent du revers de la main ces critiques envers les Échelles des tactiques de conflit.

Comme le soulignent les rapports de l’OMS et ceux présentés dans divers forums internationaux par des chercheures féministes, l’avantage des Échelles des tactiques de conflits c’est d’opérationnaliser une définition uniforme de la violence entre les participants au moyen d’une séries d’actions ou de conduites spécifiques. Le répondant ne répond pas en fonction de ses perceptions subjectives de ce qu’est la « violence », mais en fonction d’une définition concrétisée par le recours à un module de questions portant sur des actions spécifiques qui définissent de manière uniforme pour chacun des participants ce que le devis de recherche entend par le terme « violence ».

Il y a un large consensus chez les chercheurs à l’effet que l’échelle de l’agression physique est capable de détecter la grande majorité des personnes qui ont subi au moins une forme d’agression physique lors d’au moins un événement de violence conjugale et qu’elle fournit une estimation fiable et valide de la prévalence de la violence dans la population et que cette estimation de la prévalence recouvre une définition généralement uniforme parmi l’ensemble des individus de la population étudiée.

En 1996, Straus et ses collègues 9, ont proposé une version révisée des Échelles des tactiques de conflit, appelée CTS2, avec l’addition de deux nouvelles échelles (l’échelle des blessures et l’échelle de la coercition sexuelle) aux trois échelles initiales et l’ajout de questions additionnelles dans chacune des trois échelles initiales. Par exemple, dans les CTS2, l’échelle de l’agression physique compte un module de 12 questions.

La validité et la fiabilité des Échelles de tactiques de conflit ont été établies dans un grand nombre d’études. Dans une courte synthèse récente préparée pour l’ouvrage Encyclopedia of Domestic Violence, Straus résume les nombreuses études effectuées sur divers aspects de la validité et de la fiabilité des Échelles des tactiques de conflit.

Dans cette synthèse, Straus 10 offre la réponse suivante aux tentatives incessantes de certains groupes de pression de mettre en doute la validité des Échelles des tactiques de conflit :

« The CTS is both the most widely used measure of family violence and also the most widely criticized. Extensive critical examination is appropriate for any widely used instrument because, if the instrument is wrong, then a great deal of research will also be wrong. In the case of the CTS, however, the most frequent and severe criticism reflects ideological differences rather than empirical evidence. Specifically, many feminist scholars reject the CTS because studies using this instrument find that about the same percentage of women as men assault their partners. This contradicts the feminist theory that partner violence is almost exclusively committed by men as a means to dominate women, and is therefore prima –face evidence that the CTS is not valid. Ironically, the fact that the CTS has provided some of the best evidence confirming the link between male dominance and partner violence, and also and other key aspects of feminist theory of partner violence (Coleman & Straus, 1990; Straus, 1994) has not shaken the belief that the CTS is not a valid measure.

Another irony is that despite these denunciations, many feminist researchers use the CTS.

However, having used the CTS, they re-affirm their feminist credentials by routinely inserting a paragraph repeating some of the erroneous criticisms. These criticisms are then cited in other articles as though there were empirical evidence. Anyone reviewing these studies would have the impression that there is a large body of empirical evidence showing the invalidity of the CTS, whereas there is only endless repetition of the same unvalidated opinions »
.11

Ces commentaires de Straus complètent cette brève présentation des Échelles de tactiques de conflit. Il faut espérer que l’omission du « dossier » de la Gazette des femmes est ainsi réparée. Chose certaine, la tentation de propager des informations erronées sur la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale n’est pas sans comporter des risques importants. Il est facile de montrer que le Conseil du statut de la femme n’est pas en position de donner des leçons de rigueur méthodologique à qui que ce soit en ce qui a trait aux enquêtes sur la violence conjugale et à l’interprétation des résultats de ces enquêtes.

En somme, au lieu de s’appuyer sur les principes méthodologiques reconnus qui ont été utilisés pour concevoir un instrument capable d’établir la prévalence de la violence conjugale, la Gazette des femmes préfère acclamer sans réserve et sans discernement une méthodologie quand les résultats, si biaisés soient-ils, confortent ses préjugés. Elle dénigre et rejette aveuglément la même méthodologie lorsque les résultats ne sont pas conformes à ses croyances et à ses préjugés. Le danger d’une telle attitude est que le stéréotype en vienne à tenir lieu de méthodologie dans l’analyse du problème social que constitue la violence conjugale.

1 Murray Straus, Sherry L. Hamby, Sue Boney-McCoy et David B. Sugarman, « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, 1996, p. 310,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS15.pdf

2 Karen Rodgers, « Résultats d’une enquête nationale sur l’agression envers la conjointe », voir tableau 4, Statistique Canada, Juristat, vol. 14, nº 9, 1993,
http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femnational_f.html

3 Statistique Canada, La violence familiale au Canada : un profil statistique 2000, tableau 2.1, p. 12,
http://www.statcan.ca/francais/freepub/85-224-XIF/0000085-224-XIF.pdf

4 Statistique Canada, La violence familiale au Canada : un profil statistique 2000, tableau 2.1, p. 13,
http://www.statcan.ca/francais/freepub/85-224-XIF/0000085-224-XIF.pdf

5 Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 6, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006, p. 8,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf

6 Murray A. Straus, Scoring the CTS2 and the CTSPC, Family Research Laboratory, Durham, University of New Hampshire, p. 2
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS28a3.pdf

7 Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 3, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf

8 Murray Straus, Sherry L. Hamby, Sue Boney-McCoy et David B. Sugarman, « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, 1996, p. 284-285
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS15.pdf

9 Murray Straus, Sherry L. Hamby, Sue Boney-McCoy et David B. Sugarman, « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, 1996, p. 284-285
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS15.pdf

10 Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 8, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf

11 Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 8, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006, p. 8
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf

La violence démaquillée - dossier sur la désinformation statistique (partie VII)

[ Lundi 03 Avril, numéro 95 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la septième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes1 de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie VII

Quand la Gazette des femmesfait « fausse route »...


Les parties précédentes de ce dossier ont montré que le « dossier » de la Gazette des femmes a représenté de manière erronée le mode d’administration des Échelles des tactiques de conflit et que la Gazette des femmesest capable de se contredire sur la validité de cet instrument de mesure de la prévalence de la violence conjugale.

La partie qui suit montrera que « l’évaluation » négative des Échelles des tactiques de conflit à laquelle se livre le « dossier » de la Gazette des femmes se situe complètement à contre-courant de la pratique des chercheures féministes oeuvrant dans divers organismes internationaux qui ont adopté les Échelles des tactiques de conflit comme instrument de mesure de la prévalence de la violence conjugale.

En avril 2005, à l’occasion d’une réunion d’un groupe d’experts organisée sous l’égide de la Division de l’ONU pour l’avancement des femmes, Sunita Kishor 1 fait un exposé sur le développement d’une méthodologie appropriée pour établir la prévalence conjugale et sur les raisons qui militent en faveur de l’adoption à cet effet de l’approche des Échelles des tactiques de conflit, proposée par Straus:

« All of the initial attempts at measuring domestic violence were isolated and did not use standardized questions. Realizing this, in 1998-99 the DHS set about developing a more standardized approach to the measurement of domestic violence using the most valid measures available. After consultation with experts on domestic violence measurement, gender, and survey research, the DHS domestic violence module was developed [...]

…In general, however, the different approaches used to measure prevalence of domestic violence in the DHS fall into two categories. The first is a single question threshold approach and the second is one embodied in the DHS domestic violence module that combines the first approach with the use of a modified Conflict Tactics Scale (CTS) to measure spousal violence

The single question threshold approach: The respondent is asked a single question to determine whether she has ever experienced violence. Women who give a positive response are then asked more questions such as who the perpetrator was/is (including the husband), and the frequency of the violence. No follow-up questions are asked of women who say no to the initial question. Thus the woman is given only one chance to disclose any violence.
The modified CTS approach as embodied in the domestic violence module: This approach involves implementing a modified version of the Conflict Tactics Scale (CTS) to get information on spousal violence, and then a series of single questions to get at violence experienced at the hands of someone other than a husband or partner, as well as violence during pregnancy. The original CTS developed by sociologist Murray Straus in the 1970s consists of a series of individual questions regarding specific acts of violence such as slapping, punching, and kicking. The original scale had 19 items (Straus, 1979; 1990). The modified list used by DHS includes only about 15 acts of physical and sexual violence. If the respondent affirms that any one of the specified acts or outcomes has taken place, she is considered to have experienced violence.
The modified CTS approach has several advantages over a single question threshold type approach, particularly in the context of cross-cultural research. By asking separately about specific acts of violence, the violence measure is not affected by different understandings between women of what constitutes violence. A woman has to say whether she has, for example, ever been “slapped”, not whether she has ever experienced “violence” or even “beating” or “physical mistreatment”. All women would probably agree on what constitutes a slap, but what constitutes a violent act or what is understood as violence, may vary across women, as also across cultures.
Nonetheless, not everyone agrees that measuring violence through discrete acts is the most meaningful approach to measurement. For example, Smith, Tessaro and Earp (1995) have argued that surveys that measure discrete violent behaviors are incapable of capturing the “chronic vulnerability and gendered nature of battered women's experiences”. However, the purpose of asking questions about domestic violence in a national-level survey is to get the best estimates of the prevalence of the phenomenon. In order to make valid cross-national comparisons, it is important that the questions mean the same thing in all cultural contexts. In this regard, questions about discrete behaviors travel most easily across cultural and linguistic borders.
Another advantage of the modified CTS approach is that it gives respondents multiple opportunities to disclose their experiences of violence. The level of comfort in disclosing such experiences to anyone, let alone to an interviewer, is likely to vary between cultures as well as between women within cultures. Some women may not be immediately willing to disclose their experience of violence the very first time they are asked, and hence an approach that uses a single gate-keeping question would yield a lower prevalence. Also, a single question is much less likely to be able to capture women’s varied experiences of violence than multiple questions. Thus, an approach that asks about violence from many different angles using separate questions is likely to encourage disclosure because it gives women some time to think about their experiences and permits them to disclose when they are ready and/or when they are asked a question describing an experience with which they identify ».


Holly Johnson 2 de Statistique Canada cite les mêmes arguments que Kishor en faveur de l’utilisation des Échelles des tactiques de conflit :

« Definitions of violence vary cross-culturally and even within cultures. It is therefore critical that prevalence surveys ask about experiences with violence in behavioural terms, not simply whether respondents have been the victims of “violence” or have ever been “assaulted” or “sexually assaulted”. Providing multiple opportunities for disclosure helps counter the reluctance or hesitance of many women to talk about their experiences. Single questions have been shown to undercount rates of partner violence and sexual violence, which women are naturally reluctant to discuss. Both reliability and validity will be affected if respondents interpret question wording differently to other respondents and if large numbers fail to disclose. For these reasons, a list of behavioural items is the preferred approach ».

Nulle part dans ces textes, on ne voit Sunita Kishor ou Holly Johnson émettre l’opinion que les Échelles des tactiques de conflit constituent « un instrument extrêmement limité et superficiel »; il semble plutôt qu’un tel commentaire serait nettement plus approprié dans le cas de la méthode du « single question threshold approach ».

Il faut de plus souligner que les arguments invoqués par Sunita Kishor et Holly Johnson en faveur de l’emploi des Échelles des tactiques de conflit s’appliquent tout aussi bien aux hommes qu’aux femmes, particulièrement si l’on songe que les références « culturelles » des hommes et des femmes quant au seuil (threshold) qui marque la limite où commence la violence ne sont peut-être pas spontanément identiques. L’emploi de questions spécifiques sur diverses formes de violence permet d’éviter que les réponses des participants à une enquête ne soient déterminées par leurs définitions subjectives de la violence, c’est-à-dire par le seuil (threshold), souvent variable d’un individu à l’autre, de ce qui est subjectivement considéré ou ressenti comme de la violence.

On se demande comment il peut se faire que Rudolph Rausch et la Gazette des femmes ignorent encore ou feignent d’ignorer ces avantages spécifiques des Échelles des tactiques de conflit que Straus a décrit maintes et maintes fois au cours des 30 dernières années et sur lesquels s’appuient les chercheures féministes oeuvrant dans les organismes internationaux?

Les Échelles des tactiques de conflit permettent d’assurer l’opérationnalisation d’une définition uniforme de la violence auprès des participants et ont pour objectif d’éviter que des biais cognitifs associés, par exemple, au sexe des répondants, à leur expérience personnelle, à leurs conditions socio-économiques ou à leur culture, influencent ou biaisent la mesure de la prévalence de la violence. Les Échelles des tactiques de conflit ont l’avantage de pouvoir être employées dans tous les pays, auprès de tous les groupes culturels ou de tous les individus. Comme le souligne Kishor, les multiples questions de l’Échelle des tactiques de conflit offrent plusieurs occasions de dévoiler la violence et opérationnalisent une définition identique et explicite de la violence auprès de tous les participants à l’enquête, que le répondant soit un homme ou une femme.

Une étude récente de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) 3 utilise les Échelles des tactiques de conflit pour établir la prévalence de la violence conjugale et invoque des arguments semblables à ceux mentionnés par Kishor et Johnson à l’appui de ce choix méthodologique :

« The WHO Study focused primarily on “domestic violence”, or violence by an intimate partner, experienced by women. Included in this were acts of physical, sexual and emotional abuse by a current or former intimate male partner, whether cohabiting or not. In addition, it looked at controlling behaviours, including acts to constrain a woman’s mobility or her access to friends and relatives, extreme jealousy, etc. The Study also included physical and sexual violence against women, before and after 15 years of age, by perpetrators other than intimate partners. Definitions of each of these aspects of violence were operationalized in the study using a range of behaviour-specific questions related to each type of violence (Annex 4). The study did not attempt to document an exhaustive list of acts of violence, but instead asked a limited number of questions about specific acts that commonly occur in violent partnerships. This approach has been used widely in studies of partner violence in the United States and elsewhere, and has been shown to encourage greater disclosure of violence than approaches that require respondents to identify themselves as abused or battered (2, 3). Given that the conceptualization of violence differs between individuals and communities, a fairly conservative definition of violence was used. Thus the prevalence estimated in this manner is more likely to underestimate rather than overestimate the true prevalence of violence. The acts used to define each type of violence measured in the Study are summarized in Box 2.1 ».

Note : Les références 2 et 3 dans l’extrait ci-dessus désignent deux textes produits par Straus et ses collaborateurs. Le premier s’intitule « Societal Change and Change in Family Violence from 1975 to 1985 as Revealed by Two National Surveys »; le second s’intitule « The Revised Conflict Tactics Scales (CTS2) ».

Si la Gazette des femmes est vraiment convaincue de la justesse du point de vue de Rudolph Rausch, elle peut toujours songer à l’envoyer en mission au siège de l’OMS à Genève afin de signaler à cet organisme international la négligence de « souligner les limites de cette méthodologie » dont il aurait fait preuve en ayant recours à cet « instrument extrêmement limité et superficiel » que sont les Échelles des tactiques de conflit. Mais on peut douter que la Gazette des femmestienne à ce point à faire étalage de son traitement superficiel des questions méthodologiques en matière de violence conjugale. Le « dossier » sur la violence conjugale qu’elle vient de publier est déjà suffisamment compromettant.

Les avantages militant en faveur de la méthodologie des Échelles des tactiques de conflit invoqués par Kishor, par Johnson ou par les auteures de l’étude de l’OMS sont très similaires à ceux invoqués Straus 4 et ses collègues en 1996 lors de la publication de la version révisée de ces échelles :

« Measures concrete acts and events. The CTS measures the extent to which specific tactics, including acts of physical violence, have been used. The CTS is not intended to measure attitudes about conflict or violence nor the causes or consequences of using different tactics. The focus on specific acts or events is a strength of the CTS. Some scholars, however, view the focus on specific acts as a limitation (Dobash & Dobash, 1979; Kurz, 1993). They fault the CTS for measuring acts out of context.

The criticism that the CTS does not take into account the context and meaning of the acts is analogous to criticizing a reading ability test for not identifying the reasons a child reads poorly (such as limited exposure to books at home or test anxiety) and for not measuring the harmful effects of reading difficulty (such as low self-esteem or dropping out of school). These types of issues are critical, but they must be investigated by including measures of those explanatory, context, or consequence variables along with the reading test.

Similarly, the CTS is intended to be used in conjunction with measures of whatever cause, context, and consequence variables are relevant for the study or the clinical situation. This includes variables that are simple to measure but basic for understanding the connotations and meaning of the CTS scores, such as gender, age, height, and weight; and equally fundamental but more difficult to measure variables, such as the balance of power, feelings of fear and intimidation, and injury. Indeed, injury is such an important consequence that the revised CTS includes a scale to measure physical injury. It is important to note, however, that this is a separate scale, not part of the physical assault scale (see Straus, 1990a, 1990b, for why it is extremely important to separately measure physical assaults and injuries). Moreover, in their own research, some key critics of the CTS have contradicted their own criticism by following the CTS approach of asking about a list of assaultive acts to obtain the measure of physical violence and using a separate measure of injury (see for example, Dobash, Dobash, Cavanagh, & Lewis, 1994; Statistics Canada, 1993) ».


Dans une synthèse récente sur les Échelles des tactiques de conflit, Straus 5 apporte des précisions additionnelles sur l’avantage d’utiliser des conduites spécifiques plutôt qu’une évaluation de type cognitif (single threshold question) pour établir la prévalence de la violence conjugale :

« The CTS consists of a list of behaviors directed to a partner or a child. It deliberately excludes attitudes, emotions, and cognitive appraisal of the behaviors. These are crucial for some research and clinical purposes but must be measured separately. The value of a behavioral instrument is illustrated by a study which first asked about violent behaviors experienced, and then asked about cognitive appraisal. It found that more than a third of women who reported being a victim of one or more violent acts did not regard themselves as having experienced "physical abuse," as a "victim of violence,” or as a “battered woman” (Hamby & Gray-Little, 2000). This discrepancy between the behavior and the cognitive appraisal of the behavior is important for understanding family violence and for designing programs of prevention and treatment. However, it is only possible to identify the discrepancy if there is an instrument such as the CTS which obtains the behavioral data…

…The CTS measures the behavior of both the respondent and the respondent’s partner. This does not assume symmetry in the behavior; it only makes it possible to investigate that issue. Most research and clinical uses of the CTS benefit from having data on the behavior of both partners in a relationship ».


Les avantages inhérents aux Échelles des tactiques de conflits sont également démontrés par la multitude des enquêtes sur la victimisation criminelle. L’un des exemples les mieux connus est celui du National Crime Victimization Survey (NCVS), mené annuellement aux États-Unis, qui utilise une méthodologie étroitement apparentée au « single question threshold approach », c’est-à-dire une évaluation de type cognitif portant sur le fait d’avoir été victime d’un crime de violence conjugale et qui obtient, année après année, une mesure de la prévalence de la violence conjugale qui n’est qu’une fraction minime de celle que les Échelles des tactiques de conflit parviennent à détecter 6.

Il va de soi que les constats rapportés par Straus en ce qui a trait une évaluation de type cognitif de la situation par les victimes féminines sont tout aussi susceptibles de s’appliquer aux victimes masculines de la violence conjugale. Par ailleurs, comme Straus l’a souligné lui-même à maintes reprises, aucune échelle de mesure n’est parfaite et les Échelles des tactiques de conflit ne font pas exception à cette règle. Toute échelle de mesure est le fruit d’un compromis entre un ensemble de considérations : par exemple, la concision de l’instrument (limiter le nombre de questions) par opposition à l’exhaustivité de la mesure (identifier tous les cas possibles, même les plus inusités).

Si cet instrument était aussi inadéquat et superficiel que veut le laisser entendre la Gazette des femmes, comment expliquer que les diverses variantes de cette échelle de mesure sont demeurées l’instrument de prédilection de la vaste majorité des chercheurs dans les enquêtes sur la violence conjugale au cours des 30 dernières années? La majorité des chercheurs sont-ils sous l’emprise d’une gigantesque illusion collective, à laquelle aurait par miracle échappé une poignée d’intervenants Québécois étroitement liés aux groupes de pression recevant des subventions à titre d’intervenants en matière de violence conjugale? Si les lacunes de cet instrument étaient tellement évidentes, comment se fait-il qu’aucun chercheur ne soit parvenu, au cours des 30 dernières années, à proposer une meilleure approche ou un meilleur instrument que le milieu de la recherche aurait aussitôt adopté avec empressement?

Si le « dossier » de la Gazette des femmes avait voulu discuter avec rigueur et impartialité de la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale, c’est ce type de questions fondamentales qu’il lui aurait fallu aborder. Elle choisit plutôt d’accoler une ribambelle d’étiquettes péjoratives comme « si controversé » (p. 17), ou « instrument extrêmement limité et superficiel » (p. 17), « méthodologie si contestée qui colporte la notion de la symétrie de la violence » (p. 19) aux Échelles des tactiques de conflit, dans une vaine tentative de « démoniser » l’instrument le plus employé par les chercheurs pour établir la prévalence de la violence conjugale. S’il y a bien une chose dont ce « dossier » fait la démonstration, c’est de la superficialité avec laquelle la Gazette des femmes traite des questions méthodologiques relatives à la violence conjugale.

En somme, il y a un consensus largement établi dans le milieu de la recherche sur les avantages méthodologiques et éthiques d’utiliser les Échelles des tactiques de conflit pour établir la prévalence de la violence conjugale. Les chercheures féministes oeuvrant dans ces organismes internationaux considèrent que les Échelles des tactiques de conflit constituent l'approche la plus avantageuse pour établir la prévalence de la violence conjugale. Voguant à contre-courant, la Gazette des femmes choisit la voie de la désinformation. Il ne fait aucun doute que c’est faire « fausse route », pour reprendre l’expression d’Élisabeth Badinter

1 Sunita Kishor, Domestic Violence Measurement in the Demographic and Health Surveys: The History and the Challenges, Expert Group Meeting organized by the UN Division for the Advancement of Women in collaboration with the Economic Commission for Europe (ECE), and World Health Organization (WHO) , 11-14 April 2005, Geneva, Switzerland, p. 4-5,
http://www.un.org/womenwatch/daw/egm/vaw-stat-2005/docs/expert-papers/Kishor.pdf

2 Holly Johnson, Assessing the Prevalence of Violence Against Women in Canada, Expert Group Meeting organized by the UN Division for the Advancement of Women in Collaboration with the Economic Commission for Europe (ECE), and World Health Organization (WHO) , 11-14 April 2005, Geneva, Switzerland, p. 6 ,
http://www.un.org/womenwatch/daw/egm/vaw-stat-2005/docs/expert-papers/johnson.pdf

3 Claudia Garcia-Moreno, Henrica A. F. M. Jansen, Mary Ellsberg, Lori Heise et Charlotte Watts, WHO Multi-country Study on Women’s Health and Domestic Violence Against Women, World Health Organization , 2005, p. 13-14
http://www.who.int/entity/gender/violence/who_multicountry_study/Introduction-Chapter1-Chapter2.pdf.

4 Murray Straus, Sherry L. Hamby, Sue Boney-McCoy et David B. Sugarman, « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, 1996, p. 284-285
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS15.pdf

5 . Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 2, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf.

6 Callie Marie Rennison, Intimate Partner Violence 1993-2001, Bureau of Justice Statistics, 2003, p. 1
http://www.ojp.usdoj.gov/bjs/pub/pdf/ipv01.pdf

La violence démaquillée -dossier sur la désinformation statistique (partie VI)

[ Mardi 28 Mars, numéro 94 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la sixième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes1 de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie VI

Méthodologistes ou propagandistes...?


Après avoir cité de manière erronée des statistiques sur les taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale au Québec et au Canada (voir Partie I) et avoir représenté de manière fantaisiste le mode d’administration des Échelles des tactiques de conflit (voir Parties III, IV et V), l’article « Unisexe la violence? » de la Gazette des femmes s’en prend à la validité même des Échelles des tactiques de conflit dans la longue section intitulée « La recherche n’est pas neutre ». Sans même prendre le temps de fournir un minimum de précisions sur la nature des Échelles des tactiques de conflit, la Gazette des femmes s’empresse d’emblée de souscrire au jugement sans nuance que Rudolph Rausch a le rôle de faire valoir :

« Autre pierre d’achoppement : la méthodologie des recherches qui concluent à la symétrie de la violence entre les hommes et les femmes est fortement critiquée. « Presque toutes ces études ont été effectuées à l’aide de l’échelle de tactiques de conflit (Conflict Tactics Scale). Il s’agit d’un instrument extrêmement limité et superficiel. Ce qui est désolant, c’est que certains chercheurs et des soi-disant experts négligent de souligner les limites de cette méthodologie » fait valoir Rudolph Rausch » (Gazette des femmes, p. 17).

Comme l’article de la Gazette des femmes a présenté uniquement des données provenant de l’Enquête sociale générale (ESG) de 1999 et de 2004 (à l’exception de deux statistiques tirées des compilations des statistiques policières sur la violence conjugale et d’un chiffre de Statistique Canada sur les taux des homicides conjugaux), il faut présumer que les commentaires que la Gazette des femmes attribue à Rudolph Rausch s’appliquent de manière particulière à l’ESG, menée par Statistique Canada, qui utilise une version modifiée de l’échelle de l’agression physique des Échelles des tactiques de conflit1 de Straus et qui se traduit par un taux quinquennal de la prévalence de la violence « semblable pour les hommes et les femmes »2.

Pour mieux comprendre la suite du texte, il faut savoir que Statistique Canada utilise depuis 1993 la même version de l’échelle de l’agression physique des Échelles des tactiques de conflit pour établir la prévalence de la violence conjugale. Il est aisé de le vérifier en consultant le questionnaire de ces enquêtes, que ce soit l’EVEF3 de 1993, l’ESG4 de 1999 ou l’ESG5 de 2004, qui comprennent toutes le même module de 10 questions, précédé d’une courte introduction, pour établir la prévalence de la violence conjugale.

Divers rapports par des chercheurs de Statistique Canada attestent de l'identité de ce module de 10 questions dans les diverses enquêtes sur la violence conjugale menées par Statistique Canada et de sa filiation avec les Échelles des tactiques de conflit de Straus. Ainsi, un rapport de Statistique Canada produit par Karen Rodgers6 précise bien que le module de questions employé lors de l’EVEF de 1993 est semblable à celui de l’échelle de l’agression physique des Échelles des tactiques de conflit de Straus :

« On a mesuré la violence des conjoints à l'aide d'une série d'actes violents semblables à ceux contenus dans le CTS (Conflict Tactics Scale - c.-à.-d. échelle des stratégies lors de conflits) ».

Un rapport de Holly Johnson7 établit que le module de l’Enquête sociale générale qui permet de mesurer la violence par un conjoint ou un ex-conjoint provient du questionnaire de l’EVEF de 1993 :

« The 1993 Violence Against Women Survey (VAWS) comprehensively examined women’s experiences of physical and sexual violence and sexual harassment committed by men, and perceptions of personal safety. A partner violence module was adapted from the VAWS and added to the ongoing General Social Survey on Victimization (GSS) in order to provide periodic estimates of violence against both women and men. The GSS is conducted every five years ».

Le même rapport de Holly Johnson8 montre que la méthodologie qui permet d’établir la prévalence de la violence conjugale est tout à fait semblable dans l’EVEF et l’ESG de 1999, puisqu’elle permet de comparer la prévalence annuelle et celle sur cinq ans de la violence subie par les femmes en 1993 et en 1999 :

« The 1999 General Social Survey on Victimization provides more current estimates of the level of partner violence using the same module of questions used in the VAWS to define partner violence. The focus of the GSS was on the five years prior to the interview as opposed to experiences since age 16. According to the GSS, 8% of women were victims of partner violence in the previous five years and 3% were victimized in the previous year. Results of the VAWS can be scoped to the five year period prior to that survey. As shown in Figure 1, there was a statistically significant drop in the percentage of women who reported violence in 1999 as compared with 1993, from 12% to 8%. However, the percentage of women who reported experiencing partner violence in the year prior to these surveys was identical at 3% ».

Dans ces enquêtes, l’échelle de l’agression physique comporte le même module des 10 questions suivantes9,10:

« Au cours de la période étudiée, votre mari/femme/conjoint(e) a-t-il : 1- menacé de vous frapper avec son poing ou tout autre objet qui aurait pu bous blesser; 2- lancé quelque chose qui aurait pu vous blesser; 3- poussé, empoigné, ou bousculé d’une façon qui aurait pu vous blesser; 4- giflé; 5- donné des coups de pied, mordu, ou donné un coup de poing; 6- frappé avec un objet qui aurait pu vous blesser; 7- battu; 8- tenté de vous étrangler; 9- utilisé ou menacé d’utiliser une arme à feu ou un couteau contre vous; 10- forcé à vous livrer à une activité sexuelle non désirée, en vous menaçant, en vous immobilisant ou en vous brutalisant d’une façon quelconque? ».

L’échelle de l’agression physique employée dans les enquêtes de Statistique Canada ne diffère de la version proposée par Straus que par l’ajout de deux questions (la première ayant trait aux menaces de frapper avec un poing ou tout autre objet et la seconde ayant trait à l’usage de la force pour imposer une relation sexuelle non désirée) et par le fait que Statistique Canada à ajouté à certain des énoncés de l’échelle de la violence physique la mention « qui aurait pu vous blesser ». Murray Straus11 et ses collègues confirment qu’il s’agit bien d’une variante des Échelles des tactiques de conflit dont Statistique Canada a fait usage dans l’EVEF de 1993 :

« The Canadian Violence Against Women Survey, for example, investigated alternatives to the CTS for more than a year, including extensive consultation with experts and battered women's advocates, focus groups, public hearings, and field testing (H. Johnson, 1994). In the end, the Canadian study measured physical assaults with the nine items in the CTS1 but with one minor and one major modification. The minor modification was to add the phrase "that could hurt" to three CTSl items, such as "thrown something at you" (Statistics Canada, 1993, p. 5). The major modification was to delete the questions asking about assaults by the female respondents on their partners ».

Les modifications « mineures » apportées par Statistique Canada au libellé de certaines des questions de l’échelle de l’agression physique ont été intégrées à la version révisée des Échelles des tactiques de conflit proposée par Straus et ses collègues en 1996.

Maintenant qu’il est établi que la méthodologie utilisée pour établir la prévalence dans l’EVEF de 1993 et dans l’ESG de 1999 est le même module de 10 questions basées sur les Échelles des tactiques de conflit de Straus, on se trouve en meilleure position pour juger de la valeur des commentaires sur les Échelles des tactiques de conflit attribués par la Gazette des femmes à Rudolph Rausch. Alors que Rudolph Rausch déclare en 2005 dans l’article de la Gazette des femmes que l’Échelle des tactiques de conflit est un « instrument extrêmement limité et superficiel » et que « des soi-disant experts négligent de souligner les limites de cette méthodologie », il appert que le même Rudolph Rausch trouve en 2004 que l’EVEF de 1993 « présente une méthodologie irréprochable » en ce qui concerne l’approche employée pour établir la prévalence de la violence conjugale.

C’est en effet avec un enthousiasme dans lequel ne transparaît pas l’ombre d’une réserve que Rudolph Rausch 12 souscrit à la méthodologie de l’EVEF de 1993, ainsi qu’aux statistiques sur la prévalence de la violence conjugale qu’elle permet d’obtenir :

« Penchons-nous plutôt sur une étude sérieuse menée par Statistique Canada en 1993, présentant une méthodologie irréprochable. Parmi un échantillon de 12 300 personnes choisies de façon aléatoire, environ une femme sur quatre déclare avoir été victime de la violence d’un conjoint (actuel ou précédent). Et au moment de l’enquête, une femme sur six, soit 17 % des répondantes, affirme subir la violence de son conjoint ».

Dans cet extrait, Rudolph Rausch a omis de mentionner que le taux de prévalence obtenu avec l’EVEF de 1993, c’est-à-dire « une femme sur quatre », est un taux de prévalence à vie, soit depuis l’âge de 16 ans pour l’ensemble des répondantes. Plus précisément, un rapport de Karen Rodgers de Statistique Canada, montre que 29 % des femmes avec un conjoint actuel ou un ex-conjoint rapportent avec subi de la violence depuis l’âge de 16 ans de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint 13. En outre, en ce qui a trait au taux de prévalence à vie de la violence de la part du conjoint actuel, il est de 15 % selon le rapport de Karen Rodgers. Quant au taux annuel de la prévalence de la violence de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint au cours des 12 mois précédant l’enquête, il se situe à 3 %.

Comme chacun est à même de le constater et de le vérifier, il semble bien que Rudolph Rausch a fait, en l’espace de 18 mois environ, deux affirmations tout à fait contradictoires à propos de la même chose, c’est-à-dire la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale dans l’EVEF de 1993 et dans l’ESG de 1999. En 1993, l’échelle de l’agression physique est utilisée pour établir la prévalence à vie de la violence conjugale (c’est-à-dire depuis l’âge de 16 ans). Comme l’a montré Holly Johnson (voir note 8), il est possible d’utiliser les données de l’EVEF de 1993 pour établir la prévalence de la violence conjugale sur un période plus limitée, qui peut par exemple couvrir les 12 mois précédant l’enquête ou les cinq années précédant celle-ci. Dans le cas de l’ESG de 1999, la mesure de la prévalence de la violence conjugale se limite aux cinq années précédant la tenue de l’enquête et se traduit par des taux de prévalence de la violence conjugale « semblables pour les hommes et les femmes ». On peut aussi établir la prévalence pour la période des 12 mois précédant l’enquête.

Rudolph Rausch n’est pas le seul à se contredire à propos de l’échelle de l’agression physique employée par Statistique Canada pour établir la prévalence de la violence conjugale. En souscrivant sans réserves apparentes aux propos de Rudolph Rausch sur les Échelles des tactiques de conflit, le « dossier » publié par la Gazette des femmes vient également contredire ses propres prises de position antérieures à propos de la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale lors de l’EVEF de 1993.

Le numéro de janvier-février 1995 de la Gazette des femmes, dans un article signé par Martine D’Amours, intitulé « Histoires de statistiques » porte sur la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale dans diverses études. Avant de décrire les limites de certaines études qui « ont sorti des chiffres alors qu’elles n’auraient pas dû », tel le controversé rapport de Linda MacLeod de 1980 ou l’étude fortement critiquée du Comité canadien sur la violence faite aux femmes, Martine D’Amours annonce en préambule du texte la teneur de son article :

« Certaines études sur la violence conjugale renseignent sur l’ampleur du phénomène alors que d’autres en font mieux comprendre la nature et les effets. Il faut éviter de confondre les unes et les autres et de faire dire aux chiffres ce qu’ils ne peuvent pas dire » (Gazette des femmes, janvier février 1995, p. 8).

Elle commente ensuite la méthodologie utilisée dans l’EVEF de 1993 :

« Pour la première fois en 1993, Statistique Canada a mené une enquête sur la violence infligée aux femmes par les hommes. Sa méthodologie est inattaquable : des interviews téléphoniques ont été réalisées auprès de 12 300 femmes de 18 ans et plus choisies au hasard » (Gazette des femmes, janvier février 1995, p. 8).

Il est clair, d’après le contenu de cet article, que le verdict enthousiaste de Martine D’Amours porte sur la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale dans l’EVEF de 1993. Martine D’Amours ne semble aucunement avoir considéré la méthodologie employée par Statistique Canada comme étant un « instrument extrêmement limité et superficiel », pas plus qu’elle ne fait mention des « limites de cette méthodologie ». Pourtant, dix ans plus tard, la Gazette des femmes, en s’appuyant sur l’opinion de Rudolf Rausch, semble effectuer un virage à 180 degrés sur la validité de l’échelle de l’agression physique employée dans les trois enquêtes de Statistique Canada sur la violence conjugale.

Par ailleurs, le Conseil du statut de la femme a lui-même endossé la méthodologie employée dans l’EVEF de 1993 pour établir la prévalence de la violence conjugale sans « souligner les limites de cette méthodologie », attitude que Rudolph Rausch trouverait aujourd’hui déplorable. Le 29 novembre 1993, Marie Moissan, chercheure au Conseil du statut de la femme, dans un article intitulé « Pour en finir avec la guerre des chiffres », publié dans le journal Le Devoir, affirme ce qui suit : « Il y a quelques jours, Le Devoir titrait « Finie la guerre des chiffres » à la suite de la publication de l’enquête de Statistique Canada. L’organisme internationalement reconnu pour la qualité de ses recherches, et au dessus de tout soupçon de « biais féministe », mettait en relief l’ampleur du phénomène de la violence faite aux femmes. Il apportait ainsi une confirmation scientifique à ce que le mouvement des femmes répétait depuis plusieurs années ».

Quelques paragraphes plus loin, Marie Moisan poursuit : « La liste des actes de violence conjugale examinée par StatCan est cependant la même, avec quelques adaptations mineures, que celle utilisée dans l’étude de Strauss (sic) et Gelles que M. Côté cite en exemple. Les adaptations apportées par Statistique Canada ont eu pour but de restreindre la définition de certains actes violents retenus par Strauss (sic) et Gelles; ainsi, à la question visant à savoir si le conjoint avait déjà lancé quelque chose à sa femme, StatCan a spécifiée « (quelque chose) qui aurait pu vous blesser ». Comme on peut le constater dans ces extraits, Marie Moisan du Conseil du statut de la femme ne semble aucunement considérer l’échelle de l’agression physique proposée par Straus et reprise par Statistique Canada, « avec quelques adaptations mineures », comme un « instrument extrêmement limité et superficiel », comme le prétend Rudolph Rausch.

Cependant, au cours des dix dernières années, le Conseil du statut de la femme semble avoir changé radicalement d’avis sur la méthodologie employée par Statistique Canada pour établir la prévalence de la violence conjugale, comme en témoignent les deux extraits suivants :

« Ainsi, selon l’enquête sociale générale de Statistique Canada, au Québec, en 1999, 39 500 hommes et 62 700 femmes ont déclaré avoir subi au moins un incident violent de la part de leur conjoint ou de leur ex-conjoint au cours de l’année précédant l’enquête.

Ces données, analysées par l’Institut de la statistique du Québec, qui révèlent la présence d’une certaine violence exercée contre les hommes, sont surprenantes en ce sens qu’elles semblent contraires aux données habituelles sur la violence. D’autant plus que la méthodologie de cette étude est critiquée par des spécialistes qui estiment que la façon de mesurer les « actes de violence » induit un biais parce que ni l’intention du geste posé, ni son interprétation ne sont pris en considération. De plus, l’analyse ne reconnaît pas que la violence se produit dans un contexte de relations de pouvoir asymétriques entre les hommes et les femmes »
(Conseil du statut de la femme14 2004, p. 5).

« L‘Enquête sociale générale de Statistique Canada fournit une autre source d’information sur la violence conjugale, quoique la méthodologie de cette étude soit critiquée par des spécialistes, qui estiment que la façon de mesurer les actes de violence induit un biais parce que ni l’intention du geste, ni son interprétation ne sont pris en considération » (Conseil du statut de la femme15 15, 2004, p. 128).

Dans ces deux extraits largement identiques, le Conseil du statut de la femme ne précise pas quels sont les « experts » sur lesquels il prétend s’appuyer pour remettre en question la méthodologie employée par Statistique Canada pour établir la prévalence de la violence conjugale. S’agit-il de Rudolph Rausch ? Le Conseil du statut de la femme ne précise pas non plus pour quelles raisons il remet en question une méthodologie qu’il semblait approuver inconditionnellement au moment de la publication des résultats de l’EVEF de 1993, ni la raison pour laquelle la mise en doute des Échelles des tactiques de conflit n’a fait son apparition qu’au cours des deux dernières années?

Tant chez Rudolph Rausch qu’au Conseil du statut de la femme ou qu’à la Gazette des femmes, la même méthodologie qui était « inattaquable » ou « irréprochable » en ce qui a trait à la mesure de la prévalence de la violence conjugale lors de l’EVEF de 1993, où seule la prévalence de la violence conjugale subie par les femmes a été évaluée, devient tout à coup un « instrument extrêmement limité et superficiel » lorsqu’il s’agit de commenter les résultats de l’ESG de 1999.

En somme, ces extraits montrent que l'évaluation des Échelles des tactiques de conflit que la Gazette des femmes emprunte à Rudolph Rausch est extrêmement superficielle. Les assertions de Rudolph Rausch à propos de cet instrument de mesure contredisent sa propre évaluation antérieure de la même méthodologie; les mêmes revirements caractérisent la pensée de la Gazette des femmes et celle du Conseil du statut de la femme. Il faut se demander si les contradictions du Conseil du statut de la femme, de la Gazette des femmes et de Rudolph Rausch ne tiennent pas davantage d’une stratégie de propagande opportuniste que d’un examen rigoureux et impartial de la méthodologie des enquêtes sur la violence conjugale?

1 Statistique Canada, La violence familiale au Canada : un profil statistique 2000, p. 13
http://www.statcan.ca/francais/freepub/85-224-XIF/0000085-224-XIF.pdf.

2 Statistique Canada, La violence familiale au Canada : un profil statistique 2000, p. 11
http://www.statcan.ca/francais/freepub/85-224-XIF/0000085-224-XIF.pdf

3 Questionnaire de l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993 (en anglais), p. 35-37, questions J2-J4, J7-J9, J12-J15, http://www.statcan.ca/english/Dli/Metadata/vaw/1993/vaw93que.pdf

4 Questionnaire de l’Enquête sociale générale de 1999 (en anglais), p. 31-32, questions D1-D10
http://sherlock.mcgill.ca/ENQ-10205/doc/gssc1399que.pdf

5 Questionnaire de l’Enquête sociale générale de 2004 (en anglais), p. 61-63, questions PSP_Q110-PSP_Q200
http://www.statcan.ca/francais/sdds/instrument/4504_Q1_V4_E.pdf

6 Karen Rodgers, « Résultats d’une enquête nationale sur l’agression envers la conjointe », voir l’encadré intitulé « Définition de la violence », Statistique Canada, Juristat, vol. 14, nº 9, 1993
http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femnational_f.html

7 Holly Johnson, Assessing the Prevalence of Violence Against Women in Canada, Expert Group Meeting organized by the UN Division for the Advancement of Women in Collaboration with the Economic Commission for Europe (ECE), and World Health Organization (WHO) , 11-14 April 2005, Geneva, Switzerland, p. 1
http://www.un.org/womenwatch/daw/egm/vaw-stat-2005/docs/expert-papers/johnson.pdf

8 Holly Johnson, Assessing the Prevalence of Violence Against Women in Canada, Expert Group Meeting p. 9
http://www.un.org/womenwatch/daw/egm/vaw-stat-2005/docs/expert-papers/johnson.pdf

9 Karen Rodgers, « Résultats d’une enquête nationale sur l’agression envers la conjointe », voir tableau 4, Statistique Canada, Juristat, vol. 14, nº 9, 1993,
http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femnational_f.html

10 Statistique Canada, La violence familiale au Canada : un profil statistique 2000, tableau 2.1, p. 12,
http://www.statcan.ca/francais/freepub/85-224-XIF/0000085-224-XIF.pdf

11 Murray Straus, Sherry L. Hamby, Sue Boney-McCoy et David B. Sugarman, « The Revised Conflict Tactics Scales. Development and Preliminary Psychometric Data », Journal of Family Issues, vol. 17, nº 3, 1996, p. 285, http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS15.pdf

12 Rudolph Rausch, « Le mythe de la symétrie », dans Violence conjugale : des spécialistes se prononcent (rédigé par Johanne Charbonneau), les éditions du remue-ménage, 2005, p. 34

13 Karen Rodgers, « Résultats d’une enquête nationale sur l’agression envers la conjointe », tableau 4, Juristat, vol. 14, nº 9, Statistique Canada, ^
http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femnational_f.html

14 Conseil du statut de la femme, La violence conjugale : une question de mobilisation, discours de madame Diane Lavallée présidente prononcé au centre des femmesdu Plateau Mont-Royal,le 11 mars 2004, p. 5,
http://www.csf.gouv.qc.ca/telechargement/publications/DiscoursViolenceConjugale11_03_2004.pdf

15 Conseil du statut de la femme, Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes, Avis, 2004, p. 128,
http://www.csf.gouv.qc.ca/telechargement/publications/AvisNouveauContratSocialEgalite.pdf

La violence démaquillée -dossier sur la désinformation statistique (partie V)

[ Lundi 27 Mars, numéro 93 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la cinquième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes1 de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie V

Mise en scène d’un très improbable scénario hypothétique...


Les deux parties précédentes (Parties III et IV) montrent que la Gazette des femmes se livre à une présentation erronée des Échelles des tactiques de conflit en affirmant d’abord que « selon cette grille d’analyse, les données sont récoltées par un sondage téléphonique sur la façon dont les couples règlent leur conflits », et ensuite que« le sondage téléphonique (qui) restreint la durée des réponses ». Ces deux affirmations erronées servent d’introduction à une mise en scène dont seront exposées les failles béantes dans la présente section.

La suite du même paragraphe (cité dans les Parties III et IV de ce dossier), dans la section intitulée « La recherche n’est pas neutre », de l’article de la Gazette des femmes, présente le scénario hypothétique suivant : « En outre, il y a de fortes possibilités que les conjoints soient en présence l’un de l’autre quand ils répondent aux questions. « L’homme qui a commis un acte de violence très grave va-t-il admettre au téléphone et devant sa conjointe qu’il l’a frappée ? » demande Françoise Guay. La sociologue, chargée de cours à l’université de Montréal, remet en question cette méthodologie dans son étude La question de la symétrie dans les enquêtes sur la violence dans le couple et les relations amoureuses (2005), qu’elle cosigne avec Dominique Damant, de l’université Laval » (Gazette des femmes, p. 18).

Implicitement, le scénario attribué à Françoise Guay par la Gazette des femmes a pour but de mettre en doute la validité des résultats obtenus au moyen des Échelles des tactiques de conflit en laissant entendre que les hommes ne déclarent pas la violence qu’ils exercent, parce qu’ils y a de « fortes possibilités que les conjoints soient en présence l’un de l’autre quand ils répondent au questions ». La première faille de cet argument, c’est que le scénario évoqué par Françoise Guay est fort peu représentatif des enquêtes sur la violence conjugale qui utilisent les Échelles des tactiques de conflit.

Tout d’abord, il est évident que la citation attribuée à Françoise Guay dans cet extrait de l’article de la Gazette des femmes ne peut pas s’appliquer aux enquêtes sur la violence conjugale dans lesquelles les entrevues sont réalisées face-à-face ou à celles dont les répondants complètent eux-mêmes le questionnaire par écrit, soit la grande majorité des enquêtes. En effet, l’extrait citant Françoise Guay vise spécifiquement les enquêtes dont l’échantillon comprenait des hommes qui ont été interviewés par téléphone sur la violence conjugale au moyen des Échelles des tactiques de conflit. Comme le texte de la Gazette des femmes n’a cité les données que d’une seule enquête présentant un tel profil, soit l’Enquête sociale générale de 1999 de Statistique Canada, on est tenté de croire, à première vue, que cet extrait peut s’appliquer à cette enquête et à ses résultats.

Mais il est impossible que ce soit le cas, car il faut savoir que les répondants de l’Enquête sociale générale de 1999 n’ont fourni des précisions que sur la violence subie de la part du conjoint. L’Enquête sociale générale de 1999 n’a pas posé de questions sur la violence physique que le répondant (qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme) aurait pu exercer envers le conjoint (ou la conjointe). Les remarques attribuées à Françoise Guay, telles que rapportées par la Gazette des femmes, semblent donc être tout à fait hors de propos dans le contexte de cet article.

En réalité, le nombre des enquêtes qui ont interviewé par téléphone des échantillons comprenant des hommes au moyen des Échelles des tactiques de conflit sur la violence exercée envers la conjointe (on présume qu’une ex-conjointe ne devrait pas normalement être sur les lieux lors d’une entrevue téléphonique) est assez restreint. Parmi les enquêtes avec un échantillon de grande taille (environ un millier de répondants ou plus), on peut notamment citer l’enquête menée par Straus et Gelles en 1985 et l’enquête menée par Marilyn J. Kwong1 à Vancouver en 1997. Mais de telles enquêtes ne constituent qu’une faible minorité du total des enquêtes qui ont utilisés les Échelles des tactiques de conflit pour établir la prévalence de la violence conjugale.

Par contre, tout comme l’Enquête sociale générale de 1999 de Statistique Canada, la plus grande enquête menée aux États-Unis2, soit le National Violence Against Women Survey réalisé par Tjaden et Thoennes en 1996 au moyen d’entrevues téléphoniques, n’a pas posé de questions sur la violence exercée par le répondant envers le ou la partenaire.

Il faut souligner que les remarques attribuées à Françoise Guay par la Gazette des femmes ne peuvent s’appliquer aux données de l’Enquête sociale générale de 1999 pour une raison supplémentaire. Depuis l’Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF) de 1993, Statistique Canada a adopté un ensemble de directives à l’intention des intervieweurs, qui reçoivent une formation spéciale, pour faire en sorte de s’assurer que le répondant ne soit pas en présence du conjoint au moment de l’entrevue, dans le but d’assurer sa sécurité et la confidentialité de ses réponses. De telles mesures visent à faire en sorte que le répondant soit tout à fait à l’aise pour répondre aux questions de l’enquête. C’est ce qu’indique l’extrait suivant d’un texte 3 de Holly Johnson, responsable, à Statistique Canada, de l’EVEF de 1993 :

« Perhaps even more importantly, from an ethical point of view, researchers must never lose sight of the possibility that with every telephone call the respondent could be living with an abusive man and that her safety could be jeopardized should he learn of the content of the survey (Johnson and Sacco, 1995).
In the design phase of the Violence Against Women Survey, solutions to these issues were found through an extensive consultation process with a wide variety of experts, including academics, federal and provincial government representatives, a police advisory group, shelter workers, crisis counsellors, as well as victims of violence seeking support from these agencies. These groups offered suggestions about the content of the questionnaire, the wording of the questions, and innovative approaches that would give respondents options as to when and where they would participate. At the outset of the interview, every respondent was provided with a toll-free telephone number that she could use to call back to resume the interview in the event that she had to hang up suddenly. No callbacks were made to the respondents’ households, which gave them control over their participation. […]

Through training and experience, interviewers became skilled at detecting whether respondents had privacy and were able to speak freely. Women who disclosed abuse in the current relationship were asked if they were able to continue the conversation freely, and interviews were rescheduled if they were unable to proceed at that time ».

Les remarques de Holly Johnson s’appliquent également, mutatis mutandis, aux répondants de sexe masculin dans les enquêtes menées par Statistique Canada sur le sujet de la violence conjugale

Ces précautions motivées par des considérations à la fois éthiques et méthodologiques ont été employées lors de l’EVEF de 1993, menée par Statistique Canada. Holly Johnson 4 rapporte que des précautions similaires ont été utilisées par Statistique Canada lors de l’Enquête sociale générale de 1999, de même que lors de l’Enquête sociale générale de 2004 :

« ...Portions of the VAWS were incorporated into Statistics Canada’s crime victimization survey which is repeated at five-year intervals. Based on lessons learned from the VAWS, the methodology for the General Social Survey on Victimization (GSS) was modified to accommodate special selection and training of the interviewers, supports for respondents and interviewers, as well as the detailed module of questions used to address partner violence in the VAWS ».

Le rapport de Kishor et Kiersten 5 décrit aussi de façon détaillée les principes éthiques du DHS et les mesures de précaution prises pour assurer la confidentialité des réponses et la sécurité des femmes interrogées en entrevues face-à-face lors des enquêtes DHS. Il en est de même dans les enquêtes réalisées par l’OMS 6 dans dix pays, dont les résultats ont été publiés en 2005, ainsi que dans les 33 universités de toutes les régions du monde participant au projet International Dating Violence Study 7.

Il n’y a donc pas de raison de croire que le scénario hypothétique attribué à Françoise Guay, dans l’article de la Gazette de femmes, ait de « fortes possibilités » de se réaliser et qu’il puisse découler des pratiques habituelles des chercheurs dans le domaine des enquêtes sur la violence conjugale. De manière générale, un tel scénario a peu de chances, en raison des précautions prises, de s’appliquer aux enquêtes tenues par Statistique Canada, comme aux enquêtes subventionnées par les agences fédérales du gouvernement américain, ou aux enquêtes réalisées par les agences internationales, ou à la grande majorité des enquêtes réalisées par les chercheurs des milieux académiques, dont les projets de recherche doivent généralement faire l’objet d’un examen par un comité d’éthique de l’université où s’effectue la recherche, pour s’assurer que la sécurité des répondants et la confidentialité de leurs réponses soit assurées.

Il faut se demander, en dernier lieu, comment il se fait que la Gazette des femmes ait choisi de mentionner ce scénario improbable comme ayant de « fortes possibilités » de se concrétiser?

Murray Straus 8 offre l’explication suivante quant aux tentatives incontestablement partisanes et maladroites de certains groupes de pression, ou de certains commentateurs qui sont étroitement associés à de tels groupes, de mettre en doute la validité des Échelles des tactiques de conflit :

« The CTS is both the most widely used measure of family violence and also the most widely criticized. Extensive critical examination is appropriate for any widely used instrument because, if the instrument is wrong, then a great deal of research will also be wrong. In the case of the CTS, however, the most frequent and severe criticism reflects ideological differences rather than empirical evidence. Specifically, many feminist scholars reject the CTS because studies using this instrument find that about the same percentage of women as men assault their partners. This contradicts the feminist theory that partner violence is almost exclusively committed by men as a means to dominate women, and is therefore prima –face evidence that the CTS is not valid. Ironically, the fact that the CTS has provided some of the best evidence confirming the link between male dominance and partner violence, and also and other key aspects of feminist theory of partner violence (Coleman & Straus, 1990; Straus, 1994) has not shaken the belief that the CTS is not a valid measure.

Another irony is that despite these denunciations, many feminist researchers use the CTS.

However, having used the CTS, they re-affirm their feminist credentials by routinely inserting a paragraph repeating some of the erroneous criticisms. These criticisms are then cited in other articles as though there were empirical evidence. Anyone reviewing these studies would have the impression that there is a large body of empirical evidence showing the invalidity of the CTS, whereas there is only endless repetition of the same unvalidated opinions ».


L’explication proposée par Murray Straus a de bien plus « fortes possibilités » d’être plus près de « LA » vérité que la présentation invraisemblable que fait la Gazette des femmes des modalités d’administration des Échelles des tactiques de conflit.

Ces exemples montrent qu’il faudrait prendre la précaution de toujours scruter et vérifier systématiquement à la source les présupposés méthodologiques sur lesquels sont édifiés les commentaires et les analyses du Conseil du statut de la femme sur la question de la violence conjugale. Tout indique que le manque de rigueur méthodologique a de grandes chances d’y sévir de manière endémique et qu’il pourrait en constituer le talon d’Achille...

1 Marilyn J. Kwong, « The Intergenerational Transmission of Relationship Violence », Thesis submitted in partial fulfillment of the requirements for the degree of master of arts, Simon Fraser University, July 2000, p. 9,
http://www.collectionscanada.ca/obj/s4/f2/dsk2/ftp03/MQ62681.pdf

2 Patricia Tjaden et Nancy Thoennes, Prevalence, Incidence and Consequences of Violence Against Women. Findings from the National Violence Against Women Survey, november, National Institute of Justice, U. S. Department of Justice, Washington (DC), 16 p., 1998
http://www.ncjrs.org/pdffi les/172837.pdf.

3 . Holly Johnson, Dangerous Domains. Violence Against Women in Canada, 1996, Nelson Canada, p. 52-54.

4 Holly Johnson, Assessing the Prevalence of Violence Against Women in Canada, Expert Group Meeting organized by the UN Division for the Advancement of Women in Collaboration with the Economic Commission for Europe (ECE), and World Health Organization (WHO) , 11-14 April 2005, Geneva, Switzerland, p. 9 , http://www.un.org/womenwatch/daw/egm/vaw-stat-2005/docs/expert-papers/johnson.pdf

5 Sunita Kishor et Kiersten Johnson, Profiling Domestic Violence. A Multi-country Study, ORC Macro, 2004, p. 7, 107-108),
http://www.measuredhs.com/pubs/pdf/OD31/OD31.pdf

6 Claudia Garcia-Moreno, Henrica A. F. M. Jansen, Mary Ellsberg, Lori Heise et Charlotte Watts, WHO Multi-country Study on Women’s Health and Domestic Violence Against Women, World Health Organization , 2005, p. 21-22,

http://www.who.int/entity/gender/violence/who_multicountry_study/Introduction-Chapter1-Chapter2.pdf

7 Murray A. Straus, Cross Cultural Reliability and Validity of the Revised Conflict Tactics Scales, paper presented at the XVI World Meeting of ISRA, Santorini, Greece, September 18-22, 2004, p. 2, http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS42-ID42.pdf

8 Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 8, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf

La violence démaquillée -dossier sur la désinformation statistique (partie IV)

[ Dimanche 26 Mars, numéro 92 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la quatrième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes1 de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.
Partie IV

Une inférence fallacieuse...

La partie précédente (Partie III) démontre que la Gazette des femmes se livre à une généralisation erronée en affirmant, à propos des Échelles des tactiques de conflit que « selon cette grille d’analyse, les données sont récoltées par un sondage téléphonique sur la façon dont les couples règlent leur conflits ». La suite montre qu’une fois parti sur une aussi mauvaise pente, il est difficile de s’arrêter en chemin.

Ainsi, prenant pour acquis que les Échelles des tactiques de conflit ont recours aux sondages téléphoniques, le texte de l’article de la Gazette des femmes se poursuit avec la curieuse inférence suivante : «première limite de la méthodologie : le sondage téléphonique qui restreint la durée des réponses » (Gazette des femmes, p. 17). En d’autres termes, l’article de la Gazette des femmes semble vouloir laisser entendre que les Échelles des tactiques de conflit, étant limitées à des enquêtes téléphoniques, ne peuvent recueillir suffisamment d’informations pour bien décrire le phénomène de la violence conjugale. Comme le montre la Partie III de ce dossier, il n’y a aucun rapport de nécessité entre les Échelles des tactiques de conflit et le recours aux entrevues téléphoniques. La présumée limite que l’article de la Gazette des femmes semble vouloir imputer aux Échelles des tactiques de conflit en faisant référence aux restrictions quant à la « durée des réponses » relève tout simplement de la pure fiction.

En fait, ce n’est pas la « durée des réponses » qui peut constituer une limite dans le cas des sondages téléphoniques, comme l’affirme de façon erronée l’article de la Gazette des femmes (typiquement dans les questionnaires d’enquête, il s’agit de questions à choix multiples où le répondant doit choisir entre a, b, c, ou 1, 2, 3, etc.; les réponses sont donc très brèves), mais bien le nombre de questions que peut comporter le questionnaire d’un sondage téléphonique. Il faut encore ajouter que ces limites sont tout à fait relatives, car une enquête téléphonique comme l’Enquête sociale générale de 1999 ou celle de 2004 (voir le Questionnaire de l’ESG de 19991 et celui de 20042) peut en fait comporter des centaines de questions et le questionnaire d’enquête peut compter jusqu’à plusieurs centaines de pages. Les techniques d’entrevue assistée par ordinateur et une meilleure conception des questionnaires permettent de soumettre en peu de temps un très grand nombre de questions aux répondants. De nos jours, un sondage par téléphone peut demander aux répondants un nombre parfois aussi élevé de questions qu’une entrevue face-à-face ou qu’un questionnaire complété directement par le répondant. L’argument de la « durée des réponses » invoqué par la Gazette des femmes ne permet aucunement de remettre en question la validité et la fiabilité des résultats quant à la prévalence de la violence conjugale obtenus au moyen de l’échelle de l’agression physique des Échelles des tactiques de conflit, qui est typiquement constituée d’un module de 10 à 14 questions environ, précédé d’un court texte d’introduction.

La Gazette des femmes se trompe de cible dans son argumentation. Les limites de certaines enquêtes quant à leur capacité à décrire l’ensemble des aspects d’un phénomène comme la violence conjugale ne découlent aucunement de l’emploi des Échelles des tactiques de conflit pour établir la prévalence de la violence. Ces limitations découlent plutôt du devis de recherche, ou si l’on préfère, du type d’enquête dans laquelle cet instrument est employé.

La plupart des enquêtes sur la violence conjugale sont des enquêtes transversales (cross-sectional design) . Cette approche revient à prendre une « photo » ou un « portrait instantané » de la situation au moment de l’enquête. Ce type d’enquête ne permet pas de connaître de manière fiable l’enchaînement des événements ou des causes et des effets qui ont pu conduire un individu particulier à une situation de violence conjugale (que ce soit à titre de victime ou à titre d’agresseur). En d’autres termes, ce genre d’enquête ne permet pas de déterminer les origines et les causes de la violence conjugale et la trajectoire du développement de chaque individu qui a pu contribuer à le mener à une telle situation.

Cette limitation des enquêtes transversales a été clairement exposée par des chercheurs comme Straus et Gelles depuis plusieurs années. À titre d’exemple, voici ce que dit Richard J. Gelles en 1990 à propos des limitations inhérentes aux enquêtes transversales3et sur les façons de remédier à ces limites.

« The non-experimental, cross-sectional design has been the most frequently employed research design in the study of family violence. In part, that is true because clinical data or official report data have been the most common sources for research on family violence. There are a number of inherent weaknesses in the non experimental, cross-sectional design. These weaknesses are often exacerbated by the sampling data collection techniques employed by many students of family violence.

Cross-sectional designs such as those of the 1975 and 1985 national surveys limit the investigator's hability to determine the time order of the variables studied…. Even if we had asked the respondents to identify time order, our ability to infer time order would have been limited by the reliability and validity of the respondent's recall. Long-term memory can be faulty, and there is always the threat to validity of the respondents "telescoping" behaviors from the past into the present.

Longitudinal design, specially a panel design, is a means of resolving the issues of temporal ordering and change of behavior. However, longitudinal research on domestic violence is limited by the low base rate of domestic violence and the need to follow subjects over a long period of time. Take for example, the question of intergenerational transmission of violence. The hypothesis of the intergenerational transmission of violence cannot be tested adequately using a cross-sectional design…

…A second approach might be to retrospectively assess violence experience among young adults and follow these subjects through the birth and rearing of their own children. This would limit the time needed to follow subjects. The sample size would still need to be substantial, however, and the study design would not control for the threat to validity of faulty recall. A third approach would be to follow a population that has been defined as high risk for family violence »
.

Comme le souligne Richard Gelles, si l’on veut aller plus loin que mesurer la prévalence de la violence conjugale et que l’on veut recueillir des données afin de connaître les causes et les origines de la violence conjugale, il est évident qu’une enquête transversale, c’est-à-dire une enquête ponctuelle qui interroge les participants une seule fois, est insuffisante. Cette même insuffisance caractérise aussi la plupart des études réalisées par des intervenants auprès de groupes cliniques, constitués par exemple de femmes séjournant dans des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence, avec la limitation additionnelle que de tels groupes cliniques présentent de façon typique des biais extrêmes de sélection, ce qui interdit toute généralisation de ces études à l’ensemble de la population.

Il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts depuis les remarques formulées par Gelles en 1990 et, dans l’intervalle, plusieurs enquêtes longitudinales se sont intéressées au problème de la violence conjugale et ont eu recours aux Échelles des tactiques de conflit dans le cadre d’entrevues réalisées face-à-face avec les participants. Grâce à la quantité plus importante des informations recueillies par ces enquêtes, sur une période pouvant couvrir plusieurs années ou même plusieurs décennies, et grâce au caractère prospectif des données ainsi recueillies, ces études ont utilisé cette masse énorme de données empiriques pour tester la validité des présuppositions du discours féministe sur les causes et l’origine de la violence conjugale. Ces études empiriques ont permis d’invalider et de rejeter la majorité des présupposés du discours féministe sur la violence conjugale, notamment quant à la « transmission intergénérationnelle » de la violence, qui peut se faire aussi bien par la mère que par le père.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance des nombreuses études effectuées au cours de la dernière décennie, à partir des données recueillies au moyen d’enquêtes longitudinales, par des chercheurs comme Terrie Moffitt et Avshalom Caspi, Myriam Ehrensaft, Deborah Capaldi, Peggy Giordano ou de John Fergusson et Elizabeth Ridder. Les tenantes inconditionnelles du discours féministe sur la violence conjugale se sont emmurées dans un déni total des progrès de la recherche scientifique et évitent sélectivement et systématiquement de faire référence à ces études effectuées le plus souvent sous la direction de femmes extrêmement compétentes et d’une rigoureuse impartialité scientifique.

En somme, il n’est pas exact que le recours aux sondages téléphoniques constitue une contrainte inhérente aux Échelles des tactiques de conflit et que de telles enquêtes téléphoniques limitent, selon les termes employés par la Gazette des femmes , la « durée des réponses ». Si la Gazette des femmes veut dire par là que les Échelles des tactiques de conflit constituent une méthodologie qui ne permet pas de recueillir suffisamment d’informations pour bien décrire le phénomène de la violence conjugale, elle est dans l’erreur. De nombreuses enquêtes longitudinales ont utilisé les Échelles des tactiques de conflits; ces enquêtes ont permis d’apporter un nouvel éclairage sur une très grande variété des dimensions de la violence conjugale.

Le « dossier » de la Gazette des femmes évite systématiquement de faire état de ces progrès et s’attache plutôt à mettre en doute de façon maladroite la méthodologie employée pour établir la prévalence de la violence conjugale. De plus en plus, ce « dossier » de la Gazette des femmes laisse l’impression d’une tentative désespérée de maintenir le discours féministe traditionnel en « s’appropriant le dossier » et de vouloir légitimer une attitude de déni envers les progrès de la recherche scientifique dans le domaine de la violence conjugale.

1 Statistique Canada, Questionnaire de l’Enquête sociale générale de 1999,
http://sherlock.mcgill.ca/ENQ-10205/doc/esgc1399que.pdf;

2 Statistique Canada, Questionnaire de L’Enquête sociale générale de 2004 (en anglais
http://www.statcan.ca/francais/sdds/instrument/4504_Q1_V4_E.pdf.

3 Murray A. Straus et Richard J. Gelles, Physical Violence in American Families. Risk Factors and Adaptations to Violence in 8,145 Families, New-Brunswick (É.-U.), Transaction

La violence démaquillée -dossier sur la désinformation statistique (partie III)

[ Samedi 25 Mars, numéro 91 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la deuxième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie III

Une généralisation erronée...


Après avoir cité de façon inexacte des statistiques sur le taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale au Québec et au Canada (voir Partie I), l’article « Unisexe la violence? », de la Gazette des femmes, entreprend de critiquer dans les termes suivants les Échelles des tactiques de conflit : « Le « père » de cet instrument si controversé est le sociologue Murray Straus, dont l’équipe a publié à la fin des années 1970 une étude hautement médiatisée sur la violence dans la famille. Selon cette grille d’analyse, les données sont récoltées par un sondage téléphonique sur la façon dont les couples règlent leurs conflits. Première limite de la méthodologie : le sondage téléphonique qui restreint la durée des réponses » (Gazette des femmes, p. 17).

En d’autres termes, dans cette section intitulée « La recherche n’est pas neutre », la Gazette des femmes présente comme une limite inhérente aux Échelles des tactiques de conflit le soi-disant fait que « selon cette grille d’analyse, les données sont récoltées par un sondage téléphonique ». Cette affirmation constitue une généralisation très largement inexacte quant au mode d’administration des Échelle des tactiques de conflit. En fait, la première grande enquête sur la violence dans la famille, soit le National Family Violence Survey, mené en 1975 aux États-Unis par Straus, Gelles et Steinmetz, où les Échelles des tactiques de conflit ont été utilisées pour la première fois auprès d’un échantillon de grande taille, a eu recours à des entrevues face-à-face1, contrairement à ce que laisse entendre l’article de la Gazette des femmes.

Plusieurs autres enquêtes, menées auprès d’échantillons représentatifs de grande taille (environ un millier de répondants ou plus en général), portant sur la violence entre conjoints, ont utilisé les Échelles des tactiques de conflit dans des entrevues face-à-face : c’est le cas, par exemple, de l’enquête longitudinale de Dunedin2, en 1993-94 et en 1998-99, de l’enquête longitudinale de Christchurch3 en 2002, du National Youth Study, enquête longitudinale menée aux États-Unis en 1983, en 1986, en 1989 et en 19924, de l’enquête longitudinale menée par Caetano et ses collaborateurs en 1995 et en 20005, de l’enquête longitudinale menée par Giordano et ses collaborateurs en 19926, de l’enquête longitudinale Oregon Youth Study menée sous la direction de Deborah Capaldi7 (échantillon d’environ 200 répondants à risque élevé évalués à l’âge de 17-20 ans et à l’âge de 20-23 ans, ainsi que leur partenaire, sur le sujet de la violence conjugale) et d’une étude publiée récemment par Amy M. Smith Slep et Susan G. O’Leary8. Cette liste ne prétend en aucune façon être exhaustive et une recherche systématique pourrait y ajouter plusieurs exemples.

Les entrevues face-à-face sont également le mode d’administration des Échelles des tactiques de conflit dans les enquêtes sur la prévalence de la violence conjugale réalisées par le programme Demographic and Health Surveys (DHS) dans les cinq pays suivants9: Cambodge (2000), Colombie (2000), la République Dominicaine (2002), Haïti (2000), et Nicaragua (1998). C’est aussi le cas pour les enquêtes réalisées entre 2000 et 2003 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans les 10 pays suivants10 Brésil, Bangladesh, Éthiopie, Serbie et Monténégro, Thaïlande, Tanzanie, Japon, Namibie, Pérou et Samoa. À ces dix pays s’ajoute la Nouvelle-Zélande11.

Il serait facile de faire plusieurs ajouts à cette liste, car un grand nombre des enquêtes réalisées auprès d’échantillons de couples en thérapie conjugale, qui ont utilisée les Échelles des tactiques de conflit, ont eu recours également aux entrevues face-à-face, notamment au département de psychologie de l’université de New York à Stony Brook, avec des chercheurs comme K. Daniel O’Leary, Dina Vivian, Jennifer Langhinrichsen-Rohling ou Michele Cascardi, ou au Marriage and Family Development Laboratory de l’université de Californie à Los Angeles avec des chercheurs comme Thomas N. Bradbury et Erika Lawrence (publications disponibles à l’adresse suivante : http://marriage.psych.ucla.edu/abstracts.asp#.

Par ailleurs, les nombreuses enquêtes sur la violence dans les relations amoureuses (dating relationships) sont typiquement menées auprès de groupes d’étudiants (il s’agit le plus souvent de « convenience samples » , c’est-à-dire d’échantillons non représentatifs) dans des établissements de niveau universitaire ou collégial et les questionnaires sont en général complétés par écrit par les répondants eux-mêmes. C’est le cas, par exemple, du projet International Dating Violence Study, constitué d’un consortium regroupant des chercheurs de 33 universités dans 17 pays de toutes les régions du monde, sous la coordination de Murray Straus12, avec un échantillon combiné de 8 666 étudiants.

En fait, dans un document récent13 sur les Échelles des tactiques de conflit, préparé pour publication prochaine dans le volume Encyclopedia of Domestic Violence, ouvrage à paraître en 2006, Murray A. Straus précise bien que les Échelles des tactiques de conflit peuvent être administrées de plusieurs façons :

« The CTS can be administered in many ways, including in-person interview, telephone interview, self-administered questionnaire, and computer-administered questionnaire. Studies that compared in-person with telephone interviews have found equivalent results (Kennedy et al., 1991; Smith, 1989). A study comparing paper-and-pencil self-administered questionnaires to computer-administered questionnaires also found general equivalence (Hamby, Sugarman, & Boney-McCoy, 2005). There is also a picture-card version of the CTSPC for use with young children (Mebert & Straus, 2000 ».

Aux yeux de toute personne impartiale, il ne fait aucun doute que le volume Encyclopedia of Domestice Violence constitue une référence beaucoup plus crédible que la Gazette des femmes à propos du mode d’administration des Échelles des tactiques de conflit.

Dans l’ensemble, les sondages réalisés par entrevue téléphonique ne constituent qu’une minorité du total des enquêtes et des études qui ont utilisé les Échelles des tactiques de conflit. On peut cependant noter que les enquêtes de Statistique Canada, qui ont recueilli des données sur la violence conjugale, ont été menées au moyen d’entrevues téléphoniques, qu’il s’agisse de l’Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF) de 1993 ou de l’Enquête sociale générale (ESG) de 1999 ou de l’ESG de 2004. Mais c’est une erreur de croire ou de laisser croire que toute la recherche sur la violence conjugale a recours à la même approche que Statistique Canada.

En somme, la Gazette des femmes induit ses lectrices et le public en erreur quand elle affirme, à propos des Échelles des tactiques de conflit, que « selon cette grille d’analyse, les données sont récoltées par un sondage téléphonique sur la façon dont les couples règlent leurs conflits » . Cela n’est vrai que d’une minorité des enquêtes qui utilisent cet instrument de mesure de la prévalence de la violence conjugale. Comme chacun peut le vérifier et le constater, il s’agit d’une généralisation erronée de la part de la Gazette des femmes.

1Murray A. Straus et Richard J. Gelles, « Societal Change and Change in Family Violence from 1975 to 1985 As Revealed by Two National Surveys », Journal of Marriage and the Family, 1986, p. 472
http://pubpages.unh.edu/~mas2/VB2.pdf

2Terrie Moffitt et Avashlom Caspi, Findings About Partner Violence From the Dunedin Multidisciplinary Health Study, U. S. Department of Justice, 1999, p. 3,
http://www.ncjrs.org/pdffiles1/170018.pdf

Voir également Terrie Moffit, Avshalom Caspi, Honalee Harrington et Barry J. Milne, « Males on Life-course-persistent and Adolescent-limited Antisocial Pathways : Follow-up at Age 26 Years », Development and Psychopathology, vol. 14, 2002, p. 204.

3 David M. Fergusson, L. John Horwood et Lianne J. Woodward, « The Stability of Child Abuse Reports : A Longitudinal Study of the Reporting Behaviour of Young Adults », Psychological Medecine, , 2000, p. 8,
http://www.chmeds.ac.nz/research/chds/publications/2000/reports.pdf

4Barbara J. Morse, « Beyond the Conflict Tactics Scales. Assessing Gender Differences in Partner Violence », Violence and Victims, vol. 10, nº 4, 1995, p. 255.

5Raul Caetano, Craig A. Field, Suhasini Ramisetty-Mikler et Christine McGrath, « The 5-year Course of Intimate Partner Violence Among White, Black and Hispanic Couples in the United States », Journal of Interpersonal Violence, vol. 20, nº 9, 2005, p. 1042.

6Peggy C. Giordano, Toni J. Milhollin, Stephen Cernkovich, M. D. Pugh et Jennifer L. Rudolph, « Delinquency, Identity, and Women’s Involvement in Relationship Violence », Criminology, vol. 37, nº 1, 1999, p. 23.

7Deborah M. Capaldi et Lee D. Owen, « Physical Aggression in a Community Sample of At-Risk Young Couples : Gender Comparisons for High Frequency, Injury, and Fear », Journal of Family Psychology, vol. 15, nº 3, p. 428-429.

8Amy Smith Slep et Susan G. O’Leary, « Parent and Partner Violence in Families with Young Children : Rates, Patterns, and Connections », Journal of Consulting and Clinical Psychology, vol. 73, nº 3, 2005, p. 437-438,
http://www.apa.org/journals/features/ccp733435.pdf

9Sunita Kishor et Kiersten Johnson, Profiling Domestic Violence. A Multi-country Study, ORC Macro, 2004, p. 5,
http://www.measuredhs.com/pubs/pdf/OD31/OD31.pdf

10Claudia Garcia-Moreno, Henrica A. F. M. Jansen, Mary Ellsberg, Lori Heise et Charlotte Watts, WHO Multi-country Study on Women’s Health and Domestic Violence Against Women, World Health Organization , 2005, p. 14-15,
http://www.who.int/entity/gender/violence/who_multicountry_study/Introduction-Chapter1-Chapter2.pdf

11Janet Fanslow et Elizabeth Robinson, « Violence Against Women in New Zealand : Prevalence and Health Consequences », The New Zealand Medical Journal, vol. 117, nº 1206, 2004, p. 2-3,
http://www.nzma.org.nz/journal/117-1206/1173/content.pdf

12Murray A. Straus, Cross Cultural Reliability and Validity of the Revised Conflict Tactics Scales, paper presented at the XVI World Meeting of ISRA, Santorini, Greece, September 18-22, 2004, p. 2,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS42-ID42.pdf

13Murray A. Straus, The Conflict Tactic Scales, p. 3-4, A slightly shortened version will be published in Nicky A. Jackson, editor, Encyclopedia of Domestic Violence, Routledge/Taylor & Francis, 2006,
http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS44G.pdf

La violence démaquillée -dossier sur la désinformation statistique (partie II)

[ Mercredi 22 Mars, numéro 90 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la deuxième partie d’un texte intitulé La violence démaquillée – dossier sur la désinformation statistique écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »
Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Partie II.

Falsification de la discussion du documentaire Pied-de-biche à Dussault Débat


Après avoir cité de façon inexacte des statistiques sur le taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale au Québec et au Canada, l’article de la Gazette des femmes se livre à une autre distorsion flagrante de la réalité. Pour bien marquer sa désapprobation envers le documentaire Pied-de-biche portant sur la violence exercée par des femmes, produit par Rachel Verdon et Robert Favreau, et présenté à Télé-Québec, le 29 septembre 2005, la Gazette des femmes, au deuxième paragraphe de l’article intitulé « Unisexe la violence? », rapporte dans les termes suivants la discussion présentée dans le cadre de l’émission Dussault Débat :

« Quelques jours plus tard, Télé-Québec diffusait le documentaire Pied-de-biche à l’émission Dussault Débat. Dans l’échange qui a suivi, les six invités (chercheurs et praticiens) ont unanimement contredit la thèse du film selon laquelle les femmes sont aussi violentes que les hommes » (Gazette des femmes, p. 16).

Quiconque a visionné le débat animé par Anne-Marie Dussault, suite au documentaire Pied-de-biche, est en mesure d’attester que cette information constitue une distorsion flagrante de la vérité.

Les six invités qui ont participé au débat animé par Anne-Marie Dussault étaient Rachel Verdon et Robert Favreau, co-réalisateurs de Pied-de-biche, ainsi que Louisiane Gauthier, François Lepage, Marie-Andrée Bertrand et Nathalie Villeneuve http://www.telequebec.qc.ca/dussaultdebat/index.aspx?e=1. De la part de la Gazette des femmes, affirmer que les deux co-producteurs se sont unanimement joints aux quatre autres invités à ce débat pour condamner la thèse du documentaire qu’ils ont co-produit n’est rien moins que la quintessence de la désinformation. Cette falsification flagrante de la réalité évoque la Chine maoïste au temps de la Révolution culturelle.

Le site de Télé-Québec présente ainsi la thèse du documentaire Pied-de-biche :


« À partir d'un fait divers, l'assassinat de Reena Virk par un groupe de jeunes filles à Vancouver, les deux réalisateurs ont voulu toucher un sujet tabou - la violence au féminin – et l'explorer sous différentes facettes : la violence psychologique dans l'exclusion exercée par les adolescentes envers une compagne, la violence de mère en fille, la violence de la femme envers son mari, les fausses accusations pour avoir la garde des enfants. On y entend des femmes violentes, des adolescentes victimes de cette violence, les hommes victimes de violence conjugale. La dernière partie du documentaire porte surtout sur les graves conséquences de la propension des tribunaux à presque toujours accorder la garde exclusive des enfants à leur mère. À qui la faute? Au féminisme pur et dur? Comment mettre à nue la réalité de la violence des femmes sans remettre en question tout un pan des acquis des femmes? »1

Le texte de présentation du documentaire Pied-de-biche, au verso de la pochette du DVD, est le suivant :

« On a beaucoup parlé de la violence des hommes mais qu’en est-il de la violence des femmes?
Le documentaire Pied-de-biche interroge cette réalité qui semble vouloir se révéler au grand jour dans nos sociétés occidentales. La violence des femmes est-elle une véritable réalité? Les femmes peuvent-elles être violentes entre elles, avec leur conjoint ou encore avec leurs enfants? Cette violence est-elle un nouveau phénomène de société ou a-t-elle toujours été présente mais occultée?
La violence des femmes existe. Elle est méconnue parce qu’elle est tenue dans l’ombre de l’image très médiatisée de la femme victime. En effet, comment les femmes peuvent-elles être des bourreaux si elles sont des victimes? Cette violence est ignorée car elle s’exerce surtout dans nos maisons auprès des hommes qui ne se plaignent pas et des enfants qui se taisent.
Cette violence semble anodine mais elle ne l’est pas. Elle participe au domino de la violence sociale. Pied-de-biche se propose de lever le voile sur cette réalité ».


Voilà la thèse du documentaire présentée par les auteurs mêmes du documentaire.
Ce texte indique clairement que la thèse du film consiste à présenter un sujet tabou, soit celui de l’existence de la violence des femmes. Le sujet abordé par Rachel Verdon et Robert Favreau est tellement tabou qu’on essaie immédiatement de détourner la question soulevée par le film et d’en poser une autre (qui n’est pas celle du documentaire) : « Les femmes sont-elles aussi violentes que les hommes? ».

La Gazette des femmes est enfermée dans un tel déni de cette réalité, à laquelle elle ne veut à aucun prix être confrontée (même si les journaux font état très régulièrement de faits divers impliquant des femmes violentes), qu’elle ne peut faire état de ce documentaire qu’au prix d’une double falsification : tout d’abord, falsifier le sujet même abordé par le documentaire et ensuite falsifier la teneur même du débat sur ce documentaire, par l’invention d’un soi-disant rejet unanime de la thèse du film par les six invités de l’émission Dussault Débat, parmi lesquels se trouvaient Rachel Verdon et Robert Favreau, co-producteur du film. Il faut ajouter qu’au moins deux des autres invités, soit Louisiane Gauthier et François Lepage, tous deux intervenants auprès de femmes et d’hommes violents, ont présenté une analyse très nuancée du problème de la violence de femmes, à laquelle le verdict partial et partisan de la Gazette des femme ne rend pas justice. On est donc loin du soi-disant « rejet unanime » inventé de toute pièce par la Gazette des femmes.

Personne à la Gazette des femmes, ni dans son lectorat habituel, ne semble s’être rendu compte de cette « erreur » quant à l’unanimité du rejet du documentaire. Cet exemple illustre à quel point la Gazette des femmes et sa mouvance sont incapables d’appréhender la réalité de manière objective.

Pourtant dans les deux paragraphes suivant immédiatement le paragraphe cité au début du présent texte, la Gazette des femmes reprend des propos de Robert Favreau et de Rachel Verdon qui persistent à justifier avec courage le documentaire qu’ils ont produit :

« Le cinéaste Robert Favreau, qui cosigne le film avec Rachel Verdon, défend farouchement son point de vue en entrevue. « Les études américaines arrivent à la conclusion de la symétrie de la violence familiale depuis les années 1970. On cherche encore l’étude qui corrobore que les femmes sont très largement majoritaires comme victimes. Il n’y en a pas. Par rapport à la violence des femmes , nous avons un aveuglement consenti. [...] Changeons notre regard pour nous dire ; «Oui, nous sommes vraiment en train de devenir égaux dans nos parts de lumière, mais aussi dans nos parts d’ombre »
.
Et la coréalisatrice de renchérir : « Ici, au Québec, nous n’avons gardé que les chiffres de la victimologie féminine ».


En somme, entre « l’exagération » et le « déni », il semble que la Gazette des femmes ait considéré que les deux approches se complétaient l’une l’autre. Si la Gazette des femmes est incapable de rapporter fidèlement des données factuelles sur une émission de télévision ou sur des statistiques relatives à la prévalence de la violence conjugale au Québec ou au Canada, on a toutes les raisons de douter de sa capacité à présenter adéquatement les questions délicates relatives à la méthodologie des enquêtes sur la violence conjugale qu’elle aborde par la suite dans le même article.

1 http://www.telequebec.qc.ca/dussaultdebat/index.aspx?e=1

La violence démaquillée - dossier sur la désinformation statistique (partie I)

[ Mardi 21 Mars, numéro 89 ]

Cette chronique de Père pour toujours Genève est la première partie d’un texte intitulé Unisexe la violence écrit par Gilbert Claes et de Pierre Tremblay de l’association québécoise «l’Après-Rupture ».

Ce texte est une réponse à un article parue dans La Gazette des femmes1 de novembre-décembre 2005 dont le communiqué de presse indique que le discours sur la symétrie de la violence conjugale entre les hommes et les femmes serait le nouveau discours à la mode et que :

« Jusqu’à maintenant, on a été très pro-victime, mais il faut passer à une nouvelle étape : s’occuper des femmes agresseures et lancer le débat du "comment s’en occuper" », affirme Manon Monastesse. « En fait, il y a une difficulté à parler des femmes violentes, même dans les milieux d’intervention, parce qu’on craint que cela soit récupéré par d’autres groupes. »

Vanessa Watremez, présidente de l’organisme français Association d’interventions, de recherches et de lutte contre la violence dans les relations lesbiennes et à l’égard des lesbiennes, renchérit : « Si la violence des femmes est restée longtemps taboue, c’est parce que nous savions qu’elle pouvait être réinterprétée à mauvais escient et devenir une arme contre toutes les femmes. Les craintes se vérifient concrètement aujourd’hui à travers l’usage que les masculinistes font de ce phénomène. »


Nous avons décidé de publier ce texte, parce qu’il soulève des questions méthodologiques et théoriques importantes sur la question de la violence conjugale.

Unisexe, la violence?

La violence envers les femmes, un paradigme usé? La lecture des articles de la Gazette des femmes est pour nous une source de transpiration. Nous avons voulu cette fois vérifier l’exactitude des chiffres avancés par les tenantes de la bonne ligue du vieux poil. Nous sommes allé à la source, à moins qu’elles contestent la neutralité de l’Institut de la statistique Québec..... Nous remercions M. Denis Laroche de nous avoir éclairés sur la violence au Canada et le Québec

Rideau, svp. Acte I

Le numéro de novembre-décembre de la Gazete des femmes présente un dossier sur la violence conjugale. Diane Lavallée, présidente du Conseil du statut de la femme, situe ainsi l’enjeu de cette intervention : « Entre l’exagération du phénomène de la violence des femmes envers leur conjoint et son déni, où se trouve la vérité?... En ne nous appropriant pas ce dossier, nous laissons le champ libre aux personnes qui récupèrent les statistiques de façon erronée. » (Gazette des femmes, p. 14

Le Conseil du statut de la femme introduit humblement ce dossier comme « LA » référence en termes de vérité rigoureuse sur les statistiques de la violence conjugale. C’est ce que nous allons vérifier.

Après l’entrée en matière habituelle sur la bonne, la pétroleuse et les mécréants, l’article signé par Andrée Poulin plonge immédiatement au cœur de la question avec la section intitulée « Guerre de chiffres » . Dans le premier paragraphe, citant une étude de l’Institut de la statistique du Québec, Mme Poulin affirme avec aplomb que « le taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint s’établit à 67 % chez les femmes et à 62 % chez les hommes, au Québec. » . ( p.16). Ainsi, selon la Gazette des femmes, la majorité des femmes (62 %) du Québec seraient violentes. Cela a toutes les apparences d’une nette exagération. Une vérification s’impose.

Dans le rapport La violence conjugale envers les hommes et les femmes, au Québec et au Canada, 1999 (p. 221), on y lit que « le taux de prévalence sur cinq ans de la violence conjugale de la part du conjoint ou d’un ex-conjoint s’établit à 67 ‰ (165 900) chez les femmes et à 62 ‰ (139 000) chez les hommes, au Québec »2. Il se confirme que les taux de 67 % et de 62 % rapportés par la Gazette des femmes sont une exagération. Il semble que la Gazette des femmes ne sait pas faire la distinction entre un pourcentage (%) et un taux pour 1 000 (‰). C’est ce qui s’appelle partir du mauvais pied quand on veut faire étalage de son « expertise » en statistiques.

À la page 18, la Gazette des femmes cite encore des chiffres de l’Institut de la statistique du Québec. Vérification faite, aucun accroc apparent dans l’exactitude des nombres ou des proportions, jusqu’au passage suivant : « Autre différence sérieuse : 34 % des femmes avouent que la peur du conjoint a joué dans leur décision de ne pas faire appel à la police. » (p. 18). Une autre exagération! Voici ce que représente vraiment ce chiffre de l’ISQ , (tableau 8.4 , p. 191)3 : parmi les femmes qui n’ont pas signalé la violence subie à la police au Québec, la proportion de celles qui ont donné comme raison « la peur du conjoint » atteint 34 % dans le groupe particulier de celles qui ont été victimes de violence grave au cours des cinq années précédant l’enquête.

La proportion des femmes qui ont mentionné « la peur du conjoint » est de 23 % chez l’ensemble des femmes au Québec qui n’ont pas signalé la violence subie à la police. Il est en outre facile de déduire que, sur le total des femmes victimes de violence conjugale au Québec au cours des cinq années précédant l’enquête, c’est-à-dire en incluant celles qui ont signalé à la police et celles qui ne l’ont pas fait, la proportion de celles qui ont mentionné « la peur du conjoint » comme raison pour ne pas avoir signalé l’incident à la police est de 16,2 % (26 900 sur 165 900), soit moins de la moitié de la proportion mentionnée de façon erronée dans l’article de la Gazette des femmes.

Enfin, procédé subtilement retors, il n’est écrit nulle part dans ce paragraphe que toutes les statistiques qui y sont présentées, à l’exception de la statistique erronée de 34 % dont nous venons de parler, s’appliquent à l’ensemble du Canada et portent sur la période de cinq ans précédant l’enquête (tableau 5.1, p. 92)4. Énumérer pêle-mêle des chiffres n’est pas acceptable en analyse statistique. Si jamais une « intervenante » en mal de sensationnalisme avance que 72 600 femmes victimes de violence conjugale ont reçu des soins à l’hôpital au Québec en 1999, on saura quelle est l’origine ce canular.

S’il y a une leçon à tirer de cette première vérification, c’est qu’il faut toujours aller à la source pour s’assurer de la véracité et de l’authenticité des chiffres que cite le Conseil du statut de la femme sur la prévalence de la violence conjugale, car la « récupération erronée » des chiffres y sévit de manière endémique.


Gilbert Claes, Pierre Tremblay

1 http://www.gazettedesfemmes.com/communique/?F=nov_dec2005&rub=1

2 http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/ViolenH_F-2.pdf

3 http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/ViolenH_F-3.pdf.

4 http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/ViolenH_F-2.pdf.

La vérité sur les violences conjugales - article d'Elisabeth Badinter

[ Mercredi 01 Mars, numéro 88 ]

L'Express du 20/06/2005

La vérité sur les violences conjugales

par Elisabeth Badinter

"Dans les enquêtes et discours sur les violences conjugales, le partage des rôles sonne comme une évidence: les hommes sont coupables et les femmes sont victimes. Un présupposé justifié par les faits, étayé par les statistiques, quand il s'agit des violences physiques, coups, viols, meurtres. Mais, dans la plupart des cas, incantations et travaux mélangent tous les types de violence conjugale, celle des poings et celle des mots. C'est l'addition à laquelle s'est livrée la seule étude sérieuse menée en France sur ce sujet, l' «Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France» (Enveff), rendue publique en 2001. De ses conclusions est sorti un «indice global» de la violence conjugale: 10% des femmes s'en déclarent victimes. Ce chiffre effrayant et la terminologie utilisée occultent le fait que les trois quarts de ces «violences» sont des agressions psychologiques - insultes, dénigrement ou harcèlement. Une question se posait: et les hommes, massivement accusés à l'aune de ces agressions psychologiques, ne leur arrive-t-il pas d'en être victimes, eux aussi? Selon l'étude réalisée par l'institut BVA pour L'Express, hommes et femmes se déclarent à peu près également victimes de cette guerre conjugale, qu'on doit hésiter à qualifier de «violence», fléau trop grave pour être abandonné aux mots. Il faut s'en tenir aux faits: c'est le sens du combat mené sur ce sujet par la philosophe Elisabeth Badinter, dont nous publions le discours prononcé lors d'une conférence-débat organisée, le 16 juin, à Lyon, par Amnesty International

Cette enquête est une grande première. Poser aux femmes et aux hommes les mêmes questions sur les tensions qui peuvent exister au sein de leur couple constitue une rupture avec le discours dominant sur les «violences conjugales». Constater qu'hommes et femmes se plaignent à peu près également l'un de l'autre (et, même, que les hommes subissent deux fois plus d'insultes que les femmes) renforce le double malaise que j'ai toujours éprouvé, d'une part à l'égard de la méthode habituellement choisie pour parler des violences faites aux femmes et, de l'autre, à l'égard des conclusions que l'on en tire.

D'abord, la méthode revendiquée par la plupart des institutions ou associations est globalisante: la violence des hommes contre les femmes est, nous dit-on, universelle. On lit, par exemple, dans la brochure d'Amnesty International (2004): «Partout dans le monde, des femmes subissent des actes ou des menaces de violence. C'est une épreuve partagée, au-delà des frontières, de la fortune, de la race ou de la culture. A la maison et dans le milieu où elles vivent, en temps de guerre comme en temps de paix, des femmes sont battues, violées, mutilées en toute impunité.»

Cette approche fait un amalgame entre toutes les sortes de violences, pourtant de nature différente: violences en temps de guerre et en temps de paix. Violences d'Etat et violences privées. La violence du mari ou du compagnon, celle du harceleur sexuel ou moral, du soldat ou du trafiquant. Amalgame aussi entre la Parisienne harcelée dans les transports et la petite Nigérienne victime d'un trafic sexuel ou la Jordanienne victime d'un crime d'honneur. Violence psychologique et violence physique. Violence des Etats totalitaires et patriarcaux, et violence des Etats démocratiques.

Cette approche admet aussi un continuum des violences en mettant sur le même plan la menace d'une gifle conjugale et la lapidation d'une femme adultère: «La main aux fesses dans le métro, les sifflets dans la rue, les coups, les insultes, les humiliations du conjoint, les mariages forcés, les filles violées, etc.» (Collectif national pour les droits des femmes, 2005). Faute de distinctions, on additionne des actes hétérogènes qui ressemblent à un inventaire à la Prévert, où tout vaut tout: l'agression verbale, les pressions psychologiques et les atteintes physiques.

Enfin, il me semble qu'on est peu regardant sur les statistiques utilisées et encore moins sur leurs sources ou leur interprétation. Ainsi, dans l'opuscule d'Amnesty, on lit: «Au moins 1 femme sur 3 a été battue, forcée à des rapports sexuels ou violentée d'une manière ou d'une autre à un moment de sa vie» (Population Reports, n° 11, Johns Hopkins, School of Public Health, déc. 1999). Que signifie «violentée d'une manière ou d'une autre»? Faute de précision, on ne retiendra qu'une chose, à savoir que 1 femme sur 3 est battue ou violée.

Pis: sur Internet, on trouve que «près de 50% des femmes dans le monde ont été battues ou maltraitées physiquement à un moment de leur vie par leur partenaire». Selon le Conseil de l'Europe, la violence domestique est, pour les femmes de 16 à 44 ans, la principale cause de mort et d'invalidité, avant le cancer ou les accidents de la route. Propos lancés par les féministes espagnoles en 2003, cités partout, notamment dans le rapport du Conseil de l'Europe. Ai-je été la seule à sursauter en lisant cela? Les statistiques de l'Inserm indiquent que, pour 2001, 2 402 femmes âgées de 16 à 44 ans sont mortes des suites d'un cancer!

L'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Population & sociétés, janvier 2001) révèle un indice global de violence conjugale à l'encontre des Françaises de 10%, qui se décompose bizarrement ainsi: insultes et menaces verbales (4,3%), chantage affectif (1,8%), pressions psychologiques (37%), agressions physiques (2,5%), dont répétées (1,4%), viols et autres pratiques sexuelles imposées (0,9%). Les journalistes et les politiques traduisent: 10% de femmes sont battues en France. Tous les 8 mars, nous avons droit à cette affirmation erronée, sans que jamais personne ne songe ni à consulter les chiffres ni, évidemment, à les rectifier.

Quatrième illustration de l'utilisation publicitaire des statistiques: en 1980, deux chercheuses, Mmes Linda MacLeod et Andrée Cadieux, publient un rapport sur la femme battue au Québec et annoncent les chiffres de 300 000 femmes battues et de 52 femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Durant vingt-quatre ans, les «300 000» deviennent le leitmotiv des mouvements féministes québécois, jusqu'à ce que l'Institut de la statistique du Québec publie une enquête digne de ce nom, en 2004, qui ne compte plus que 14 209 femmes se disant victimes de violences conjugales. Quant aux 52 Québécoises assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint, les chiffres publiés par la Sécurité publique du Québec en 2000-2001 donnent 14 femmes et 7 hommes assassinés par leur conjoint. Linda MacLeod a reconnu son erreur dès 1994. Elle s'est défendue en disant: «Je me sentais sûre de ce chiffre, parce qu'il reflétait une réalité corroborée par ceux et celles qui travaillaient sur la ligne de front. C'était une supposition admise.» Je ne mets pas en doute la bonne foi de ces chercheuses, mais je ne peux m'empêcher de penser que c'est moins la vérité que l'on cherche que la confirmation de présupposés. On charge la barque des violences masculines, on gonfle les chiffres au maximum au point de les défigurer, comme si s'exprimait là le désir inconscient de justifier une condamnation globale de l'autre genre. L'enjeu n'est plus la condamnation des hommes violents, la seule légitime à mes yeux, mais celle des hommes en général.

D'où ma stupéfaction devant l'utilisation par les Nations unies, reprise par Amnesty, de l'expression «violence de genre». Expression tirée des travaux des féministes anglo-saxonnes les plus radicales, publiés dans les années 1980-1990. Que signifie «violence de genre»? Faut-il comprendre que la violence est le propre du mâle? Que la masculinité se définit par la domination et l'oppression de l'autre sexe? Que les femmes ignorent la violence?

L'enjeu des termes est considérable. Car, si l'on admet cette notion de «violence de genre», on en revient à une définition duelle et opposée de l'humanité: les bourreaux contre les victimes, ou le mal contre le bien. Je pense, pour ma part, que l'on commet une double erreur. D'une part, le concept de «violence de genre» ne me paraît pas fondé. D'autre part, en globalisant la violence masculine, sans la moindre distinction qualitative, culturelle et politique, on se condamne à n'y rien changer.

Les dérapages de la vie à deux ne suffisent pas à définir le «terrorisme conjugal»


Pour tenter de convaincre que la violence n'est pas le propre d'un genre, je m'en tiendrai aux violences conjugales dans les démocraties occidentales, où l'on est censé avoir une approche plus fouillée et plus scientifique de la question.

Premier constat: les enquêtes à notre disposition, tant en France qu'en Europe, notamment celles du Conseil de l'Europe, me semblent trop souvent partielles et donc partiales. Elles sont partielles parce qu'elles ne concernent que les victimes femmes. On a choisi partout, délibérément, d'ignorer s'il y avait des hommes victimes. La justification avancée de cette omission est toujours la même. Elle tient en deux arguments: nous n'avons pas de statistiques, mais nous avons de bonnes raisons de croire que 98% des violences conjugales sont le fait des hommes (cf. Marie-France Hirigoyen dans L'Express du 25 avril 2005: «Les hommes? On ne les a pas sondés. On leur confère par définition le statut d'agresseurs: ils le sont dans 98% des cas»). Quant à la violence des femmes, elle ne serait qu'une légitime défense contre la violence première des hommes.

Second constat: faute de travaux indiscutables, les chiffres les plus fantaisistes circulent. Exemple: y a-t-il en France 6 femmes tuées tous les mois par leur conjoint ou ex-conjoint, soit 72 par an, ou 400, comme on l'a dit à l'émission de TF 1 Le Droit de savoir? Et comment évaluer l'ampleur et la signification de ce phénomène quand les statistiques judiciaires et policières ne distinguent pas entre les femmes mortes de violences conjugales et les autres?

En attendant, je voudrais montrer que la violence n'a pas de sexe, en mettant en lumière quelques aspects de la violence féminine dont on ne parle que rarement. En ce qui concerne la violence conjugale féminine, comme d'habitude, il nous faut recourir aux travaux du continent américain pour y voir plus clair. En particulier, à la dernière enquête faite pour l'Institut de la statistique du Québec par Denis Laroche, dont les statistiques ont été entérinées par le très féministe Conseil du statut de la femme du Québec en février 2005. A ma connaissance, c'est la première enquête francophone de grande envergure concernant les violences conjugales, qui traite à la fois de la violence masculine et féminine. C'est aussi la première enquête qui distingue violence grave et violence mineure, en dressant une liste de 10 situations de violences physiques qui vont de la menace aux actes. D'où il ressort quatre informations essentielles: dans les cinq dernières années qui précèdent l'enquête, 92,4% des hommes et 94,5% des femmes se sont déclarés exempts de violence physique. En 2002, au Québec, 62 700 femmes et 39 500 hommes se sont dits victimes de violence conjugale (toutes violences confondues). Les actes d'agression subis par les hommes et les femmes ne sont pas exactement les mêmes. Les femmes sont plus victimes de violences physiques graves que les hommes. Parmi elles, 25% ont été battues (pour 10% d'hommes), 20% ont failli être étranglées (4% des hommes), 19% ont été menacées avec une arme (8% des hommes). Sept fois plus de femmes que d'hommes ont été victimes d'agression sexuelle. En revanche, selon les études canadiennes, hommes et femmes sont quasi à égalité face aux «violences» psychologiques.

Les Canadiens ont repris du psychologue américain Michael P. Johnson (2000) la distinction, qui me paraît fondamentale, entre deux types de violences conjugales: le «terrorisme conjugal» et la «violence situationnelle».

La violence grave qui s'effectue dans un «contexte de terrorisme conjugal» se définit par la volonté d'annihiler le conjoint, de toutes les manières, psychologiquement et physiquement. Cette violence-là provient majoritairement des hommes.

Alors que la majorité des hommes victimes de leur conjointe le sont dans un contexte de «violence situationnelle», qui renvoie soit à l'autodéfense de la femme, soit à la violence réciproque, soit à la lutte pour le pouvoir des deux conjoints. Au passage est introduite la notion de «violence interactive», essentielle pour comprendre une bonne partie des violences conjugales.

On remarquera donc que, si les femmes sont majoritairement victimes de violences, et en particulier physiques, il leur arrive à elles aussi d'exercer cette violence-là, quand elles sont en position de domination physique ou psychique.

Pour s'en convaincre, il faut se pencher sur la violence des femmes à l'égard des plus faibles. D'abord à l'égard des enfants, sujet peu évoqué, quelques études donnent à réfléchir. Le dernier rapport de l'Odas (Observatoire national de l'action sociale décentralisée, dont dépend l'Aide sociale à l'enfance), de décembre 2004, indique le chiffre de 89 000 enfants en danger en France, dont 18 000 enfants maltraités.

Le rapport d'activité 2002 de l'Accueil téléphonique pour l'enfance maltraitée indique que 76,2% des auteurs de mauvais traitements sont les parents, dont 48,8% sont les mères et 27,4% sont les pères des tout-petits, chiffres qui sont probablement sous-estimés. Enfin, le rapport de l'Unicef 2003, sur les décès d'enfants des suites de maltraitance dans les nations riches, fait état de 3 500 décès d'enfants de moins de 15 ans par an. Le rapport ne précise pas la proportion de pères et de mères infanticides, mais il serait mal venu d'en accuser un seul des deux sexes.

Une enquête épidémiologique est en cours en France, effectuée par l'Inserm. Les premiers résultats révèlent une sous-estimation des morts par maltraitance d'enfants de moins de 1 an, qu'on aurait attribuées à la «mort subite du nourrisson» (cf. Journal de l'Inserm, mai-juin-juillet 2003). Or qui, majoritairement, prend soin des nourrissons dans notre société? Enfin, je me contenterai de mentionner l'existence de la pédophilie féminine, qu'on a semblé découvrir depuis à peine un an avec les procès d'Outreau et d'Angers. Je rappelle que dans ce dernier, on comptait, dans le box des accusés, 29 femmes et 37 hommes. Mais sur cette violence-là, nous n'avons, à ce jour, aucune étude sérieuse.

Au demeurant, les enfants ne sont pas les seuls êtres faibles susceptibles de pâtir de la violence féminine. La maltraitance des vieilles personnes est un autre sujet qui implique cette violence féminine. En 2003, le ministre des Personnes âgées faisait état du chiffre de 600 000 qui seraient maltraitées. Maltraitance souvent d'origine familiale, à domicile. Mais, que ce soit dans les familles ou dans les institutions, ce sont les femmes qui s'occupent majoritairement des vieux, comme elles s'occupent majoritairement des plus jeunes.

Reste un sujet toujours tabou qui n'a fait l'objet que de très rares et parcellaires travaux - spécialement en France: la violence au sein des couples de lesbiennes. Une étude de l'Agence de santé publique du Canada de 1998 conclut qu'il y a la même proportion de violence dans les couples gays et lesbiens que dans les couples hétérosexuels. Toutes violences confondues, 1 couple sur 4 fait état de violence en son sein.

De tous ces chiffres fastidieux mais nécessaires, il ressort qu'on ne devrait pas parler de «violence de genre», mais de «droit du plus fort». Un seul crime est indiscutablement plus propre aux hommes qu'aux femmes, c'est le viol, aujourd'hui puni en France aussi sévèrement que le meurtre. Reste qu'hommes et femmes, lorsqu'ils sont en position de domination, peuvent déraper dans la violence. Les photos d'Abou Ghraib en Irak l'ont démontré, comme l'avait déjà démontré la participation des femmes dans les génocides nazi et rwandais. Que les hommes aient été dans l'Histoire les grands responsables de la violence physique est une évidence. Ils sont, depuis des millénaires, les détenteurs de tous les pouvoirs - économiques, religieux, militaires, politiques et familiaux, c'est-à-dire les maîtres des femmes. Mais, dès lors que l'on assiste au partage des pouvoirs qu'appelle la démocratie, il est inévitable que de plus en plus de femmes, en position de domination, tendent à en abuser, c'est-à-dire à être violentes à leur tour.

Par ailleurs, il faut reconsidérer le concept de violence, utilisé aujourd'hui pour désigner n'importe quel acte, hors de tout contexte. Le même mot ne peut pas s'appliquer à un geste déplacé dans un lieu public et à un viol. Ni s'appliquer non plus à de nombreuses situations qui figurent dans les enquêtes de violences conjugales. Une remarque désagréable, une insulte, un acte autoritaire déplacé ou même la menace d'une gifle ne peuvent être, en tant que tels, assimilés à une atteinte destructrice de l'autre. Les dérapages de la vie à deux ne suffisent pas à définir le «terrorisme conjugal», qui est d'une tout autre nature et que de nombreux spécialistes définissent aujourd'hui comme «une dynamique de couple où l'un des partenaires porte atteinte à l'intégrité et à la dignité de l'autre par un comportement agressif, actif et répété dont le but est de le contrôler». Il me semble aussi déraisonnable de mettre sur le même plan la violence contre les femmes observée dans les Etats démocratiques et celle observée dans les Etats patriarcaux, non démocratiques. Dans ces derniers, la violence contre les femmes est une violence fondée sur des principes philosophiques, traditionnels et religieux qui sont à l'opposé des nôtres. Ce sont ces principes qui doivent être combattus. Seules l'éducation des femmes et leur mobilisation finiront par mettre fin à cette aliénation systématique, qui donne tous les droits à un sexe et tous les devoirs à l'autre.

En revanche, la violence à l'égard des femmes dans nos sociétés est tout à fait contraire à nos principes. Elle appelle la répression de ses auteurs, mais, contrairement à ceux qui disent que toute société est structurellement violente à l'égard des femmes, je pense qu'elle révèle avant tout une pathologie psychologique et sociale, qui nécessite des soins et une réflexion sérieuse sur nos priorités. L'augmentation de la violence que l'on observe dans les sociétés occidentales, quel que soit l'âge, le sexe, et le contexte social, est peut-être à mettre en relation avec une incapacité de plus en plus grande à supporter la contrainte des devoirs et une propension inquiétante à confondre droits universels et désirs individuels.

L'hiver 2005 nous a appris qu'il y avait une forte augmentation de la violence des jeunes, dans les écoles, les collèges et les lycées - jusqu'aux maternelles - et qu'elle touchait toutes les classes sociales. Enervements, incivilités, insultes et coups sont devenus l'expression d'une agressivité banale, y compris à l'égard de ceux qui sont censés nous aider et nous protéger, comme les professeurs ou les médecins. Entre 1999 et 2003, l'Insee indique que le nombre de Français victimes d'agressions (injures, menaces, coups) a crû de 20%. Dans ces conditions, on devrait s'interroger sur notre incapacité de plus en plus grande à supporter les frustrations et à maîtriser notre agressivité.

C'est notre éducation qui est en cause, et non nos principes. C'est elle qu'il faut changer. Depuis une trentaine d'années, l'épanouissement individuel et la satisfaction de nos désirs ont pris le pas sur le respect de l'autre et de la loi commune. Cela concerne tant les hommes que les femmes et n'a rien à voir avec ce qui se passe dans d'autres régions du monde où, à l'opposé, la loi est un carcan et où l'épanouissement individuel n'a tout simplement pas de sens. En vérité, nos sociétés ont autant besoin de réapprendre la notion de devoir que les autres, de réclamer leurs droits. En voulant à tout prix confondre les deux contextes, on se condamne non seulement à l'impuissance, mais aussi à l'injustice. A force de crier à la «violence de genre», on se rend coupable d'un nouveau sexisme qui n'est pas plus acceptable que le premier.

Elisabeth Badinter

Une guerre à deux
C'est dit tout net, de tableau en tableau. La guerre conjugale se pratique à deux. Sondés par l'institut BVA sur les tensions qu'ils ont pu vivre durant les douze derniers mois de leur vie de couple, les Français de 20 à 59 ans ont tous le sentiment d'avoir traversé au moins l'une des situations testées dans cette étude. 44% des personnes interrogées ont essuyé, de la part de leur conjoint, des remarques désagréables sur leur propre famille ou sur leurs amis(es). 34% se sont sentis dévalorisés et critiqués. 30% ont été la cible d'une jalousie questionneuse: «Où étais-tu, avec qui?» 29% ont vu l'autre décider de dépenses importantes sans tenir compte de leur avis. Et 25% ont dû supporter de le voir «cesser de parler, refuser totalement de discuter», bref, faire la gueule. Il y a pire, mais c'est un peu plus rare. 23% se sont entendu balancer des remarques désagréables sur leur physique - «T'es moche!» - et 22% sur leurs performances sexuelles. 23% accusent leur conjoint d'avoir méprisé leurs opinions en privé, et parfois en public (13%).

Mais le plus intéressant n'est pas là. La surprise, ce sont les hommes. Comme les femmes, ils se plaignent d'être à l'occasion rabroués, maltraités, déconsidérés. Plus souvent que les femmes, ils dénoncent le harcèlement jaloux de leur conjointe: 18% d'entre eux (pour 12% des femmes) déclarent que l'autre les empêche de parler à d'autres femmes (hommes). 34% des hommes (26% des femmes) déclarent que l'autre exige de savoir avec qui et où ils étaient; 33% (27% des femmes) que l'autre décide de dépenses importantes sans tenir compte de leur avis. Ce seraient les femmes qui hésiteraient le moins à décocher des critiques sur l'apparence physique. Et elles ne seraient pas les dernières à lancer des insultes ou des injures: 15% des hommes l'affirment, alors que 8% des femmes en accusent leur conjoint. Certes, il s'agit de déclarations. A manier avec précaution, donc. Mais il n'est pas forcément facile, pour un homme, de se dire l'objet de pressions psychologiques

Sur quelques questions, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à se déclarer victimes: leur conjoint les «dévaloriserait» plus souvent (37%, contre 30%) et s'attaquerait en particulier plus facilement à leurs compétences sexuelles (25%, contre 19%). A noter: sur certaines questions, les femmes répondent de façon plus pessimiste que dans l' «Enquête nationale sur la violence envers les femmes en France» de 2001. Le cadre de notre sondage, moins sombre et plus léger, a sans doute contribué à dédramatiser le sujet, et libéré la parole. S'il montre bien que les hommes et les femmes sont aussi capables les un(e) s que les autres de «violences» conjugales, il ne dit rien, évidemment, de toutes les querelles qui dérapent, le plus souvent au détriment des femmes, dans le fait divers."

Cet article est disponible sur Internet à l’adresse :

http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/violenceconju/dossier.asp?ida=433633

Enlèvements internationaux d’enfants: vers des procédures plus rapides et des règlements à l’amiable plus nombreux

[ Jeudi 23 Février, numéro 86 ]

L'an dernier, les autorités suisses ont traité 170 cas d'enlèvements d'enfants au total. Pas moins de 87 cas étaient des reports de l'année précédente. Sur les 83 nouvelles demandes, 53 avaient trait au retour de l'enfant et 28 concernaient la violation d'un droit de visite. Dans 68% des cas, c'est la mère qui avait enlevé l'enfant. Les violations des droits de visite étaient à 91% le fait de la mère. Les nouvelles demandes ont concerné 114 enfants dont la moyenne d'âge était d'environ sept ans. AP

Le communiqué du du département de justice et police de la confédération est le suivant:

Communiqués, EJPD, 22.02.2006

Berne, le 22.02.2006. Dorénavant, les demandes de retour d’enfants enlevés devront être traitées selon une procédure accélérée. En outre, les autorités devront davantage s’efforcer d’obtenir que les parents règlent leur litige à l’amiable. C’est ce que préconisent les experts dans un rapport dont le Conseil fédéral a pris acte mercredi, rapport à la suite duquel il a chargé le Département fédéral de justice et police (DFJP) d’élaborer un projet de dispositions législatives.

Instituée par le conseiller fédéral Christophe Blocher, la commission d’experts avait pour mandat d’étudier des mesures propres à renforcer la protection des enfants en cas d’enlèvement par l’un des parents et, d’une manière générale, à garantir un traitement plus efficace de tels cas. La commission préconise toute une série d’améliorations qui doivent être consacrées dans une loi fédérale sur les enlèvements internationaux d’enfants. Le DFJP élaborera d’ici à la fin de 2006 un projet destiné à être mis en consultation. Les propositions qu’il contiendra devront tendre à optimiser la procédure de traitement des demandes de retour d’enfants enlevés et permettre à la Suisse de ratifier la Convention de La Haye sur la protection des enfants.

Simplifier et accélérer la procédure

La Suisse doit continuer d’appliquer la Convention de La Haye sur l’enlèvement international d’enfants, instrument qui, aux yeux des experts, contribue notablement à l’efficacité de la lutte contre les enlèvements internationaux d’enfants. Ce qui pose problème en l’occurrence est la durée, souvent excessive, des procédures, d’où la nécessité de les raccourcir et de les simplifier A cette fin, les experts préconisent que les demandes de retour d’enfants enlevés soient dorénavant traitées dans chaque canton par une instance unique. Quant à la décision de retour, elle devra régler également les modalités d’exécution et être exécutoire dans toute la Suisse. Le prononcé du tribunal doit, pour sa part, continuer à être sujet à recours devant le Tribunal fédéral.

Apprécier les demandes de retour d’une manière plus adaptée à l’intérêt de l’enfant

Par ailleurs, estiment les experts, les autorités devraient mettre davantage l’accent sur les efforts visant à obtenir un règlement amiable du litige opposant les parents. L’autorité centrale, qui relève de l’Office fédéral de la justice, devrait, de concert avec les cantons, mettre en place un réseau d’experts et d’institutions, auquel on pourrait faire appel lors de l’examen des demandes de retour. En outre, les enfants devraient être davantage entendus dans le cadre de la procédure, leurs intérêts y étant représentés par un avocat. Enfin, selon les experts, il importe que le tribunal vérifie la situation dans laquelle se trouvera l’enfant lors de son retour. Si, par exemple, l’enfant ne peut pas être confié à celui des deux parents qui est resté dans l’Etat de provenance, mais devrait être placé dans une famille d’accueil, son retour ne saurait être raisonnablement exigé.

Agir également au niveau international

Afin d’obtenir les améliorations souhaitées, la Suisse doit également déployer une action sur le plan international. Ainsi, lors de la prochaine assemblée des représentants des autorités centrales nationales qui aura lieu à La Haye en automne 2006, l’autorité centrale suisse pourrait présenter des propositions de mesures tendant à accélérer les procédures, à favoriser le règlement à l’amiable des litiges ainsi qu’à permettre une application de la Convention de La Haye sur l’enlèvement international d’enfants qui soit mieux adaptée aux intérêts de l’enfant. Enfin la commission d’experts salue l’intention de la Confédération de ratifier la Convention de La Haye sur la protection des enfants, à l’élaboration de laquelle la Suisse a pris une part active. Cet instrument international vise à prévenir et à empêcher des conflits d’ordre juridique entre les autorités des Etats contractants, lorsqu’il s’agit de prendre des mesures de protection des enfants.

Renseignements complémentaires

David Urwyler, Office fédéral de la justice, T +41 (0)31 323 41 32 , Courriel

Prof. Dr. Andreas Bucher, Président de la Commission d’experts, T +41 (0)22 349 54 63,

Pour avoir accès au rapport de la commission fédérale d'experts en matière de protection des enfants du 6 décembre 2005:

http://www.ofj.admin.ch/etc/medialib/data/gesellschaft/kindesentfuehrung.Par.0014.File.tmp/051206_ber-kindesentfuehrung-f.pdf

L'aliénation parentale - Article de Lien Social

[ Mercredi 22 Février, numéro 87 ]

Dans le numéro 739 du 3 février 2005, la revue Lien Social, publiait un article sur le syndrome d’aliénation parentale. Cet article fait référence à une présentation du professeur Hubert Van Gijseghem fait au cours d’un colloque organisée à Paris le 21 octobre 2004 par la Revue juridique d’action sociale.

« Le syndrome d’aliénation parentale
Dans les trois quarts des cas, les parents séparés maintiennent, chacun de leur côté, une bonne relation avec les enfants qu’ils ont eu ensemble. Pour une petite partie, donc, cela se passe mal, voire très mal. Un concept apporte depuis une vingtaine d’années un éclairage sur ces situations conflictuelles : un parent aliénant dévalorise l’autre parent qui devient aliéné. L’enfant devient l’otage de ce conflit. Ce phénomène est appelé par ceux qui l’ont identifié le Syndrome d’aliénation parentale. Une théorie toutefois controversée et qui alimente une polémique.

Explications

François est un adolescent de 15 ans. Cela fait trois années de suite qu’il ne peut terminer son année, sans être rejeté par les enseignants ou exclu de l’établissement. C’est que dans ses relations avec les adultes, il peut se montrer tout autant fin et sensible, qu’insultant et méprisant. Cette violence qui le taraude a certainement à voir avec son vécu familial. François aime un père et une mère qui, après 18 années de vie commune, se sont séparés dans la haine et le conflit. Les propos que chacun tient à l’égard de l’autre, en présence de l’enfant, sont empreints d’une brutalité et d’une exaltation vindicative toujours impressionnantes pour qui la découvre la première fois. François doit en être sûr au tréfonds de lui : il doit choisir un camp. Mais il n’y arrive pas. Alors, devant sa mère, il parle de son père en des termes particulièrement agressifs et grossiers (affichant ainsi sa loyauté envers elle). Mais il peut tout autant se retourner contre sa mère qu’il insulte et traite plus bas que terre (affichant ainsi sa loyauté envers son père). Aux adultes qui passent à sa portée, dans les périodes où l’angoisse l’étreint, il adresse ses bouffées de violence. Les travailleurs sociaux connaissent bien ces situations où l’enfant est partagé entre ses parents qu’il aimerait pouvoir aimer tous les deux, sans se sentir coupable d’en trahir un. Cela ne se passe pas uniquement dans des séparations conflictuelles du couple parental. Cela peut tout aussi bien surgir dans des familles encore unies où l’un des parents développe une relation captative, fusionnelle ou exclusive avec l’enfant. Mais cela peut aussi survenir en placement familial, quand l’enfant se sent partagé entre sa famille naturelle et sa famille d’accueil. Cette réalité est source de beaucoup de souffrance chez l’enfant et peut contribuer à construire chez lui une personnalité perturbée, dont les effets sont visibles dans le présent mais pourront perdurer longtemps. Confrontés à cette problématique, les professionnels ne disposèrent pas pendant longtemps de modèle théorique leur permettant de réfléchir à l’émergence, à l’évolution et aux conséquences de ce mécanisme. C’est en 1985, qu’un psychiatre nord-américain, Richard Gardner, crée le concept de Syndrome d’aliénation parentale [1]. Depuis son émergence, cette théorie a fait couler beaucoup d’encre. Hubert Van Gijseghem était à Paris le 21 octobre 2004, invité par la Revue juridique d’action sociale pour la présenter lors d’un colloque.

Qu’est-ce que l’aliénation parentale ?

L’orateur n’a cessé, tout au long de son intervention, de multiplier les précautions, conscient du risque de déformation ou de manipulation que ses propos pouvaient occasionner. Il a commencé par écarter ce qui ne relevait pas de l’aliénation parentale. Un enfant qui nourrit un ressentiment à l’encontre d’un parent en raison de la cruauté, du délaissement ou du comportement délictueux ou criminel que celui-ci a déployé à son égard n’a pas une attitude particulièrement déviante, sa rancune pouvant alors s’avérer tout à fait justifiée. On ne commence à évoquer chez lui une aliénation inappropriée qu’à partir du moment où il y a rejet de façon manifestement injustifiée et déraisonnable d’un parent, alors même que celui-ci manifeste objectivement un potentiel de compétence et d’attachement adéquat. Hubert Van Gijseghem s’est ensuite attaché à relativiser ce fonctionnement qu’on pourrait avoir tendance à considérer comme fréquent dans les situations de séparations parentales. À partir d’une étude qu’il a réalisée au Québec, portant sur 300 dossiers judiciaires de rupture du lien conjugal où se trouvaient impliqués des enfants âgés de 0 à 12 ans, il a pu établir que, dans 82,5 % des cas (issus donc de cet échantillon particulier), il y avait entente entre les parents. Sur les 17,5 % qui justifièrent alors d’un arbitrage par le juge, seuls 6,5 % des couples séparés continuèrent à bloquer en bout de procédure, dans leur démarche pour harmoniser la prise en charge des enfants. L’immense majorité des adultes s’accordent donc bien après leur séparation, quant aux modalités relationnelles avec leurs enfants. Il n’en reste pas moins que même s’ils sont minoritaires, pour un certain nombre d’enfants, l’éloignement d’avec l’un de ses parents est le produit d’un mécanisme d’aliénation pathologique dont les modalités ont pu être étudiées.

Pour Richard Gardner, ce mécanisme prend la forme d’un dénigrement dont l’origine est à rechercher tant du côté d’un lavage de cerveau plus ou moins subtil opéré par l’autre parent que du côté des contributions personnelles de l’enfant lui-même. Cette définition a très vite trouvé ses limites du fait de son manque de rigueur scientifique : elle mélangeait l’identification à la fois du trouble et de ses causes. Deux autres chercheurs ont alors proposé une approche plus respectueuse des règles en vigueur. C’est d’abord J.B. Kelly qui focalisa la difficulté sur l’enfant qui exprime librement et de façon persistante des sentiments et des croyances déraisonnables (rage, haine, rejet, crainte…) envers un parent, qui sont significativement disproportionnées par rapport à l’expérience qu’il a vécue auprès de celui-ci. C’est ensuite Douglas Darnall qui se tourne plutôt vers le parent accusé de présenter toute une constellation de comportements dont il peut résulter des perturbations dans la relation entre son enfant et l’autre parent. Que le trouble soit défini comme provenant d’abord du parent ou d’abord de l’enfant, il n’en reste pas moins qu’il y a trouble. Identifier des comportements relevant de la dysparentalité n’est pas chose nouvelle. Les professionnels de la protection de l’enfance sont confrontés en permanence à de tels dysfonctionnements. Mais l’élaboration scientifique de pathologies clairement identifiées est encore bien controversée. Sauf peut-être, en ce qui concerne le syndrome de Munchausen par procuration que l’on pense être à l’origine d’un certain nombre de morts subites du nourrisson. Dans ce cas de figure, la mère fabrique ou exagère des problèmes mentaux ou physiques de son enfant, dans le but d’obtenir une attention et un intérêt, qu’elle pense ne pas pouvoir obtenir par un autre moyen. De fait, médecins et spécialistes mais aussi l’entourage vont l’investir autour de la question de l’état de santé de son enfant. Pour ce qui concerne le concept d’aliénation parentale, son émergence très récente ne constitue pas un hasard.

Pourquoi aujourd’hui ?

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les litiges en matière de garde d’enfant sont en très nette augmentation. À cela, plusieurs raisons. La première d’entre elles est à rechercher du côté de l’explosion du nombre des divorces. Limités à 10 % en 1950, ils ont atteint en Amérique du Nord le taux de 50 %. Puis, vient le contrecoup des progrès obtenus en matière d’égalité homme femme. Ce qui fut longtemps considéré comme la chasse gardée des mères, a commencé à être revendiqué par les pères. La philosophie de « l’âge tendre » qui s’appuyait sur l’idée dominante que tant qu’il était petit, l’enfant avait surtout besoin d’une présence maternelle, a volé en éclat. On s’est mis à parler de figure maternante et à se rendre compte que les papas pouvaient être d’aussi bonnes mamans que les mamans elles-mêmes ! La revendication des hommes à vouloir réinvestir leur rôle parental a coïncidé avec celle des femmes exigeant leur place sur le marché du travail et refusant de se laisser résumer à la seule fonction maternelle. Un nouveau paradigme s’est alors imposé celui de « l’intérêt de l’enfant », les instances judiciaires étant tentées, en cas de séparation parentale, à accorder le droit de garde au (seul) parent le plus compétent. Répercussion de cette nouvelle égalité des deux parents face à l’éducation potentielle de leur enfant, est apparue le concept de « garde partagée ». L’idée novatrice de cette nouvelle pratique, ce fut l’obligation faite aux deux parents d’avoir à communiquer et à coopérer au regard de leurs responsabilités parentales. La majorité des couples parentaux réussissant à se séparer sans trop de dégâts, ils purent s’entendre avec plus ou moins de bonheur. Mais, il était difficile d’imaginer que ceux qui vivaient de graves différents allaient pouvoir les dépasser, une telle attente supposant qu’ils étaient en capacité d’agir de façon rationnelle à ce moment de leur vie. Conséquence de toutes ces évolutions : les pères qui, pendant longtemps, se contentaient d’un week-end sur deux quand ils ne prenaient pas une distance dramatique avec leur progéniture, furent de plus en plus nombreux à se poser en concurrents sérieux des mères quant à l’éducation au quotidien de leurs enfants, l’enfant étant finalement placé entre le marteau et l’enclume, terrain fortement miné pour lui et favorable à un processus d’aliénation.

Les sources de l’aliénation

Dans la plupart des cas, l’aliénation est la combinaison d’un ensemble de facteurs dont on peut identifier les trois principaux : l’enfant, le parent aliénant et le système judiciaire. L’enfant tout d’abord donc. Il peut être étonnant de le placer ainsi en situation d’acteur et pas seulement de victime passive. Cela s’explique très bien. Car il peut se montrer très ébranlé par la séparation. La seule façon qu’il a alors de résoudre le conflit de loyauté auquel il est confronté et de se libérer de l’angoisse qui l’envahit face à un choix impossible est d’opérer un clivage entre le bon et le mauvais parent. Il peut aussi se solidariser avec une mère (ou un père) en grande souffrance avec qui il vit, et chercher à l’alimenter narcissiquement, en lui assurant que c’est bien elle (ou lui) qui a sa préférence. Il peut, enfin, dans un désir magique de réunification attiser le conflit entre ses deux parents, en imaginant qu’à défaut de les réunir dans l’amour, il peut les contraindre à se parler, même si c’est au travers des disputes. Le profil de l’enfant qui agit ainsi renvoie à certaines caractéristiques : fort degré de suggestibilité, attachement maternel fusionnel, préférence ancrée depuis longtemps pour un parent, problèmes de comportement antérieurs etc. Second facteur favorisant le processus d’aliénation, le comportement du parent aliénant. Même si l’on ne peut écarter des manœuvres perverses ou malveillantes de sa part, la plupart du temps, son comportement est lié à sa propre inquiétude et à la culpabilité dont il ne peut se débarrasser qu’en projetant tous les torts sur son ex-conjoint. Cela intervient notamment quand l’enfant exprime à sa façon sa souffrance : si celui-ci va mal, ce n’est pas inhérent à la séparation, mais sans aucun doute, à cause de l’ex-conjoint qui devient le seul responsable de ce mal-être. Et puis, se manifeste là comme ailleurs l’effet Pygmalion identifié par Rosenthal : la force exercée par la croyance en la réalisation d’une prédiction va influer sur sa réalisation. Dit autrement, on trouve toujours ce qu’on veut trouver, ne serait-ce qu’en se focalisant sur les détails qui viennent confirmer ce qu’on recherche et en évacuant les indices qui l’infirment. À force de vouloir trouver dans les comportements de son ex-conjoint des dimensions nuisibles à l’enfant, on les trouvera inévitablement, surtout quand l’enfant est scruté et interrogé à son retour de visite et qu’on se fixe d’une manière disproportionnée sur des détails qu’on ne remarquait guère auparavant. Le troisième facteur évoqué par Hubert Van Gijseghem est très spécifique à l’Amérique du Nord. Il concerne la dimension très procédurale d’une société qui comporte un avocat pour 275 habitants (contre un pour 1600 en Europe et un pour 7500 au Japon), la prolongation déraisonnable des procédures constituant aussi un gagne-pain pour les professionnels.

Le processus d’aliénation

Il existe de multiples attitudes qui permettent de décrédibiliser l’autre parent. Hubert Van Gijseghem en a fait un inventaire à la Prévert qui est loin d’être exhaustif : l’étiqueter péjorativement (« l’imbécile », « la sorcière »…), insister sur ses seuls traits négatifs ou mettre en évidence ses failles, juger de ses comportements en les tirant de leur contexte, amplifier ses comportements (il boit une bière = « c’est un alcoolique »), minimiser ou dénier son implication dans des moments de bonheur passés, encourager l’enfant à l’exploiter, c’est-à-dire à exiger de sa part de l’argent, des objets de valeur, soutenir l’enfant lorsque celui-ci se plaint de lui, téléphoner à l’enfant quand celui-ci est en visite chez lui et le culpabiliser (« comme tu me manques ! »), organiser un événement (fête avec les camarades, journée dans un parc d’attraction,…) qui se déroule sur le temps de visite de l’autre parent. Mais aussi : refuser de passer les communications téléphoniques, intercepter le courrier et les paquets envoyés aux enfants, présenter le nouveau conjoint aux enfants comme leur nouvelle mère ou leur nouveau père, parler d’une manière désobligeante du nouveau conjoint de l’autre parent, refuser d’informer l’autre parent au sujet des activités dans lesquelles les enfants sont impliqués (rencontres sportives, représentations théâtrales, activités scolaires,…), empêcher l’autre parent d’avoir accès aux dossiers scolaire et/ou médical des enfants, « oublier » de prévenir l’autre parent des rendez-vous importants (dentiste, médecin, psychologue,…), raconter aux enfants que les vêtements que l’autre parent leur a achetés sont laids et leur interdire de les porter, reprocher à l’autre parent la mauvaise conduite des enfants, menacer de punir les enfants s’ils appellent, écrivent ou essayent de contacter l’autre parent de n’importe quelle façon. Qu’elles soient évidentes ou subtiles, ces attitudes minent la place de l’autre parent au point de le rendre haïssable. Mais, elles plongent aussi et surtout l’enfant dans une souffrance extrême, avec au moins deux conséquences dommageables. L’obligation tout d’abord d’avoir à cliver le couple parental en reniant l’une de ses racines, avec à la clé un risque de problème d’identité. Une abolition ensuite, de la différence intergénérationnelle : l’enfant étant mêlé à une dispute d’adultes et étant finalement placé en position arbitrale, il peut y avoir une prise de pouvoir de sa part sur ses deux parents.

Comment en sortir ?

Entre ne rien faire et ordonner une mesure extrême de justice aboutissant à un changement de résidence pour l’enfant, avec suspension provisoire des contacts avec le parent aliénant, il y a toute une palette de remèdes disponibles. Hubert Van Gijseghem réaffirme le rôle incontournable de la médiation familiale qui tente de situer d’emblée les relations des ex-conjoints sur le terrain de la négociation. Pourrait lui être adjointe une prévention spécifique en direction des enfants, visant à renforcer chez eux le sentiment d’avoir droit à leurs deux parents. Il est par ailleurs essentiel que la justice joue son rôle, en rappelant la loi et en imposant l’application du droit de visite. On évoque facilement en la matière l’écoute et le respect de la parole de l’enfant. Mais, si le parent aliéné est compétent, sa fréquentation fait partie de sa condition d’enfant, au même titre que l’école ou le médecin pour lesquels on ne demande guère son avis et on ne s’intéresse pas beaucoup plus à son désir. L’expérience montre d’ailleurs que ses réticences affichées étant souvent une manœuvre de loyauté à l’égard du parent gardien, l’enfant retrouve plus ou moins rapidement une relation affectueuse quand il se retrouve auprès de l’autre parent. Celui qu’il faut chercher à faire changer, c’est bien l’enfant. Une thérapie peut à cet effet être aidante. Mais elle ne peut avoir quelque chance de succès qu’à condition de mettre un terme à la pression permanente du parent aliénant. Dans des cas extrêmement graves, le retrait de l’enfant et son accueil en un lieu neutre comme une famille d’accueil ou l’attribution de la résidence chez l’autre parent peut constituer une solution. Du côté du parent aliénant, Hubert Van Gijseghem se montre bien pessimiste : engagé dans un processus irrationnel, aucune argumentation ne viendra le convaincre. Il est dans la même situation que le membre d’une secte qu’il est très difficile d’extirper de ses convictions fanatiques, intolérantes et doctrinaires. Seule l’application de la loi peut tenter de lui imposer sinon raison, du moins la décision de justice. Du côté du parent aliéné, toute une série de comportements sont préconisés : composer avec le sentiment réel de l’enfant, en refusant d’argumenter et de répondre à ses attaques, contourner les difficultés, ne pas lui dire qu’il a été manipulé, ne jamais lui dire qu’il a tort, recentrer les relations sur le positif, ne pas rester passif, ni se résigner, jamais dénigrer l’autre parent.

Portées et limites du concept

Comme il se doit, pour toute démarche qui se veut scientifique, la théorie de Gardner a été soumise à la critique. C’est d’abord sa terminologie moralisante et victimisante qui a été fustigée. Très attrayante aux yeux des parents et des spécialistes en quête d’explications simples, elle a le tort de ne pas rendre compte de toute la complexité des situations et des nuances qui les caractérisent. Ainsi, en va-t-il notamment du clivage bon parent/mauvais parent qui semble se construire en miroir avec le mécanisme d’aliénation lui-même. Tout se passe comme si à la diabolisation de l’autre parent par le parent aliénant, cette théorie répondait par la diabolisation unilatérale du parent aliénant. On notera, en effet, qu’il est peu question des attitudes parfois dysfonctionnelles du parent aliéné. Hubert Van Gijseghem a commencé par expliquer qu’il existait des situations où des comportements graves de l’un des parents justifiaient pleinement la prise de distance de l’enfant (lire interview). Mais il y a aussi des comportements plus anodins qui peuvent alimenter un éloignement : un parent manifestant une faible affection, une moindre chaleur, une empathie déficiente, se montrant moins apte à communiquer ou à prendre en compte les besoins de son enfant peut aussi contribuer, à son corps défendant, à alimenter le mécanisme d’aliénation. Autres critiques, l’utilisation par les avocats et les tribunaux de cette théorie pour cacher les dysfonctionnements effectifs de certains parents. Affirmer qu’un parent peut opérer un véritable « lavage de cerveau » de son enfant constitue un argument de poids, quand il s’agit de contrer les témoignages portant sur des attitudes inadéquates, voire des maltraitances… Il s’agit donc de manipuler avec précaution et prudence cette méthodologie, les expertises étant là pour garantir l’examen attentif de chaque situation. Mais, depuis Outreau, le doute a envahi les cours de justice sur le sérieux et l’objectivité de ces garanties…

Les travaux réalisés sur le divorce et son impact sur l’enfant ont démontré qu’en la matière, ce qui comptait le plus n’était pas tant la quantité des contacts et leurs modalités, que leur qualité et le style parental déployé à cette occasion. Pour autant, trois facteurs semblent essentiels à la préservation de l’équilibre de l’enfant postérieur à la séparation : l’aggravation ou la régulation du conflit parental, les compétences effectives de chacun des deux parents et la création d’une relation positive entre l’enfant de chacun d’entre eux avec l’enfant. Le concept d’aliénation parentale critiqué, voire honni par les uns, défendu et affiné par les autres, apparaît au final tout à fait fécond pour mieux comprendre ce qui se passe dans certaines familles et construire des stratégies d’intervention pour les professionnels.

Jacques Trémintin

[1] Richard Gardner a identifié huit manifestations symptomatiques chez l’enfant victime d’aliénation parentale :

1 Campagne de dénigrement (diffamation) : l’enfant médit continuellement l’autre parent, dit le haïr et ne plus vouloir le voir.
2 Rationalisations faibles, frivoles, et absurdes : l’enfant donne des prétextes futiles, peu crédibles, ou absurdes pour justifier sa dépréciation du parent aliéné. « Il fait du bruit en mangeant », « Il m’oblige à sortir les poubelles », « Il n’y a jamais de lait pour mes céréales ».
3 Absence d’ambivalence : un parent est adoré par l’enfant, l’autre haï. L’enfant est absolument sûr de lui et sans équivoque. Interrogé, il n’a aucun souvenir d’interaction positive avec le parent aliéné.
4 Phénomène du penseur indépendant (ou du penseur libre). L’enfant aliéné ne reconnaît jamais qu’il a été l’objet d’une influence. « C’est ma décision de ne plus aller chez papa ». Le parent aliénant : « Je veux bien qu’il aille chez son père mais c’est lui qui ne veut pas. Et je vais me battre jusqu’au bout pour que mon enfant soit respecté ».
5 Soutien au parent aliénant : l’enfant prend la défense du parent aliénant dans le conflit, se perçoit comme un soutien au parent gardien, qui serait « persécuté » par le parent aliéné.
6 Absence de culpabilité : l’enfant n’éprouve aucune culpabilité par rapport à la mise à mort du parent aliéné.
7 Présence de scénarios empruntés : l’enfant relate des faits qu’il a manifestement entendu raconter. Il emploie un langage d’adulte emprunté au parent aliénant. À six ans, il dira : « Il a demandé la baisse de la pension alimentaire » ; « Elle m’importune tout le temps » ; ou « Elle viole ma vie privée ».
8 Animosité étendue à l’ensemble du monde du parent aliéné : l’enfant généralise son animosité à l’ensemble du monde du parent aliéné : grands-parents, oncles, cousins, amis,…, mais aussi pays, religion, culture… L’étendue de l’animosité peut même concerner un animal domestique autrefois affectivement investi par l’enfant.
Richard Gardner propose trois niveaux de gravité à cette aliénation parentale :

Un niveau léger: peu des huit symptômes (chez l’enfant) sont présents. Les visites et transitions se passent sans trop de difficultés.

Un niveau modéré: le niveau modéré représente la majorité des cas de d’aliénation parentale. Généralement, les huit symptômes sont présents chez l’enfant, des problèmes se produisant lors des transferts, mais après un certain temps l’enfant retrouve son calme.

Un niveau sévère: à ce stade l’enfant aliéné et le parent aliénant sont fanatiques et liés dans une relation de folie à deux dans laquelle ils partagent des fantaisies paranoïdes à propos du parent aliéné. Les huit symptômes sont également présents chez l’enfant mais avec davantage d’intensité. Les visites sont rendues impossibles par le comportement de l’enfant (peur morbide, provocation, destruction). Le parent aliénant fonctionne sur un mode paranoïde qui, soit se concentre sur le parent aliéné seul, soit constitue son mode de pensée. »

Cet article est disponible sur le site Internet de la revue Lien social à l’adresse :

http://www.lien-social.com/article.php3?id_article=72&id_groupe=5

Reconnaître l'existence de l'aliénation parentale

[ Mardi 21 Février, numéro 85 ]

L’aliénation parentale n’est pas un concept nouveau. Développé il y a plusieurs années par le Dr. Richard Gardner, le concept d’aliénation parentale a soulevé des passions particulièrement fortes et l’opposition qu’elle a soulevé relève, comme le souligne le professeur Hubert Van Gijseghem, de la démarche sectaire irrationnelle.

Rappelons qu'Hubert Van Gijseghem Hubert Van Gijseghem est professeur titulaire à l'école de psycho-éducation de l'Université de Montréal. Il a été formé à l'Université catholique de Louvain et est un expert psycholégal mondialement reconnu.

La revue Lien social publiait dans son numéro 739 du 3 février 2005 un interview d’Hubert Van Gijseghem sur cette question. Lien social est une revue hebdomadaire française fait par et pour les travailleurs sociaux. Le lien Internet de cette revue est : http://www.lien-social.com/

Reconnaître l’existence de l’aliénation parentale
Hubert Van Gijseghem, psychologue de formation, se situe comme « un empiriste qui essaie d’appréhender la réalité à partir des études scientifiques les plus rigoureuses possibles ». Il rejette les tentatives de récupération dont il est l’objet et se défend de tout parti pris. « Je m’appuie sur les autres auteurs et sur mes propres travaux pour affirmer qu’on ne peut nier l’aliénation parentale, plaide-t-il. Le faire, ce serait comme continuer à affirmer que la terre est plate »

Comment expliquez-vous les levées de bouclier, voire la franche hostilité que provoque l’hypothèse de l’aliénation parentale ?

La première opposition est venue des milieux féministes. Richard Gardner, qui est à l’origine de ce concept, affirmait que cette aliénation provenait en majorité des mères. Devant les violentes critiques qui lui ont été adressées, il a rétabli à la fin de sa vie la parité dans l’implication des pères et des mères. Mais je pense qu’il s’agissait là d’une rectification politiquement correcte. Pour ce qui me concerne, mes recherches m’ont permis de constater que la proportion était environ de 3/4-1/4, au détriment des mères. Une étude hollandaise va encore plus loin, puisqu’elle parle d’une répartition 95 % - 5 % ! Pourtant, il n’y a aucun mystère dans ce résultat. On peut facilement comprendre que le risque d’influence aliénante soit plutôt du côté du parent gardien, et la grande majorité des enfants sont encore confiés à leur mère après la séparation du couple parental. On est donc là dans une logique statistique et non dans une ségrégation de genre. Une seconde opposition encore plus violente est venue de l’association abusive de ce concept avec l’abus sexuel dont est parfois victime l’enfant. C’est un peu comme si l’aliénation parentale avait été créée pour protéger les pères abuseurs, voire pédophiles. Il suffit d’aller sur Internet pour constater toute une littérature idéologique, sinon intégriste qui établit constamment ce lien. Je suis quant à moi la cible d’attaques personnelles m’accusant de complicité. Ainsi, lors de la conférence de Paris, un individu est venu à la pause me dire « vous êtes le digne successeur du Docteur Mengele » ! Nous sommes ainsi diabolisés par des gens qui voient des abus sexuels partout et qui croient que le patriarcat est une structure pour protéger ces agissements au sein des familles. Je pense que cette association est extrêmement malheureuse, car les deux situations ne se recouvrent pas exactement, loin de là, les cas d’aliénation parentale sans abus sexuels étant infiniment plus nombreux que ceux où il y a les deux dimensions
.
Comment réussir à utiliser ce concept, en évitant de se retrouver à la fois diabolisé par les uns et instrumentalisé par les autres ?

C’est extrêmement difficile. Je viens d’évoquer les attaques qui me semblent tout à fait indues. Mais nous avons aussi des associations de pères qui nous mettent le grappin dessus, nous citant en référence, s’emparant à leur profit, par exemple, de la thèse présentant le parent aliénant comme étant majoritairement la mère, ce sur quoi je viens de m’expliquer. Ils nous considèrent comme leur supporter. Ce qui n’est pas du tout le cas. Je ne suis un témoin pour personne, sauf pour la science. Je ne me réfère à aucune obédience. Je suis un empiriste qui essaie d’appréhender la réalité à partir des études scientifiques les plus rigoureuses possibles. Ce qui n’est pas le cas des différents groupes de pression de quelque bord que ce soit et dont les opinions sont avant tout idéologiques, qui ne publient jamais rien dans des revues qui sont soumises à un jury de pairs, comme il est de coutume dans les milieux scientifiques. Cela est tout aussi vrai d’ailleurs pour Richard Gardner qui publiait ses livres lui-même dans sa propre maison d’édition. C’était un psychiatre clinicien, non un scientifique. Il n’a jamais fait d’étude empirique. Ce qui renforce ceux qui veulent disqualifier cette théorie. Sauf que tout ne repose pas sur cette seule personnalité. D’autres recherches ont eu lieu qui elles, présentent toutes les garanties scientifiques. Mais, on cherche à les dévaloriser en présentant leurs auteurs comme les « disciples de Gardner ». En ce qui me concerne, je ne me sens pas un disciple de ce Monsieur, d’autant moins, d’ailleurs, que je ne reprends pas la définition qu’il avait élaborée et qui aboutit à mon avis à une impasse. Je m’appuie tant sur les autres auteurs qui ont eu une démarche empirique que sur mes propres travaux pour affirmer qu’on ne peut continuer à nier l’aliénation parentale. Se comporter ainsi, ce serait comme continuer à affirmer que la terre est plate.

Justement, quel avenir voyez-vous à ce concept ?

Sa reconnaissance officielle passera sans doute par sa présentation dans le Diagnostical of statistical manuel of mental disorders (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), ce guide pratique à destination des psychiatres qui fait référence à l’échelle mondiale. Nous en sommes actuellement à la quatrième version. Le DSM5 doit être élaboré pour l’année 2010. Les travaux permettant de le préparer commenceront en 2006. Je n’ai aucun doute sur le fait que l’aliénation parentale y trouve sa place, mais peut-être sous une appellation nouvelle. Il y aura suffisamment de publications scientifiques avec groupe clinique et groupe contrôle ainsi que d’études longitudinales. Ce qui n’aide pas, c’est que les initiateurs de ce concept ne venaient pas de la recherche, mais de la clinique. Mais ses détracteurs ne se situent pas non plus dans ce registre. C’est encore bien pire : ils sont dans une dimension complètement irrationnelle relevant plus de la religion que d’une démarche objective. Ce qui fait que DSM5 ou pas, ils continueront leurs attaques sectaires.

Propos recueillis par Jacques Trémintin

le lien vers l'article:
http://www.lien-social.com/article.php3?id_article=853&id_groupe=5

Violence conjugale envers les hommes et les femmes essai

[ Samedi 07 Janvier, numéro 2 ]

L'Institut de la statistique du Québec du Gouvernement du Québec a publié en octobre 2003 un rapport intitulé La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999.

Denis Laroche, l'auteur de ce rapport indique dans son introduction:

"Une première enquête sur la violence conjugale a été menée en 1993 par Statistique Canada, à l'occasion de l'Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF). Cette enquête a fait l'objet de critiques diverses, notamment parce qu'elles'attachait à mesurer uniquement la violence conjugale envers les femmes (Fekete, 1994: 9'80, Straus, Hamby, Boney-McCoy et Sugarman, 1996: 285; Szabo, 1998: 65), laissant plus ou moins l'impression que les hommes étaient à l'abri de cette forme d'agression. L'absence d'un échantillon masculin est susceptible de laisser dans l'ombre de nombreux aspects de l'interaction et de la dynamique entre les conjoints qui peuvent conduire à des situations de violence conjugale (Gartner, 1993: 318-319). De manière plus générale, le défaut d'admettre la possibilité de la violence par des femmes, en dépit des constats en ce sens établis par des recherches rigoureuses, compromet la théorie élaborée en vue de mettre fin à la violence contre les femmes (Kwong, Bartholomew et Dutton, 1999: 159; Strauss, 1993: 79-80; Strauss, 1997: 218)". (pages 17-18)

L'étude indique que la prévalence quantitative et qualitative (gravité) des hommes et des femmes de subir un forme quelconque de violence physique est équivalente.

Cette étude est disponible et peut être téléchargée à partir du site de l'Institut de la Statistique du Québec à l'adresse:

http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/violence_h-f99_pdf.htm

Conférence sur la médiation

[ Jeudi 27 Octobre, numéro 84 ]

L’Association Médiations vous invite à une conférence, le mardi 1er novembre 2005 de 18H30 à 20H30 à l’auditoire Louis-Jantet, route de Florissant, 77 à Genève.

Les conférenciers sont :

Mme Lorraine Filion, Directrice générale du service de médiation au Palais de justice de Montréal. Madame Filion est aussi présidente de l’Association internationale francophone des intervenants auprès des familles séparés (AIFI).

Le titre de son allocution :
»La médiation familiale : quels bénéfices pour l’enfants ? »

M. Jean Zermatten, ancien président du Tribunal des Mineurs du canton du Valais et représentant de la Suisse au Comité des droits de l’enfants des Nations Unies.

Le titre de son allocution :
« La médiation dans le nouveau droit pénal des mineurs »

La déchéance parentale, article de Denise Bombardier

[ Lundi 17 Octobre, numéro 83 ]

Voici un article de Denis Bombardier, auteure, journaliste et essayiste canadienne bien connue, paru dans l’édition du 15 et 16 octobre 2005 du journal Le Devoir de Montréal. Cet article est à mettre en relation avec les chroniques que nous avons publiées sur l'évaluation des capacités parentales sur Genève. Il est aussi à mettre en relation avec l'attente d'une réaction de la direction de l'Office de la Jeunesse sur un positionnement à propos des courriers de Père pour toujours sur l'utilisatioin nécessaire du guide d'évaluation des capacités parentales.

La déchéance parentale

Enfin, la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse! Enfin, la reconnaissance, à travers cette réforme, de l'incapacité parentale! Au pays du Québec, lieu privilégié de la rédemption, les parents indignes, dysfonctionnels, irresponsables ou tout simplement mentalement inaptes à élever des enfants se font depuis des décennies confirmer dans leurs errances face à leurs enfants par une loi qui fait de leur droit parental un dogme absolu. Comme l'a si bien montré le film de notre confrère Paul Arcand, on donne la chance aux parents de se réformer au détriment, hélas, de ces pauvres enfants trimbalés d'un foyer d'accueil à l'autre avec l'espoir que papa ou maman se ressaisisse. Comme cela peut prendre des années, pendant ce temps, les enfants perdent leur enfance et hypothèquent leur vie d'adulte.

Cette philosophie rigide du droit parental qu'on relativise dans les autres provinces et aux États-Unis, par exemple, où on favorise l'adoption plus rapidement en cas d'incapacités des parents, n'est-elle pas aussi un refus de reconnaître qu'il existe une telle réalité que la déchéance parentale ? Nous vivons dans une société où l'exercice du jugement sur les autres rebute, où le pardon est accordé a priori, où la culpabilisation de l'autre est considérée comme une violence faite à autrui et où le droit des parents a prérogative sur le droit de l'enfant. À ce jour, on a renvoyé leurs enfants à des pères incestueux et on a rendu la garde d'autres petits à leurs mères droguées et dysfonctionnelles, comme si les liens du sang avaient préséance absolue sur les liens du coeur.

Ce qu'on reconnaît encore plus difficilement, semble-t-il, c'est la déchéance maternelle. Qu'il y ait des pères abuseurs, indignes, irresponsables, on est prêt à le constater, et elles sont nombreuses, celles qui l'affirment haut et fort et qui, à la limite, donnent à penser que cela est dans la normalité du genre masculin. Quand il s'agit d'indignité maternelle, la réticence se fait sentir lorsque ne s'érigent pas les idéologues de la vertu féminine. Si bien qu'on ne définit pas les uns et les autres selon les mêmes épithètes. Une mère inapte, négligente au point de mettre en péril la santé de son enfant, est qualifiée de victime de ses propres manques, de dépressive abandonnée à son triste sort, alors qu'un père négligent ou drogué est évidemment décrit par les termes «irresponsable», «sans-coeur» et «abuseur». Il y a de la vérité dans les deux cas, bien sûr, mais une mauvaise mère est, aux yeux de plusieurs, une réalité inacceptable. Ceci tend à démontrer qu'en matière de perception des sexes, les stéréotypes et les préjugés ont la vie dure. Cela laisse de plus supposer qu'il nous est insupportable, sinon douloureux, d'accepter qu'une femme qui porte l'enfant dans son sein puisse ne pas l'aimer ou l'aimer si mal qu'elle en arrive à le maltraiter, à ne pas pouvoir surmonter ses démons, son égoïsme, et, pire, à subordonner cet amour à celui qu'elle porte à un autre, mari ou amant tyrannique pour l'enfant. Comment, en effet, expliquer qu'une mère offre en pâture sexuelle à son partenaire la chair de sa chair ? Or ces horreurs se commettent au quotidien. «J'ai dit à ma mère que son chum m'abusait et, le lendemain, elle m'a dit qu'elle allait le marier parce qu'elle l'aimait», raconte une jeune fille dans Les Voleurs d'enfance.


Des générations d'enfants maltraités n'ont pas pu être adoptés par des couples qui rêvaient d'en avoir et qui ont parcouru la planète pour aller en chercher. La loi et les structures qui en découlent ont construit un univers illusoire dans lequel des parents incapables de l'être ont été encadrés par des professionnels de tout genre qui se sont épuisés à tenter de les remettre dans le droit chemin, c'est-à-dire celui les ramenant à leurs enfants dont ils étaient plus ou moins les bourreaux. Cet acharnement à maintenir vivant le mythe du parent meilleur gardien de l'enfant relève davantage de la pensée magique, voire religieuse, que de la réalité. Il faut avoir vécu dans la béatitude pour sacraliser de la sorte la fonction parentale. En d'autres termes, socialiser les parents au détriment des enfants est un étrange choix de société. Comment ne pas relier ce choix à la génération qui a mis en place cette Loi sur la protection de la jeunesse, la même qui a affirmé avec force ces fameux droits des enfants, qui, concrètement, permettent à des gamines de 14 ans de se faire avorter sans que leurs parents le sachent puisque les médecins sont tenus au secret médical de par la loi.


Entre la foi dans la rédemption de parents indignes ou incapables et l'abandon à eux-mêmes d'enfants de 14 ans sous le couvert du respect de leur autonomie, il y a des contradictions abusives qui en disent long sur nos névroses collectives inconscientes. Dans les cas de figure qui nous concernent, la déresponsabilisation des adultes est patente. Répétons-le encore : la vertu est l'ennemi du bien. Quant à l'amour qu'on clame pour les enfants, il est peut-être de bon aloi qu'il soit l'objet de nos méditations futures.

Denise Bombardier

Communiqué de presse de Parents Forever Switzerland

[ Jeudi 13 Octobre, numéro 82 ]

Objet : Vote du Conseil national sur le postulat de Reto Wehrli du 7 octobre 2005 concernant les tâches parentales. Égalité de traitement.

Nous tenons à remercier les conseillères et les conseillers nationaux qui ont accepté le postulat de Reto Wehrli (conseiller national PDC) concernant le maintien de l’autorité parentale commune après un divorce et l’introduction de l’autorité parentale commune pour les parents non mariés.

Ce sera enfin l’application du 1er paragraphe de l’article 18 de la convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU ratifiée par la Suisse le 26 mars 1997 par ce même parlement.

C’est aussi reconnaître la dignité de chaque parent, marié ou non, qui va avoir la même responsabilité d’élever et éduquer l’enfant et encourager les pères à prendre leur responsabilité.

C’est aussi rompre la pratique de déchoir sans motif l’un des parents de son autorité parentale lors d’un divorce.

Depuis l’introduction du nouveau droit du divorce en 2000, cette possibilité du maintien de l’autorité parentale commune a été introduite pour autant que les deux parents soient d’accord. Dès que cette modification sera introduite dans notre code civil suisse, l’autorité parentale commune le sera d’office.

Ce n’est qu’exceptionnellement qu’elle pourra être attribuée à un seul parent, marié ou divorcé.

Nous saluons nos 136 parlementaires qui ont compris l’importance de chaque parent dans l’intérêt de nos enfants.

Communiqué de presse du MCPV2

[ Dimanche 02 Octobre, numéro 81 ]

PAPA-CONTACT

à Yverdon, rue Curtil-Maillet 23 pour la première fois le 17 Octobre de 20 à 23 heures. Puis chaque 3ème lundi du mois


Après 3 ans et demi d’expérience, les lieux de Paroles et d’Ecoute des « PAPA-CONTACT » connaissent une grande affluence. Après Renens, Martigny, Fribourg, les MCPs ouvrent un 4ème lieu pour les pères devant affronter les difficultés de la séparation. C'est Yverdon qui a été choisi par le Mouvement de la Condition Paternelle Vaud-Valais pour démarrer ce nouveau point de rencontre pour les pères qui ont besoin de parler de leur situation.

Ces rencontres, gratuites, sont animées par des animateurs bénévoles de notre association. Venez vous y exprimer, dans un cadre respectueux et confidentiel.
Elles se déroulent chaque lundi du mois dans un lieu différent en Vaud, Valais et Fribourg.

Pour plus de renseignements sur le Mouvement de la Condition Paternelle, consultez notre site www.sosopapa.ch

Ci-joint une affiche qui va être distribuée dans la région yverdonnoise. Pouvez-vous la diffuser dans votre journal? Cela rendra un grand service à notre association en permettant d’informer les hommes concernés par les problèmes souvent douloureux du divorce ou de la séparation.

Dans l’espoir que vous accepterez de diffuser ces informations, nous nous tenons à votre entière disposition pour tout renseignement, et vous prions de recevoir, Madame, Monsieur, nos salutations les plus sincères.

Contact : 076/536/25/13
021 618 0244 (heures de bureau + répondeur)

De Tocqueville, la justice et la Suisse

[ Mardi 27 Septembre, numéro 80 ]

Depuis quelques temps déjà, Père pour toujours Genève a soulevé la question de la problématique suisse, particulièrement genevoise, de la nomination des juges. Or nous savons tous que le processus de nomination des magistrats dans notre canton se fait en fonction de leur appartenance à un parti politique.

Bien qu’ancré dans l’histoire, nous pensons que ce processus contrevient à un principe fondamental qui caractérise une société moderne, celui de la séparation nécessaire entre le législatif (ceux qui font les lois - les politiques) et l’exécutif (ceux qui applique la loi – les magistrats).

Déjà en 1848 Alexis de Tocqueville dans un ouvrage intitulé « Rapport sur « la démocratie en Suisse » de Cherbuliez notait :

"L'idée de l'indépendance du pouvoir judiciaire est une idée moderne. Le Moyen Âge ne l'avait point aperçue, ou du moins il ne l'avait jamais conçu que très confusément. (...)

La Suisse, au contraire, a été de tous les pays d'Europe celui peut-être où la justice s'est le plus confondue avec le pouvoir politique, et est devenue le plus complètement un de ses attributs. On peut dire que l'idée que nous avons de la justice, de cette puissance impartiale et libre qui s'interpose entre tous les intérêts et entre tous les pouvoirs pour les rappeler souvent tous au respect de la loi, cette idée a toujours été absente de l'esprit des Suisses, et qu'elle n'y est encore aujourd'hui que très incomplètement entrée."


CQFD

De Tocqueville, Alexis "Rapport sur "La démocratie en Suisse" de Cherbuliez (1848) dans Oeuvres Tome I, Edition Gallimard collection la Pléiade, 1991 page 643

Allocution de M. Hans Lehmann au 7ième colloque de Médecine de premier Recours (Palais de Beaulieu, Lausanne), jeudi le 1er septembre 2005

[ Lundi 26 Septembre, numéro 79 ]

Le médecin se sent parfois confronté à des patients ayant des problèmes psychosomatiques dont il attribue l’origine à des conflits de couples persistants tendant à la séparation. La médiation familiale peut-elle intervenir face à de telles situations ?

Introduction

Dr. Siméon Grossmann

Aujourd’hui encore le divorce d’une famille est une grande crise pour les concernés, souvent aussi pour les enfants. Il s’agit d’essayer de diminuer ou même d’éviter les dommages psychiques et physiques à long terme des personnes qui subissent un tel drame.

En cabinet médical, ces problèmes ne sont pas rares et les patients montrent souvent des troubles psychosomatiques ou psychiques, parfois somatiques (après des altérations physiques). Ces troubles peuvent et doivent être traités avec des entretiens et des médicaments, mais pour vraiment résoudre les problèmes de base, il faut trouver d’autres solutions

Maintenant encore les patients cherchent de l’aide auprès d’un avocat, qui, par définition, défend les intérêts d’une personnes, son client, mais pas de toute la famille. Cette habitude mène souvent à une solution de vainqueur et vaincu, une situation défavorable à long terme pour aller vers un dénouement plus équitable. En plus, lois loi déchoit l’un des parents de son autorité parentale, dans 9 cas sur 10 le père. Le couperet de la justice tranche, le lien entre les enfants et le vaincu.

Moi, comme confrère, j’ai vécus personnellement ce type de procès. C’est alors que j’ai commencé à m’engager pour chercher de meilleures solutions auprès d’une solution auprès d’une association Suisse alématique : VEV ( Verantwortungsvoll Erzehiende Väter un Mütter) ayant 2 buts : médiation et responsabilité commune. Ensuite comme Président de l’association « Parents forever Switzerland ». Même si je suis moins actifs, je me solidarise toujours entièrement avec la philosophie de ces associations.

MEDIATION FAMILIALE
Présentation par Hans Lehmann1

Je suis devenu médiateur familial en 1988 après avoir traversé les étapes du mariage et du divorce, du concubinage et de la séparation et être devenu père de deux enfants. J’ai pu constater les présupposés de notre société vis-à-vis des mères et des pères. En 1984 déjà, j’ai été sensibilisé à la médiation familiale en Grande-Bretagne. Lorsqu’une famille éclate, cette nouvelle approche de résolution de tension hors judiciarisation m’a convaincu. Je suis devenu un militant de cette pratique, car elle a des buts particuliers : le respect de la personne, le développement de la coresponsabilité parentale, l’intérêt des enfants et le développement des compétences des utilisateurs de la médiation familiale.

Quel est le concept de la médiation familiale ?

Voici la définition qu’en donne l’Association pour la médiation familiale (APMF) fondée en 1988 à Paris.

« La médiation familiale, notamment en matière de séparation et de divorce, est un processus de gestion des conflits dans lequel les membres de la famille demandent ou acceptent l’intervention confidentielle et impartiale d’une tierce personne, le médiateur familial.

Son rôle est de les amener à trouver eux-mêmes les bases d’un accord durable et mutuellement acceptable, tenant compte des besoins de chacun, et particulièrement de ceux des enfants, dans un esprit de co-responsabilité parentale. La médiation aborde tous les enjeux de la désunion, notamment relationnels, économique, patrimoniaux.

Par extension, ce processus peut être accessible à l’ensemble de la famille (ascendants, descendants ou collatéraux) concernés par une rupture de communication dont l’origine est liée à une séparation. »
2

Cette longue définition souligne l’importance de ce processus de résolution de conflits. En effet, les médiateurs familiaux s’engagent à respecter un code de déontologie fondé sur une philosophie et une éthique qui va donner la crédibilité et les bases de cette nouvelle activité qui est devenue pour moi une vocation. Le médiateur n’a aucun pouvoir de décision, il est indépendant, neutre, il est avant tout facilitateur de la communication.

Comment la pratique-t-on ?

A chaque séance de médiation sont traitées les préoccupations essentielles des utilisateurs qu’ils ont définies lors de la première rencontre avec le médiateur. Un cadre est fixé : le respect de la parole de chacun, la confidentialité est assurée, la neutralité, la liberté d’exprimer des sentiments sans violence. Le médiateur s’assure que les personnes ont les connaissances nécessaires à l’élaboration d’accords acceptables pour chacun et selon les exigences du cadre légal.

Le dispositif va favoriser un climat de confiance permettant aux tensions de se dissiper. La libre parole favorise la capacité de changement. La responsabilité personnelle évolue vers un engagement, une reconnaissance de l’autre favorable à une acceptation de projets innovants.

Par qui est-elle pratiquée

La médiation familiale est pratiquée par des médiateurs familiaux spécialement formés dans des domaines touchant le droit, la communication, la psychologie, la sociologie et ayant acquis des expériences antérieures dans ces domaines.

Que fait-il ?

Il donne la place à la parole de chacun. Cette liberté de la parole 3 extériorise les tensions accumulées. Il canalise avec équité ce flot de paroles et, progressivement, en se basant sur ce qu’il entend, il va amener les utilisateurs aux réflexions nécessaires pour accepter le changement et l’adaptation à la situation nouvelle.

Bien que possédant ses propres valeurs de la famille, il va puiser dans les paroles exprimées les éléments favorisant la réorganisation de la famille adaptée aux nouvelles responsabilités qui en découlent selon les conceptions de leur propre famille.

Entre les séances, il va demander à chacun d’expérimenter l’objectif sur lequel un consensus a été obtenu. Par exemple, fixer les jours et les horaires pendant lesquels les enfants seront chez un parent. Comment vont se faire les transitions ? A la sortie de l’école ou au nouveau domicile ?

Ces étapes de dévoilement font apparaître les différences. Il va être possible de reconnaître la complémentarité du statu de parents et de se respecter sur ce plan. Les enfants se rendront très rapidement compte du comportement plus calme des parents. Des nouvelles habitudes s’établissent. Ce processus va permettre de faire le deuil de certains liens et d’en développer de nouveaux qui pourront nourrir les besoins affectifs de chacun sans les ternir par de la haine ou la mémoire de blessures d’amour-propre.

Les accords reconnaissant la coresponsabilité découlant du fait parental pourront être concrétisés dans un document, dans un cadre légal, reflétant les engagements personnels de chacun.

Durant ces étapes, bien souvent l’état physique des concernés se modifie et bien des symptômes disparaissent peu à peu.

En conclusion, la médiation familiale favorise les valeurs essentielles quand rien ne va plus comme la possibilité d’assumer ses responsabilités parentales et permettre une éducation équilibrée des enfants par la complémentarité reconnue de chaque parent.

Genève, août 2005


1M. Hans Lehmann est membre fondateur de Père pour toujours Genève et médiateur familial

2 in Pratique éthique de la médiation familiale APMF 2003.

3 Remond, Jean-Daniel, Hôpital et médiation, Editions L’Harmattan, 2001 page 101

Convocation à l’assemblée générale de Père pour toujours Genève

[ Lundi 23 Mai, numéro 78 ]

Date : Jeudi 2 juin 2005 à 19H30

Lieu : Café Restaurant Le Pacific, 51, avenue du Curé Baud, 1212 Grand Lancy

Ordre du jour :

1. Salutations et ouvertures de l’assemblée
2, Les te des présences
3. Nomination des scrutateurs
4. Propositions individuelles à ajouter à l’ordre du jour
5. Approbation de l’ordre du jour
6. Approbation du procès verbal de l’assemblée générale précédente
7. Admission et démissions
8. Rapport du comité
8.1 Réalisations et activités
8.2 Comptes 2004
8.3 Présentation du budget 2005
9. Rapport des vérificateurs des comptes
10. Approbation des comptes 2004
11. Approbation du budget 2005
12. Election des vérificateurs des comptes et du suppléant
13. Rapports des objectifs 2004 et suite pour 2005
14. Election du comité
15. Divers
16. Clôture de l’assemblée générale


Verrée & discussion conviviale.

Aider les pères...aussi (7/7) Conclusion

[ Vendredi 20 Mai, numéro 77 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
7ième partie de sept

CONCLUSION

Quand aider les pères… aussi peut s’intégrer à une véritable politique de santé publique et non plus un lieu d’affrontement hommes-femmes.



Nous pensons avoir démontré que les hommes en général et les pères en particulier ont aussi, à leur façon, besoin d’aide.

Malheureusement, il existe de nombreux obstacles à la mise en place de ressources consacrés à les aider. Toutes et tous y participent. Les hommes sont souvent perçus comme étant un groupe social nécessairement favorisé par la société, donc en position de domination et de pouvoir. Pour certaines femmes, aider les hommes en général et les pères en particulier peut paraître menaçant avec la peur de perdre le pouvoir qu’elles ont gagné. C’est risquer de revenir en arrière, risquer de voir les budgets des groupes de femmes transférés en parti aux groupes d’hommes. Les hommes eux-mêmes font aussi obstacles et contribuent à la perpétuation en choisissant des solutions individuelles à des problèmes collectifs ou en gardant le secret sur leur souffrance et leurs difficultés. (1)

Nous pensons qu’aider les pères…aussi, n’implique pas nécessairement parler moins des femmes. Par contre, c’est s’opposer à un construit social qui polarise la situation où on ne parle des femmes qu’en tant que victimes et des hommes qu’en tant qu’agresseurs ou que porteur de problèmes.

Nous pensons qu’aider les pères…aussi c’est admettre qu’ils ont aussi des besoins spécifiques et pas nécessairement antagoniste à ceux des autres et qu’y répondre c’est aussi adapter une véritable politique de santé publique ouverte à tous. C’est admettre que les hommes sont aussi des êtres humains.

Nous pensons finalement que Père pour toujours est en mesure d’apporter des solutions par ses actions.

Ces actions prennent les formes suivantes :

- Une permanence d'accueil, animée par des professionnels de la médiation avec une expérience particulière des problèmes auxquels sont confrontés les pères. L'écoute attentive des difficultés et le fait de ne pas être seul avec ces difficultés, l'information que l'on peut y recevoir, et tant d'autres choses qui ne peuvent toutes être décrites et expliquées ont dans les faits un impact évident sur le parcours du père qui vient nous voir. C'est là que se fait le travail le plus utile. En raison d'absence de local et d'absence de financement, nous ne pouvons actuellement recevoir les pères qu’au compte-gouttes (2-3 entretiens par semaine, alors que en 2003 ce n'étaient pas moins de 600 entretiens par an! ) La remise sur pied de cette permanence est notre objectif prioritaire.

- Des réunions mensuelles "l'école des pères ?" qui offrent une possibilité de réflexion et d'évolution personnelle

- Notre site Internet, qui offre de grandes possibilités d'information facilement accessible et stimule une réflexion sur les problèmes des pères. La fréquentation réjouissante, de notre site (près de 27'000 visiteurs depuis avril 2004 ; plus de 150 accès par jour en moyenne en février 2005, en augmentation constante) nous apporte la preuve de l'intérêt de son contenu que nous enrichissons constamment et montre aussi la demande d’information existante concernant la parentalité, les liens père enfant, la médiation.

- Notre philosophie d'action, qui vise à une collaboration constructive avec la mère des enfants, les autorités concernées, avec toujours au centre le bien-être des enfants. Nous voulons être un partenaire utile à toutes les personnes concernées, apportant des informations, expérience et savoir-faire.

- La nécessité ressentie maintenant par une large majorité de la population d'adapter les réalités institutionnelles aux changements considérables des réalités familiales: le nombre d'enfants dont les parents sont séparés de plus en plus grand. On ne peut pas répondre à cette réalité nouvelle avec des schémas de pensée datant d'une autre époque et excluant de facto le père.

Père pour toujours Genève entend être un vecteur de ces changements progressifs tant nécessaires.


Paul Ménard


Felipe Fernandez


membres du comité de Père pour toujours Genève


Remerciement


Nous tenons à remercier sincèrement le Dr Patrick Robinson (Neuchâtel) pour les discussions constructives et ses commentaires qui nous ont permis d’approfondir notre réflexion, entre autre sur la question de la violence. Nous remercions aussi Yvon Dallaire (psychologue- Québec) pour ses commentaires.

(1) Dulac Germain,

Aider les pères...aussi (6/7) Mythe no 5: L'illusion de la justice

[ Lundi 16 Mai, numéro 76 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
6ième partie de sept


Mythe No 5 L’illusion de la justice

A la lecture des mythes et préjugés précédents quant au prétendu déficit des capacités parentales des pères, de l’absence de besoin des pères et du ciblage des hommes comme responsables exclusifs de la violence familiale, comment s’étonner des décisions prises majoritairement par la justice.

Lorsqu’un père équilibré se voit confronté à une procédure judiciaire en divorce, il pense naïvement que dans son cas, la justice le reconnaîtra apte à être un parent compétent, égal à l’autre parent. Quelle illusion !

Tout d’un coup, il est évincé de la vie de ses enfants qu’il aime, ne les voit que tous les quinze jours quand tout va relativement bien.

Encore là, le respect des droits de visite reste dans bien des cas aléatoire et il n’existe pas de mesure efficace où de volonté concrète visant à faire respecter le droit de visite.

De fausses allégations sont encore souvent invoquées pour que, immédiatement, les liens avec les enfants soient rompus.

« Depuis quelques temps, on assiste à une prolifération d’allégations d’abus sexuel dans les causes de divorce et de garde d’enfants. Selon les chercheurs qui se sont penchés sur ce phénomène, une grande proportion de ces allégations sont fausses (…) Dès que le signalement est fait, le conjoint présumé abuseur perd ses droit, souvent dans les 24 heures qui suivent (…) jusqu’à ce que le tribunal se prononce sur la preuve ». (1)

Le problème, c’est qu’il n’y a pas que les liens pères-enfants qui soient rompus, Gérard Niveau, médecin sur Genève, parle de maltraitance grave Bien que tous s’entendent pour dénoncer les effets particulièrement pervers de ces fausses allégations, sur Genève il n’y a jamais eu de condamnation. On préfère ratisser large où comme nous l’écrivait la présidente d’une association active dans le milieu de la lutte contre les pédophiles : « il existe malheureusement un nombre de cas impressionnant d’abus réels sur des enfants, et nous avions peur que certaines femmes ayant réellement de quoi déposer plainte ne le fasse pas par peur d’une répression sans précédent ».

En fait, sur cette question des abus qu’ils soient vrais ou faux, on finit par admettre qu’il y a des victimes qui le sont plus que d’autres. On accepte que la lutte contre la pédophilie ne se fasse qu’au prix de dommages collatéraux énormes Si tel est le cas, quel principe éthique sous-tend l’impunité actuelle?

Comme le soulignait l’avocate Kathrin Gruber dans une de nos chroniques :
« Actuellement, la justice et les experts spécialisés penchent presque toujours en faveur de l’autorité parentale et de la garde à la mère en vertu du principe qu’on ne peut pas enlever l’autorité parentale à une mère n’ayant pas démérité de son rôle de mère, car cela facilite grandement les décisions et correspond encore à une mentalité un peu dépassée de la mère au foyer et du père au travail pour entretenir la famille. Les autorités judiciaires et les spécialistes peinent à prendre en compte le changement de situation qui s’est produit, en ce sens que les mères sont davantage impliquées dans le monde du travail et le père davantage dans les tâches éducatives.

L’égalité existe dans la loi, mais pas encore dans les mentalités ». (2)

La réalité est que le système judiciaire permet au juge de se baser sur la coutume et la jurisprudence qui s’en « tient au principe selon lequel les enfants en bas âges doivent être attribué en général à la mère. (3), (4)

Une ex-ministre québécoise, Louise Harel, déclarait lors d’une commission parlementaire sur les pensions alimentaires : « Je pense qu’il faut regarder une réalité qui est justement celle de motiver, d’encourager, d’inciter les pères à être des pourvoyeurs. On a beaucoup dévaloriser le fait d’être pourvoyeur. Je pense qu’il faut revaloriser ce rôle dans notre société. » Veut-on vraiment relayer les pères au rôle de simple guichet automatique ? » (5)

Les décisions prises sont essentiellement économiques. On ne va chercher à évaluer les capacités parentales de chaque parent !

Ce père équilibré qui veut transmettre à ses enfants ce que lui-même a reçu de ses parents se voit dévalorisé. Il ne devient qu’un parent visiteur au mieux, mais toujours un parent pourvoyeur. La Juge Claire l’Heureux-Dubé alors juge à la Cour suprême du Canada définissait ainsi ce qui reste souvent au père : « Le rôle du parent visiteur est celui d’un observateur privilégié qui, dans un rôle secondaire, apporte amour et soutien à l’enfant.»

Ce père passe par des étapes soit de révolte en demandant justice et en devenant procédurier, soit de découragement, de dépression, voir de démission en ne sachant que faire pour faire face à cette situation

La permanence d’accueil de Père pour toujours Genève peut lui apporter un soutien pragmatique. Le travail qui s’y fait remet entre les mains des pères la responsabilité du maintien du lien avec ses enfants et leur permet de s’ouvrir à d’autres alternatives que celle imposées par la voie judiciaire.

En d’autres mots, l’information qu’ils y reçoivent leur permet progressivement de moins subir et de participer plus activement aux événements transformant leur vie.

(1) Van Gijseghem, Hubert, L’enfant mis ànu L’allégation d’abus sexuel : La recherche de la vérité, Méridien, Montréal page 1999, (1992)

(2) Gruber Kathrin, « Quelles sanctions si le titualire du droit de garde sur les enfants ne respecte pas le droit de visite » Père pour toujours Genève (10 décembre 2004)
http://www.perepourtoujours.ch/chroniques.php

(3) CCS, article premier, alinéas 1, 2 et 3

(4) RO 108 II 373, JdT 1984 I 265

(5) Dallaire, Yvon, Homme et fier de l’être, Ed. Option Sante, Québec, 2001, p. 144)

Aider les pères...aussi (5/7) Mythe no 4: Les hommes ne sont pas victimes de violence

[ Dimanche 15 Mai, numéro 75 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
5ième partie de sept

Mythe no 4. Les hommes ne sont pas victimes de violence

La violence conjugale contre les femmes est un véritable drame. Aujourd’hui, la société a lancé des messages clairs de refus de ce type de violence. Il n’en a pas toujours été ainsi et il a fallu quelques décennies pour prendre conscience du drame. Il n’y pas longtemps encore, quand les premiers résultats des grandes enquêtes sur la violence faite aux femmes ont été publié, il est arrivé que dans certains parlements la réaction des députés a été d’en rire. (1)

Aujourd’hui, parler d’hommes battus soulève des réactions passionnées et agressives.

Les études féministes affirment que la violence conjugale ne peut que s’inscrire dans des rapports de dominance masculine, de préservation des privilèges patriarcaux et d’infériorisation des femmes.(2) L’expression violence familiale est devenue synonyme de violence contre les femmes. Par le fait même, on fait disparaître le concept même d’homme victime tout en occultant la notion de contrevenant féminin. (3) et (4)

Pourtant dans un article récent, paru dans Questions familiales de l’Office fédéral des affaires sociales, les femmes comme les hommes dans une proportion respective de 8 % et de 7% admettent « bousculer, pousser ou secouer leur partenaire sous l’effet de la colère ;
1,6 % des femmes comme des hommes disent frapper leur partenaire que ce soit à coups de pied ou de poing ; 0,6 % des femmes et 0, 7% des hommes admettent régulièrement rouer de coups leurs partenaire, le maltraiter avec des objets, voire l’étrangler ». (5) Ces résultats sont conformes à d’autres études, entre autre canadiennes.
(6) et (7)

Mais en fait de quelle violence parle-t-on ? Daniela Gloor et Hanna Meier dans un article de revue parlent de « violence en tant que comportement spontané face aux conflits » à ne pas confondre avec le « concept de comportement violent et dominateur systématique ». La littérature publiée récemment sur la violence dans le couple est claire sur la distinction à faire à ce sujet. (8) et (9)

Evidemment, on pourrait croire que la violence féminine ne peut être que réactive à la violence masculine patriarcale et dominatrice. Pourtant, on peut lire dans une étude récente de l’Institut de la statistique du Québec sur l’ Enquête sociale générale (ESG) que le taux de prévalence (taux pour 1000) des cas de violence conjugale de la part d’un ex-conjoint au cours des cinq années précédent l’enquête, les taux hommes et les femmes victimes de « terrorisme conjugal grave » ou de « comportement violent et dominateur systématique » sont respectivement de 50 pour mille et de 62 pour mille. (10) et (11)

Deux distinctions sont relevées cependant : la gravité des blessures que subissent les femmes et le taux de dénonciation de la situation différentes chez les hommes et les femmes.

Qu’en est-il des statistiques en Suisse ? Au cours d’une réunion organisée le 11 novembre 2004 entre des membres d’associations suisses de pères et la section violence du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes, on a admis qu’il n’y avait pas de statistiques fiables quant aux nombres et au sexe de victimes de violences ; que chaque canton a ses propres statistiques des condamnations pénales et la plupart ne précisent pas si les délits ont été commis dans le cadre de la violence domestique. (12)

En accord avec les propos tenus par une responsable de la section violence du Bureau fédéral de l’égalité entre les femmes et les hommes, nous ne voulons pas faire ici une compétition à savoir qui des hommes ou des femmes seraient plus victimes. Cependant, nous affirmons que la thèse développée et diffusée largement à l’effet que la violence conjugale est le reflet exclusif de la domination de l’homme sur la femme (13) est pour le moins simpliste et réductrice. Mis à part son effet médiatique qui renforce le mythe que les hommes ne sont pas victimes de violence, elle ne permet surtout pas d’expliquer toutes les violences qui s’expriment entre personnes intimes (couples hétéro, lesbiens ou couples gais).(14), (15) et (16)

Sur cette question des hommes battus, on entend couramment cette question sur un ton ironique : « Où sont-ils ? ».

En fait il est intéressant de constater que les hommes qui viennent en contact avec l’association ne viennent jamais directement. C’est souvent, presque toujours leur entourage (ami, collègues) qui nous contacte et nous fait part de leur inquiétude, nous demande de prendre l’initiative du contact avec la personne intéressée.

Comme on peut le lire dans un rapport de Santé Canada : « En fait, c'est très simple, si l'on ne se met pas à la recherche des victimes masculines, elles ne se manifestent pas spontanément. Si nous n'explorons pas la problématique de la victimologie masculine avec les hommes et les garçons, ceux-ci ne nous livreront pas leurs histoires de leur propre chef. Par conséquent, et cela est malheureusement très caractéristique, la première fois qu'un contrevenant masculin, adolescent ou adulte, reçoit la moindre aide au niveau de sa propre victimologie, c'est lorsqu'il a retenu l'attention du système judiciaire pour avoir lui-même fait des victimes (Sepler, 1990) ». (17)

Les hommes qui subissent de la violence dans le couple se taisent pour différentes raisons. Pour l’homme battu, « la honte constitue entre autre une raison qui empêche les hommes de parler des violences psychologiques et physiques qu’ils subissent. Objet de sa conjointe, l’homme est aussi sujet de risée sociale. Etre battu invalide l’homme dans son appartenance à la catégorie sociale « homme ». Les institutions (services communautaires, police, justice) et beaucoup d’intervenants (médecins, psychologues, travailleurs sociaux) minimisent la violence faites aux hommes »(18)

Les propos tenus par Silvia Tombesi, alors substitut du procureur général du canton de Genève, maintenant juge au Tribunal de la famille, à la journaliste Anna Lietti du journal Le Temps sont éloquents et illustrent bien le climat actuel : « Nous partons du principe pour acquis que les mères disent la vérité » (19)

Alors ne nous étonnons pas que les hommes se taisent parce qu’ils ont été ciblés comme étant les responsables exclusifs de la violence conjugale. Le risque, pour eux, c’est d’être à la fois victime et être pointé du doigt comme étant l’agresseur potentiel, d’être expulsé du domicile familial, d’être condamné à voir ses enfants dans un Point de rencontre, souvent à la suite d’une longue attente.

Les hommes battus se taisent parce qu’ils sont impensables socialement.



(1) Tutty Leslie, Violence à l’égard du mari: vue d’ensemble sur la recherche et les perspective Santé-Canada, - Unité de la prévention de la violence familiale 33 pages (1999)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/husbandfrench.pdf


(2) Gillioz Lucienne, De Puy Jacqueline, Ducret Véronique Domination et violence evers la femme dans le couple Editions Payot Lausanne 269 pages (1997)

(3) Mathews, Frederic Le garçon invisible: (…)

(4) Torrent Sophie « L’homme battu : impensé car impensable social » dans Questions familiales Office fédéral des assurances sociales , Berne, numéro 1, pages 50- 53 (2004)

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0401.pdf

(5) Bodenmann, Guy et Gabriel, Barbara « Le bien-être des couples suisse » dans Questions familiales, Office fédérale des affaires sociales (Berne) volume 4 numéro 2 page 50. (2004)

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0402.pdf

(6) Statistique Canada La violence familiale au Canada: un profil statistique Gouvernement du Canada, 2000

(7) Laroche Denis La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Gouvernement du Québec, 2003

http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/violence_h-f99_pdf.htm

(8) Johnson Michael P. ; et Janel M. Leone « The Differential Effects of Intimate Terrorism and Situational Couple Violence, Findings fromt the National Violence Against Violence Survay, revision a paper presented at the Tenth International Conference on Personal Relationship, Brisbane (Asutralia) (2002)


(9) Laroche Denis, Aspect du contexte et des conséquences de la violence conjugale : violence situationnelle et terrorisme conjugal au Canada en 1999 Institut de la statistique du Québec décembre 2004

http://stat.gouv.qc.ca/bul/conditions_vie/AspectViolen.pdf


(10) Statitistique Canada, Enquête sociale générale 1999, fichier de microdonnées
« L’échantillon de l’Enquête sociale générale (ESG) de 1999 sur la victimisation, a été menée par Statistique Canada, comptait 25876 répondants, soit 11607 hommes et 14269 femmes, résidant dans les 10 provinces canadienne »

(11) Laroche Denis, Aspect du contexte et des conséquences de la violence conjugale : violence situationnelle et terrorisme conjugal au Canada en 1999 tableau 9 page 18

(12) Aide mémoire de la réunion du 11 novembre 2004 Bureau fédéral de l’égalité entre les femmes et les hommes.


(13) Gillioz Lucienne, De Puy Jacqueline, Ducret Véronique Domination et violence envers la femme dans le couple Editions Payot Lausanne 269 pages (1997)

(14) Kirkland Kevin La violence des gais dans leur relations intimes : un document de trvail Gouvernement du Canada – Ministère de la santé – Agence de santé publique du Canada (2004)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/2004HommeGai_f.pdf

(15) Centre national d’information sur la violence dans la famille La violence à l’égard des hommes dans les relations intimes Gouvernement du Canada – Ministère de la santé (2004)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/Intimate_Partner_Fr.pdf

(16) Chesley Laurie, MacAulay Donna, Ristoch Janice La violence dans les relations lesbiennes: informations et resources Gouvernement du Canada – Centre National d’information dans la famille (1998)

http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/pdfs/relationslesbiennes.pd

(17) Mathews, Frederic Le garçon invisible: nouveau regard sur la victimologie au masculin enfants et adolescents Gouvernement du Canada, (1996)

http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/nfntsxinvisible_f.html#s_ouvrir

(18) Torrent Sophie, « L’homme battu : impensé car impensable social » dans Questions familiale Office fédérale des affaire sociale, Suisse pp 50.52 (2004)

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0401.pdf

(19) Lietti Anna « Faut-il punir les parents coupables de meurtre psychologiques » in Le temps 18 mai 2000

Aider les pères...aussi (4/7) Mythe no 3: Il faut protéger les enfants des pères

[ Samedi 14 Mai, numéro 74 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
4ième partie de sept

Mythe no 3 Il faut protéger les enfants des pères.

Un autre aspect non négligeable de cette question de la prétendu capacité parentale moindre des pères est celle de la maltraitance. En d’autres mots, non seulement le concept de capacité parentale équivalente n’est pas passé dans les mœurs, mais encore croit-on, qu’il faudrait protéger les enfants des pères et que les mères sont un rempart à la maltraitance des pères.

Encore aujourd’hui, la page d’accueil du site Internet du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes accueille ainsi l’internaute : « Demain bien sûr… Les femmes et les enfants ne subiront plus la violence sexuelle ».(1)

La maltraitance revêt différents aspects qui ont été défini par l’Organisation Mondiale de la Santé et qui ont été repris par plusieurs pays. Ces aspects sont au nombre de quatre : la violence physique, la violence psychologique, les abus sexuels et la négligence.

La répartition canadienne des différents types de mauvais traitements est le suivant : (2)
Violence physique 31 %
Abus sexuel 10 %
Négligences 40 %
Violence psychologique 19 %

Les auteurs de l’ensemble de ces violences sont :
Mère biologique 61 %
Père biologique 38 %
Beau-père 9 %
Belle-mère 3 %
Famille d’accueil 1 %
Autre membre de la famille 7 %

Dans les cas d’abus, les pères sont impliqués dans 15 % des enquêtes ouvertes. Sur l’ensemble de ces enquêtes le pourcentage des plaintes se distribue selon la ventilation suivante :
Corroborées 20 %
Présumées 20 %
Non corroborées 60 %

Aux Etats-Unis, les résultats sont presque identiques. La répartition des auteurs de l’ensemble des maltraitances est :
Mère biologique 62 %
Père biologique 38 %

Toujours aux Etats-Unis, le pourcentage d’infanticide quant à lui représentait un taux de 1,62 pour 100'000. Les auteurs des ces infanticides se répartissaient comme suit :
Mère seule 31,5 %
Deux parents 21.3 %
Mère + autre personne 16. 3 %
Père 10. 7 %
Famille d’accueil 6. 1 %
Autre 5.7 %
Parenté 4.5 %
Inconnu 2.7 %
Père + autre personne 1.1 %(3)

En Suisse, l’obtention de statistiques fiables suisses est difficile. Dans son rapport Evaluation du dispositif de protection des enfants victimes de maltraitance, la Commission externe d’évaluation des politiques publiques du canton de Genève indique :
« Il n’existe pas de statistiques complètes ni au niveau suisse ni au niveau genevois. A Genève, les définitions n’étant pas unifiés, les statistiques tenues par certains services ne sont pas comparables : années civiles en Pédiatrie, années scolaires au SSJ, pas de statistiques consolidées, etc. Il est difficile dans ce contexte de cerner précisément l’ampleur de la maltraitance, laquelle se chiffre cependant à plusieurs centaines de cas par an »(4)

Pouvons-nous admettre que les similitudes nord-américaines, en particulier canadienne, avec la Suisse permettraient d’émettre l’hypothèse suivante : les grandes tendances sur le type, les causes et les auteurs des maltraitances se distribuent de manières semblables en Suisse ? Nous pensons que oui.

Mais alors, si tel est le cas, pourquoi les pères sont ciblés comme étant le principal risque de maltraitance ? Pourquoi la garde des enfants est accordée presque systématiquement à la mère ?

Autre question provocatrice, les pères ne pourrait-il pas être un contre pouvoir qui apporte une limite à la toute puissance maternelle ?

Finalement, « si on admet cette thèse selon laquelle le principal rôle du père consiste à couper le cordon ombilical de l’enfant, doit-on s’étonner que les mères, affranchies de la dépendance envers leur mari, l’aient congédié et s’opposent farouchement à toute intervention dans leur relation symbiotique avec ses enfants? N’est-ce pas d’ailleurs pour empêcher que l’on dénonce cette immoralité que les mères ont pris d’assaut les pères pour leur inventer quelque immoralité pour que la cour les écarte systématiquement du giron familial? »(5)

(1)http://www.equality-office.ch/f/index.htm

(2) Trocmé N et AL. Etude canadienne sur l’incidence des signalements de cas di violences ete de négligences envers les enfants – Rapport final – Gouvernement du Canada Ministères de la santé (2001)

(3) US Department of Health and Human Service, Administration on Children, Youth and Family. Child Maltreatment 1999 Washington DC USA. Government Printing Office, (2001)

http://www.acf.hhs.gov/programs/cb

(4) Commission externe d’évaluation des politiques publiques du canton de Genève Evaluation du dispositif de protection des enfants victimes de maltraitance (2005)

(5) Brook François, Un père ça sert à quoi dans Chronique 29, 6 mai 2004

http://www.perepourtoujours.ch/chroniques.php

Aider les pères...aussi (3/7) Mythe no 2: Les pères ont une capacité parentale moindre

[ Vendredi 13 Mai, numéro 73 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
3ième partie de sept


Mythe no 2 Les pères ont une capacité parentale moindre

Le champ de la paternité s’articule souvent autours de notions négatives telles que : la passivité, l’absence, la violence et les abus.(1)

Comme le soulignait, Germain Dulac nous vivons dans une société caractérisée par un paradoxe, celui du père nécessaire et du père abject. D’un côté on affirme la nécessité du père comme élément essentiel de développement des enfants, de l’autre on le présente comme un être immoral (2) Ce n’est que tout récemment, dans les années ’70, que les milieux scientifiques prenaient conscience que les pères avaient une fonction importante à jouer dans l’éducation des enfants. On « découvrait » à l’époque la capacité des pères à interagir avec des nouveaux nés. Sans vouloir faire d’ironie, on a découvert que les pères étaient capables de paterner et encore cette reconnaissance ne s’est faite qu’en comparant ce paternage à une valeur étalon, celui du comportement maternel. « Les papas font aussi de bonnes mamans ».

Comme le souligne le sociologue Dulac : « la paternité est dépendant de la capacité des pères à mimer les comportements de mères, il s’agit d’une parentalité construite par la négation, la dévaluation d’une parentalité au masculin.(…) Combien de pères nous disent avoir abandonné ou s’être progressivement retiré des soins aux enfants et des tâches domestiques parce que leur conjointe adoptait une attitude qui leur envoyait une image négative d’eux-mêmes ? A savoir, qu’ils ne s’y prenaient pas de la bonne manière, qu’ils n’avaient pas le mode d’emplois (celui de la mère),…C’est dans le contexte qu’on évalue encore aujourd’hui la compétence parentale des pères. On est loin de questionner la nécessité du faire autant, mais surtout de faire pareil implicite à cette mentalité . (3

Non seulement, en est-on à questionner les capacités parentales des pères, mais le plus souvent on parle d’eux en fonction du« déficit parental » sans trop s’interroger sur les causes de la déconstruction du lien père-enfant au moment d’une séparation ou d’un divorce.

Dans ce cas là, comment comprendre que plus de 90 % de la garde des enfants soit accordé à la mère.

La réalité est que la réponse repose davantage sur les stéréotypes et les préjugés que sur les faits. D’ailleurs, il est intéressant de noter que, dans les tribunaux ou dans les différents services de l’Office de la Jeunesse, il n’existe pas de guide officiel d’évaluation de la capacité parentale.

Pourtant ces guides existent. Leur objectif est d’aider les intervenants à « estimer de manière rigoureuse l’état de mobilisation des parents, leur potentiel à actualiser leurs capacités parentales ainsi que leurs facultés à le faire dans un délai raisonnable en regard des besoins de l’enfant, afin de prendre sans délais les mesures les plus appropriées à chaque situation. » (4)

La réalité montre aussi que les pères et les mères ont des capacités différentes, certes, mais équivalentes.

La réalité montre aussi que les pères et les mères sont nécessaires au développement équilibré des enfants et qu’il faut mettre fin à un processus qui conduit à une proportion importante d’enfants de couples divorcés à ne plus avoir de contact avec leur père dans les cinq années qui suivent une séparation ou un divorce.

Ce qu’il faut, c’est regarder et arrêter de prendre les préjugés pour la réalité et s’ouvrir les yeux pour voir que les pères aiment leurs enfants autant que les mères :

Ah ! Quelques fois tout croche… bien sûr,

Avec des échecs… bien sûr,

Avec des maladresses… bien sûr,

Comme tout le monde, bien sûr... les mères y compris.



(1) Dulac Germain « La configuration du champ de la paternité : politiques acteurs et enjeux » dans Lien social et politique – RIAC , no 31, printemps (1997).

(2) Dulac Germain, « La fragilité de la paternité dans la société québécoise : les paradoxes du père nécessaire et du père abject ». Défi Jeunesse – Institut universitaire Centre de jeunesse de Montréal Vol 6 numéro 3

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/cmulti/defi/defi_jeunesse_0006/paternite.htm

(3) Dulac Germain, « La fragilité de la paternité dans la société québécoise…. »

(4) Centre de Jeunesse de Montréal – Institut Universitaire Guide d’évaluation des capacités parentales (adaptation du guide Steinhauer) (Octobre 2003)

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/evaluation/pdf/guide_competences_parentales.pdf

Aider les pères...aussi (2/7) Mythe no 1: les hommes n'ont pas besoin d'aide

[ Jeudi 12 Mai, numéro 72 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Mythe no 1 : Les hommes n’ont pas besoin d’aide.

La preuve, ils n’en demandent pas.

Il est évident que les hommes ne se portent pas tous mal, mais ceux qui ont des difficultés ont souvent de la peine à admettre leur situation et encore moins à demander de l’aide. Lorsqu’ils le font ils sont souvent reçus froidement par les dispensateurs de service.(1), (2), (3)

La prévention au suicide est un bon exemple de l’incapacité de la société à admettre que les hommes et les pères ont aussi besoin d’aide. Les données statistiques indiquent clairement que la prévalence du suicide est de 2, 7 fois (Au Québec, c’est 4 fois plus) plus élevés chez les hommes que les femmes en Suisse et que les groupes d’âges de 35 à 54 ans représentent 37,5 % des hommes qui se suicident.(4) Dans les pays industrialisés, la progression des taux de suicide dans l’ensemble de la population est expliquée exclusivement par l’augmentation fulgurante des taux de mortalité chez les hommes, en particulier chez les hommes d’âges moyens (5) Parmi, les facteurs de risque clairement identifiés chez ces hommes on trouve les séparations et les divorces (6), (7), (8). Pourtant même lorsque la Fédération des Médecins Helvétiques déplore le retard de la Suisse dans la mise en place de programme de prévention du suicide, on parle d’adolescents, de jeunes adultes et des personnes âgées. On ne parle pas des hommes chez qui on trouve la majorité des suicidés (9). Ce constat est identique chez Ipsilon, Stop-Suicide et à l’Unité d’étude et de prévention du suicide des HUG.

Pourquoi ne fait-on rien pour les hommes de 35-54 ans chez qui on retrouve le plus grand nombre de suicides et c’est un exemple parmi d’autre ou les besoins d’aides sont occultés.

Nous devons admettre, cependant, qu’il est difficile pour les hommes de demander de l’aide, en particulier parce que les exigences de la demande sont antinomiques par rapport aux exigences de la masculinité :
- renoncer au contrôle plutôt qu’exercer un contrôle
- montrer ses faiblesse plutôt que montrer sa force
- faire l’expérience de la honte plutôt qu’exprimer sa fierté (10).

Par contre, il leur est parfaitement acceptable de venir chercher de l’information. Il y a aussi une difficulté spécifique aux hommes qui viennent en situation de crise aiguë et qu’on ne reverra qu’à la prochaine crise aiguë.
Comme le souligne Germain Dulac « les hommes attendent la crise pour demander de l’aide, mais ils s’empressent de mettre fin à l’aide reçue dès qu’ils retrouvent un certain équilibre ou que la crise s’est résorbée. » (11). Ce genre de nuance a son importance et permet de comprendre comment créer une relation de confiance durable, permettant ainsi de mettre en place un soutien dans la durée, condition essentielle pour une action efficace.

Toutes ces spécificités font que les hommes sont parfois perçus comme des clients pénibles ou, dès qu’ils haussent le ton, sont perçus comme menaçant dans un contexte où eux mêmes ne se sentent pas compris, manipulés, agressés, défavorisés, injustement traités, pas écoutés, etc.

La réalité est que les hommes ont besoin effectivement d’aide mais à leur façon. Il faut tout d’abord décoder ce qu’ils disent. Ils sont plus pudiques et plus évasifs. Souvent ils minimisent les problèmes, n’ont pas la même capacité que les femmes à mettre des mots sur leurs souffrances et leurs besoins. Leur silence, lorsqu’ils ne voient pas de solution ou leur façon de plaisanter en dit long à ceux qui savent les écouter et il faut leur laisser le temps, respecter leur silence ou leur agressivité soudaine et leur apporter le sentiment d’être compris dans leur réalité d’homme.

Les structures d’accueil existantes sont souvent inadaptées La permanence d’accueil de Père pour toujours Genève a pour objectif de présenter une réponse spécifique aux besoins des hommes, en l’occurrence sur leurs responsabilités parentales en leur offrant une solution adaptée, ce qu’il ne trouve pas ailleurs.

(1)Bolté Christine, Devault Annie, St-Denis Michèle et Gaudet Judith Sur le terrain des pères – projets de soutien et de valorisation du rôle paternel Université du Québec à Montréal ( Groupe de Recherche et d’Action sur la Victimisation des Enfants) Canada (2002)
http://www.graveardec.uqam.ca/pdf/sltdp.pdf

(2) Gaudet Judith, Devault Annie : Comment intervenir auprès de pères ?: Le point de vus des intervenants psychosociaux. Intervention, 114, 9-18.(2001)
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Comment_intervenir_peres.pdf

(3) Dulac, Germain « L’intervention auprès des pères : des défis pour les intervenants, des gains pour les hommes. Prisme, no 18 p- 190-206 (1998)

(4) Rapport mondial sur la violence et la santé Organisation mondiale de la santé (2002)

(5) Saint-Laurent Danielle, Bouchard Clermont, L’épidémilogie du suicide au Québec : que savons-nous de la situation récente Institut national de santé publique du Québec – Gouvernement du Québec, 24 pages, (2004)
http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/283-FeuilletEpidemioSuicide.pdf

(6) Kposowa AJ. « Marital status and suicide in the National Longitudinal Mortality Study ». Journal of Epidemiology and Community Health No 54 pages 254-261, (2000)

(7) Smith JC, Mercy JA, Conn JM. “Marital status and the risk of suicide”. American Journal of Public Health, No 78, page 78-80, (1998)

(8) Canto CH, Slater PJ « Marital breakdown, parenthood and suicide » Journal of Family Studies, No 1, pages 91-102, (1995)

(9)« Prévention du suicide: initiative pour la création d’une compétence nationale » Bulletin des médecins suisse No 47, page 83 , (2003)
http://www.saez.ch/pdf/2003/2003-47/2003-47-1119.PDF

(10) Rondeau Gilles, « Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins – rapport du comité de travail en matière de prévention et d’aide aux hommes ». Ministère de la santé et des services sociaux – Gouvernement du Québec, janvier 2004.
http://ftp.msss.gouv.qc.ca/publications/acrobat/f/documentation/2004/04-911-01rap.pdf

(11) Dulac Germain Aider les hommes…aussi VLB Editeur (2001) page 72.

Aider les pères...aussi (1/7)

[ Mercredi 11 Mai, numéro 71 ]

Mémoire de Père pour toujours Genève

Aider les pères…aussi
mai 2005-
1ière partie de sept parties


Depuis quelques décennies, la société est en plein bouleversement. D’une société où les fonctions familiales n’avaient pas bougé depuis longtemps et qui étaient attribuées aux unes et aux autres, aujourd’hui ces fonctions ont évolué. Le modèle unique de la famille stable caractérisé par le père au travail et la mère à la maison à s’occuper des enfants et du, ménage n’est plus et de loin le seul modèle. Aujourd’hui, la famille va du modèle traditionnel à la famille monoparentale, en passant par la famille recomposée.

Bien que la société ait évolué et qu’elle continue à changer, la famille aussi, la représentation des fonctions ou des rôles dans la famille, elle, n’a pas beaucoup évolué. Les préjugés envers les femmes et les hommes sont tenaces.

En ce qui concerne les hommes en général et les pères en particuliers, leurs difficultés sont souvent mésestimées ou ignorées. Lorsqu’on parle d’inégalités chez les femmes on parle de discrimination systémique. Lorsque des inégalités sont relevées chez les hommes (prévalence au suicide plus élevée, négation des capacités parentales, prévalence d’accidents graves au travail) on parle de problème social et surtout pas de discrimination.

En fait, on se pose peu la question sur les origines de la discrimination systémique ou des problèmes sociaux, comme si l’une et l’autre s’excluaient mutuellement et se développaient indépendamment des représentations sociales et de la compréhension que nous avons de notre environnement. Comme si l’une et l’autre ne dépendaient pas du même processus de développement de normes, de règles de conduites, de valeurs et de stéréotypes qui finissent pas être institutionnalisés dans des organismes économiques, politiques et sociales.

Si l’on admet que les femmes subissent une discrimination systémique, on craint que si on préoccupe de la condition masculine l'on perde de vue les moyens de lutter pour l’égalité des femmes, comme si les intérêts fondamentaux des femmes et des hommes ne pouvaient qu’être en opposition et contradictoires se résumant à une lutte de pouvoir entre les sexes.

Dans un rapport soumis au Ministère de la santé du gouvernement canadien, Frederic Matthews résume bien ces craintes en parlant des représentations que l’on se fait des organisations d’hommes et de pères qui se mettent en place et des difficultés qu’ils ont à se faire entendre.

« En luttant contre certains de ces stéréotypes, ils s'exposent souvent à des accusations de misogynie, d'appartenir à la réaction idéologique contre le féminisme, ou encore d'appliquer en sous-main un programme occulte visant à miner les gains des femmes. S'il y a la moindre véracité à l'une ou l'autre de ces accusations, elles devront être confrontées par nous tous. Mais si elles ne sont motivées que par la crainte qu'une reconnaissance de la victimologie masculine puisse saper les gains des femmes, alors il faudra en discuter sans détour et surtout sans essayer de minimiser le vécu de ces hommes en s'engageant dans une sorte de compétition qui chercherait à établir lequel des deux groupes aurait été le plus meurtri. Néanmoins, il importe que nous nous rendions tous compte que bien des femmes risquent d'avoir de la difficulté à prêter l'oreille aux drames des victimes masculines avant d'avoir été rassurées à cet égard.

Il est triste de constater que les hommes victimes et leurs porte-parole risquent gros en s'opposant au statu quo et qu'ils subissent de fortes pressions pour rester tranquilles. »
(1)

Dans ce contexte, pourquoi ne pas parler des principaux préjugés ou mythes auxquels sont confrontés les hommes et les pères en particulier.

Notes : Père pour toujours Genève est un organisme non subventionné. L’essentiel des ressources de notre association repose sur le travail de bénévoles. Les moyens mis à disposition de notre service de recherche sont limités. Aussi, les ressources documentaires proviennent essentiellement de ce que l’on trouve sur Internet. Peu d’études en français sont publiées sur la paternité et celles qui sont disponible en ligne proviennent essentiellement du Canada.


(1) Mathews, Frederic Le garçon invisible: nouveau regard sur la victimologie au masculin enfants et adolescents
Gouvernement du Canada, (1996)

http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/nfntsxinvisible_f.html#s_ouvrir

Postulat du conseiller national Reto Wherli

[ Vendredi 04 Mars, numéro 70 ]

COMMUNIQUE DE PRESSE

Les papas demandent au Conseil national que l’autorité parentale conjointe devienne la règle.

Les associations de pères ainsi que les associations de mères suisses de défense du droit de l’enfant lancent une pétition destinée au Conseil national en soutient au postulat ( 7 mai 2004) du Conseiller national Reto Wehrli. Le postulat, signé par 48 Parlementair-e-s, demande au Conseil Fédéral d’étudier la possibilité d’une autorité parentale conjointe qui deviendrait la règle pour les parents qui ne sont pas mariés ou ne le sont
plus.
Le postulat demande de présenter au Parlement, le cas échéant, des propositions de révision des dispositions pertinentes du Code Civil.

La nouvelle loi du divorce, en vigueur depuis 2000, ne satisfait pas bon nombre de parents responsables mais sans autorité parentale qui espéraient beaucoup de cette révision. En effet, celle-ci conditionne l’attribution de l’autorité parentale conjointe par la Justice que dans les cas où les deux parents (mariés ou non mariés) sont d’accord.

L’autorité parentale a été attribuée en 2002 dans deux tiers des cas de divorce à la mère, 6 % au père et dans un quart des cas de manière conjointe. En 2002, 13'000 enfants ont été touchés par le divorce de leurs parents et 80% de ceux-ci avaient moins de 15 ans. On peut estimer qu’en Suisse il y a actuellement entre 150'000 et 200’000 enfants dont seul un parent a l’autorité parentale, et dans plus de 90% des cas la mère.

Lorsque mère ne veut pas
Un homme par exemple n’a aucune chance de partager l’autorité parentale et d’assumer la responsabilité du développement et de l’éducation des enfants si la femme s’y oppose. Une telle situation fait augmenter le risque de rupture des contacts, au détriment du bien être des enfants. Les spécialistes de l’enfance sont unis pour dire que tout enfant a besoin de relations avec ses deux parents pour son développement équilibré. La Suisse est signataire de la

Convention internationale relative aux droits de l’enfant qui contient plusieurs articles mettant l’intérêt supérieur de l’enfant devant tout autre considération.

Bien qu’en Suisse il ne semble pas exister de statistiques sur le non respect du droit aux relations personnelles (droit de visite) entre enfants et le parent n’ayant pas l’autorité parentale, celles existantes pour d’autres pays d’Europe occidentale démontrent que la situation est dramatique – de 40% à 70 % des enfants pris dans des conflits entre parents ne voient plus l’un de ses parents, généralement le père, après le divorce. Les autorités en Suisse (Justice, Offices de la Protection de la Jeunesse, Gendarmeries), se disent dépourvues de moyens pour faire respecter le « droit de visite » et ceci particulièrement face à un parent qui n’a pas l’autorité parentale.

Succès de l’ autorité parentale conjointe

Divers pays d’Europe occidentale, notamment l’Allemagne, appliquent depuis quelques années, la règle de l’autorité parentale conjointe, sauf en cas de circonstances particulières. L’étude approfondie de Roland Proksch sur la nouvelle réglementation en Allemagne démontre, que comparé à l’autorité attribuée à un seul parent et d’une manière générale, le système d’autorité parentale conjointe est mieux à même :
- d’influencer positivement sur la communication, la coopération et les échanges d’informations entre parents au sujet de leurs enfants ;
- De maintenir et d’asseoir les contacts des enfants avec les deux parents, et donc de favoriser le bien de l’enfant ;
- De faire diminuer les conflits entre les parents et d’éviter toute procédure judiciaire ou d’en limiter les effets ;
- De réduire les effets d’une séparation ou d’un divorce sur les enfants ;
- D’améliorer la motivation des parents pour établir leur propre règles ;
- De faire de sorte que les parents mettent en place des règles financières satisfaisantes en matière d’entretien et qu’ils s’y tiennent.

Les hommes prennent leur rôle de pères au sérieux
Certaines femmes critiquent les pères de ne pas assumer leurs enfants et se plaignent de devoir les élever seules. Mais faut-il que, pour les pères qui ont envie d’assumer leurs enfants, la possibilité leur en soit donnée car l’ économie Suisse ne semble pas encore prète à accepter les demandes d’emploi de pères à 50%. Les attitudes de beaucoup de pères ont évolués positivement ces dernières décennies concernant leur désir d’assumer les taches parentales. Le Rapport sur les Familles (Département fédéral de l’Intérieur – 2004) démontre que les pères s’occupent en moyenne 14 heures par semaine de leurs enfants, et que même si ceci représente 10 heures de moins que les mères, la charge totale d’occupations répartie entre travail, ménage et enfants est égale entre pères et mères.

Le comité d’organisation pour la pétition

Bernhard Hasler
Patrick Robinson
Marc-Olivier Peter
Rudolf Szabo

[ Jeudi 03 Mars, numéro 69 ]

LE TEMPS Samedi 26 février 2005

PÉTITION •Le conseiller national Reto Wehrli a déposé un postulat, soutenu par plusieurs organisations
Divorce: des pères demandent une autorité parentale conjointe

Les pères divorcés ne devraient pas être privés de leurs enfants. Des organisations, dont les mouvements cantonaux de la condition paternelle, ont déposé vendredi à Berne une pétition munie de 3000 signatures réclamant l'autorité parentale conjointe.

Ces associations soutiennent un postulat du conseiller national Reto Wehrli (PDC/SZ) qui souhaite que le Conseil fédéral examine comment promouvoir l'égalité de traitement entre les deux parents, qu'ils soient non mariés ou divorcés. Il s'agirait de revoir le Code civil pour faire de l'autorité parentale conjointe la règle, comme c'est le cas en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni. La nouvelle loi sur le divorce, en vigueur depuis 2000, n'est pas satisfaisante s'agissant de l'autorité parentale.

Quarante-huit conseillers nationaux de tout bord politique ont signé la proposition du Schwyzois et le gouvernement s'est dit prêt à se pencher sur le problème. Il ne s'agit pas d'un combat des hommes contre les femmes, a insisté Reto Wehrli devant la presse, tout en stigmatisant l'opposition de certaines «féministes».

Le nouveau droit du divorce, entré en vigueur en 2000, prévoit l'autorité parentale conjointe, mais la conditionne à l'approbation des deux parents. Pour Reto Wehrhi, cela signifie qu'un homme n'a aucune chance de partager l'éducation des enfants si la femme s'y oppose. Selon le comité, il y aurait en Suisse entre 150 000 et 200 000 enfants dont les parents sont séparés et dont un seul a l'autorité parentale, le plus fréquemment la mère. En 2002; l'autorité parentale a été attribuée deux fois sur trois à la mère dans les cas de divorce, dans 6% au père et dans un quart aux deux parents, ont souligné les membres des organisations soutenant la pétition.

Pour eux, une telle situation augmente le risque d'une rupture des contacts, au détriment de l'enfant. Et d'invoquer les spécialistes de l'enfance qui affirment que tout enfant a besoin de relations avec ses deux parents pour un développement équilibré. Les statistiques d'autres pays d'Europe occidentale montreraient que 40 à 70% des enfants pris dans un conflit entre parents ne voient plus leur père, après le divorce. A l'instar de l'Allemagne, la Suisse devrait instaurer l'autorité parentale conjointe.

ATS/AP

La machine à broyer la vérité...

[ Mercredi 16 Février, numéro 68 ]

( Réponse à l’article du DEVOIR, « La Machine à broyer les solidarités…»
Paru sous la chronique LIBRE OPINION du vendredi 11 février 2005 )

Par Serge Ferrand,

Auteur et réalisateur de LA MACHINE À BROYER LES HOMMES
Diffusé mardi 8 février 2005 à ENJEUX, SRC

En reprise sur RDI, samedi 12 février 2005, 20h00

Mesdames Lise Rousseau, Michèle Asselin, Francine Faubert et Lyne Boissinot écrivent dans leur texte « La machine à broyer les solidarités…» ( Devoir, 11 février 2005) que seulement 35% de tous les cas de ruptures font l’objet d’un jugement et que de ce nombre seulement 15% exigent qu’un juge ait à trancher. Ces chiffres viennent en grande partie des recherches de Madame Céline LeBourdais ( INRS *) et de Madame Renée Joyal ( UQAM)
Dans son étude de décembre 2002, « Le rôle des tribunaux dans la prise en charge des enfants après le divorce», l’avocate et chercheure Madame Renée Joyal nous dit en page 15 de son rapport : « Un dossier judiciaire peut donc être rouvert malgré l’existence d’un jugement définitif. Pour faciliter la collecte des données, nous avons dû limiter le dépouillement des informations au premier et au dernier jugement retracés dans le dossier. Il y a donc lieu de signaler que dès qu’il existe plus de deux jugements dans un dossier, il est possible qu’entre le premier et le dernier jugement observés se soient produits des événements tel un changement de garde, qui n’apparaissent pas dans les données dépouillées.»

En clair, Madame Joyal a calculé les consentements au premier jugement et elle n’a pas suivi tout le dossier. Elle arrive ainsi à seulement 15,2 % de séparations litigieuses. Et encore là, personne ne connaît vraiment le chiffre des séparations au Québec. Tout ce qu’on sait d’après les études de Madame Céline LeBourdais (INRS) c’est qu’il y a 20 000 mariages pour 16500 divorces chaque année au Québec et que chez les conjoints de fait (les plus nombreux au Québec) les séparations sont cinq fois plus importantes. Bref, un couple sur deux se sépare.

J’ai voulu savoir si tout était beau au Québec et que seulement 15,2% des séparations étaient litigieuses. Je suis allé dans les ministères et sur le terrain. Voici ce que j’ai trouvé pour le Québec en 2003,

Total des dossiers ouverts au civil : 63 438
Dossiers ouverts en matrimonial : 32 594

Sur 20 000 avocats, 12 000 pratiquent le droit familial
(* INRS : Institut national de la recherche scientifique)

Je me suis rendu aux Palais de Justice de Montréal, de Sherbrooke et de Québec. J’ai fait des copies des rôles dans les salles d’audience et j’ai calculé pour chacun des Palais de Justice une moyenne de 150 à 200 causes jugées ou présentées au rôle chaque jour d’audiences. À 1500 $ le passage en cour pour chaque cas, ça fait combien ?
Trois intervenants m’ont expliqué comment ça se passait : L’avocat de monsieur lui dit « Voilà, signe ton consentement. J’ai négociée dur pour toi et c’est le mieux qu’on puisse faire. Si tu refuses de signer, ça va te coûter dix ou vingt mille de plus et tu risques de tout perdre.» Le gars signe. Plusieurs mois plus tard ce père qui déjeunait avec ses enfants, qui les accompagnait à leur cour de musique ou de hockey, il ne les voit plus qu’une semaine sur deux, et il ne sait plus ce qu’ils deviennent. Lui qui croyait que ça allait s’arranger il s’aperçoit qu’il s’est fait avoir et il retourne au tribunal. Le plus souvent sans avocat parce qu’il n’a plus d’argent. Voilà ce qu’on voit sur le terrain. La quasi totalité des cas litigieux que j’ai suivi avaient un consentement au départ.

En ce qui concerne la garde partagée, le juge de la Cour Supérieure Jean-Pierre Senécal le dit dans mon documentaire, ce sont les pères qui la demandent. C’est vérifié par Madame Renée Joyal qui écrit dans son rapport: « Ce qui retient d’abord l’attention, c’est que lorsque le jugement fait explicitement état des demandes respectives du père et de la mère, les pères demandent la garde partagée beaucoup plus fréquemment que les mères. […] S’il est impossible d’en tirer des conclusions générales, nous ne pouvons toutefois manquer d’observer l’absence d’intérêt des mères dans ce contexte particulier de la garde partagée.»

Et pourquoi la demanderaient-elles puisqu’elles savent que dans 80% des cas, elles auront la garde complète avec la pension et souvent le domicile conjugal ? Quant à la médiation, comment faire entendre raison à deux personnes qui veulent «se tuer» et dont l’une sait pertinemment qu’elle part avec 80% d’avance ? Heureusement, aujourd’hui, des programmes comme Tournesol, familles en mouvement, proposent une thérapie aux couples afin qu’ils fassent le deuil de leur relation avant d’arriver une médiation qui prend tout son sens alors.

Mesdames Michèle Asselin, Francine Faubert et Lyne Boissinot citent Madame Claire l’Heureux –Dubé, juge retraitée de la Cour Suprême qui a déclaré en commission parlementaire, le 2 février dernier : « J’ai été 30 ans dans la magistrature et je n’ai jamais vu un juge avoir un préjugé quelconque en cette matière.» Madame Claire l’Heureux-Dubé donnait sa vision du père dans le jugement Young contre Young en 1992, puis de Moge contre Moge. Elle disait en parlant du père : « Le rôle du parent visiteur est celui d’un observateur privilégié qui, dans un rôle secondaire, apporte amour et soutien à l’enfant.» Le 12 septembre 2003, j’ai rencontré Madame L’Heureux-Dubé à la Maison de Justice de Québec; elle n’avait toujours pas changé d’avis. Elle a donc jugé pendant trente ans des cas de litiges familiaux dans cette optique. Au lecteur de juger à son tour.

Quant au fait qu’il n’y pas de point de vue de mères dans mon documentaire, ça fait vingt ans qu’on connaît les problèmes des femmes et je n’ai jamais vu un homme interrogé dans ces documents. Pour la première fois en vingt ans, un homme présente les problèmes auxquels les hommes font face. Pour la première des hommes à qui on reproche de ne pas parler, parlent. Et on n’est toujours pas content.

Des femmes, il y en dans mon documentaire : Madame Francine Leduc, travailleuse sociale et psychothérapeute, Madame Sylvie Piché de la DPJ, le sergent Micheline Bourret, Madame Lise Bilodeau, présidente de l’Action des nouvelles conjointes et une nouvelle conjointe qui nous avoue l’enfer que l’ex de son nouveau conjoint leur font endurer. Si seulement les documentaires que j’ai vus sur les femmes avaient eu la même honnêteté. Que ces nouvelles conjointes aient senti la nécessité de se regrouper est d’ailleurs un aveu de l’impuissance de ces hommes à s’exprimer ouvertement, à trouver de l’aide. Ce sont les femmes qu’on écoute.

Partout où je suis allé, il a fallu prouver maintes et maintes fois que je n’étais pas un sale macho revanchard. J’avais l’impression d’être Galilée en train d’expliquer aux prêtres et prêtresses de l’inquisition que ce n’était pas le soleil qui tournait autour de la Terre mais bien le contraire. La vérité choque mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour améliorer le sort des familles et surtout celui des enfants.

Je parle, je parle, mais quand vous aurez fini cette lecture, ce soir, trois hommes de plus se seront suicidés. Ils feront partie des 1055 gars qui se donnent la mort sur 1300 suicides répertoriés chaque année au Québec. Uun record mondial. 55% de ces suicides réussis ayant un lien avec des litiges familiaux. Pourquoi tant de désespoir d’après vous?

Mais dormez bien, Mesdames Lise Rousseau, Michèle Asselin, Francine Faubert et Lyne Boissinot vous disent que j’invente.

Serge Ferrand
Père de deux merveilleux garçons encore en vie

De l’an zéro du féminisme à la rupture de la complémentarité conjugale

[ Mardi 15 Février, numéro 67 ]

par François Brooks

J'essaie de comprendre le monde de mutation des genres dans lequel nous vivons. Il me semble que l'année zéro de cette mutation se situe au moment de la Révolution Française. On a tranché la tête du roi et de la reine. On a tué le symbole vivant de l'ordre hiérarchique familial pour installer quelque chose de tout à fait nouveau. Ce geste signe l'acte de naissance de la pensée individualiste en Occident, déjà en gestation depuis quelque temps chez les philosophes des Lumières.

Cet acte de naissance inaugure la reconnaissance légale des droits des individus, prise dans le sens de la réappropriation du droit de penser par soi-même et surtout le fait que ce droit soit universellement reconnu. En effet, comment les Robespierre de l’époque pouvaient-ils croire que ce geste de rébellion contre la monarchie, — figure emblématique par excellence de la famille — geste d’individus réclamant des droits individuels « naturels », pouvaient-ils penser que les choses allaient en rester là?

Se dotant de prérogatives individualistes, les hommes ne se doutaient pas encore que la force de cette idée allait faire en sorte que les femmes se conçoivent aussi comme des entités intellectuelles distinctes. La trop peu connue Olympe de Gouges mérite à mon sens le titre de mère du féminisme, mais aussi d’initiatrice de l’individualisme en tant que vaste mouvement social en occident.

Nous pensions que leur rôle de maternité imbriquait les femmes dans « la famille » et que cette famille était le noyau de la société. Mais déjà, quelques intellectuelles, dont Olympe de Gouges, avaient pu se distinguer lorsqu'elles acceptaient de se soustraire à cet impératif biologique. Une femme qui se soustrait à la procréation est un libre penseur comme n’importe qui d’autre. Sa spécificité sexuelle n’a plus d’importance.

Bien sûr, il a fallu attendre que les progrès technologiques amenuisent l’importance de la différence de force physique entre les hommes et les femmes (par exemple, par la distribution de masse du pouvoir électrique et de tous les appareils utilisant cette force motrice ; par l’invention de la servo-direction pour les camions etc.). Il a aussi fallu attendre que la contraception soit techniquement avancée. Libérée de ses deux handicaps les plus importants : faiblesse physique et enfantement, la femme pouvait dorénavant se présenter comme l’égale de l’homme.

Le féminisme peut bien sûr être vu comme la progression de mouvements de « femmes » en marche vers une prétendue justice ou égalité, mais aussi (et peut-être surtout) comme la progression d'une idée : l'individualisme. Doit-on penser le « vivre ensemble » des philosophes à partir de la communauté ou bien à partir de l'individu? (L'éternelle question du « privé » et du « public ».)

L'individualisme a tant fait de progrès que, pour vous donner un exemple, le Premier ministre Canadien défendait récemment l'homosexualité à l'étranger en arguant que le Canada est un pays de minorités et qu'à ce titre, on devait reconnaître les mœurs sexuelles de certains groupes comme toute autre caractéristique propre à un autre groupe. La notion de « culture » au Canada reconnaît toute forme de manière d'être et de se comporter pour peu qu'elle ne soit pas illégale et assez répandue pour créer un groupe de pression. La culture Catholique vaut bien la culture homosexuelle. On défend maintenant l'individualité des groupes (!!!)

Ceci, bien sûr, nous confronte avec un nouveau sentiment de racisme. Au nom des Droits de l'Homme, les « blancs » avaient dû reconnaître les « noirs » comme égaux en droits. Nous devons maintenant accepter de refuser en nous notre pulsion raciste pour peu qu'elle se définisse comme un « rejet » de ce que nous ne sommes pas. D'où la mise en force du concept cher à Voltaire : la tolérance. Le catholique doit tolérer l'homosexuel, le musulman doit tolérer la féministe, le riche doit tolérer le pauvre etc. Comment vivre ensemble quand ce que nous considérons comme nos valeurs les plus élevées, les plus sacrées, est vu par notre voisin avec répugnance? La tolérance, c'est bien une invitation à l'hybridité. La pureté de la race (ou du concept) n'a plus sa place.

Ainsi, la Révolution Française devait semer dans nos esprits le germe de l'acceptation de l'autre. Une acceptation progressive tendant vers l'acceptation inconditionnelle.

Mais ce qui, à mon sens et pour notre époque, fut le plus déterminant dans cette mutation encore en progression, ce fut les écoles mixtes. Envoyer sur les mêmes bancs d'école les petits garçons et les petites filles pour la durée complète de leur éducation scolaire fut assurément le plus sûr moyen de faire disparaître toute différenciation due au genre dans les esprits et les comportements.

À l'âge de vingt ans, l'homme et la femme n'ont plus que leur organe sexuel qui soit complémentaire. Ils ont appris les mêmes choses des mêmes professeurs et pensent vivre ensemble en pouvant donner libre cours à toute leur individualité. Deux solitudes vivront en présence mutuelle. Si l'accouplement était naturel pour mes grands-parents — puisqu'ils avaient appris sur les bancs d'école chacun un rôle complémentaire — rien ne va plus de soi lorsqu'il faut mettre en place un standard qui n'existe plus. Les femmes n’ont plus appris à devenir femme, et les hommes ne savent plus leur rôle d’homme. Des choses aussi simples que le partage des tâches ménagères peuvent susciter des irritations destructives. Nous vivons en couples comme avec un co-loc.

La mise en ménage d’un nouveau couple pose maintenant de sérieux problèmes. Comme chacun a son emploi et doit répondre aux exigences professionnelles qu’on lui impose, le choix du lieu où habiter doit souvent faire l’objet d’importants compromis. Habiterons-nous près du lieu de travail de l’homme, de la femme ou quelque part à mi-chemin? Et si le gîte familial doit tenir compte des enfants à venir, doit-on plutôt se rapprocher de l’école où iront les enfants? Si bien que, n’ayant pu trouver de lieu où chacun des membres de la famille peut être près du lieu de son occupation principale, le « vivre ensemble » se transformera en une vaste entreprise de transport automobile. Sans compter les difficultés causées à ce chapitre par les nombreuses mutations professionnelles à venir.

Désormais, les enfants ont les mêmes droits à l’autonomie. Une famille de père et mère avec deux enfants est maintenant constituée de quatre autonomies distinctes où chacun « jouit » du droit inaliénable de choisir ce qui est bon pour lui sans égard à l’autorité vue comme suspecte.

Quel intérêt les parents ont-ils maintenant à enfanter une liberté où l’État se donne tous les droits de l’influence paternelle? Dans les conditions sociopolitiques actuelles où les liens filiaux sont de plus en plus ténus, pourquoi avoir des enfants?

De plus, ultime paradoxe, si nous voulons vivre en couple, on se demande bien comment on peut véritablement y arriver sans devoir concéder notre individualité si chèrement conquise.

pour d'autres chroniques de François Brook
http://www.philo5.com

Machine à broyer les hommes [1]

[ Lundi 14 Février, numéro 66 ]

par François Brooks

IMPASSE POUR LE JUGE

Lorsqu’un (ou une) juge décide à qui, du père ou de la mère, accorder la garde des enfants, après un divorce, il se trouve dans une situation bien pénible, presque insoluble. Pour le bien des enfants, il doit choisir le « meilleur » des deux parents. Mais qui peut être considéré comme un bon père, ou une bonne mère, quand les deux partis sont en chicane? Comment peut-on statuer sur la « bonté » d’une personne incapable de trouver l’harmonie avec son conjoint?

Le juge, coincé, se rabat donc sur une jurisprudence commode et prend pour acquis qu’une mère est une « bonne » maman. Quant au père, il doit démontrer en cour qu’il est un « bon » papa. Comment peut-on prendre pour acquis qu’un père n’est pas un bon papa?
Ceci me fait penser au lieu commun qui veut que le prince charmant doive démontrer ses mérites par, entre autre, sa bravoure, alors que la princesse n’a qu’à être belle, et c’est tout. Sommes-nous aussi féministes que nous le prétendons?

Dans ce cliché qui décide de la raison et du tort dans la vie conjugale, rien ne tient compte de la grande complexité des rapports humains. Alors que l’on sait d’expérience que le « bon » et le « méchant » sont des catégories simplistes qui ne rendent pas compte de la réalité, comment se fait-il que les juges soient si enclins à « prendre parti »? Ne devraient-ils pas plutôt prendre pour acquis que les parents sont bon papa et maman, et ordonner la garde partagée automatique en cas de séparation? D’ailleurs, ce parti pris n’y est-il pas pour quelque chose dans le déclenchement des drames familiaux qui s’en suivent parfois? Dépressions, suicides, meurtres et autres écarts indésirables n’auraient-il pas davantage de chance d’être évités si le père n’était pas aussi injustement traité? Quelle est la responsabilité du juge et de tout le système judiciaire dans un tel cas?

IMPASSE POUR L’ENFANT

Lorsque le litige matrimonial éclate, il faut donner priorité au bien-être des enfants. De prince charmant qu’il était, l’homme se transforme alors en vilain crapaud. Si madame accuse faussement son conjoint de violence conjugale, d’inconduite sexuelle ou autre, la force policière arrête l’être déchu de manière préventive, et ceci en infraction avec l’article # 33 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne [2]qui statue que toute personne doit être considérée comme innocente jusqu’à preuve du contraire. Il semble pourtant aller de soi que, en vertu du principe de la protection du plus faible [3], on se permette d’enfreindre sans remord cet article. Mais justement, si l’image du père est importante dans la construction psychologique d’un enfant, ne devient-il pas alors la première victime lorsque cette image est détruite en lui, alors qu’il voit son père arraché injustement du domicile familial les menottes aux mains? Et à ce titre, comment se fait-il que l’on ne cherche pas à protéger les enfants de cette blessure puisque c’est précisément ce qu’on prétend vouloir faire en se permettant d’enfreindre l’article 33[4]?

IMPASSE POUR L’HOMME

On fait grand état de la vie brisée des femmes qui, parfois même après plusieurs décennies, décident de poursuivre l’homme qui les a « agressées » sexuellement pendant leur enfance. Pourquoi la vie brisée d’un homme n’a-t-elle pas autant de valeur? Verrons-nous un jour la possibilité équivalente pour l’homme d’avoir accès à cette « réparation psychologique » en leur permettant de poursuivre au criminel les femmes qui ont injustement ruiné leurs vies?

Les féministes nous donnent un exemple à suivre. Il faut maintenant que les hommes réclament et obtiennent dans les faits, que leurs droits et leur dignité soient protégés équitablement.

Le masculisme ouvre la voie à des perspectives que les féministes nous ont préparées : liberté, égalité, dignité, équité. Il n’en tient maintenant qu’à nous de faire valoir nos droits. Poursuivons le combat.

Pour les autres, bonne Saint-Valentin...

[1]Texte inspiré du documentaire de Serge Ferrand , Machine à broyer les hommes diffusé à Radio-Canada le 8 février 2005 dans le cadre de l’émission Enjeux

[2] Article 33 : Présomption d'innocence : Tout accusé est présumé innocent jusqu'à ce que la preuve de sa culpabilité ait été établie suivant la loi.

[3] Article 39 : Protection de l'enfant : Tout enfant a droit à la protection, à la sécurité et à l'attention que ses parents ou les personnes qui en tiennent lieu peuvent lui donner.

[4] ibid

pour d'autres chroniques de François Brook, voici le lien:
http://www.philo5.com

Analyse des statistiques sur le divorce et sur l'attribution des enfants en Suisse.

[ Samedi 15 Janvier, numéro 65 ]

Patrick Robinson, Neuchâtel, le 1er juin 2004

En fin mars 2004 j’avais fait une première esquisse d’analyse sur la thématique susmentionnée. J’avais partagé cette analyse avec le Bureau Fédérale des Statistiques (BFS) qui était intéressé par certaines questions que j'ai soulevées. Le BFS a été très coopératif et a répondu concernant les statistiques les plus questionnables. Le BFS m’a aussi envoyé certaines statistiques par Canton. Voici donc mon analyse actualisée.

La plupart de ces statistiques en forme brut (pas de pourcentage et parfois pas de totaux) sont disponible sur les sites du BFS : www.statistk.admin.ch/stat_ch/fber_m.htm qui répertorie sous 21 domaines, dont domaine 19 (droit et justice) sur lequel la plupart de l’analyse et les commentaires sont basés. Comme les chiffres sont bruts, j’ai ajouté des totaux et des pourcentages dans certains des tableaux du BFS que sont dans les autres attachments envoyés.

Dissolutions de mariages par Cantons en 2002

Pour le total des cantons, les « causes » du divorce sont (avec variation max-min entre les cantons) :

Selon CC article 111 (accord complet): Moyenne suisse 94% ; max. Obwalden 100% et min. Jura 73% ; Neuchâtel 93%, Genève 90%, Valais 94%, Vaud 94%.

Selon CC art 112 (accord partiel): Moyenne suisse 3% ; max. Appenzell I.Rh 17% et min.- Neuchâtel, Glarus, Basel Stadt, Schaffhausen, Ticino, avec 1% ; Vaud, Valais, Genève et Jura entre 2 et 3%.

Selon CC art 114 (Divorce sur demande unilatérale): Moyenne suisse 2% ; max. 21 % Jura, min. plusieurs cantons avec 0%.

Selon CC art. 115 (Rupture du lien conjugal avant l’expiration du délai de 4 ans): Moyenne suisse 1% : max. Genève et Jura 3%, min. plusieurs cantons avec 0%.

J’étais très surpris de ces statistiques qui ne reflètent absolument pas mon impression acquise dans divers milieux de discussions. Il semble bizarre que les statistiques du Jura et des deux Appenzell soient si divergentes comparées à celles des autres cantons. De plus, si la très large majorité des divorces est prononcée sous article CC 111 (requête commune avec convention complète que le juge ne fait que contrôler et ratifier), on peut se demander pourquoi les juges civils se disent surmenés de travail et donnent cette raison pour les retard innombrables pour le traitement des quelques dossiers qui seraient plus conflictuels.

Quand j’ai questionné le BFS sur ces statistiques qui me semblaient ne pas représenter la réalité, Mme Barbara Perrenoud (Section évolution de la population) et Monsieur Walter Zingg (Section démographie et migration) m’ont confirmés que ces statistiques ne reflétaient pas la réalité. Mr Zingg (maintenant à la retraite) m’a dit qu’il y avait une raison majeure pour cette aberration :

« Le BFS envoie le questionnaire aux cantons avec des instructions apparemment très claires de comment remplir le questionnaire. Ceux-ci sont remplis par les Tribunaux de Districts. Il suppose que ce sont les secrétariats des Tribunaux qui remplissent les questionnaires, et sans être familier avec les instructions distribuées aux Tribunaux ou de comment remplir les questionnaires (les juges n’en se mêlant pas), Art CC 111 est la première colonne et donc la majorité des divorces est attribuée à cette colonne. »

Il m’a cité une étude d’Andrea Fischer en Suisse allemande qui s’est penché sur cette aberration et qui se trouve commentée dans Tages-Anzeiger (Zurich) 28-01-04, www.TAGESANZEIGER.CH

Tableau Divorces dans les cantons depuis 1989 à 2002

La tendance est à la hausse. De 1989 à 1999 (l’année juste avant le changement de la loi- certains couples se sont dépêchés de divorcer) il y a eu une augmentation de 64% de divorce. De 1989 à 1998 il y a eu une augmentation de 40%. En 2000 le nombre de divorce était 50% de celui de 1999, et depuis à augmenter rapidement pour retrouver le nombre de 1996. Je n’ai pas analysé les différences entre cantons, sauf que je note que Neuchâtel a systématiquement à peu près 3% des divorces du niveau national pour chaque année depuis 1989.

Tableau sur l’attribution de l’Autorité Parentale 1984 à 2002

Le tableau à ma disposition en mars mentionnait de manière inter changeante la « garde » et « l’autorité parentale ». Ceci a été rectifié par Mme Barbara Perrenoud car c’est bien de « l’autorité parentale » qu’il s’agit. L’autorité parentale a été attribuée aux deux parents par certains juges avant 2000 (avec chiffre depuis 1998), et cette forme d’attribution est en vigueur depuis 2000 date pour les quelles le nombre d’autorités parentales partagées est donné.

En bref il y a eu une petite diminution constante de l’attribution de l’autorité parentale aux pères entre 1984 et 1997 (de entre 12 et 13% à entre 9 et 10%). Depuis que l’autorité parentale (selon les statistiques publiées) a pu être attribuée aux deux parents, l’attribution sous cette formule est croissante, atteignant 27 % pour la Suisse en 2002. Elle est attribuée en 2002 et pour la Suisse dans 67% des cas à la mère et 6% au père.

Les statistiques par cantons sont aussi disponibles, et m’ont été envoyés par le BFS pour les années 2000, 2001 et 2002. J’ai calculé les totaux et les pourcentages pour chaque Canton.

D’après les statistiques il y a une assez forte variation entre Cantons du pourcentage d’attribution de l’Autorité parentale, bien que la tendance soit généralement à la hausse partout (des divergences à cette tendance dans certains petits Cantons sont compréhensibles vu le faible nombre de cas). En 2002, il y aurait eu l’Autorité parentale attribuée aux deux parents comme suit pour les Cantons romands: Vaud 34%, Valais 28%, Neuchâtel 35%, Genève 51%, Jura 29%. Une telle évolution me semble très positive. Mais j’ai quand même toujours un petit doute quand à la fiabilité de ces statistiques, vu la problématique évidente de la fiabilité des statistiques soulevée sous point 1.

J’espère que cette analyse sera de quelque intérêt, que cela pourra susciter un questionnement quand à la fiabilité des statistiques officielles (aucune critique envers le BFS qui essaye de faire de son mieux face à une situation difficile de collecte de données) ainsi qu’un questionnement sur la manière dont la Justice répertorie le résultat de son travail. J’avoue que je suis de plus en plus choqué de la manière dont nombres de statistiques en Suisse ne représentent pas la réalité.

Tableau avec pourcentage de l’attribution de l’autorité parentale depuis 1984 pour la Suisse (source BFS)

Année.................A la mère............Au père............Aux 2 parents
- 1984................86.3 %...............12.3 %...............0
- 1985................85.8 %...............12.3 %...............0
- 1986................85.8 %...............13.1 %...............0
- 1987................86.7 %...............12.6 %...............0
- 1988................86.8 %...............12.5 %...............0
- 1989................87.8 %...............11.7 %...............0
- 1990................87.8 %...............11.6 %...............0
- 1991................88.4 %...............11.2 %...............0
- 1992................88.2 %...............11.3 %...............0
- 1993................88.6 %...............10.9 %...............0
- 1994................88.5 %...............11.1 %...............0
- 1995................89.4 %...............10.2 %...............0
- 1996................90.6 %................9.2 %...............0
- 1997................90.1 %................9.6 %...............0
- 1998................90.7 %................8.6 %...............0.4 %
- 1999................89.3 %................9.0 %...............1.3 %
- 2000................78.5 %................6.4 %..............14.6 %
- 2001................70.4 %................5.6 %..............23.5 %
- 2002................66.5 %................6.5 %..............26.6 %


Patrick Robinson
Case Postale 90
2009 Neuchâtel

Nos activités en 2004

logo02.gif [ Vendredi 14 Janvier, numéro 64 ]

Au cours de 2004, les membres du comité de Père pour toujours Genève se sont attelés à la tâche de faire de notre association, une organisation crédible reconnue pour la promotion de la fonction du père, de l’équivalence parentale, de la coparentalité et de la médiation familiale.

Site Internet

Un des premières tâches a été de créer une vitrine. Faute de local, cette vitrine virtuelle a été la mise en place d’un site Internet. L’objectif de ce site est d’en faire un centre de références crédibles et sérieuses avec la publication régulière de chroniques traitant des thèmes suivants : les pères, la médiation, la violence familiale et la parentalité en général. Ces chroniques reprennent des textes scientifiques, des articles de journaux ou des émissions de radio ou de télévision.

Depuis sa création, le 29 mars 2004, le site Internet de Père pour toujours Genève a connu un véritable succès. Aujourd’hui, derrière le site http.//www.perepourtoujours.ch nous avons plus de 20'000 visites, plus de 40'000 pages consultées, 62 chroniques et interviews, une moyenne plus de 100 visites quotidienne depuis décembre, des liens vers plusieurs dizaines de rapports, des milliers de page de documentation, des liens vers des émissions de télévision ou de radio.

En d’autre mot, la vitrine virtuelle du site de Père pour toujours Genève est le reflet d’un véritable intérêt de la population en général pour la question du père.

Financement

Le financement de notre association a aussi été une mission à laquelle le comité s’est penché et a travaillé. Des demandes de subventions ou de dons ont été faites auprès de différents organismes et de services du Canton de Genève.

Plus précisément, nous avons fait des demandes auprès du Bureau de l’égalité entre les hommes et les femmes du Département de finances, auprès du fonds de prévention de la violence du Département de l’action sociale et de la santé, et de l’Organe de répartition cantonal de la loterie romande.

Nous avons essuyé un refus de la part du Bureau de l’égalité.

Notre demande faite dans le cadre du fonds de prévention de la violence avait comme objectifs généraux :
- Faire reconnaître le principe de la coparentalité
- Prévenir les comportements agressifs dans des situations conflictuelles
- Développer les compétences des professionnels dans la compréhension du vécu de ces situations

De manière plus spécifique, ce projet visait :
- A permettre à un plus grand nombre d’enfants de garder leurs deux parents dans une responsabilité active d’éducation après une séparation ou un divorce
-De s’assurer que les pères aient un lieu d’écoute et d’échange de leur paternitude
- De permettre aux pères d’améliorer leurs compétences relationnelles et de bénéficier d’une structure de médiation avec l’autre parent

Pour réaliser ces objectifs, nous demandions les ressources financières nécessaires, 75'000 CHF pour la création d’un lieu d’accueil pour les pères en difficultés.
Cette demande a été refusée.

Loin de baisser les bras, nous avons présenté un troisième demande de subvention de 10'000 CHF pour l’équipement de notre future permanence auprès de l’Organe de répartition de la Loterie romande et en octobre 2004, Pierre-François Unger, conseiller d’Etat et président du Département de l’action sociale et de la santé, nous donnait une réponse affirmative.

Action de représentation de Père pour toujours Genève

Dans ce cadre, Père pour toujours a participé à plusieurs activités afin de mettre fin à l’absence presque systématique des pères à des organisations ou à des activités reliées à question familiale.

Ainsi le 14 janvier dernier, 4 délégués de Père pour toujours Genève participaient à une journée de conférence sur la violence organisée conjointement par le Département de l’action social et de la santé du Canton de Genève et l’Organisation Mondiale de la santé. Au cours de cette journée, les délégués ont participé activement aux ateliers et à la séance plénière.

Le 11 mars 2004, l'émission Enzo & les filles de ONE FM de Genève avait pour thème: "la parentalité et le droit des pères" à laquelle ont participé deux membres de Père pour toujours Genève, Olivier Monney et Hans Lehmann.

Père pour toujours Genève a aussi rencontré Madame Fabienne Bugnon, directrice du Bureau de l’égalité entre les hommes et les femmes du canton de Genève.

Un courrier sur la désistance à la violence conjugale a été envoyé le 28 mai 2004 au Procureur générale du canton de Genève, Monsieur Daniel Zappelli, à la conseillère d’Etat et présidente du département de justice et de police, Madame Micheline Spoerri, à la présidente de Vires et député au Grand Conseil, Madame Anne-Marie Von Arx.

Le conseiller d’Etat et président du Département de l’instruction publique, Monsieur Charles Beer, a reçu un courrier le 28 juin 2004 sur le droit à l’information du parent non gardien.

Le 8 novembre ce dernier nous écrivait et indiquait dans sa réponse:
"Comme vous, j’estime que le droit résultant pour le père ou la mère qui ne détient pas l’autorité parentale d’être renseigné notamment par les enseignants ou les médecins sur l’état de son enfant est fondamental.
Selon la Direction générale de l’office de la jeunesse, cette disposition légale est connue des services sociaux et médicaux de cet office. Vous rappelez donc à juste titre que les collaboratrices et collaborateurs de ces services se doivent de l’appliquer.
Je veillerai à ce que la règle soit rappelée aussi bien au personnel de l’Office de la jeunesse qu’au personnel enseignant."


Le comité a aussi écrit au Conseil supérieur de la magistrature sur la question de la subjectivité de certains magistrats dans le cadre de jugement ou de propos qui manquaient d’objectivités (voir chronique 48 du 14 octobre 2004).

Le 14 octobre 2004, Temps présent, le magazine hebdomadaire d’information de la Télévision Suisse Romande présentait un reportage sur la difficile condition des pères suisses.

Voici le texte de présentation de la TSR du reportage.
La révolte des pères
Confrontés à un divorce difficile, à un litige sur la garde des enfants, les maris et les pères découvrent qu'ils sont très démunis face à une ex-épouse vindicative ou même violente. Pour la police et pour les juges, une femme ne peut être qu'une victime et un homme un bourreau. Si la révolution féministe des années 70 a eu beaucoup de conséquences positives, elle a aussi provoqué quelques effets pervers...


Deux membres, Paul Ménard et Oleg Kochtchouk de Père pour toujours Genève sortaient du silence et faisaient un témoignage saisissant.
Ce reportage, réalisé par Carole Pirker, pointait du doigt une société ayant sans doute mal digéré les valeurs modernes du droit des femmes. Et qui ne donne de facto aucun crédit au statut de victime des hommes. Comment, quand on est un homme, peut-on se défendre lorsque son épouse s’acharne à le détruire ? Comment garder sa dignité ? Devant le courage d’un mari qui porte plainte, que répond la justice ? Même avec des témoins et des constats médicaux, que pèse réellement la parole d’un homme ?

En novembre, des délégués de Père pour toujours Genève ont rencontré à Berne les responsables du Bureau fédéral de l’égalité entre les hommes et les femmes - service de lutte contre la violence.
En décembre, des membres du comité de Père pour toujours Genève représentaient l’association a l’assemblée générale de fondation du Mouvement de la condition paternelle – Fribourg.

Le 29 décembre 2004, Paul Ménard, membre de notre comité était interviewé à l’émission « Journal du matin » de la RSR. Le texte de l’interview est disponible à la chronique 63 du 1er janvier 2005.

Les actions des membres du comité de Père pour toujours Genève semble porter ses fruits puisque différentes organisations ou service de l’Etat de Genève nous demande sur une base régulière des brochures pour mettre dans les salles d’attentes. Parmi ces services, mentionnons le Service de protection de la jeunesse et l’Hospice général.

Membres, consultations et cotisation

Depuis l’assemblée générale du 10 mai 2004, le nombre de membres a plus que doublé. La plupart de ces nouveaux membres ont eu connaissances de l’existence de l’association Père pour toujours Genève via le site Internet.

Les consultations de médiation ont à nouveau repris et ce grâce au dévouement de Hans Lehmann qui reçoit maintenant des hommes, des femmes et des couples.

Pour 2005, nos objectifs

Père pour toujours Genève est maintenant connu et nous le pensons, reconnu de plus en plus comme étant l’interlocuteur privilégié des pères genevois. Nous en voulons la preuve le nombre de visiteurs en hausse sur notre site Internet, les demandes régulières de journalistes, les demandes d’information de différents services de l’Etat et le don récent du Département de l’action sociale et de la santé via l’Organe de répartition de la Loterie romande.

Après avoir atteint cette reconnaissance, les actions centrales de Père pour toujours Genève se feront selon trois axes.

- Mise en place et le financement d’un lieu d’accueil, d’une permanence.

- Mise en place de rencontres régulières pour les pères sous le thème : « Ecole des pères »

- Développement d’un réseau avec les autres associations, individus et partis politiques genevois intéressés par la question de la famille et de la place du père.

Les membres du comité se tiennent à votre disposition pour répondre à vos questions et nous vous invitons à participer activement à nos activités.

Nous profitons de cette occasion pour remercier tous ceux et celles qui nous ont soutenus moralement, financièrement et par leurs actions à l’avancement et au développement de Père pour toujours Genève.

Finalement, bien que Père pour toujours Genève ait reçu un don de la part de l'Office de répartition de la Loterie romande, vos contributions financière sous forme de dons et de cotisations sont essentiels.

Soyez généreux !

Bonne Année 2005.

Interview de Père pour toujours Genève

[ Samedi 01 Janvier, numéro 63 ]

Le 29 décembre 2004, à l’émission « Journal du Matin » de la Radio Suisse Romande, il a été décidé de se pencher pendant la dernière semaine de l’année de ces évènement dont on ne parle pas. Dans ce cadre, Paul Ménard membre du comité de Père pour toujours Genève a été interviewé pour parler de la question du père. Voici la transcription de cette interview.

« L’évènement de l’année en toute subjectivité.

Le père d’aujourd’hui a un rôle de plus en plus important à jouer dans une société où il y a de moins de moins de repères, la famille reste quand même un des derniers éléments qu’on aimerait stable d’un société qui elle est en plein bouleversement. Donc le père, pour moi, c’est un rôle difficile à jouer, qui manque de reconnaissance en 2004 mais qui est nécessaire.

Radio Suisse Romande: « Découverte » qui s’intéresse vous l’avez entendu au rôle du père dans notre société. Le 4 juin dernier, le Tribunal Fédéral a rendu un arrêt qui a confirmé une décision des autorités genevoises de refuser à un célibataire d’adopter une enfant. Emmanuel Grippon cette décision est pour vous l’une des plus importante de l’année, dites-nous pourquoi.

RSR - Emmanuel Grippon: Parce qu’au delà du cas individuel, ce refus du Tribunal Fédéral est exemplaire ou plutôt, emblématique, emblématique de l’image du père dans notre pays au début du XXIième siècle, c'est-à-dire cinq ans après l’introduction du nouveau droit sur le divorce, droit qui entre autre avait pour objectif de placer l’homme et la femme sur un pied d’égalité face à leurs enfants. Alors encore une fois, ce n’est pas pour lui-même que ce cas me parait essentiel mais bien pour ce qu’il nous dit de nos habitudes et des pesanteurs de notre société.

Pour bien comprendre ça, je me suis tourné vers les associations qui luttent pour défendre les pères. C’est comme ça que j’ai rencontré Paul Ménard, un des fondateurs de l’association Père pour toujours. Canadien d’origine, Paul Ménard s’est installé chez nous depuis une bonne dizaine d’années et pour être sûr de ne pas me tromper je lui ai d’abord demandé ce qu’il pensait de ce père qui n’a pas pu adopter.

Paul Ménard : Moi personnellement, je reste un petit peu dans l’expectative quant à l’adoption unilatérale par un homme seul ou une femme seule d’un enfant, mais je pense que cet homme a sans doute souffert de la vision que la société a actuellement des pères, des hommes. Je pense qu’on est dans une société où on a besoin de pères, on l’admet, mais les images qu’on a des hommes, c’est généralement pas très valorisant.

RSR Dites-nous Emannuelle Grippon, Paul Ménard n’est pas un adepte de la famille monoparentale.

RSR – EG: Ah non, non pas du tout. Il ne défend pas le père contre la mère.

PM: Les enfants sont conçu par un homme puis une femme, un père, une mère et puis qui auront besoin toute leur vie d’un papa puis d’une maman. C’est pour cela que nous ce qu’on propose chez Père pour toujours, c’est de dire aux hommes : « Ecoutez, vous avez une fonction de père, père pour la vie, avec peut-être des fois des enfants à temps partiel, mais vous avez un rôle important à jouer, puis le mieux j’allais dire. Le jour où les hommes pourront s’occuper davantage des enfants, peut-être qu’on entendra moins parler de la « double exploitation et professionnelle et domestique de la femme ».

RSR – EG Oui, ce ne sera peut-être pas l’égalité, mais plutôt l’équivalence. Un rôle pour chacun, pour l’homme et pour la femme, parce que les deux sont nécessaires au développement de l’enfant.

RSR Et c’est d’autant plus vrai que dans le cas d’une séparation .

RSR – EG : Oui effectivement, car c’est là que le plus souvent, l’homme se voit écarté, parfois volontairement mais le plus souvent contre son gré de son ou de ses enfants.

PM: C’est la perception de l’aptitude qui est fausse. On a une perception de l’aptitude des hommes de s’occuper des enfants comme étant moins bonne que les mères. Il faut vraiment qu’une mère ait vraiment de gros problèmes pour qu’on ose accorder la garde de l’enfant au père et encore il ne faut pas que l’enfant soit trop petit.

On parle beaucoup de l’instinct maternel, bien que l’instinct matériel soit une invention assez récente dans l’histoire. Au XVIIIième siècle, s’il y avait des nourrices, c’est que sans doute beaucoup de femmes n’avaient pas d’instinct maternel. Puis on en est encore à entendre parler, que nous les hommes qui voulons s’occuper des enfants voulons défendre la « famille bourgeoise patriarcale traditionnelle ». Je suis sur que la majorité des pères se demande si ça s’attrape, si c’est dangereux, ou s’il faut être vacciné.

Mais on reste encore beaucoup avec ce discours là.

RSR – EG Et ce malgré le nouveau droit sur le divorce. Des statistiques très incomplètes il y en a mais il n’y aurait eu en 2003 que moins de dix pourcents des divorces qui se seraient terminé par une garde au père ou même une garde partagée alternée.

PM: Quand un juge homme a de la peine à se préparer son omelette le soir, peut être qu’effectivement pour lui qu’un père s’occupe de changer une couche d’un enfant, cela peut être inimaginable, la même chose pour une juge femme qui a peut être d’autres présupposés.

Je pense qu’il y a autant d’hommes que de femmes qui peuvent bien s’occuper des enfants. Mais de dire que 90 pourcents ou 95 pourcents, soyons optimiste 90 pourcent des hommes ne puissent pas avoir la garde des enfants ou qu’on ne puisse pas s’engager sur une voie de garde partagée, cela me dépasse. Ce n’est basé sur aucun élément.

RSR Et ou est le problème ?

RSR – EG: D’abord dans les vieux réflexes de la justice, qu’évoquait Paul Ménard il y a quelque instant et qu’il rencontre très souvent dans son association. Ensuite, dans le fait que certains mécanismes pourtant existant peine à se mettre en marche lors de ces séparations.

PM Je pense que la majorité des divorces se passent relativement bien mais la question que nous on se pose chez Père pour toujours, c’est : Est-ce que les tribunaux sont nécessairement la meilleure place pour discuter, pour prendre des décisions à la suite de la rupture d’une famille. Moi, je ne suis pas sûr parce que les juges sont formés sur la base d’une formation juridique mais peu d’entre eux on une formation que je qualifierais en psychologie en sociologie. Les tribunaux ont un rôle à jouer, la médiation en a un autre, puis la médiation à l’heure actuelle est presque absente de ces ruptures de couple, de ces ruptures de famille, ce qui est très très regrettable.

RSR – EG: Donc tous les instruments, toutes les lois sont là pour que les hommes trouvent leur place dans le cas d’un divorce, mais bien sûr plus largement dans notre société pour qu’il trouve leur place de père en 2005, en 2015 ou ce sera en 2035, l’égalité entre les hommes et les femmes est avant tout une affaire de mentalité, des mentalités à changer. »

Pour avoir accès à l’enregistrement voici l’adresse :

http://www.rsr.ch/view.asp?domId=7&clickDate=12/29/2004

La fonction du père aujourd'hui - Interview d'Hélène Renaud, pédagogue et auteure

[ Vendredi 31 Décembre, numéro 62 ]

Interview d’Hélène Renaud.

Nous vous l’avions promis, voici notre interview d’Hélène Renaud, pédagogue, formatrice et conférencière. La communauté genevoise a eu l’occasion de la recevoir cette année en octobre 2004 à l’université de Genève. Elle a accepté de répondre à nos questions.

Père pour toujours Genève -Le pourcentage de familles qui éclatent avec enfants est de plus en plus élevé. Dans ce contexte, quelle place reste-t-il au père ?

Hélène Renaud
- Il est vrai qu'un grand pourcentage de familles se séparent. Dans un monde idéal, il est souhaitable qu'à la suite du bris du lien conjugal, les deux parents conservent le lien parental pour continuer avec la complicité de l'autre parent, à apporter à l'enfant le support et l'encadrement dont l'enfant a besoin. C'est pourquoi la place du père comme celle de la mère est nécessaire.

Après la rupture, ce qu'il reste au père est la place qu’il avait avant la rupture et il est de sa responsabilité de tout faire pour garder cette place qui est un droit et non un privilège. S’il ne prenait pas cette place avant la rupture il est de sa responsabilité de tout mettre en place pour récupérer la place qu’il avait omis de prendre avant la séparation.

On sait que la loi actuelle, lorsqu'il y a séparation des conjoints, privilégie davantage et essaie de conserver d'abord le lien avec la mère plutôt que celle du père. La place du père est souvent non considérée et son rôle est parfois mis à l'écart.
Quelle place peut alors prendre le père? Si la situation n'est pas trop conflictuelle avec la mère. Le père dans la mesure du possible doit prendre la place qui lui incombe et à laquelle il a droit en établissant avec la mère une relation de complicité mutuelle où il pourra dans le respect de lui-même et des autres (enfant et mère) assumer son rôle paternel.

Il doit tout mettre en œuvre pour garder un lien avec la mère. Malheureusement, dans plusieurs cas cette connivence avec la celle-ci ne peut se vivre. Selon la situation, pour garder sa place, si minime soit-elle, le père, par les moyens qui lui sont possibles établira la relation en gardant contact avec l'enfant que ce soit par des visites ponctuelles ou même une simple correspondance écrite.

Certaines situations pénibles demanderont au père, s'il vit du ressentiment et est blessé, d'agir en lâchant-prise à sa rancœur et son orgueil et de mettre la personne au premier plan, c'est à dire lui-même et les personnes concernées. Ces actions détachées permettront de rendre moins pénibles les souffrances occasionnées par ces ruptures dramatiques.

PPTG - Voyez vous une évolution chez les hommes dans leur façon de voir leur rôle dans la famille. En d’autres mots, le nouveau père : un mythe ou une réalité ?

HR
- À travers nos formations "Parent-guide, Parent-complice", qu'un très grand nombre de pères ont suivies et ont pratiqués notre approche, il nous est possible de constater un investissement de plus en plus important des hommes seuls ou en couples, dans leur rôle de père. Il est temps que l’homme prenne conscience de son importance dans l’éducation des enfants et ne soit pas qu'un pourvoyeur. Ce nouveau père est de plus en plus réel. La collectivité permet à ce nouveau père d’être reconnu, à lui de l’exprimer.

Une des raisons de cette évolution nous semble un effet positif indirect (puisqu'il y en a), de la séparation des parents qui provoque et force un éveil de la conscience de certains quand à la place qu'ils jouent ou devraient jouer auprès de leur enfant. Dans de nombreux cas, l'homme qui en couple laisse souvent sa conjointe assumer seule la plus grande partie du rôle parental, est à cause de la séparation de sa conjointe, mis en situation où il doit souvent assumer les fonctions parentales et prendre conscience de l'importance de son rôle. En changeant sa perception et agissant ainsi, il permet par le modèle et cette nouvelle conscience d'avoir une influence sur la conscience collective et sur la nouvelle génération de pères qui émergent actuellement.

Le père d'aujourd'hui mythe ou réalité? Difficile à évaluer objectivement. Mais j'espère que le rôle du père n'en soit pas un de mythe quoiqu'il est parfois difficile de composer avec la réalité qui devra se vivre en fonction de chaque situation. Certains contextes provoquent parfois selon le cas, un éloignement, un détachement ou même un abandon du père quant à son rôle auprès de son enfant. Il est vrai que plusieurs, par dépit ou manque de conscience de l'importance de leur rôle de père ont abandonné la pratique de leurs fonctions paternelles.

Les pères frustrés par la séparation d'avec la mère de leurs enfants ou par des obligations juridiques justifiées ou non et qui doivent composer avec certaines situations où ils vivent des jugements, du rejet ou même de l'abandon, peuvent être accablés par ces situations parfois très douloureuses. Il est impératif qu'ils demandent de l'aide auprès d'associations de pères en difficultés comme la vôtre, auprès de travailleurs sociaux et de thérapeutes spécialisés et ainsi minimiser les dégâts et les frustrations infligées à leur propre personne et à leurs enfants. Encore là, un lâcher-prise quant aux souffrances occasionnées par ces incompréhensions et frustrations sera la meilleure solution, même si elle n'est pas toujours facile, pour diminuer les souffrances personnelles et familiales souvent déchirantes qui en découlent.

PPTG - En 2004, comment les enfants voient-ils les pères ?

HR
- La question qu'il faudrait peut-être se poser avant tout: Comment les pères se voient-ils en 2004? Selon la perception qu'ont les pères d'eux-mêmes, selon leur vision et l'application de leurs fonctions de pères, ils déterminent automatiquement la vision qu'ont les enfants envers eux. En 2004 comme en tout temps les enfants voient leur père comme ceux ci se présentent à eux. On ne parle pas de la collectivité ici mais bien de la perception du père par son enfant. Donc dépendamment du modèle qu’il va présenter, l’enfant le percevra comme tel: Papa complice, papa autoritaire, papa présent, papa sécurisant, etc…

Cette perception est individuelle selon l'expérience que l'enfant a de son vécu avec son propre père.

PPTG. En 2004, comment les mères voient-elles les pères ?

HR
- Les mères sont de plus en plus conscientes du rôle du père dans l’équilibre émotionnel de leurs enfants et demandent une plus grande place du père dans l'application de son rôle et de ses responsabilités.

Je crois que toute mère qui met au monde un enfant, souhaite procurer à son enfant l'amour et le support d'un papa aimant. Malheureusement, s'il en est parfois autrement, l'amour étant ce qu'il est, souvent faussé, provoque des jugements qui changent complètement la dynamique entre conjoints et amène des séparations non seulement entre les parents, mais aussi entre les pères et leurs enfants.

PPTG. Germain Dulac, sociologue à l’université Mc Gill parle d’une société caractérisée par le paradoxe du père nécessaire et du père abject. Je cite : « D’un côté on nous dit que le père est nécessaire, de l’autre il serait un être immoral, indigne de notre confiance ». En effet, dans le discours actuel, on a souvent l’impression qu’il faut protéger les femmes et les enfants, des hommes. Qu’en pensez-vous ?

HR
- Toujours dans un monde idéal, le père a un apport important dans la vie de l'enfant et l'harmonie familial, donc nécessaire à son épanouissement. Il n'est pas courant mais quand même pas rare non plus que soit, par constat réel des manquements de certains pères (abandon de l'enfant par le père, inceste, etc…) ou par simples jugements inconscients et destructeurs véhiculés par les médias, que l'on perçoive avec mépris tous les pères ou certains pères en particulier. Cette réalité qui nous saute aux yeux n'est cependant pas généralisée….

Le père prend de plus en plus conscience de son importance, la société reflète seulement l’image négative du père pour faire sensation et rendre les informations plus spectaculaires, mais à l’inverse nous voyons de plus en plus de pères prendre la responsabilité des enfants après la séparation mais cela n'est pas sensationnel et ne fait pas vendre de publicité.

PPTG. Comment voyez-vous ces organisations de pères qui se mettent en place. Ces organisation sont-elles des rassemblements de pères frustrés ou plutôt représentent-il l’émergence d’hommes qui prennent conscience de leur « paternitude » ?

HR - Je crois que les fondateurs des organismes réunissant les pères se donnent comme première mission d'offrir des services pour permettre aux hommes d’être mieux outillés et compris par rapport à l’image négative que la société véhicule depuis trop longtemps.

Les associations actuelles réunissant les pères se sont souvent organisées par souci de certains pères de défendre leurs droits lésés. D'autres pères y adhèrent, frustrés de l'incompréhension totale que suscite en eux l'abandon ou le rejet de la mère de leurs enfants. On y retrouve aussi selon les services offerts, les hommes qui viennent chercher de l'aide pour assumer adéquatement leur rôle parental et ne savent pas comment agir face à certains conflits, surtout s'ils sont séparés de la mère. Dans ces groupes ces besoins cohabitent. Nous espérons que la frustration, l'inacceptation et la révolte de certains ne polluent pas trop l'atmosphère de ces groupes et n'empêchent pas la mission première que devrait poursuivre ces organisations: un soutien au père qui cherche de l'aide.

Ces mouvements réunissant les pères sont nécessaires aujourd’hui comme l’étaient les mouvements de libération de la femme, un autre temps. Mais j’espère que l’évolution rendra ces mouvements inutiles par la reconnaissance de l’homme dans ses fonctions dans la nouvelle société.

PPTG - A quelques jours de 2005, un père ça sert à quoi ?

HR
- Quelle que soit l'époque ou l'année qu'il soit, un père est là pour permettre à l'enfant de s'épanouir tout en tenant compte et acceptant de ses limites actuelles…
Un père ça sert à procurer à ses enfants de l’affection, du réconfort, ça sert à protéger et à permettre à l’enfant d’avoir un modèle solide pour lui permettre d’évoluer dans un contexte sain et sécurisant. Le père par son apport au vécu de l'enfant, permet à celui-ci de développer son plein potentiel dans un contexte idéal, par des modèles (père, mère) équilibrés.

Nous remercions HÉLÈNE RENAUD. Rappelons qu’elle est co-auteures des formations suivantes :
« Parent-guide, Parent-complice »
« Enseignant-guide, Enseignant-complice »
« Éducatrice-guide, Éducatrice-complice »
et des livres :
8 Moyens efficaces pour réussir mon rôle de parent
Être parent, mode d’emploi

Édition Quebecor
EN VENTE
HTTP://WWW.COMMEUNIQUE.COM

Fondation du Mouvement de la condition paternelle - Fribourg

[ Mercredi 29 Décembre, numéro 61 ]

Le 9 décembre 2004, s'est tenue l'assemblée générale de fondation du Mouvement de la condition paternelle de Fribourg. Ce n'est pas moins de 23 membres fondateurs et de 7 membres sympathisants qui se sont rassemblés pour mettre en place cette organiation de promotion de l'équivalence parentale.

A l'assemblée, un cinquantaine de personnes s'étaient déplacées. Plusieurs autres associations dont Père pour toujours Genève, le Mouvement de la condition parternnelle Vaud-Valais, l'Association jurassienne de la condition paternelle, du Mouvement de la condition paternelle de Neuchâtel avaient envoyés des délégués. On pouvait aussi noter la présence d'une représentante de l'association Fredi et d'une autre du Bureau de l'égalité entre les hommes et les femmes du Canton de Fribourg.

Trois conférenciers étaient présents, Maître Anne Giovanni, avocate, Monsieur Guy Zen-Ruffinen, médiateur à Fribourg et Monsieur Hans Lehmann de Père pour toujours Genève ont fait un exposé d'introduction.

Un comité de 4 personnes a été élu par acclamation dont la composition est la suivante:
Monsieur Alain Nicolet, président, Pierre Baechler, vice-président, Mario Longobardi et Paul-Robert Nicoud.

La première activité de l'association sera la mise en place d'un Papa-contact dont la première réunion aura lieu le lundi, 3 janvier 2005 à 20H00 au Café du Jura à Fribourg. Il est possible de rejoindre l'asociation via un service d'écoute d'urgence SOS-PAPA en téléphonant au 078 616 54 55.

Pour rejoindre le Mouvement de la condition paternelle Fribourg, les coordonnées sont les suivantes:
Mouvement de la condition paternelle Fribourg
Case postale 84
1709 Fribourg
Site internet à l'adresse: http://www.mcp-fr.ch

Père à part entière avec enfants à temps partiel

Chronique 60.gif [ Mardi 21 Décembre, numéro 60 ]

Un guide sans aucun doute utile pour tous ces hommes qui vivent une situation difficile de séparation ou de divorce et qui veulent rester un père à part entière.De part lui même, le titre indique que le concept de père à temps partiel est faux. Les pères le sont à temps plein et ils le sont pour toujours.

Voici l'introduction de ce livre:

"Les enfants ont besoin de leur père et de leur mère

Dans un monde parfait, nous vivrions toujours heureux et les parents ne se sépareraient jamais. Dans le monde réel où nous devons tous vivre, la séparation et le divorce sont des choses assez fréquentes; plusieurs enfants ne vivent pas à temps plein avec leur parent biologiques. Cependant, la responsabilité parentale ne cesse pas avec le divorce. Nous savons bien que les enfants de parents séparés ont besoins de bons soins parentaux - en fait, ils en ont peut-être plus besoin que les autres enfants. Nous savons aussi qu'il est préférable qu'ils aient de bons soins de la part de chacun de leurs deux parents. Ce livret est donc rédigé en supposant que, dans la plupart des cas, l'idéal serait que les enfants de parents séparés aient une relation affectueuse et favorable avec leur père et leur mère.

A quoi s'attendre et ne pas s'attendre de ce livret

Ce livret porte sur la manière d'être un bon père, le meilleur père que vous puissiez être dans des circonstance assez difficiles, alors que vous ne vivez plus à temps plein avec vos enfants. Il ne traite pas du système des Tribunaux de la famille ou de la manière de gagner une contestation sur la garde des enfants. Si cela est votre préoccupation du moment, ou si vous êtres aux prises avec des problèmes comme une ex-conjointe qui a des difficultés personnelles graves ou qui bloque l'accès à vos enfants que la loi vous permet d'avoir, il est possible que ce livret ne vous apporte pas toutes les réponses que vous recherchez. Ces problèmes sont bien réels et très difficiles; ils exigent l'aide d'un avocat, d'un médiateur familial, d'un conseiller professionnel ou d'un groupe d'entraide pour pères divorcés. Ce document-ci cherchera à présenter l'expérience parentale du point de vue d'un homme récemment séparé ou divorcé.

Le grand défi

Etre divorcé ou séparé et vivre sans vos enfants est comme mener deux vies différentes: vous restez toujours un père, mais, à certains moments, votre vie semble vide d'enfants. Il est plus difficile de demeurer lié à vos enfants et il se peut que vous vous sentiez sans grande influence sur leur vie. Il peut aussi être difficle de trouver sur l'art dâtre parent une information qui se rapporte à votre situation. Le présent livret cherchera à combler certaines de ces lacunes et vous aider à réfléchir sur certains points problématiques. Les réponses faciles sont rares, mais retenez ceci: quelles que soient les circonstances, ou quoi qu'il arrive en bien ou en mal, votre relation et votre amour soutenus sont très important pour vos enfants. C'est, bien sûr, très important pour vous aussi, car vous désirez sans doute la même chôse que la plupart des autres parents: une relation pleine de satisfaction avec vos enfants, et qui durera toute la vie"

A lire absolument et gratuitement en le téléchargeant à l'adresse suivante:

http://www.cfii.ca/fiion/divorcedfathersf.pdf

Etre bon parent, ça s'apprend

[ Vendredi 17 Décembre, numéro 59 ]

Article paru dans l’édition du mercredi 15 décembre 2004 de la Tribune de Genève.

« Etre bon parent, ça s’apprend »

Interview – Le point sur la méthode d’Hélène Renaud, pédagogue.

Vous aviez rêvé d’un mode d’emploi pour être un bon parent, Hélène Renaud, pédagogue et formatrice québécoise, dit l’avoir concocté pour nous. Vous puiserez peut-être quelques conseils dans ses deux livres, écrits avec Jean-Pierre Gagné, Etre parent, mode d’emploi et Huit moyens efficaces pour réussir mon rôle de parent. Interview.

Cette méthode d’éducation est personnelle ?
Oui, totalement, Enseignante de formation, je me suis rendu compte des problèmes de relation entre parents et enfants. Alors, il y a quatorze ans, j’ai mis au point une petite technique, appelée « parent efficace », où je développais déjà quelques unes de mes clés d’aujourd’hui.

Pourquoi avoir mis sur pied une technique personnelle
Maman d’une fille et d’un garçon de 21 ans et 23 ans, je souffrais dams mon rôle de parent. Pourtant je pensais avoir tout fait pour eux, comme être restée à la maison. Ma fille était arrogante et distante. Quant à mon fils, il était soumis car je lui mettais beaucoup de pressions, je l’avais cassé par des menaces. Alors, je me suis remise en question totalement. Et les fruits de ces réflexions se trouvent aujourd’hui dans mon travail tournant autour de la question : comment faire pour se reprendre ?

Se reprendre…
Oui, cela signifie se récupérer. Ou comment refaire l’estime personnelle de son enfant, recréer la confiance en soi chez lui ou encore comment recréer un lien de complicité avec lui.

Un exemple concret ?
Pour développer son estime personnelle, le parent doit absolument consacrer du temps à son enfant, qu’il soit nourri de son père et de sa mère. La clé est de le lui confirmer verbalement : « J’aime prendre et passer du temps avec toi », « J’aime m’occuper de toi ». Ceci est facilement applicable dans la vie de tous les jours. Lui signifier des choses positives l’aide à se construire. Car le bébé, à la naissance, ne sait rien. Ce qu’il sait de lui en grandissant, c’est le parent qui le lui dit. Aimer, le dire et poser l’action concrète.

Il s’agit donc de remettre en question son rôle de parent de façon permanente ?
Oui. Rien de tel que de s’observer, être conscient de ses actes. C’est la première marche pour être un parent acceptable. Il en existe huit. (ndlr : son livre « Huit moyens efficace pour réussir mon rôle de parent »)

Mais les femmes ne sont-elles pas souvent seules à se remettre en questions ?
Nous devons être des modèles pour les hommes. Notre mission n’est pas de dire :change mais de leur donner un modèle. Après, cela se fait tout seul…

Quels retours avez-vous ?
Beaucoup de témoignages de familles transformées. On serait même obligé de le lire avant d’aller à l’hôpital ! Le plus beau témoignage reste celui de ma fille. Dès qu’elle entend un problème avec un copain, dit : « tu aimerais que ma mère parle à tes parents ? »
Sandra Widmer Joly

En savoir plus
Renaud Hélène, Gagné Jean-Pierre Etre parent, mode d’emploiEditions Québécor

Renaud Hélène, Gagné Jean-Pierre Huit moyens efficaces pour réussir mon rôle de parent

Site Internet : http://www.commeunique.com

(Reproduction avec l’autorisation de Dominique von Burg, rédacteur en chef de la Tribune de Genève)

Site Internet : http://www.tdg.ch

Vous retrouverez tout bientôt Hélène Renaud dans une entrevue exclusive de Père pour toujours Genève.

Quelles sanctions si le titulaire du droit de garde sur les enfants ne respecte pas le droit de visite

[ Vendredi 10 Décembre, numéro 58 ]



Pour qu’un droit de visite se passe bien pour toutes les parties et notamment pour les enfants, il est évident que cela implique la collaboration des deux parents et si possible une organisation convenue par ces derniers sans l’intervention de la justice, qui pourra alors se contenter de prendre acte et de ratifier la décision des parents. Telle est la situation idéale à laquelle devraient aspirer tous les parents qui aiment leurs enfants avant tout.

Malheureusement, cela n’est pas toujours possible et le bénéficiaire du droit de visite est pratiquement livré au bon vouloir du titulaire du droit de garde en case de problèmes.

L’article 274 al.1 du Code civil prévoit que le père et la mère doivent veiller à ne pas perturber les relations de l’enfant avec l’autre parent et à ne pas rendre l’éducation plus difficile. Mais la seule sanction prévue est un rappel du père et le la mère à leurs devoirs par l’autorité tutélaire (ou le juge dans le cadre d’une procédure de divorce ou de mesures protectrices) qui peut leur donner des instructions. Certes, en cas de violation grave, le transfert à l’autre parent est envisageable de par la loi, mais est très difficile à obtenir car la perturbation des relations doit être grave et les preuves sont très difficiles à apporter. Les juges et les experts se renvoient la responsabilité de la décision et optent finalement toujours pour la solution la plus simple : rester au statu quo tant que les enfants ne vont pas trop mal. La violation des obligations de la mère doit être flagrante pour que la justice attribue les enfants au père.

La plupart du temps, c’est le droit de visite qui est limité en cas de perturbation des enfants, parce que c’est plus simple et évite à la justice et aux experts de rechercher la réelle cause de la perturbation, à savoir lequel des deux leur fait davantage supporter le conflit, voir du fameux syndrome d’aliénation parentale.

Le titulaire du droit de visite peut certes demander l’exécution forcée du jugement civil selon les règles prévues par le droit civil. La requête d’exécution forcée doit être adressée au Président qui a rendu la décision en cas de prononcé de mesures provisionnelles ou protectrices et au Juge de Paix pour l’exécution forcée du jugement de divorce. L’exécution forcée implique le droit de faire recours à la police. Les autorités judiciaires sont toutefois extrêmement réticentes à ordonner l’exécution forcée d’un droit de visite, compte tenu des incidences négatives qu’une telle exécution peut avoir sur les enfants. En général, le juge se contente de tenter la conciliation et de rappeler à l’ordre le parent qui ne respecte le droit de visite. Si le titulaire du droit de garde s’engage à respecter le droit de visite dans le futur la procédure en reste là. S’il explique au juge que le droit de visite perturbe les enfants qui ne veulent plus voir l’autre parent, alors le juge ordonne la plupart du temps la mise en œuvre de l’expertise. Au mieux, le titulaire du droit de garde est invité par le juge à respecter le droit de visite et au pire, ce dernier est supprimé dans l’attente de l’expertise. On constate donc qu’en pratique, le titulaire du droit de garde est seul juge de l’exercice du droit de visite de l’autre en raison du temps nécessité par les décisions judiciaires et les expertises. Ce temps laisse au titulaire du droit de garde tout loisir de faire usage du syndrome d’aliénation parentale pour empêcher l’autre parent d’exercer des relations saines avec les enfants si tel est son but.

Le droit suisse ne prévoit pas de sanction pénale pour non respect du droit de visite, comme c’est le cas en France (non présentation d’enfant). Cela serait toutefois souhaitable dans certains cas.¨

La seule sanction pénale qui peut entrer en ligne de compte actuellement est celle de l’article 292 du Code Pénal pour insoumission à une décision d’autorité. Les peines prévues sont les arrêts ou l’amende. La sanction n’est cependant possible que si le jugement de divorce, le prononcé de mesures provisionnelles ou de mesures protectrices prévoient expressément la menace des peines prévues à l’article 292 CP en cas de non respect du droit de visite. Si le jugement ne mentionne rien à ce sujet, cette disposition n’est pas applicable et le non respect du droit de visite ne peut pas faire l’objet d’une plainte pénale.

Actuellement, la justice et les experts spécialisés penchent presque toujours en faveur de l’autorité parentale et de la garde à la mère en vertu du principe qu’on ne peut pas enlever l’autorité parentale à une mère n’ayant pas démérité de son rôle de mère, car cela facilite grandement les décision et correspond encore à une mentalité un peu dépassée de la mère au foyer et du père au travail pour entretenir la famille. Les autorités judiciaires et les spécialistes peinent à prendre en compte le changement de situation qui s’est produit, en ce sens que les mères sont davantage impliquées dans le monde du travail et le père davantage dans les tâches éducatives.

L’égalité existe dans la loi, mais pas encore dans les mentalités. Mais nous sommes dans la bonne voie. Il appartient maintenant aux pères de lutter pour l’égalité dans la familles comme les femmes on dû lutter et doivent encore lutter pour l’égalité dans le monde du travail. Une femme doit être deux fois meilleure qu’un homme pour être reconnue son égale dans le monde du travail et l’homme doit être un père deux fois meilleur que la mère pour se voir attribuer l’autorité parentale et la garde des enfants. Il s’agit d’une réalité contre laquelle il appartient aux pères de lutter sans perdre courage et confiance en la justice. Celle-ci n’est que le reflet de la société et change lentement avec cette dernière. Il appartient aux pères de se mobiliser et de s’entraider pour obtenir l’égalité dans la famille comme l’on fait les femmes pour obtenir l’égalité dans le monde du travail.

Kathrin Gruber, avocate

La cause des hommes. Pour la paix des sexes

Chronique 2004_12_08.jpg [ Jeudi 09 Décembre, numéro 57 ]

Voici le titre du nouveau livre de Patrick Guillot. Le livre est dédié « Aux hommes qui se battent pour leurs enfants, à ceux qui cherchent leur âme et aux femmes qui sont à leurs cotés ». Il décrit à travers une analyse de divers thèmes comment à leur tour, les hommes se découvrent victimes d’injustices, de sexisme, et sont encore dépendants d’un stéréotype vieux de deux siècles. Ils prennent la parole et font face. Bien engagé au Québec, émergent en Europe francophone, le mouvement des hommes est en marche. Sous des formes diverses, de nombreux pères se mobilisent pour donner à leurs fils la nourriture masculine qu’eux-mêmes ont insuffisamment reçue. Les pères divorcés, marginalisés par des procédures iniques, militent pour le droit de chaque enfant à ses deux parents. Des hommes victimes de la violence, en particulier conjugale, brisent le silence et s’efforcent d’être reconnus. Dans les mouvements identitaires, les hommes apprennent à se parler et à se montrer, entre eux, tels qu’ils sont. Enfin, un courant pédagogique s’efforce de trouver des solutions au phénomène inquiétant de la sous-performance des garçons à l’école. Tous, à leur manière, inventent la nouvelle cause des hommes - qui a vocation à se conjuguer à d’autres causes: celle des enfants, qui ont droit à des pères présents; celle des femmes qui aspirent à un vrai partage social et à la paix des sexes.

Patrick Guillot trouve un excellent équilibre entre le qualitatif à travers cas individuels analysés en détails, le quantitatif appuyé par des statistiques fort intéressantes, et l’analyse de la manière dont nos responsables politiques et administratifs semblent vouloir refuser de voir certaines tendances et évolutions franchement troublantes et qui auront, si elles ne sont pas enrayées, des impacts négatifs et à une échelle importante pour l’évolution de notre société. Les arguments sont accompagnés de statistiques issues d’une importante bibliographie.

Les thèmes analysés le sont principalement de la perspective et des expériences françaises mais se réfèrent aussi à l’Amérique du nord et à d’autres pays d’Europe. Le livre donne aussi une place privilégiée à la Suisse romande à travers l’analyse détaillée de l’expérience d’un homme violenté de longue date par son épouse. L’auteur termine son chapitre « Contre toute les violences » par la phrase « La petite Suisse romande est devenue la base de départ des assauts lancés contre le tabou (de femmes violentes envers leurs époux et enfants) ». Appréciation réaliste ? en tout cas un fort encouragement pour que les efforts pour contrecarrer ce tabou continuent.

Patrick Robinson, Neuchâtel, le 8 décembre 2004

Table des matières.

Introduction : Vers un mouvement des hommes ?

Chapitre 1. La mâle souffrance
1.1 Vraies forces, vraies faiblesses
1.2 Qui regrette le patriarcat ?
1.3 Des hommes qui ont faim
1.4 Un fils affamé : Poil de carotte
1.5 Deux siècles d’éloignement des fils et des pères
1.6La prégnance du stéréotype
1.7 Big Mother veille sur vous
1.8 Où sont les héros ?
1.9 Le néo-sexisme
1.10 La confusion des mots
1.11 L’homme-coupable

Chapitre 2. Révolte contre le stéréotype
2.1 Des nouveaux pères dès le Moyen âge
2.2 Le modèle celte
2.3 L’homme est multiple

Chapitre 3. Contre toutes les violences
3.1 La violence n’a pas de sexe
3.2 L’histoire de Dave, homme battu
3.3 Les damnés de la Terre

Chapitre 4. La lutte des pères
4.1 Naissance : préparer les pères aussi
4.2 Une avancée : le congé de paternité
4.3 Divorce : la justice ou l’idéologie ?
4.4 Crimes contre les pères
4.5 Les pères changent, les pères dérangent
4.6 La longue marche des militants
4.7 Pères, hommes, femmes, enfants : au carrefour de toutes les causes
4.8 Le patronyme, c’est l’équité

Chapitre 5. La quête de l’identité
5.1Réseau Hommes : la découverte de l’intimité
5.2 New Warriors : vivre un rite de passage
5.3 Construire des espaces masculins

Chapitre 6. La cause des fils
6.1 Les programmes père-fils
6.2 École I : Bravo les filles !
6.3 École II : Comment sauver les garçons ?

Conclusion : Trouver la fierté

Bibliographie. Filmographie. Associations.

L’auteur. Patrick Guillot, Professeur et auteur, est sensibilisé depuis longtemps aux problèmes de l’identité masculine. Dès 1993, il a participé en France à la création et aux activités du Réseau Hommes, auquel il a consacré le livre Quand les hommes parlent. Il a ensuite élargi ses investigations à l’ensemble des courants masculins de recherche ou de revendication, en recherchant les convergences. Né en 1949 à Lyon (France), il a fait des études de lettres. À partir de 1975, dans la région lyonniase, il enseigne le français, puis, à partir de 1992, la documentation (collège, lycée).

Référence bibliographique : Guillot, Patrick (2004), La cause des hommes: pour la paix des sexes, 165 pages, Editions Option Santé, Québec, Canada., ISBN 2-922598-20-9. Site webb : http://www.optionsante.com

L’impunité dans le cas des fausses allégations : un mal nécessaire ou le refus d'une certaine réalité ?

[ Mardi 07 Décembre, numéro 56 ]

Ils sont de plus en plus nombreux les pères et les enfants qui se trouvent aujourd’hui plongés dans des histoires sordides et surtout très traumatisantes de fausses allégations. Pour certains parents, c’est la voie royale pour éliminer sans coup férir, sous l'oeil bienveillant de nombreux magistrats et magistrates, le conjoint qui jusque là s’occupait bien, lui aussi, des enfants.

Devant cette épidémie, nombreux sont ceux qui se posent la question du pourquoi tant d’impunité ou de mansuétude lorsqu’il a été démontré qu’on a abusé du pénal pour gagner au civil.

Il est maintenant largement démontré que la vaste majorité des plaintes d’abus concernant les pères se révèlent sans fondement i, ii, iii. Dans l’étude du Ministère de la Santé du Gouvernement du Canada, pour les pères, on parle de 60% d’allégations non corroborés, 20% de cas présumés et 20% de cas corroborés iv, v. Or malheureusement, ici comme ailleurs certains parents surfent sur la vague d’indignation contre les actes de pédophilie pour, comme le soulignait la journaliste Anna Lietti du journal Le Temps, tuer l’autre parent. Bien que les pères ayant commis un abus (cas corroborés) représentent moins de 2,9% de l'ensemble des auteurs présumés, à l'intérieur de la famille et à l'extérieur, sur une population totale de 14'406 enfants ayant fait l'objet d'une enquête (Trocmé, Tableau 4-4(a)), les pères sont la cible principale des fausses allégations.

Les fausses allégations représentent un véritable fléau. Les séquelles psychologiques durable sur les enfants sont l’équivalent de vrais abus. Dans l’article d’Anna Lietti, le psychiatre Gérard Niveau parle de maltraitance grave en indiquant :
« Les enfants ont souvent de la peine à distinguer la réalité du fantasme. Les parents doivent les aider à parvenir à cette étape essentielle pour leur équilibre. S’ils font le travail inverse, ils distillent en eux un fonctionnement pathologique aux répercussions graves et durables » vi.

La pédophilie est un problème gravissime. Que l’on veuille être sûr que tous les enfants victimes des pédophiles puissent avoir justice un jour, cela est juste et nécessaire. Cependant force est d’admette que la politique actuelle de « ratisser large » cause d’énormes dégâts. Que pour 2 ou 3 enfants protégés, il y en a 6 ou 8 que nous appellerons des faux positifs qui eux seront sacrifiés.

A l’heure actuelle, bien que les séquelles durables pour les enfants pris dans la tourmente des abus et de celle des fausses allégations soient aussi graves l’une que l’autre, seul les premiers peuvent être entendus. Les enfants pris dans l’enfer des fausses allégations ne sont-ils pas aussi des enfants abusés, eux aussi ? Lorsqu’une mère soumet ses filles à un examen gynécologique après chaque visite avec le père dans un Point de Rencontre, n’y a-t-il pas là de la maltraitance ? Si l’on admet que les abus sexuels sur les enfants sont intolérables et que les femmes qui accusent à tort leur mari par chantage sont aussi condamnables car les dégâts qu’elles causent sur les enfants et les pères sont immenses, alors pourquoi toute cette impunité ? Y aurait-il des victimes plus victimes que d’autres ? Faut-il continuer à accepter de sacrifier les victimes des fausses allégations au profit des victimes d’abus ? Si oui, sur la base de quel principe éthique ?

Je pense et nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à le penser, qu’il s’agit là de véritables maltraitances et que les effets pervers des fausses allégations se situent à trois niveaux. Le premier concerne les séquelles chez les enfants eux-mêmes dont la littérature montre qu’elles sont l’équivalent des véritables abus. Le deuxième concerne l’Etat lui-même, dont les ressources ne sont pas illimitées et qui doit s’occuper des vrais et des faux cas, ce qui risque de laisser les vrais de côté faute de ressources. Le troisième effet concerne le mouvement contre la pédophilie. S’il n’y prend pas garde, faute de gardes fous et de mesures prises contre ceux qui se lancent dans la logique des fausses allégations pour tuer l’autre parent, c’est le mouvement lui-même qui perdra de sa crédibilité où l’on risquera de dire : « Ah, encore une autre histoire de divorce ? ».

J'aimerais terminer sur un point, celui d’un tabou et je me permet de citer François Brook qui anime un site Internet de philosophie.

« Si on admet cette thèse selon laquelle le principal rôle du père consiste à couper le cordon ombilical de l’enfant, doit-on s’étonner que les mères, affranchies de la dépendance envers leur mari, l’aient congédié et s’opposent farouchement à toute intervention dans leur relation symbiotique avec ses enfants? N’est-ce pas d’ailleurs pour empêcher que l’on dénonce cette immoralité que les mères ont pris l’assaut les pères pour leur inventer quelque immoralité pour que la cour les écarte systématiquement du giron familial?

J'ajouterais : n’y a-t-il pas là une forme d’inceste maternel chez ces femmes qui cherchent à invaginer leurs enfants ? Dans cet ordre d’idée, je vous invite à consulter l’article de Monique Tardif, psychologue à l’Institut Philippe Pinel qui a écrit un article paru dans Forensic – revue de psychiatrie et psychologie légale et intitulé vii :"Les femmes responsables d'abus sexuels: refus d'une certaine réalité"

Cet article de même qu’un reportage paru dans l’émission Enjeu de Radio-Canada le 9 mars 2004 intitulé : « Ma mère, mon agresseure » sont disponibles sur le site de Père pour toujours Genève dans la chronique numéro 33 du 19 mai 2004.

Pour conclure et en réponse à la question initiale posée, je pense que l'impunité dans les cas de fausses allégations n'est pas un mal nécessaire à la lutte contre la pédophilie, mais qu'elle est le refus d'une réalité. Les auteurs de fausses allégations doivent être punis et soignés. Je pense aussi que cette question de mettre fin à l’impunité des fausses allégation est compatible et nécessaire à la défense des enfants, en particulier ceux victimes d’abus.

Paul Ménard, membre du comité

i Van Gijseghem Hubert, L’enfant mis à nu- L’allégation d’abus sexuel : la recherche de la vérité Editions du Méridiens, 1992

ii Trocme N., et al Etude canadienne sur l’incidence des signalements des cas de violence et de négligences envers les enfants Gouvernement du Canada – Santé Canada, 2001
disponible sur le site http://www.perepourtoujours.ch dans la section « références » - thème : maltraitance

iii Bensussan, Paul Inceste le piège du soupçon Editions Belfond 1999

iv Trocme N., et al Etude canadienne sur l’incidence des signalements des cas de violence et de négligences envers les enfants Gouvernement du Canda – Santé Canada, 2001

vUn cas est corroboré si la pépondérance de la preuve indique qu'il y a eu effectivement eu violence ou négligence. Un cas est présumé si la preuve recueillie est insuffisante pour corroborer le mauvais traitement mais qu'il subsiste un doute quant à leur existance. Un cas est non-corroboré si la preuve est suffisante pour conclure que l'enfant n'a pas été maltraité.

vi Anna Lietti « Faut-il punir les parents coupables de meurtres psychologiques ? » dans le journal Le temps 18 mai 2000

vii Tardif Monique, Lamoureux Bernadette, "Les femmes responsables d'abus sexuels: refus d'une certaine réalité" dans Forensic - revue de psychiatrie et psychologie légale 1999 numéro 21.
Article accessible à l'adresse:
http://www.pinel.qc.ca/psychiatrie_violence/articles/tardif.html

Préserver le lien parental

PC1319a[1].gif [ Jeudi 02 Décembre, numéro 55 ]

Tel est le titre d'un nouvel ouvrage paru au Presses Universitaires de France (PUF) sous la di-rection du sociologue Gérard Neyrand.

"Dans notre époque de mutation sociale et familiale, l'apparition de troubles de la relation du bébé à ses parents et des parents à leur bébé est d'autant plus fréquente que les cadres de la vie familiale traditionnelle ont disparu ou sont perturbés. Touchant toutes les couches sociales, ces troubles se développent de façon plus marquée dans les milieux précarisées, moins sensibilisés au repérage des perturbations psychiques. Leur fréquence chez les bébés et jeunes enfants interpelle les professionnels de la périnatalité, du soin psychique, de la petite enfance et du soutien à la parentalité. La nécessité d'une prévention de ces troubles qui mettent en jeu le lien parents-enfant s'affirme pour éviter que ceux-ci n'évoluent vers une psychopathologie de l'enfant. Mais le risque de stigmatisation des plus démunis et de contrôle social par la démarche de dépistage s'en trouve réactivé, dans notre société qui semble croire par ailleurs que le médicament est la solution à tous les maux.

Il convient alors de rappeler à quel point la qualité de la relation parentale est une condition de l'équilibre psychique du bébé, et de souligner l'importance pour le bébé comme pour ses parents d'un travail préventif relationnel inspiré des acquis de la psychanalyse. L'analyse de la parentalité moderne, et celle des dispositifs institutionnels de prise en charge de la relation parentale perturbée sur les quartiers nord de Marseille sont l'occasion de montrer l'importance de l'écoute interpersonnelle, de la formation des professionnels de la santé, et du travail en réseau pour que puisse être préservée la qualité du lien parental, et la santé psychique de l'enfant

Gérard Neyrand, sociologue, principal rédacteur de cet ouvrage, s'est spécialisé dans l'étude des relations privées et les façons dons se régulent leurs transformations. Ont participé à ce travail: Michel Dugnat, pédopsychiatre, psychothérapeute, Georgette Revest psychanaliste, Jean-Noël Trouvé, psychiatre et psychanalyste.

LES PUBLICS CONCERNES: chercheurs et enseigants en science humaine, notamment sociologues, psychanalistes, anthropologues, psychiatre, psychologues; professionnels du soin psychique; professionnels de la périnatalité, de la petite enfance, du travail social, de l'éduca-tion, de l'accompagnement parental; organisme parentaux et organismes de gestion sociale; parent motivés.


Du même auteur: L'enfant, la mère et la question du père. Un bilan critique de l'évolution des savoirs sur la petite enfance

Le lien vers les Presses Universitaires de France:

http://www.puf.com/livres/PC1319a.html

Égalité médiatique

[ Mercredi 01 Décembre, numéro 54 ]


par François Brooks

De toutes les sottises avec lesquelles on gouverne les peuples, l'égalité est peut-être la plus grande, parce qu'elle est la plus chimérique des utopies. »
Guy de Maupassant, Texte paru dans LE GAULOIS, 25 juin 1883


* * *
L’égalité est peut-être même l’utopie la plus tyrannique de toutes puisqu’elle est aveugle comme le communisme soviétique l’était. Au Québec, elle donne à une élite féminine des privilèges, tout comme les citoyens grecs se targuaient de démocratie alors qu’il y avait une armée d’esclaves ouvriers pour supporter cette idéologie que nous sublimons aujourd’hui aveuglément. Quand on dispose de pouvoirs médiatiques d’influence massive, je vous demande bien comment on peut parler de démocratie et d’égalité?

Je répugne à m’inspirer d’Adolf Hitler pour illustrer mes propos mais dans ce cas, une citation me revient sans cesse « Si vous désirez la sympathie des masses, vous devez leur dire les choses les plus stupides et les plus crues. » Dire aux masses que nous leur apportons l’égalité en leur faisant croire qu’elle équivaut à la « justice », n’est-ce pas effectivement un transport de signification qui relève de la stupidité? Comment pouvons-nous nous laisser berner si crûment?

À quoi rime le bonheur dans une nation où l’avenir familial est bouché? Comment un homme peut-il encore trouver la motivation de survivre quand il est réduit à sa seule fonction de pourvoyeur? Que ferait une femme réduite à sa seule fonction dechair-à-baiser? Le plus stupéfiant dans tout ça c’est que pour chaque insulte ou dénigrement dont les femmes se défendent farouchement à travers un féminisme outrageant, il y a un outrage équivalent que vivent les hommes, et qu’elles refusent de voir comme tel. Quand on identifie son adversaire à de la vermine, aucune compassion n’est possible, aucune compréhension ne peut s’installer, il faut tout simplement l’éliminer.

Faut-il le dire : les hommes ne sont pas les tueurs, pédophiles, brutes, irresponsables, pleutres et voleurs que nous voyons chaque soir au téléjournal et dans les téléromans. Cette image générale de l’homme contre laquelle nous tentons de mettre le public en garde ne se vérifie pas dans les faits. Si certains le sont, il n’y a pas moins de femmes qui ont des côtés sombres équivalents. Va-t-on encore continuer ce lynchage public de l’homme longtemps? L’affichage public de quelques monstres malades n’a pas d’autre intérêt que le sensationnalisme. L’exception n’est pas d’intérêt public. Les « freak show » ne sont-ils pas interdits? Pourquoi nous présente-t-on la parade de ces quelques individus malades chaque soir? En vertu de quel droit les rédacteur(trice)s de nouvelles et téléromanciers essaient-ils(elles) d’alimenter en nous leurs plaisirs pervers personnels?

L’harmonie est disparue. Comment la faire revivre? Sommes-nous prêt à entrer dans une phase réparatrice? Qu’est-ce que les femmes sont prêtes faire pour aider tous ces hommes blessés dans leur identité par un féminisme aliénant? Comment peuvent-elles les aider à guérir pour ensuite reprendre leur rôle familial valorisant? Vont-elles leur imposer leurs normes ou les inviter à reprendre leur place désertée? Quel est le rôle de l’homme? Qu’est-ce qu’un homme? Doit-il être égal à la femme? Peut-il l’être? Pourquoi sommes-nous si obsédés par l’égalité?

A qui confier l'autorité parentale ?

[ Mardi 09 Novembre, numéro 53 ]

Les autorités judiciaires sont investies du pouvoir d'attribuer la garde d'un enfant à l'un des parents lors d'un divorce. Sur quels critères se baser pour prendre une telle décision? La ten-dance des tribunaux est de penser que dans un couple parental il y a forcément un bon et un mauvais parent. Même si cette manière de penser reste le plus souvent implicite (voir inconsciente) elle fait foi dans les tribunaux. Sans ces prémisses, il serait en effet impossible de trancher. Or, le meilleur moyen de démontrer que l'un des parents fera mieux l'affaire n'est-il pas de montrer l'autre du doigt?

Le divorce n'est pas conçu comme la juste solution apportée à un conflit particulier, mais comme le résultat d'une bataille. Et, on le sait, dans tout combat, il y a le bon et le méchant, le gagnant et le perdant. Ces notions ne sont le plus souvent pas explicitées lors d'un jugement de divorce. Pourtant, elles transparaissent à travers des termes tels que partie adverse, demandeur/défendeur, M.X est condamné à payer la pension de tant etc....

La jurisprudence est guidée par l'a-priori selon lequel la mère reste, sauf exception, la mieux à même d'éduquer un jeune enfant. Le seul choix laissé au père désireux de participer pleinement à l'éducation de son enfant est de démontrer que la partie adverse s'avère être une mère indigne. La notion d'instinct maternel mise en avant par les tribunaux sous-entend deux choses: d'une part qu'il n'y a pas d'instinct paternel, d'autre part que le père doit mettre en doute les compétences éducatives de la mère pour mériter sa place auprès de son enfant. On voit bien comment, d'une part les deux parents ne sont pas traités à égalité, comment d'autre part, ils sont incités à s'engager dans une lutte de pouvoir.

Les relations personnelles entre parents et enfants, les capacités éducatives de chaque conjoint, de même que leur aptitude et leur désir d'obtenir la garde sur l'enfant, de prendre largement soin de lui personnellement et de s'en occuper constituent des éléments de premier plan déterminants pour la décision à rendre.

Si l'on tient compte des capacités éducatives de chaque parent et qu'il se trouve que tout deux en possèdent de satisfaisantes, comment trancher? On peut - et c'est là la coutume - mettre en avant le principe de l'instinct maternel et donc confier l'en-fant à la mère. Si au contraire un seul des deux parents répond aux critères (et d'ailleurs quels sont-ils?) de la norme éduca-tive, la tâche des avocats revient à démontrer les aspects nocifs de la partie adverse pour l'enfant. La bataille est alors engagée. Toute la difficulté réside dans le fait qu'il y a une décision à rendre. Le choix n'émane donc pas des seuls conjoints, mais d'un tiers qui doit en quelque sorte marquer une préférence. La tâche qui incombe aux juges est trop lourde. Face au choix cruel auquel ils sont confrontés, ils se voient contraints soit de rechercher le bon et le mauvais parent, soit, en cas de dilemme, de s'en référer à l'opinion communément admise selon laquelle la mère remplit naturellement mieux le rôle éducatif. Sans compter que cet a priori porte préjudice à l'homme qui, dépourvu d'une fibre parentale naturelle, devra faire preuve de compétences extraordinaires. Il ne pourra pas se contenter d'être un bon père, il devra être un père mieux qu'une mère.

...le principe fondamental qui doit guider le juge est l'intérêt de l'enfant, celui des parents étant relégué à l'ar-rière plan.

Malgré une intention louable, le juge ici est amené à s'appuyer sur un principe erroné. Il n'est en effet pas possible d'apporter à l'enfant une garantie de bons soins si les besoins et désirs des parents ne sont pas eux aussi respectés. Un parent frustré fait courir à l'enfant le risque de subir les conséquen-ces de son malaise.

le rôle du curateur ne consistera donc pas uniquement à exer-cer une surveillance mais à intervenir lui-même, activement, afin de contribuer à la stabilisation personnelle de l'enfant ainsi qu'au renforcement de saines relations entre celle-ci et ses parents. Son intervention tendra également à suppléer en tant que besoin l'autorité parentale déficiente...

Doit-on entendre par là que, en tant que professionnel, le curateur pourrait faire figure de parent modèle? Comme si lui-même ne subissait aucune distorsion due à son propre système de va-leur, son histoire personnelle, sa difficulté à intervenir dans un système déjà constitué? Il y a là une vision idéale et très peu réaliste du curateur! D'autant plus que le curateur ne vit pas avec l'enfant. Il n'a pas de relation affective avec lui ni affective, ni fonctionnelle. Allez demander à l'enfant s'il voit son curateur comme un parent. D'ailleurs le connaît-il seule-ment?

Il ne suffit pas non plus de prendre une mesure pour qu'une situation précaire se rétablisse brusquement. Personne ne se plie de bon cœur à une décision imposée de l'extérieur, surtout pas lorsque celle-ci concerne les relations intimes. Aider, orienter un parent en difficulté dans la recherche d'une nouvelle solution est une chose. Lui dicter un comportement sous contrainte en est une autre. Même si le curateur possède momentanément l'autorité parentale, il n'en deviendra pas parent pour autant. L'essentiel des décisions prises ne réside pas dans le fait qu'elles soient respectées ou non, mais bien dans leur portée sur l'enfant. Or, de part leur caractère fondamentalement agressives, tout porte à penser que les mesures prises à l'encontre d'un parent ne seront pas suivies. Elles risquent au contraire de rester sans réponse et d'appeler à hausser le ton. Dans ce contexte, on voit mal comment l'intérêt de l'enfant peut être maintenu. Même dans le cas extrême où l'enfant serait extrait de son milieu familial, rien ne pourrait indiquer avec certitude que c'était là la solution.
Un enfant mal aimé ou trop maladroitement aimé concevra la croyance qu'il n'est pas digne d'amour et non pas qu'il a des parents inacceptables (Jacques Salomé).

On le voit bien, l'enfant met en œuvre tout ce qui est en son pouvoir pour préserver ses parents. Le priver, de manière radicale ou plus indirecte de ses parents peut à la rigueur le protéger de la violence physique, mais pas d'un sentiment d'abandon ou de culpabilité. Qu'advient-il alors de l'objectif de sauvegarder avant tout l'intérêt de l'enfant?

L'ensemble de ces remarques conduit à une critique générale sous forme d'interrogation: les tribunaux sont-ils réellement habilités à traiter des affaires de divorce? Le milieu judiciaire est formé à défendre les intérêts d'un individu (même d'il s'agit d'un groupe) alors qu'en cas de divorce on se trouve en présence d'un réseau complexes de relations, et qui plus est, de relations avant tout affectives. Raisonner en termes de parties, établir un ordre de priorité chez les personnes ne représente pas un cadre de références approprié. Parce que, dans le système familial l'intérêt de l'un dépend précisément de celui de l'autre. Le divorce - et les mesures qui en découlent - ne met pas un terme aux relations familiales, il en institue tout au plus de nouvelles. Surtout dans le cas où l'union conjugale a donné naissance à des enfants, le divorce implique un nouvel agencement des relations préexistantes, bien plus que la fin de tout rapport.

Si un médecin n'obtient pas la collaboration de son patient, il se heurte au problème de la non-compliance au traitement. Il en va de même pour le juge qui impose un verdict sans s'assurer que celui-ci soit acceptable pour tous les membres d'une famille. Tout comme le médecin ne va pas augmenter les doses prescrites sous prétexte que son patient ne respecte pas le traitement, le juge ne peut pas escompter qu'en intensifiant des mesures inefficaces il obtiendra un meilleur résultat. L'intervention en force d'un curateur, même guidé par les meilleures intentions qui soient, ne peut représenter un solution durable ni pour les parents, ni pour l'enfant.

Ces réflexions conduisent à penser que les tribunaux et leurs représentants ne sont pas formés pour intervenir dans les affaires familiales. Telles qu'elles sont conçues, les procédures de divorce génèrent des sentiments de culpabilité, d'agressivité, des éléments propices à l'exacerbation d'un authentique conflit. Elles sont longues, coûteuses et surtout, antirationnelles. En dessous du système judiciaire, il y a des hommes, qui pas plus qu'aucun autre, ne sont exempts de préjugés, de normes sociales ou personnelles, bref, d'aptitude à commettre des erreurs, et ce d'autant plus qu'ils sont pris dans un système qui ne favorise pas la neutralité.

Plutôt que de savoir à qui confier l'autorité parentale?, il serait bon de déterminer en premier lieu à qui revient le droit d'attribuer l'autorité parentale.

Droit à l’information accordé au parent non gardien

[ Lundi 08 Novembre, numéro 52 ]

Réponse du président du Département de l'instruction publique

Nous avons reçu une réponse de Monsieur Charles Beer, conseiller d’Etat et président du Département de l’instruction publique de la République et du Canton de Genève à notre interpellation quant au droit à l’information accordé au parent non-gardien (Art. 275a, CCS, entré en vigueur en janvier 2000).

Nous sommes heureux de la réponse faite. En voici quelques extraits :

"Comme vous, j’estime que le droit résultant pour le père ou la mère qui ne détient pas l’autorité parentale d’être renseigné notamment par les enseignants ou les médecins sur l’état de son enfant est fondamental.

Selon la Direction générale de l’office de la jeunesse, cette disposition légale est connue des services sociaux et médicaux de cet office. Vous rappelez donc à juste titre que les collaboratrices et collaborateurs de ces services se doivent de l’appliquer.

Je veillerai à ce que la règle soit rappelée aussi bien au personnel de l’Office de la jeunesse qu’au personnel enseignant."


Monsieur Beer conclut en invitant Père pour toujours Genève à lui faire part des cas où ce principe fondamental du droit à l’information accordé au parent non gardien ne serait pas respecté.

Au nom du comité de Père pour toujours Genève, nous voulons remercier Monsieur Beer de sa réponse.

L'équivalence parentale

[ Mercredi 03 Novembre, numéro 51 ]

par Hans Lehmann, Conférence du 8 octobre 1999, Parentraide, Fribourg

L'enfant étant le centre d'intérêt de la problématique de l'équivalence parentale, il est nécessaire en premier lieu de reconnaître que la nature l'a doté de deux parents. Ce n'est certainement pas par hasard, ni sans raisons. L'enfant doit pouvoir en apprendre tout ce qui est utile à sa survie et à son développement. Dans ce sens, la qualité de la réponse donnée par l'entourage à son besoin d'attachement se révèle être un des facteurs fondamentaux de cet "apprentissage". Bien des chercheurs ont pu confirmer ce besoin et ont déterminé la manière dont il doit être comblé : l'enfant a besoin d'amour, de vérité, et d'une dose d'affection variable et individualisée.

D'abord et avant tout, il est essentiel de se mettre d'accord sur la signification que je prête aux mots que j'utilise. L'expression "équivalence parentale" véhicule pour moi l'idée que les deux parents ont la même importance pour l'enfant, chacun dans sa différence. Sur le plan de la société, dans notre pays, l'égalité en droits de l'homme et de la femme est reconnue depuis le vote du 14 juin 1981. Je me demande alors si, par déduction, on pourrait envisager aussi une égalité entre père et mère. Dans la perspective sociale actuelle, force nous est de constater que nous en sommes très loin. De ce fait, il devient nécessaire de distinguer l'aspect juridique lié une situation "sociétale" de l'aspect relationnel concernant la vie de l'enfant.

Les normes sociales auxquelles nous nous référons sont fondées sur des principes difficilement contournables. Notre culture occidentale maintient l'idée, qui me paraît discutable, de l'existence de liens privilégiés entre une mère et son enfant. Je ne remets pas en question l'existence des liens mère-enfant, ils sont indéniables. A ce propos d'ailleurs, de nombreux chercheurs ont décrit cette expérience existentielle unique pour la femme, qu'est celle de devenir mère. Là où je ne suis plus d'accord, c'est de dire que les liens mère-enfant sont privilégiés par rapport aux liens père-enfant qui seraient secondaires. Selon moi, les liens mère-enfant sont privilégiés dans la mesure où nous les décrétons comme tels, en nous basant sur les traditions et les habitudes sociales qui veulent que le père travaille alors que la mère s'occupe de l'enfant. Si l'on se réfère à cette situation, il est évident que l'enfant développera un attachement plus grand avec sa mère. Non pas parce qu'elle est mère, mais parce que c'est elle qui est là pour lui. A ce sujet, André Haynal, professeur de psychiatrie à l'Université de Genève, précise, dans un article intitulé Le défi de la paternité, (1989, p.1024) "qu'il n'est tout simplement pas vrai – puisque cela ne correspond pas du tout aux observations – que l'enfant, au-delà des premiers jours ou des premières semaines, serait tout à fait absorbé par une relation "duale" avec la mère; au contraire, il prend très rapidement conscience des tierces personnes, dont le père s'il vit avec la mère, les frères et sœurs, et d'ailleurs aussi de l'entourage inanimé." On voit donc très bien que la mère n'a pas l'exclusivité.

Dans un pays voisin, des enfants naissent "sous X", sans père ni mère. L'adoption leur offre la possibilité de grandir et de s'épanouir en recevant de personnes sans liens biologiques, - et néanmoins auxquelles ils peuvent s'attacher -, leur dose d'affection. J'en conclus que "liens biologiques" ne signifient pas pour autant "liens affectifs" et inversement. En France, ces dix dernières années, la constatation des nombreux phénomènes de rejet de l'enfant par la mère au moment de l'accouchement a fait naître une toute nouvelle profession : "maternologue". La mise sur pied d'une forme de soutien maternel s'est révélée plus que nécessaire et ce, dans l'intérêt de l'enfant. A l'heure actuelle, sur 750 000 naissances par an, 75 000 nouveau-nés sont concernés. En découvrant ces chiffres étonnants, on peut penser que les changements – qu'ils soient physiologiques, psychologiques, ou hormonaux –qui préparent la mère à accueillir son enfant ont un sens uniquement dans la mesure où elle a envie de le recevoir. De la même manière, le père "s'ouvre" à son enfant seulement s'il le désire et s'il l'attend. Pour chacun des parents, les liens affectifs avec l'enfant ne pré-existent pas à la relation, mais ils se construisent à travers elle.

Mais revenons à ce phénomène inquiétant. Quelles réflexions et hypothèses pouvons-nous élaborer au vu de cette attitude de rejet ? Ces mères sont-elles à blâmer ? A-t-on le droit de leur jeter la pierre ? Quelles références ont-elles eues ? Ont-elles eu le privilège de connaître un début de vie "équilibré affectivement" par la présence de leurs deux parents ? Les questions sont nombreuses. Néanmoins, je vais essayer de vous donner quelques éléments de réponse.

Commençons par le début. Les histoires des couples relatées au travers d'entretiens montrent à quel point les attentes de l'homme et celles de la femme, dans la constitution du couple, sont liées au vécu émotionnel de l'enfance de chacun. Si ce vécu a été équilibré, il va de soi que chacun des parents souhaite le répéter. En revanche, s'il y a eu déséquilibre chez l'un ou l'autre des partenaires, la répétition risque de faire naître des problèmes et des tensions. Yvon Gauthier, professeur de psychiatrie à l'Université de Montréal, pédopsychiatre et co-auteur de Devenir père, devenir mère, écrit, en se basant sur des recherches récentes, que "la qualité de l'attachement vécu entre parent et enfant se transmet d'une génération à l'autre."(Fornagy et al., 1993; Benoit et Parker, 1994; cité par Y. Gauthier, 1999, p.57) Selon lui, "il y aurait donc une continuité entre qualité de l'attachement et capacité à prendre soin." Dans ce même ordre d'idée, Jacques Salomé, formateur en relations humaines, écrit, dans Parle-moi, j'ai des choses à te dire (1995, p.171) : "Les attentes et les revendications à l'égard du conjoint sont souvent le reflet de frustrations venant de l'enfance que l'autre doit réparer." Mais alors, de quoi peut bien provenir cette frustration ? Personnellement, j'émets les hypothèses suivantes :

L'enfant n'a pas été désiré ; il est un "accident".
L'enfant a été désiré seulement par un membre du couple.
L'enfant n'a pu s'attacher qu'à l'un des parents, l'autre étant dans l'incapacité de répondre à sa demande.
L'enfant vit avec l'impression d'avoir été abandonné par l'un ou l'autre de ses parents.
L'enfant ne rencontre pas assez souvent l'un des parents du fait de l'organisation sociale du couple.

Cette liste est évidemment loin d'être exhaustive. La dernière hypothèse soulève néanmoins plusieurs aspects liés au fonctionnement de notre société. Dans les couples actuels, il est évident que les hommes se sentent encore chargés d'une fonction économique. Dans Pères, Mères, Enfants, Christine Castelain-Meunier, sociologue, chercheuse au CNRS et spécialiste des rapports hommes-femmes, écrit : "L'affirmation de soi par la réussite professionnelle reste, dans les mentalités et les pratiques, l'apanage de l'homme." (1998, p.52). Avoir une bonne place, au niveau professionnel, reste la condition nécessaire pour assumer cette fonction, et donc fonder une famille et en assurer les charges. Dans le chapitre du Code Civil Suisse (1972, p.159) concernant les effets généraux du mariage, l'article 160 datant de 1907 précisait : "Le mari est le chef de l'union conjugale. Il choisit la demeure commune et pourvoit convenablement à l'entretien de la femme et des enfants." Depuis 1988, hommes et femmes se trouvent à égalité. "Les époux choisissent ensemble la demeure commune". (Art. 162 CCS) "Mari et femme contribuent, chacun selon ses facultés, à l'entretien convenable de la famille. Ils conviennent de la façon dont chacun apporte sa contribution, notamment par des prestations en argent, son travail au foyer, les soins qu'ils vouent aux enfants ou l'aide qu'il prête à son conjoint dans sa profession ou son entreprise. Ce faisant, ils tiennent compte des besoins de l'union conjugale et de leur situation personnelle." (Art. 163 CCS) Dans notre société, cette fonction correspond à l'aspect rationnel, objectif, normatif… Et même comme on vient de le voir, elle représentait, jusqu'à il y a peu, une obligation légale. C'est la fonction traditionnelle de l'homme "pourvoyeur".

Malheureusement, trop souvent on a tendance à mettre de côté l'aspect subjectif, irrationnel, affectif… Tout être humain a un profond besoin d'attachement. C'est indéniable. Est-ce logique, raisonnable ? Si ce besoin n'est pas satisfait, l'individu cherchera par tous les moyens à en avoir des bribes ou des substituts. Enfant, il sera capable de s'adapter à l'environnement dont il dépend ou d'attirer l'attention de son entourage par des sourires ou de la provocation. Adulte, il deviendra possessif, cherchera l'exclusivité, s'exprimera par la violence…

Selon moi, il est indispensable d'offrir à l'enfant qui va naître ce qui nous paraît à tous le plus naturel, deux parents. Cette présence conjointe dès la naissance et pendant une certaine durée lui permettra d'élaborer une base solide. Dans cette optique, chaque parent pourrait participer aux soins de l'enfant. Le terme de soins est ici à saisir au sens large du terme. Gérard Poussin, professeur en psychologie clinique à l'Université de Grenoble, dans Psychologie de la fonction parentale (1993, p.121) distingue à ce sujet les rôles parentaux de la fonction parentale. Il écrit : "Il s'agit ici du problème pour un enfant d'avoir des parents qui, d'une part, le nourrissent et le protègent (rôles parentaux) et qui, d'autre part, l'aident à constituer sa propre personnalité à travers les images parentales qui lui sont proposées (fonction parentale)". Il poursuit en insistant sur l'importance de la présence de chacun des parents auprès du jeune enfant en écrivant "qu'il est périlleux de séparer la mère de l'enfant à cette période, ou au contraire bénéfique de favoriser les échanges entre elle et le bébé." (p.126) Puis il souligne immédiatement que "l'importance d'une relation proche dès la naissance est également valable pour le père, quoique de manière moindre : plus précocement le père s'occupe de l'enfant, plus son rôle est important par la suite. Cela développe en outre chez lui un plus grand attachement à l'enfant." (p.126)

S'inspirant de ces idées, on peut penser que c'est de cette double présence que dépendra l'équilibre subjectif et irrationnel de l'enfant. L'empreinte affective offerte à l'enfant par ses deux parents aura une influence équilibrante pour son développement. Et au-delà de ça, cette participation conjointe aura également une action structurante sur le couple, chacun se sentant valorisé dans sa différence. Il n'est pas question de déterminer lequel des deux sera le plus "maternant". Chaque parent doit pouvoir apporter sa complémentarité à l'éducation de l'enfant, conformément à ce que la biologie a prévu et pas nécessairement comme la culture économique ou sociale le prescrit. Les travaux de Yogman (1982, cité par G. Poussin, 1993, p.127) montrent à ce propos que "les échanges sont aussi riches avec le père qu'avec la mère, mais qu'ils sont de nature différente et apportent ainsi à l'enfant des stimulations plus diversifiées." Dans ce double rapport, l'enfant trouvera alors le respect qu'il mérite ainsi que les éléments nécessaires à son épanouissement.

Tenant compte de ces divers éléments, la conclusion semble évidente. Dans Sous le signe du lien (1989), Boris Cyrulnik, neurologue, psychiatre et professeur d'éthologie humaine, intitule un chapitre : "L'enfant de personne, c'est presque personne." Ce titre me paraît très significatif. L'enfant a de plus grandes chances de s'épanouir et de devenir quelqu'un s'il reçoit de l'attention et de l'affection de deux parents. Mais par-dessus tout, l'enfant a besoin d'être reconnu dans son individualité par ses deux parents. Gérard Poussin dit à ce sujet (1993, p.172) que "Ce que les parents doivent avant tout à leur enfant est bien le respect de sa double filiation qui l'élève à la dignité d'un être unique en même temps qu'il est lié, par son appartenance aux deux lignées : paternelle et maternelle, à ce qui fait l'essence de l'espèce humaine." Dans ce sens, il y a d'immenses avantages, pour l'ensemble de notre société, de modifier les règles établies et en vigueur jusqu'à présent.

Petit à petit, les choses évoluent. Des changements importants se sont produits au cours des dernières décennies dans l'image que se font les pères de leur fonction. D'après une étude de Le Camus, rapportée par Yvon Gauthier : "Certains pères croient même que les sociétés modernes tiennent pour acquise l'apparition d'un rôle presque aussi important pour le père que pour la mère." (1995, cité par Y. Gauthier, 1999, p.57). Il poursuit en disant que : "Ce changement implique pour le père le passage d'un rôle de pourvoyeur à celui de "nourrissant" au plan relationnel et émotionnel et pose le problème du temps consacré à l'enfant en fonction de la carrière – question de plus en plus pressante pour la mère aussi. Le problème principal pour le nouveau père est celui de se libérer d'une image négative de père absent, ou seulement pourvoyeur, pour développer une image, plus moderne, d'un père s'occupant activement d'un nourrisson, souvent dans une image de contre-identification avec l'image paternelle de son enfance." (Gauthier, 1999, p.57). Et pourtant, en 1998 encore, Christine Castelain-Meunier (1998, p.34) écrit qu'à l'heure actuelle, "Hommes et femmes ont des difficultés à ajuster leurs relations au fil des changements qui ponctuent leur vie, et dans un contexte où persistent, voire s'accentuent, les inégalités. (…) Favoriser, encourager l'égalité par des politiques clairement définies pourraient contribuer à minimiser ces effets. " Il reste donc passablement de pain sur la planche.

Dans cet optique de préserver l'épanouissement de l'homme et celui de la femme au travers de la profession - chacun sait aujourd'hui que de plus en plus de femmes cherchent à maintenir une activité extérieure au foyer familial -, un partage des tâches éducatives doit pouvoir se construire afin de maintenir l'équilibre entre sphère privée et sphère professionnelle. Dans ce contexte, un congé parental pour chacun des parents au moment de la naissance de l'enfant se révèle être un "outil" indispensable. Il serait même souhaitable de faciliter un plan de carrière couvrant la période parentale par un travail à temps partiel (de 50% à 90%) pour chacun des parents jusqu'à l'entrée de l'enfant à l'école.

N'oublions pas que le point de vue de la société vis-à-vis de l'enfant a largement évolué au cours de ces cinq dernières décennies. En 1947, la Charte de l'enfant a été signée. En 1989, l'ONU a établi la Convention relative aux droits de l'enfant, que la Suisse a ratifiée en mars 1997, rejoignant ainsi 190 autres pays. Désormais, l'enfant est devenu sujet de droit. Il n'est donc plus un objet appartenant à l'un ou l'autre des parents. Ces derniers ont la responsabilité de son éducation. La Convention stipule que "les Etats parties reconnaissant que l'enfant, pour l'épanouissement harmonieux de sa personnalité doit grandir dans le milieu familial, dans un climat de bonheur, d'amour et de compréhension, s'emploient de leur mieux à assurer la reconnaissance du principe selon lequel les deux parents ont une responsabilité commune pour ce qui est d'élever l'enfant et d'assurer son développement." (Art. 18) En outre, l'article 9 précise que "les Etats parties respectent le droit de l'enfant séparé de ses deux parents ou de l'un d'eux d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant." C'est à la société d'adapter sa manière de penser pour permettre aux parents de remplir cette tâche dans les meilleures conditions. Pour l'enfant, mère et père sont équivalents dans leurs différences.

Bibliographie de la Conférence du 1er novembre 1999 à Vallorbe


Castelain-Meunier, C. (1998). Pères, mères, enfants. Paris : Dominos Flammarion.

Cyrulnik, B. (1989). Sous le signe du lien. Une histoire naturelle de l'attachement. Paris : Hachette Pluriel.

Gauthier, Y. (1999). « Facteurs de protection dans la transmission de l'attachement ». In : M. Dugnat. (Ed). Devenir père, devenir mère. Naissance et parentalité. Ramonville Saint-Agne : Erès.

Haynal, A. (1989). « Le défi de la paternité ». In : Médecine et Hygiène, 47,1022-1026.

Poussin, G. (1993). Psychologie de la fonction parentale. Paris : Dunod.

Salomé, J. (1995). Parle-moi…j'ai des choses à te dire. Québec : Les Editions de l'Homme.


Convention relative aux droits de l'enfant, ONU du 20 novembre 1989, entrée en vigueur en Suisse le 26 mars 1997.

Code civil suisse (1996/1997). Berne : Chancellerie fédérale.


Pour en savoir plus…


Castelain-Meunier, C. (1992). Cramponnez-vous les pères. Les hommes face à leur femme et à leurs enfants. Paris : Albin Michel.

Corneau, G. (1997). N'y a-t-il pas d'amour heureux ? Paris : Robert Laffont.

Corneau, G. (1989). Père manquant, fils manqué. Québec : Les Editions de l'Homme.

Cramer, B. (1996). Secrets de femme de mère à fille. Paris : Calmann-Lévy.

Naouri, A. (1985). Une place pour le père. Paris : Le Seuil.

Olivier, C. (1994). Les fils d'Oreste ou la question du père. Paris : Flammarion.

Poussin, G. & Martin-Lebrun, E. (1997). Les enfants du divorce. Psychologie de la séparation parentale. Paris : Dunod.

Schierse Leonard, L. (1990). La fille de son père. Guérir la blessure dans la relation père-fille. Québec : Le Jour.

Séverin, G. (1991). Papa, Maman, dites-moi pour de vrai. Les clefs du dialogue entre parents et enfants. Paris : Albin Michel.

Sullerot, E. (1997). Le grand remue-ménage. La crise de la famille. Paris : Fayard.

Sullerot, E. (1992). Quels pères ? Quels fils ? Paris : Fayard.

Action de Fathers for Justice UK

Chronique 2004_11_02.jpg [ Mardi 02 Novembre, numéro 50 ]

Le 29 octobre dernier, Fathers 4 Justice, déjà célèbre pour avoir organisé des actions d'éclats en Grande-Bretagne dont celle d'un père déguisé en super-heros manifestant sur un balcon de palais de Buckingham, a organisé une manifestation à l'occasion du National Council for Volunter Organisations Conference. Cette conférence qui se tenait à Londre a été interrompue par les manifestants. Au cours de cette action, 9 personnes ont été arrêtées.

Dans le reportage de la BBC, il est fait état d'un profond malaise quant à l'incapacité du système de justice britannique pour résoudre les problèmes de gardes et de respect du droit de visite. Clairement, la médiation y est présenté comme une alternative nécessaire.

Pour avoir accès au reportage de la BBC (anglais), voici le lien
http://videos.f4j.nl/291004.wmv

Article du Guardian
http://society.guardian.co.uk/children/story/0,1074,1339266,00.html?gusr

Communiqué de presse de Father's 4 Justice
http://www.fathers-4-justice.org/news/index.htm

Aide financière de 10'000 CHF acccordée à Père pour toujours Genève

CERVBp35.gif [ Vendredi 29 Octobre, numéro 49 ]

Nous sommes heureux de vous annoncer que Monsieur Pierre-François Unger, conseiller d'Etat et président du département de l'action sociale et de la santé, a décidé d'accorder une aide financière de 10'000 CHF à Père pour toujours Genève.

Ce don transmis par l'Organe de répartition de la Loterie romande est destinée à l'acquisition de mobilier et d'équipement pour les nouveaux locaux de Père pour toujours Genève

Nous remercions Monsieur Unger pour cette décision. Nous pensons qu'il s'agit là, aussi, d'une forme de reconnaissance du travail accompli par les membres actifs de notre jeune association.

Lettre ouverte de Père pour toujours Genève au Conseil supérieur de la magistrature

[ Jeudi 14 Octobre, numéro 48 ]

Conseil supérieur de la magistrature
Place du Bourg-de-Four, 1
1204 Genève

Genève, le 10 octobre 2004

Concerne: droit de la famille

Madame, Monsieur,

Père pour toujours, Genève » (PPTG) rassemble les personnes intéressées à mettre en commun des connaissances, des expériences et des moyens permettant d’équilibrer équitablement les responsabilités éducatives entre les parents, notamment lorsque des couples avec enfants se séparent ou lorsque des familles ou communautés se recomposent.

Depuis le début de l’année, nous avons été informés d’attitudes et de propos de magistrats du canton qui sont incompatibles avec certains principes qui caractérisent un Etat de droit. Parmi ces principes notons la nécessité de l’impartialité du magistrat qui devrait exercé sont mandat sans préjugé et celui qui prétend que tous sont égaux devant la loi.

Ainsi le 12 janvier 2004 au cours d’un colloque organisé par l’Organisation Mondiale de la Santé en collaboration avec le Département des affaires sociales et de la santé, nous avons pu entendre Madame Mireille George, alors substitut au procureur général, dire qu’on ne pouvait rien faire pour faire respecter les droits de visites. Ses propos exacts on été les suivants :

« Il n’est pas question d’envoyer les gendarmes aller chercher des enfants et que si on veut vraiment parler de violence, il faudrait s’attarder aux pères qui ne payent pas les pensions ».

La question n’est évidemment pas d’envoyer ou pas des gendarmes mais bien de savoir si les décisions des tribunaux seront appliqués ou pas. Aux dernières nouvelles, Madame Georges n’était plus substitut mais juge sur Genève.
Dans un article paru le 18 mai 2000 dans Le Temps et intitulé, « Faut-il punir les parents coupables de meurtre psychologique ? » Silvia Tombesi , alors substitut du procureur général était interrogé. Ces propos étaient les suivants sur le traitement des fausses allégations :

« En général, on suspend la première plainte, en attendant de vérifier la réalité de l’abus. Et si la plainte pour abus est classée, on classe aussi celle pour calomnie (…) Nous partons du principe que les mères qui accusent sont de bonne foi ».

Plus récemment, dans un article publié dans le numéro du 10 octobre 2004 de Fémina, « Divorces – les pères victimes d’injustices », Madame Anne Reiser avocate au Barreau de Genève faisait état du parti pris de beaucoup de juge genevois et parle d’éviction choquante des pères souvent réduits à n’être que des payeurs.

« Avec le nouveau droit du divorce, le rôle du juge est renforcé. Or il se dit automatiquement qu’il est dans l’intérêt de l’enfant de vivre avec sa mère, il n’a pas à investiguer sur sa situation réelle, et rien ne va changer ! »

Sur cette question, nous savons que les guides et procédures d’évaluation de la capacité parentale 1 dont l’objectif est de s’assurer du bien être des enfants sont inconnus à Genève.

Plus grave cependant est l’attitude de la magistrature dans son ensemble en regard à l’impunité totale concernant les fausses accusations, en particulier celles concernant les abus contre des enfants. La politique est sans doute de vouloir ratisser large en ne se préoccupant pas du tout des dommages collatéraux. Différentes études démontrent que 70 à 80 % les accusations contre les pères sont infondées 2. Le seul risque posé par ceux qui s’engagent dans la voie des fausses allégations est que cela ne marche pas. En fait ce risque est vraiment minime. Par contre, les dommages eux sont bien présents à la fois pour le père mais aussi pour les enfants. La littérature montre que les effets à long terme chez ces derniers sont équivalents à ceux commis dans le cas de vrai abus. Il s’agit là d’un des effets pervers. Le pédopsychiatre Gérard Niveau parle de maltraitance grave :

« Les enfants ont souvent de la peine à distinguer la réalité du fantasme. Les parents doivent les aider à parvenir à cette étape essentielle pour leur équilibre. S’ils font le travail inverse, ils distillent en eux un fonctionnement pathologique aux répercussion graves et durables »3

L’impunité ici est évidemment sur deux niveaux : à la fois dans le cadre de la maltraitance contre l’enfant pris dans cette tourmente et dans le cadre du délit contre l’administration de la justice.

Si nous en revenons à l’application de l’Etat de droit, ces exemples et commentaires montrent que l’application de la justice à Genève ne se fait pas avec objectivité et que tous ne sont pas égaux devant la loi.

Nous pensons que cette situation a suffisamment durée.

Nous vous prions de recevoir, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.


Paul Ménard BA, MSc
Membre du comité
Père pour toujours Genève


Copies :

Madame Micheline Spoerri, Conseillère d’Etat, présidente du Département de justice et de police

Monsieur Daniel Zapelli, Procureur général

Madame Christine Ley, Radio Suisse Romande

Père pour toujours Genève Chronique 48 du 14 octobre 2004

1 Voir les références indiquées dans la chronique numéro 44 du 8 octobre 2004 du site de Père pour toujours Genève sur http://www.perepourtoujours.ch/presentation.php

2 Trocme N, Mac Laurin B, Fallon B, Daciuk J, Billingsley D, Tourigny M, Mayer M Wright J, Barter K, Burford G, Hornick J, Sullivan R, McKenzie B. Etude canadienne sur l’incidence des signalements des cas de violence et de négligence envers les enfants : Rapport final Ottawa (Ontario) Ministre de Travaux publics et sServices gouvernementaux, Canada, 2001.

3 Anna Lietti « Faut-il punir les parents coupables de meurtres psychologiques ? » dans Le Temps 18 mai 2000.

Terrorisme conjugal versus violence situationnelle

[ Mercredi 13 Octobre, numéro 47 ]

Contexte et conséquence de la violence conjugale : terrorisme conjugal et violence situationnelle

Il y a quelques mois, 16 mai 2004– chronique numéro 32, nous avions écrit un article sur la désistance à la violence conjugale. Rappelons que ce concept permet de répondre à la question de la récurrence de la violence, à savoir s’il s’agit d’un évènement limité à une dispute que les sociologues suisses Daniela Gloor et Hanna Meier 1 appellent « violence en tant que comportements spontanés face aux conflits » ou s'il s'agit de « comportements dominateurs systématiques ». Bien que les termes soient différents, les concepts restent les mêmes et après avoir eu une longue discussion avec Denis Laroche de l’Institut de la statistique du Québec, où nous avons pu discuter de l'état de la recherche et des concepts reliés à la problématique de la violence familale, ce dernier admettait que l’appellation de comportement dominateur systématique était sans doute plus approprié que celui de terrorisme conjugal.

Cette question du type de violence a aussi fait l’objet d’un intervention au cours du colloque organisé à Bassecourt le 25 septembre dernier et certains n’étaient pas loin de penser que la violence en tant que comportement spontané face aux conflits était typiquement féminin, celui de comportement dominateur était quant à lui typiquement masculin. Ce raisonnement est limité et ne permet évidemment pas de répondre à la question de la violence chez les couples lesbiens.

Le dernier article de Denis Laroche 2 paru dans le numéro d’octobre 2004 du Bulletin -données sociodémographiques en bref de l’Institut de la statistique du Québec montrent que cette hypothèse repose davantage sur des présupposés idéologiques que sur des faits ou du moins des faits qui souffraient de ne pas être mis dans un contexte global.

Premièrement, quelle définition devons-nous apporter à ces deux types de violence.

"La violence situationnelle ou spontanée survient lors de conflits ou de différents ponctuels entre conjoints. Ce type de violence risque peu de prendre la forme de la violence grave, de mener à une escalade de la violence et de causer des blessures ; il a de grandes chances d’être mutuel entre conjoint.(…)

le terrorisme conjugal ou comportement dominateur systématique dénote la volonté ou la compulsion d’exercer un contrôle général sur le partenaire, et la violence physique ne constitue qu’un élément parmi d’autre dans une panoplie de comportements qui s’inscrivent dans un pattern général de contrôle. Dans ce cas, la violence physique a tendance à devenir récurrente, à s’accompagner d’escalade dans le temps et à prendre des formes graves.


Deuxièmement, quelle est l’utilité de la mise en place de ces définitions.

Elle permet de concilier la contradiction apparente entre d’une part les résultats de recherches relatives à la prévalence de la violence conjugale et d’autre part ceux observés auprès de groupes cliniques, par exemples recrutés dans des centre d’hébergement. Dans un dernier ouvrage paru sur la question Terrie Moffitt 3 démontre aussi que le contexte dans lequel les évaluations de violence sont posées et ce sur un même évènement pourra déterminer la catégorisation de la violence vécue entre violence situationnelle (spontanée) ou de domination (terroriste)

Troisièmement, quelles sont les conséquences physiques et cliniques des divers types de situation de violences.
Le tableau « Proportion des cas violence conjugale de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint au cours des cinq années précédant l’enquête, selon certaines catégories de la typologie de Johnson4, 5, 6, selon la gravité de la violence et le sexe de la victime 7» indique :

Total des hommes victimes de la conjointe ou d’une ex-conjointe = 542'900

Pourcentage des victimes hommes selon la catégorie définie par Johnson

Violence situationnelle mineure : 30 %
Violence situationnelle majeure : 27 %
Terrorisme conjugal mineur : 10 %
Terrorisme conjugal majeur : 32 %

Total des femmes victimes du conjoint ou d’un ex-conjoint = 685’900

Pourcentage des victimes femmes selon la catégorie définie par Johnson

Violence situationnelle mineure : 27 %
Violence situationnelle majeure : 12 %
Terrorisme conjugal mineur : 18 %
Terrorisme conjugal majeur : 43 %


Cependant, comme le note Denis Laroche :

Si la proportion du total des victimes masculines et féminines – qui ont subi une situation de terrorisme conjugal grave assortie de conséquences physiques ou cliniques – est comparable, il importe de noter que le nombre des victimes féminines qui font état de telles conséquences est nettement supérieur.

Peut-on se poser la question: est-ce que tous les hommes victimes osent s’exprimer ?

Conclusions

Contrairement à ce que Daniela Gloor et Hanna Meier affirment, le débat ne se limite pas ici à un problème d’arithmétique dont la question serait de savoir qui des femmes ou des hommes seraient les plus victimes. La question essentielle est d’avoir une meilleure vision de la problématique et pourquoi pas, arrêter de cibler une moitié de la population comme étant responsable et présumée coupable et l’autre moitié comme victime.

Au cours de la discussion que j’ai eu avec Denis Laroche, ce dernier m’a indiqué clairement que les recherches récentes, entre autre, les recherches longitudinale (Ehrensaft, Moffitt, Capaldi et Owen), de la fin des années ’90 à aujourd’hui montraient la nécessité d’en arriver à des conclusions plus nuancées.

Paul Ménard MSc
membre du comité

1 Gloor Daniela, Meier Anna Les hommes victimes de violence – aspects scientifiques et sociopolitiques

2 Laroche Denis, « Contexte et conséquences de la violence conjugale : terrorisme conjugal et violence situationnelle » dans Bulletin-Données sociodémographiques en bref Institut de la Statistique du Québec, Octobre 2004 Volume 8 numéro 1 pp 4-6.

3Moffitt Terrie E., Avshalom Caspi, Rutter Michael et Phil Silva « Sex Differences in Physical Violence and Sex Similarities in Partner Abuse » dans
Sex difference in Antisocial Behavio: Conduct Disorder, Delinquency, and Violence in the Dunedin Longitudinal Study Cambridge University Press, Campridge, U.K. (2002) chap 5 p, 53.70

4Johnson, Michael P. Two Types of Violence Against Women in the American Family : Identifying Patriarcal Terrorism and Common Couple Violence, paper presented at the annual meeting of the National Council on Family Relations, Irvine (Calif) (1999)

5Johnson, Michael P., Leone Janel M. The Differential Effects of Intimate Terrorism and Situational Couple Violence : Findings from the National Violence Against Women Survey, revision of a paper presente at the Tenth International Conference on Personal Relationships, Brisbane – Australie Juillet 2002, 35 p

6Johnson, Michael P., Ferraro J. “Research on Domestic Violence in the 1990s. Making Distinctions” dans Jouranl of Marriage and the Family vol 62, novembre, p 944-963

7Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale 1999 fichier de micro-données.

Pour avoir accès au dernier numéro du Bulletin Données sociodémographiques en bref de l’Institut de la statistique du Québec :

http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/BrefOct04.pdf

Divorces - Les pères victimes d'injustice

[ Dimanche 10 Octobre, numéro 46 ]

10 octobre 2004, numéro 46

Divorces - Les pères victimes d'injustice ?

Tel est le titre d'un dossier paru dans la revue Fémina, le magazine féminin le plus lu de Suisse romande.

Dans cet article, Carole Pirker interroge des pères, des sociologues, des avocats et des psychologues qui en arrivent à la constatation que le système judiciaire suisse dérape.

Voici quelques extraits:

Christine Castelain-Meunier, sociologue, Ecole des Hautes études en Sciences sociale, (CADIS), Paris.

Les anciennes générations voient la réalité à travers le modèle traditionnel de l'homme pourvoyeur de fonds et de la femme au foyer. Elles refusent de voir l'évolution de ces jeunes générations de pères, qui aspirent à être plus présents auprès de leur enfants

Anne Reiser, avocate au Barreau de Genève

Dans notre société, la victime a un pouvoir énorme, être une bonne victime permet de ne pas prendre ses responsabilités. Et ça marche ! (...) Mais si les femmes réfléchissaient au coût de tout ça, elles verraient qu'il s'agit de maltraitance: l'enfant pris en otage, coupé du père et de la belle famille. Il lui faudra deux fois plus de temps pour renouer le contact.

Sur la question du syndrome l'aliénation parentale, Jacque Barillon, avocat au Barreau de Genève:

Il est très facile d'utiliser un enfant coupé d'un de ses deux parents (...) On aboutit à des situations où l'enfant lui-même dit qu'il ne veut plus voir son père. Celui qui tire les ficelles peut ainsi s'abriter derrière la "décision de l'enfant". Je ne vous cache pas que c'est diabolique

Ursula Kodjoe, psycholoque, médiatrice et thérapeute en Allemagne

Je suis choquée de voir la nonchalance avec laquelle certains juges, appuyés par le Service de protection de la jeunesse (SPJ) coupe toute relation avec le père, en prenant le point de vue de la mère comme parole d'évangile, et en évaluant mal ou pas du tout la relation père-enfant

Ailleurs mais sur le même sujet

Yves Pageau, animateur d'un site internet canadien intitulé, garscontent.com

Parent pour de vrai, parent pour toujours

Pourquoi donc, après la rupture du couple, le Tribunal de la famille institue-t-il une hiérarchie entre les parents ? Il y a désormais un parent de plein droits, le parent-gardien aussi appelé le parent monoparental et l'autre, le parent visiteur dont on dit également qu'il est le parent payeur, le parent décrocheur, le parent subsidiaire ou le parent de seconde classe.

En 1998, en réponse au rapport du Comité mixte spécial sur la garde et le droit de visite des enfants qui recommandait de remplacer le principe de la garde exclusive confiée à un seul des deux parents par celui du partage des responsabilités parentales après la rupture du couple, Anne McLellan, la ministre de la Justice d'alors avait rejeté la proposition en déclarant qu'elle "perpétuerait l'influence et la domination des hommes sur les femmes."

Faut-il que nous vivions dans une société dégénérée pour penser que la moitié masculine de la population représente une telle menace pour l'autre moitié, qu'on doivent évacuer les pères de la vie de leurs enfants


François Brooks, animateur d'ateliers de philosophie

Si on admet cette thèse selon laquelle le principal rôle du père consiste à couper le cordon ombilical de l’enfant, doit-on s’étonner que les mères, affranchies de la dépendance envers leur mari, l’aient congédié et s’opposent farouchement à toute intervention dans leur relation symbiotique avec ses enfants? N’est-ce pas d’ailleurs pour empêcher que l’on dénonce cette immoralité que les mères ont pris l’assaut les pères pour leur inventer quelque immoralité pour que la cour les écarte systématiquement du giron familial?

A réfléchir !

Pour avoir accès au site du magazine Fémina:

http://www.edicom.ch/magazine/femina

Pour avoir accès au site de Yves Pageau:

http://www.garscontent.com


Allo !...Monsieur Beer ?

[ Samedi 09 Octobre, numéro 45 ]

Le droit à l'information accordée au parent non-gardien - en attente de la réponse du Conseiller d'Etat responsable du Département de l'instruction publique.

Le 28 juin 2004 le comité de Père pour toujours Genève s'adressait à Monsieur Charles Beer, conseiller d'Etat et président du département de l'instruction publique. L'objet de ce courrier, rendre attentif le conseiller d'Etat sur les disfonctionnements rencontrés par plusieurs parents qui n'ont pas la garde pour obtenir des informations scolaires et/ou médicales de leurs enfants.

Le 6 octobre dernier nous n'avions toujours pas reçu de réponse ou même d'accusé réception.

Voici ces courriers.

courrier du 28 juin 2004

Concerne : droit à l’information accordé au parent non-gardien.

Monsieur le Président,

Récemment dans une interview que vous avez accordé au journal Le Temps, le 14 juin 2004, vous avez indiqué avec justesse : « on ne mène jamais une politique durable en mettant en cause les fondements de l’Etat de droit ».
La question que nous voulons soulever relève justement d’un des fondements de l’Etat de droit à savoir celui du respect du droit tel que défini dans le nouveau code civil suisse, en particulier celui de l’article 275 a sur le droit des parents non-gardiens, ou qui n’ont pas l’autorité parentale, d’obtenir des informations de la part d’un tiers qui prend en charge un enfant.

Dans l’article en annexe intitulé « Droit à l’information » écrit par Maître Kathrin Gruber, il est fait état des difficultés de plusieurs pères de faire respecter leur droit à l’information garantie par l’article 275a CCS. Cette situation n’est malheureusement pas limitée au canton de Vaud mais se rencontre aussi, plus fréquemment qu’on le pense, sur Genève, en particulier au Département de l Instruction Publique. Ainsi plusieurs de nos membres et personnes qui viennent nous consulter ont rencontré avec certains collaborateurs votre département, qu’ils soient enseignants, assistants sociaux de l’Office de protection de la jeunesse ou du tuteur général, infirmières du SSJ, des difficultés à obtenir des renseignements complets sur la situation que vivent leurs enfants. Certains ont même tout simplement essuyés des refus d’informations.

Généralement, les raisons invoquées par vos collaborateurs sont les suivantes : « nous ne pouvons connaître toutes les lois » et « nous voulons préserver notre neutralité ».

A la lecture du document annexe, de l’importance admise maintenant par de plus en plus de professionnels de la santé sur la nécessité pour l’enfant de savoir que ses deux parents s’intéressent à lui et du respect du droit en particulier du Code Civil Suisse, nous sommes dans le regret de constater qu’aujourd’hui encore le droit à l’information défini par l’article 275a CCS, soit à ce point difficile à mettre en pratique et à être respecté.

Dans un contexte où cette disposition est entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2000, nous croyons devoir nécessaire d’interpeller directement votre autorité à ce sujet afin que les pratiques actuelles ne remettent plus en cause le droit du parent non gardien de « de recueillir auprès de tiers qui participent à la prise en charge de l’enfant, notamment auprès de ses enseignants ou de son médecin, des renseignements sur son état et son développement » . Finalement, nous pensons aussi que votre intervention est nécessaire afin de mettre fin à une pratique qui prétérite le droit des enfants de pouvoir maintenir des liens complets avec ses deux parents.

Nous vous remercions d’avance pour l’attention avec laquelle vous étudierez notre requête et souhaiterions vous rencontrer afin de discuter plus en détails de cette question.

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments distingués.

Olivier Monney
Membre du comité
Père pour toujours Genève

Felipe Fernandez
Membre du comité
Père pour toujours Genève


Voici le courrier du 6 octobre 2004

Concerne : droit à l’information accordé au parent non-gardien.

Monsieur le Président,

Le 28 juin dernier nous vous avons envoyé un courrier sur l’application de l’article 275 a du code civil suisse qui permet au parent non gardien d’avoir accès aux informations scolaires de leur enfant.

Dans ce courrier, nous vous faisions part aussi des difficultés rencontrés avec d’autres services de votre département, à savoir ceux du Tuteur Général, du Service de Santé de la Jeunesse, du Service protection de la jeunesse et du Service médico-pédagogique.

Nous profitions de cette occasion pour inclure un article paru sur notre site Internet écrit par Maître Kathrine Gruber.

A ce jour, nous n’avons pas eu de réaction de votre part et encore moins d’accusé réception.

Dans l’attente de vos nouvelles, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments distingués.

Paul Ménard
Membre du comité
Père pour toujours Genève


Pour des informations plus complètes sur ce droit, nous vous invitions à lire la chronique 36 du 6 juin 2004.

Le 14 octobre 2004 sur Temps présent, "La révolte des pères", un reportage de Carole Pirker

[ Vendredi 08 Octobre, numéro 43 ]

Le 14 octobre 2004, Temps présent, le magazine hebdomadaire d’information de la Télévision Suisse Romande présentera un reportage sur la difficile condition des pères suisses.

Voici le texte de présentation de la TSR du reportage La révolte des pères

Confrontés à un divorce difficile, à un litige sur la garde des enfants, les maris et les pères découvrent qu'ils sont très démunis face à une ex-épouse vindicative ou même violente. Pour la police et pour les juges, une femme ne peut être qu'une victime et un homme un bourreau. Si la révolution féministe des années 70 a eu beaucoup de conséquences positives, elle a aussi provoqué quelques effets pervers...


Paul et Alain sont tous deux mariés, pères de famille, heureux. Mais un jour leur vie bascule. Le premier est accusé de lésions corporelles et attouchements sur ses filles. Le second se fait battre par sa femme. Ils décident de sortir du silence pour faire valoir leurs droits. C’est alors que, malgré des témoins et des expertises médicales, ils se heurtent à l’incompréhension de la justice et aux a priori de notre société.

Par ces deux témoignages, Temps Présent pointe du doigt une société ayant sans doute mal digéré les valeurs modernes du droit des femmes. Et qui ne donne de facto aucun crédit au statut de victime des hommes. Comment, quand on est un homme, peut-on se défendre lorsque son épouse s’acharne à le détruire ? Comment garder sa dignité ? Devant le courage d’un mari qui porte plainte, que répond la justice ? Même avec des témoins et des constats médicaux, que pèse réellement la parole d’un homme ?

Pour y répondre des hommes désabusés commencent à se regrouper pour se soutenir et donner de la voix, à l’image du « Mouvement de la condition paternelle », une association qui œuvre également pour sauvegarder les intérêts des enfants de parents séparés, divorcés, remariés, célibataires et veufs.

Deux hommes, deux témoignages saisissants. Face à eux, une justice incrédule et une vision désuète de la famille. Touchant et courageux.

Pour avoir accès au site de Temps présent, voici le lien

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=370501&sid=5245659

noter que le visionnement du reportage de Temps
présent
"La révolte des pères" est disponible sur Internet à l’adresse :

http://real.xobix.ch/ramgen/tsr/tp/2004/tp_10142004-450k.rm?start=0:00:25.891&end=0:32:59.940','329496','5272422'

Une fillette dans un taudis

[ Vendredi 08 Octobre, numéro 44 ]

Dans la Tribune de Genève" du 8 octobre paraissait un article intitulé "Une grand-mère inquiète alerte les autorités"

Voici notre réaction.

Nous nous étonnons de lire régulièrement dans la presse des articles qui dénoncent des situations de maltraitance physique ou psychologique envers des enfants qui sous-entendent une certaine incurie de l’Office de la jeunesse et de ses services. Il ne nous appartient pas de juger ces situations dont les informations portées à la connaissance du public par la presse ne sont que partielles.

Ces évènements soulèvent une question essentielle, celle du manque de capacité à évaluer de manière systématique et tant que soit peu objective les compétences parentales. Dans le livre de Claude Siron « Miser sur la compétence parentale – approche systémique dans le champ social et judiciaire » (Ed. Eres, octobre 2002), l’auteur écrit : «Les services sociaux ou judiciaires font régulièrement face à la question suivante : quelle est la compétence disponible des parents impliqués dans ces situations critique. Les intervenants semblent déchirés entre d’une part leur crainte d’abuser de leur pouvoir et refuse de jouer leur rôle d’agent de contrôle et d’autre part se sentent dans l’incapacité de se faire entendre dans leurs inquiétudes quant au vécu de l’enfant et de son devenir ».

Des outils d’évaluation de la capacité parentale existent. Il serait intéressant d’entendre M. Pierre Heyer et les directeurs de ses services nous parler des critères d’évaluation utilisés à l’Office de la jeunesse. A la lecture des articles parus aux cours des derniers mois, force est de constater que l’application de tels outils semble inconnue.

Nous sommes tous conscients des difficultés que rencontrent les intervenants qui font face à ces situations. Cependant, nous ne pouvons qu’adhérer à la remarque de Maître Zwhalen (TBG du 8 oct.) qui dit qu’il est plus simple et plus rapide à Genève d’intervenir dans les cas de voitures mal stationnées que dans les cas d’enfants maltraités où l’on ne prend même pas la peine de se déplacer.

Nous pouvions espérer que le drame de Meyrin, où une petite fille mourrait de faim et de soif parce que les services de l’Etat ne pouvaient pas se coordonner et où seule la parole d’une mère faisait foi, avait été un évènement suffisamment dramatique pour qu’on puisse en tirer la leçon.

Etions-nous dans l'illusion ?

Pouvons-nous imaginer que les intervenants du SPJ pourront désormais utiliser les outils d'évaluation de la capacité parentale existants ?

Pour avoir accès à l'article

http://www.tdg.ch/tghome/toute_info/geneve_et_region/une_grand-mere_inquiete.html

Des références sur l'évaluation de la capacité parentale sont accessibles sur les sites suivants:

Guide d'évaluation de la capacité parentale publié par le Centre Jeunesse de Québec

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/evaluation/pdf/guide_competences_parentales.pdf

Article de Lise Beaudoin "Aménagement post-divorce et enfants" paru dans le journal du Barreau du Québec

http://www.barreau.qc.ca/journal/frameset.asp?article=/journal/vol33/no9/amenagements.html

Article de Lucie Desjardin "Compétence parentale et modalité de garde" paru dans le journal du Barreau du Québec

http://barreau.qc.ca/journal/frameset.asp?article=/journal/vol31/no9/competenceparentale.html

Siron Claude Miser sur la compétence parentale - approche systémique dans le champ social et judiciaire
Edition Eres, 2002

http://librairie.medhyg.ch/librairie/librairie/product_info.php?cPath=1_5&products_id=127120

Vézina Nathalie, Lalande Roger-Marc, Moreau Jacques "Un nouvel outil pour la petite enfance: MEDEI - vers une meilleure évaluation du développement compromis" dans Défi jeunesse Vol VII no 2, mars 2001, 21-25

(bibliographie de 23 articles)

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/cmulti/pdf/defi_03_01.pdf

Questions Familiales - Le bien-être des couples suisses

[ Lundi 04 Octobre, numéro 42 ]

Le bien-être des couples suisses

Dans le dernier numéro de Questions familiales publié par l’Office fédérale des affaires sociales, on pouvait lire un article du professeur Guy Bodenmann et de Barbara Gabriel de l’Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille de l’Université de Fribourg intitulé : « Le bien-être des couples suisses ».
Cette étude est le fruit d’une enquête faite auprès de 1150 femmes et de 707 hommes provenant des 3 régions linguistiques de la Suisse.

Au chapitre de la violence entre les partenaires, les auteurs écrivent :

8% des femmes et 7 % des hommes reconnaissent bousculer, pousser ou secouer leur partenaire sous l’effet de la colère. 1,6 % des femmes comme des hommes disent frapper leur partenaire, que ce soit à coups de pied ou de poing ; 0,6 % des femmes et 0,7 % des hommes admettent régulièrement rouer de coups leur partenaire, le maltraiter avec des objets voire l’étrangler. En ce qui concerne la violence psychique, 9 % des femmes contre 5 % des hommes déclarent menacer leur partenaire ; 11 % des femmes contre 5 % des hommes avouent rabaisser volontairement leur partenaire en le dénigrant, en le vexant ou en trahissant sa confiance ; 1 % des femmes et 2 % des hommes endommagent ou détruisent, dans un conflit, des objets auxquels le partenaire tient particulièrement 1

Il est intéressant de voir que ces données sont compatibles avec le rapport publié par le centre canadien de la statistique juridique de Statistique Canada « La violence familiale au Canada un profil statistique 2000 » où l’on pouvait lire que les taux quinquennaux de violence étaient semblables pour les femmes (8%) et les hommes (7%). On parlait ici de victimes.

La question soulevée ici par l’article publié dans Questions familiales en soulève évidemment une autre, celle de l’accueil des d’un conjoint ou d’une conjointe dans le cadre d’une plainte portée dans le cadre de la nouvelle loi sur la violence conjugale.

1 Bodenmann, Guy et Gabriel, Barbara « Le bien-être des couples suisse » dans Questions familiales, Office fédérale des affaires sociales (Berne) volume 4 numéro 2 page 50.

Pour avoir accès à l’article de Questions Familiales, voici le lien :

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0402.pdf

Le drame d'Yverdon

[ Mardi 24 Août, numéro 41 ]

Pouvait-on éviter le drame d’Yverdon ?

C’est ainsi que le journal 24 heures de Lausanne intitulait son article à la suite du suicide d’un père après avoir tué sa petite fille de 9 ans. C'est avec un mélange de tristesse et de colère que nous pensons qu'il est nécessaire de faire part de notre opinion sur ce drame et avons le sentiment que nous avons quelques éléments de réponses à la question posée par le journaliste Gérald Cordonier du 24 heures.

Dans un rapport présenté le 24 mai 2004 au Ministère de la Santé et des Services Sociaux du gouvernement du Québec, le Groupe de recherche et d’action sur la victimisation des enfants - Alliance de recherche sur le développement des enfants dans leur communauté de l’Université du Québec à Montréal (Grave/Ardec) indiquait dans une de ses recommandations :

La situation des pères séparés ou divorcés en regard de la problématique du suicide est grave. On observe chez eux, des taux plus élevés que chez les hommes en général. Le Ministère doit poursuivre ses efforts, mais il doit aussi documenter cette situation et mettre en place des services de médiations dans toutes les régions du Québec pour accompagner rapidement les pères vivant ces situations »

Dans le même sens, on pouvait lire dans l’article du 24 heures le commentaire de M. Hans Lehmann de Père pour toujours Genève qui rappelle justement :

« que chaque séparation est avant tout une situation douloureuse qui ne peut se régler qu’avec un effort de communication de toutes les parties concernées ». Toujours selon M. Lehmann, « la médiation, dès le début du conflit, permet d’éviter l’émergence du sentiment d’injustice ».

Toujours dans le même esprit, Père pour toujours Genève présentait, au printemps 2004, un projet dans le cadre du Fonds de prévention de la violence du Département de l’action sociale et de la santé du canton de Genève. Nous indiquions alors :

"Parmi ces 80% de pères, certains n’ont pas eu, pour de multiples raisons, les conditions nécessaires au maintien des liens parentaux. Ces pères vivent des souffrances (sentiment de rejet en tant que père, isolement, situation financière difficile, dépression, suicides, dépendance, violence)."
Il n’y a pas de lieu d’accueil et d’écoute pour cette partie de la population. Cette situation de non reconnaissance est un facteur de violence auto-infligée 1,2.
La monoparentalité est aussi un facteur de risque de violence infligée contre les enfants.3,4


En conséquence de quoi nous proposions la mise en place d’un lieu d’accueil neutre où des médiateurs familiaux pourraient accueillir des pères en difficulté pour des entretiens individuels et d’une permanence téléphonique.

Bien que ce projet ait été refusé, nous croyons sincèrement qu’il est essentiel de mettre en place ces structures d’accueil spécifiques pour recevoir des pères qui pour l’instant n’ont aucun point de chute. Nous pensons finalement que ce genre de lieu d’accueil et d’écoute, pour lequel nous avons mis sur pied Père pour toujours Genève, est un élément de réponse affirmatif à la question posée par Gérald Cordonnier:

Pouvait-on éviter le drame d’Yverdon?

Pour avoir accès au rapport présenté au site du Grave-Ardec de l'Uqàm dans le cadre du Comité de travail en matière de prévention et d'aide aux hommes: "Les hommes, s'ouvrir à leur réalité et répondre à leur besoin du Ministère de la santé et des services sociaux du gouvernement du Québec,

Voici le lien:

http://www.unites.uqam.ca/grave/pdf/Avis%20Consul%20cond%20masc.pdf%20copie

Pour avoir accès à l'article du journal 24 heures

http://www.24heures.ch/home/journal/societe/index.php?Page_ID=6449&art_id=40074&Rubrique=Societe

1Cantor CH, Slater PJ. Marital Breakdown, parenthood and suicide. Journal of Family Studies 1995, 1:91-102

2Smith JC, Merc Ja , Conn JM. Marital status and the risk of suicide. American Journal of Public Health, 1998, 78: 78-80.

3Troemé N, Wolfe D. Maltraitance des enfants au Canada : Etude canadienne sur l’incidence des signalements de cas de violence et de négligences envers les enfants. Résultats choisis. Ottawa (Canada). Ministère de la santé du Canada 2001

410 years reporting Child Maltreatment 1999. US department of Health and Human Services – administration for children and family

Un site plein de ressources: Prospère

[ Lundi 23 Août, numéro 40 ]

Bien oui, la recherche sur la "paternitude" ça existe et je vous invite à lire les documents accessibles en ligne et téléchargeables du site Prospère une groupe de recherches de l'Université du Québec à Montréal.

Sa mission:
"Depuis 10 ans, les membres de Prospère ont contribué au développement des connaissances et des pratiques dans le domaine de la paternité. C’est pourquoi, le site Prospère se veut aussi un lieu de partage des connaissances autour de la paternité.

Parmi les articles intéressants, accessibles en ligne:

Bolté, C., Devault, A. St-Denis, M. & Gaudet, J. (2002) Sur le terrain des pères. Projets de soutien et de valorisation de la paternité. Grave/Ardec, UQAM, Montréal.
http://www.graveardec.uqam.ca/pdf/sltdp.pdf


Deslauriers, J.-M. (2002). L'évolution du rôle du père au Québec, Intervention, no. 116, pp. 145-157.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Article_pathistoire.pdf

Deslauriers, J.-M. (2002). La paternité à la suite d'une séparation, Intervention, no. 116, pp. 52-61.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Pater_Separation.pdf


Dubeau, D. (2002). État de la recherche portant sur les pères au Canada. / Research on fatherhood in Canada. Rapport subventionné par le Réseau ontarien de l’initiative pour l’engagement paternel.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/rapportdiane_dubeau.pdf


Dubeau, D. (2002). Portraits de pères. Monographie « Tendances contemporaines de la famille ». Ottawa : Institut Vanier de la famille. Document disponible également en version PDF sur le site web :
http://www.vifamily.ca

Gaudet, J. & Devault, A. (2001). Comment intervenir auprès des pères ? : Le point de vue des intervenants sociaux et communautaires. Intervention, 114, 9-18.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Comment_intervenir_peres.pdf


Métiers de père : Traitement des données. Document de travail développé par Francine Ouellet, chercheure à la Direction de la Santé Publique de Montréal-Centre.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Traitement_donnees.pdf

Milcent, M.-P. (1999). Quand les garçons abusés sexuellement deviennent des pères incestueux : Connaissances et controverses. Handicap, Revue de Sciences Humaines et Sociales. Numéro spécial « sexualité et institutions », 83, 45-61
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/MPMilcent.pdf

Ouellet, F. et Forget, .G. (2002) Pères en mouvement/Pratiques en changement. Une formation pour favoriser l’implication des pères dans la vie de leurs enfants. Communication écrite présentée au Colloque « Manifeste pour les enfants : Vers un réseau international d’échanges et de bonnes pratiques », Bruxelles, 18-19 avril 2002, 8 pages.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/peresenmouvement.pdf

Ouellet, F., Turcotte, G., Desjardins, N. (2001). À Rosemont, ça CooPÈRE. Analyse d’implantation d’un projet d’action intersectorielle sur la paternité. Montréal : Direction de la santé publique. Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Rapport_Rosemont.pdf

Paquette D., Bolté, C., Turcotte, G. Dubeau, D.et Bouchard, C. (2000). "New typology of fathering : Defining and associated variables", Infant and Child Development, 9,213-230.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/patfina.pdf

Paquette, D., Carbonneau, R., Dubeau, D., Bigras, M. et Tremblay, R.E.(2003). "Prevalence of father-child rough-and-tumble play and physical aggression in preschool children", European Journal of Psychology of Education, vol. 18, no 2, 171-189.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/RTPfinal.pdf

Turcotte, G., Desjardins, N. Ouellet, F (2001). À Pointe-Calumet, on fait place aux pères. Analyse d’implantation d’Initiative Place-o-pères, un projet d’action communautaire sur l’engagement paternel. Montréal : Direction de la santé publique. Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.

Turcotte, G., Dubeau, D., Bolté, C. et Paquette, D. (2001). Pourquoi certains pères sont-ils plus engagés que d’autres auprès de leurs enfants ? Une revue des déterminants de l’engagement paternel, Revue canadienne de psychoéducation, 30, 1, 39-65.
http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/pdf/Turcotte_Dubeau.pdf

L'accès au site se fait via le lien suivants:

http://www.unites.uqam.ca/grave/prospere/pages/vision.htm

Père d'abord

[ Vendredi 02 Juillet, numéro 39 ]

Vous avez aimé Les invasions barbares ou Le déclin de l'empire américain de Denys Arcand, alors vous aimerez aussi l'interview de Rémy Girard (personnage principal dans Les invasions barbares) sur son rôle de père. Un père qui s'occupe au jour le jour de son fils gravement handicapé. Un père qui voit la vie avec bonheur malgré les difficultés mais surtout avec beaucoup d'amour.

Voici un extrait de l'interview:

A.D.: Vous avez dit que votre fils vous avait montré le chemin de la vie. Qu’entendez-vous par là?

R.G.: Je me souviens du jour où il a failli mourir de la méningite: il était sous respirateur, branché de partout, perfusé, entubé ; seul un de ses pieds était libre. J’ai pris dans ma main son petit pied, je l’ai caressé, et là, à travers le tube qui lui obstruait le visage, j’ai vu sourire mon garçon. C’est à ce moment précis que je me suis dit: Toi et moi, on va passer au travers.

A.D.: C’est un signe qu’il vous adressait?

R.G.: Quand je demande aux médecins comment ils font pour savoir qu’un enfant va s’en sortir et un autre pas, ils répondent invariablement : «C’est lui qui décide.» J’ai constaté,
à l’hôpital, que les enfants seuls, abandonnés par leurs parents, se laissent souvent mourir.


Pour avoir accès à l'ensemble de l'interview, le lien est:

http://www.selectionrd.ca/mag/2004/04/remy_girard.html

Radio Suisse Romande - les pères en Suisse

GetImage.gif [ Vendredi 18 Juin, numéro 38 ]

La situation des pères en Suisse romande.

Tel est le thème d'une série d'émissions, de reportages et d'interviews présentés par la Suisse romande, à l'occasion de la Fêtes des pères.

L'horaire des programmes et des liens pour l'écoute en différé de ces émissions est la suivante:

- 06H50 "Couac on en dise" sur le cas d'un père divorcé qui doit s'acquiter d'une pension malvenue

lien:

http://real1.xobix.ch/ramgen/rsr/infonet/2004/06/info-20040618-0627-d.rm

- 08H10 "Eclairage sous l'angle" conséquence financières et sociales du divorce, en particulier du côté paternel" (avec témoignage de Patrick et Xavier)

http://real.xobix.ch/ramgen/rsr/infonet/2004/06/info-20040618-0758-b.rm

- 08H23 Séquence Cecile Guérin sur: "le rôle du père dans le règne animal"

- Interviews de deux responsables du MCPV2 donnés dans les journaux de 06H30 et 09H00

- Journal de 12H30

Dossier SMS sur le Syndrome d'Aliénation Parentale. Témoignage de Philippe, père complètement séparé de ses enfants, suivi de l'interview d'Ursula Kodjoe, psychologue allemande spécialisée sur le SAP, soit tous les symptômes et les séquelles dont peut souffrir un enfant privé d'un de ses parents.

lien (connexion ADSL souhaitable):

http://real.xobix.ch/ramgen/rsr/infonet/2004/06/info-20040618-1228-g.rm

- Forums, 18H00

Débat entre le président du Tribunal neuchâtelois Nicolas Marthe et Jean-Claude Luthi (du réseau Justice et Enfants) une association qui va lancer une pétition signée de 2000 signatures à Berne, qui demande notamment une meilleure formation des magistrats pour juger ces cas délicats.

lien (connexion ADSL souhaitable):

http://real.xobix.ch/ramgen/rsr/infonet/2004/06/info-20040618-1828-b.rm


Au cours de la journée, nous verrons à mettre à jour les liens pour l'écoute de ces émissions.

le lien pour la Radio Suisse Romande est:

http://www.rsr.ch

pour obtenir les cassettes des émissions la procédure est la suivante:

Les émissions de La Première (à l'exception de "La Ligne de coeur")
et d'Espace 2 sont disponibles sur cassette.

Vous pouvez les obtenir sur simple demande
sans oublier de mentionner:

- le nom de la chaîne
- le titre de l'émission
- le thème ou le nom des personnes invitées
- la date
- l'heure
- le nombre de K7 désiré
- l'adresse postale où effectuer l'envoi.

Prix

1 cassette + port et emballage: 30.-

Pour les émissions de plus de 1h30 sur:

2 cassettes 43.-
3 cassettes 63.-
5 cassettes 93.-

Séries spéciales de 6 à 10 K7: 17.- l'unité + port et emballage.

Envoi postal avec facture.

Attention: certaines émissions ne sont conservées qu'un mois
après leur diffusion sur nos antennes.

Autres coordonnées du Service cassettes:
tél.: 026/323 24 24
fax: 026/322 72 54
Service K7 RSR, case postale 319, 1701 Fribourg

Bossez moins, les papas !

[ Lundi 14 Juin, numéro 37 ]

L'éditorialiste et économiste Beat Kappeler vient de publier un livre intitulé: "Die neue Schweizer Familie" aux éditions Nagel & Kinche.

Dans cet essai, le constat suivant est fait: l'Europe se meurt et la Suisse avec. La cause est celle de la dénatalité en forte hausse qui va conduire à moyen terme à un fort vieillissement de la population dont les conséquences menacent la pérennité des institutions sociales telles l'assurance vieillesse et l'assurance maladie

La solution avancée par Beat Kappeler, non pas une réduction du temps de travail pour la réduction du temps de travail, mais une implication plus importante des pères dans la vie familiale en les appelant à travailler moins. Cet encouragement nécessaire à la co-parentalité devrait permettrent aux couples d'envisager plus sereinement le fait d'avoir plusieurs enfants. Comme le souligne l'édition de ce jour du journal Le Matin, aux yeux de Beat Kappeler:

"un taux d'activité de 70 % pour chacun des deux conjoints permet un bonne organisation et assure un revenu suffisant durant les quatre à cinq premières années des enfants, les plus critiques."

"Et c'est valable pour toutes les classes sociales" assure-t-il"
.

A réfléchir.

Pour avoir accès à l'article voici le lien:

http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinheadactu/actu_suisse/bossez_moins,_les.html

Le lien vers la maison d'éditions Nagel & Kimche

http://www.nagel-kimche.ch/buch/2004/3-312-00333-4.htm

Droit d'information aux parents qui n'ont pas la garde

[ Jeudi 10 Juin, numéro 36 ]

Article de Me Katrin Gruber, avocate

Dès le 1er janvier 2000, entrée en vigueur du nouveau droit du divorce, un article 275a a été introduit dans le Code civil dont la teneur est la suivante :
1 Le père ou la mère qui ne détient pas l’autorité parentale sera informé des évènements particuliers survenant dans la vie de l’enfant et entendu avant la prise de décisions importantes pour le développement de celui-ci.

2. Il peut, tout comme le détenteur de l’autorité parentale, recueillir auprès de tiers qui participent à la prise en charge de l’enfant, notamment auprès de ses enseignants ou de son médecin, des renseignements sur son état et son développement.
3. Les dispositions limitant le droit aux relations personnelles avec l’enfant et la compétence en la matière s’appliquent par analogie.


Au préalable, on relèvera que cette disposition ne s’applique en principe que dans les cas où le divorce a d’ores et déjà été prononcé et où le jugement attribue l’autorité parentale à un seul des parents, ce qui constitue la règle. Il n’est en principe pas applicable durant la procédure de divorce, ni en cas de séparation par prononcé de mesures protectrices. On constate cependant que même dans ces cas, la disposition peut s’avérer utile pour faire comprendre aux tiers qu’ils doivent informer directement le parent qui n’a pas la garde de l’enfant, quand bien même cela va juridiquement de soi, puisque, tant que les parents ne sont pas divorcés, l’autorité parentale reste conjointe.

On rappellera que selon le droit suisse, l’autorité parentale conjointe n’est possible que par convention et non pas par décision judiciaire. Il s’ensuit que des conclusions unilatérales dans ce sens sont irrecevables. On peut le regretter, car l’expérience montre qu’un système où l’autorité parentale resterait conjointe de par la loi comme c’est le cas en France, permettrait d’éviter de nombreux conflits dus à la frustration, le plus souvent des pères, en raison du qu’ils sont privés de l’autorité parentale quand bien même leur qualité de parent n’est pas remis en cause. La soussignée est persuadée que l’autorité parentale attribuée conjointement aux deux parents de par la loi en cas de divorce contribuerait non pas à augmenter les conflits, mais bien à apaiser les conflits, car d’une part la mère ne pourrait plus monnayer l’autorité parentale conjointe et le père ne serait plus obliger de se battre pour obtenir l’autorité parentale simplement parce que la mère refuse l’autorité parentale conjointe souhaitée par une grande partie des pères soucieux de garder une responsabilité directe dans l’éducation de leurs enfants et ne pas être limités au papa « gâteau » et payer. On constate que tel est le cas de plus en plus de pères, notamment de la jeune génération où les hommes s’impliquent davantage dans le ménage et l’éducation des enfants. On souhaiterait que le législateur et les tribunaux tienne t davantage compte de ces changements de mentalités.

Après cette brève introduction, revenons à notre article 275 a CC. Le paragraphe premier concerne les relations entre père et mère. Il est difficilement applicable lorsque les parents sont en litiges, alors que c’est précisément dans ce cas que la loi doit venir en aide au parent qui n’a pas l’autorité parentale. Or, malgré l’alinéa 3, on constate qu’il est très difficile d’obtenir de l’aide de la justice pour l’application du premier alinéa en raison des difficultés pour le parent non gardien d’obtenir des preuves et la réticence des autorités judiciaires de s’impliquer dans un tel litige touchant exclusivement la vie privée des parties, notamment lorsque la version des faits donnée par celles-ci est diamétralement opposée et que le parent gardien nie les faits qu’on lui reproche. S’ajoutent encore le facteur temps et le facteur argent qui rendent une procédure basée sur l’alinéa premier souvent illusoire.

L’alinéa 2 est en revanche beaucoup plus utile au parent non gardien puisqu’il lui permet précisément en cas de litige et de défaut de communication avec le parent gardien, de s’informer directement auprès de tiers qui participent à la prise en charge de l’enfant, notamment les autorités scolaires et les médecins. Il est ainsi plus facile de faire appel à la justice en cas de refus des tiers de donner les informations, dès lors que ces tiers ne sont pas directement impliqué dans le litige et n’ont dès lors aucune raison d’arranger les faits. Les tiers risquent tout au plus en de garder le silence sur certains faits par peur d’un litige avec le détenteur de l’autorité parentale qui est leur interlocuteur privilégié. J’ai pu constater que, même lorsque l’autorité parentale est toujours conjointe, les autorités scolaires et les médecins rechignent à informer directement le parent non gardien, sans demander au préalable l’autorisation au parent gardien. Si ce dernier refuse, les tiers ont tendance à refuser l’information. La soussignée a déjà dû intervenir auprès de tiers en les rendants attentifs à l’article 275 a CC. Le parent non gardien a ensuite obtenu les informations désirées par le biais de son conseil. Or, le parent non gardien ne doit pas devoir passer par son conseil pour obtenir ces informations. Il est également curieux qu’a deux reprises, dans des cas très différents, les autorités scolaires, suite à l’intervention de la soussignée, ont répondu qu’elles n’avaient jamais refusé l’information mais qu’il y avait eu un malentendu entre le père et l’enseignant concerné. Or, les pères concernés étaient formels : l’accès à l’information a été refusé avant l’intervention de l’avocat. Il serait temps que les tiers concernés par cette disposition en prennent connaissance et renseignent directement les ayants droits qui en font la demande et cela sans demander l’autorisation du parent gardien. Une bonne information des tiers concernés aide également à diminuer les conflits entres les parents dans l’intérêt des enfants concernés. Il appartient aux parties concernées d’insister auprès des tiers et d’attirer leur attention sur cette disposition.

Kathrin Gruber, « Droits d’information aux parents qui n’ont pas dans garde » dans Le Journal des Pères Association de pères de Suisse Romande pour la défense de la paternité et des droits des pères, no 8, juin 2004

Outreau: back to the basic !

[ Lundi 24 Mai, numéro 35 ]

Outreau: "Back to the basic"

L'affaire d'Outreau en France soulève des passions. Elle soulève la question, bien d'actualité, du droit du plaignant d'être entendu et du droit de l'accusé, toujours innocent jusqu'à preuve du contraire, de l'être aussi.

Robert Badinter, bien connu pour ses prises de positions courageuses pour la défense des droits de l'homme, parlait ce week-end de "sacralisation" de la parole de la victime. Un instituteur interrogé sur France 2, reconnu innocent par la justice française à la suite de fausses allégations d'abus, reprenait ce terme de "sacralisation" des dires du plaignant, de caractère presque mystique et de l'antinomie que ce mysticisme pouvait avoir avec la recherche de la vérité.

Paul Bensussan et Jacques Barillon dans leur dernier ouvrage "Le désir criminel" paru aux éditions Odile Jacob écrivaient:

Dans les affaires d'allégations de crime ou de délit sexuel, la plaignante est présumé dire vrai. "Il faut beaucoup de courage à une femme pour parler, révéler ce qu'elle a enduré et déposer plainte", proclame-t-on pour en déduire que la plaignante dit la vérité. Ce "courage" repose sur un double postulat: la plaignante a réellement vécu ce qu'elle décrit et la personne qu'elle désigne en est indiscutablement l'auteur. (1)

Plus particulièrement, Florence Rault, co-auteure avec Paul Benssusan du livre La dictature de l'émotion aux éditions Bellefont paru en 2002, écrivait dans l'édition du 24 mai 2004 du journal Libération:

Les principes fondamentaux de la justice sont bafoués dans les affaires à caractères sexuel (...)
(...)
Il devient moins risqué de commettre un meurtre ou un braquage que d'être accusé de viol. Mais surtout, le plus grave est que la machine judiciaire s'est emballée et que, sous la pression de la clameur publique, la justice a cédé. Les principes fondamentaux garantis par la Convention européenne des droits de l'homme ne sont plus respectés. La présomption d'innocence dans ces matières ne vaut plus rien. Le renversement de la charge de la preuve est non seulement admis mais revendiqué au nom d'une prétendue protection des victimes.
(...)
Il n'est pas normal que l'exercice des droits de la défense puisse être considéré comme incongru face à l'expression de la douleur des victimes. Que ce soient là les réactions d'une certaine presse ou des associations, c'est logique. Que ce soit la position de la justice est inacceptable"
.(2)

Florence Rault, conclue en posant la question de savoir si la justice est à la hauteur des ses nouvelles responsabilités.

La question d'Outreau soulève finalement la question séculaire de la nécessité du caractère inaliénable des principes suivants d'un état de droit, des principes d'une société civilisée:
- la présomption d'innocence
- l'épreuve de la preuve.

Quand l'enfer est pavé de bonnes intentions

De tout temps, ces principes ont été remis en question et toujours les raisons évoquées ou utilisées l'ont été pour défendre un principe ou des principes que l'on croyait sacrés. "Les fondements mêmes de notre sociétés présentent le risque de s'écrouler" entendons-nous. Que ce soit la défense du dogme religieux du temps de l'Inquisition, de la défense de la patrie contre les communistes à la fin des années '50 en Amérique ou de la patrie socialiste contre les ennemis du prolétariat dans les années '40-'50, du droit des nations à se protéger des terroristes pour défendre Guantanamo ou les évènements récents des prisons iraquiennes, ou encore des évènements du week-end dernier dans la bande de Gaza. Aujourd'hui le drame d'Outreau pose le dilemne suivant: celui d'avoir le courage de poser la question des conditions de démonstration de la véracité de la parole de l'enfant, de s'en donner les moyens, sans avoir à passer pour un négationniste de la pédophilie.

Tous nous avons fait preuve d'amnésie et faisons encore preuve d'amnésie et nous réfugions derrières nos bonnes intentions. Nous cédons à la pression du troupeau.

Outreau-sur-Léman ?

Une question un peu provocatrice, n'est ce pas ? et pourquoi pas. Autre question provocatrice, y a-t-il déjà eu des Outreau chez nous, sur nos rives du Léman.

Nous sommes tentés de répondre et de paraphraser les propos de Florence Rault:

"Les principes fondamentaux de la justice sont bafoués dans les affaires "à caractère conjugal"... en Suisse.

Au cours des dernières chroniques, nous avons évoqué des questions comme celles de la désistance à la violence conjugale, de la violence féminine, etc. Nous avons posés des questions qui contestent sans aucun doute ce que nous croyons être un des nouveaux fondements de notre société à savoir que quelque part le père ou l'homme abject serait devenu la norme, que victime ne se conjugue qu'au féminin et qu'agresseur qu'au masculin, que les relations hommes-femmes ne peuvent être que caractérisées par la domination de l'homme.

Oui, posons-nous la question si nous ne sommes pas en train de recréer des Outreau lorsque nous sacralisons la parole du plaignant avec la LAVI.

En Suisse, "la loi permet à une "personne qui a subi, du fait d'une infraction, une atteinte directe à son intégrité corporelle, sexuelle ou psychique" de refuser d'être mis en présence de celui qu'elle accuse depuis le dépôt de la plainte jusqu'au prononcé du jugement" (3).

En Suisse, de nombreux pères, des mères aussi, ne voient leurs enfants que sous surveillance après avoir été victimes de fausses allégations et ce sans même avoir été inculpé, après avoir bénéficié d'un non-lieu ou même après avoir gagné un procès en diffamation contre de fausses accusations d'abus.

Oui sans doute en Suisse, il y a des Outreau.

"Back to the basic !". Retournons à ces principes fondamentaux.

Et les enfants dans tout cela ?

Eh oui, les enfants dans ces histoires d'abus, ne les oublions pas, parce que dans les vrais cas et les faux, les enfants sont toujours les premières victimes.

(1) Barillon Jacques, Bensussan Paul, Le désir criminel Odile Jacob (2004) page 100

(2) Rault Florence, Rebonds. Des "Outreau" par dizaines. dans Libération, lundi, le 24 mai 2004.
Lien Internet:
http://www.liberation.fr/page.php?Article=208304

(3) Barillon, Bensussan, Le désir criminel page 150

Autres lectures:

La difficile remise en cause de la parole des enfants(site La Cinq)
http://www.france5.fr/asi/006052/36/113844.cfm

D'Outreau à Dutroux, la terrible méprise Site de France 5
http://www.france5.fr/asi/006052/36/113843.cfm

Rault Florence, Bensussan Paul, Le désir criminel. ed. Bellefont (2002)

Tony Blair interrompu à la Chambre des Communes

[ Jeudi 20 Mai, numéro 34 ]

Le 19 mai 2004, la séance des questions a été interrompue brusquement après que le Premier Ministre britannique Tony Blair ait été la cible d'un projectile composé de poudre violette lancé par des activistes de Fathers 4 Justice.

Rappelons que la situation des pères en Europe et Grande Bretagne est particulièrement préoccupante. Nous avions évoqué dans notre numéro du 10 avril 2004 leur situation. Un article paru à cet effet dans "The Economist" faisait état de la colère d'un juge de la Cour Suprême de Grande-Bretagne, Sir James Murphy. (Voir numéro 13 de la chronique de Père pour toujours Genève)

Fathers 4 Justice est une organisation de défense des droits des pères et des droits civils dont l’objectif central est de permettre aux enfants de garder ses deux parents. Ce mouvement est composé de pères, de mères, de grands parents, d'enseignants, de médecins, de directeurs de sociétés, d'avocats, enfin des représentants de l'ensemble de la société civile qui soutiennent que la société britannique est en train de créer une nation d'enfants sans parent et de parents sans enfant. La stratégie de Fathers 4 Justice est basée sur une action simultanée touchant à la fois la publicité et la presse afin de "rendre l'injustice visible". Elle s’inspire des actions non-violentes de Greenpeace.

Ce matin, au cours d'une émission radiophonique sur LBC animée par Nick Ferrari, une radio londonienne, plusieurs auditeurs ont pu s'exprimer et faire part non pas de leur préoccupation quant à la faillite de la sécurité du parlement britannique mais bien de la faillite du système de justice britannique et de son incapacité à faire appliquer ses décisions de justice de maintien des relations des pères divorcés avec leurs enfants.

De notre correspondant à Londres.

Pour avoir plus d'informations sur Fathers 4 Justice voici l'hyperlien:

http://www.fathers-4-justice.org/

http://www.fathers-4-justice.org/F4J/index.html

La désistance à la violence conjugale

[ Dimanche 16 Mai, numéro 32 ]

Qu'entend-on nous par désistance ?

Comme le souligne Denis Laroche de l'Institut de la Statistique du Québec, on définit la désistance comme étant l'interruption d'une conduite criminelle. En d'autres mots, la désistance est considérée comme étant opposée à un processus de résistance à maintenir un comportement déviant.

Pourquoi alors parler de désistance dans le cadre de la violence conjugale, qu'elle soit le fait d'hommes ou de femmes comme étant initiateur ou victime de la violence ?

Parce qu'il serait sans doute intéressant de savoir de quel type de violence on parle. La question posée par Daniela Gloor et Hanna Meier (1) au sujet de la nécessité d'affiner le discours sur la violence conjugale en dissociant "la violence en tant que comportement spontané face aux conflits" et "de comportement violent et dominateur systématique" est essentielle. Dans ce cadre, la problématique de la désistance est essentielle pour laquelle peu de ressources y ont été consacrée.

Les questions soulevées à la fois par la "désistance à la violence conjugale" et celle de la définition du type comportement violent permet d'aller au delà des affirmations simplistes entendues trop souvent.

" Qualifier tout acte agressif sur le plan physique au sein du couple - qu'il soit l'oeuvre d'un homme ou d'une femme - de "violence domestique" ou violence du ou de la partenaire est tout aussi inapproprié que de mettre sur pied d'égalité un comportement violent et dominateur systématique, répétée ou grave dans une relation de couple - exercée par un homme ou une femme - et l'acte, comparativement beaucoup moins problématique, dû à une explosion ou à une agression physique occasionnels. Nous sommes en présence de deux phénomènes ou de réalités de vie totalement distinct et nous devons apprendre à en tenir compte de façon différenciée - que ce soit dans la recherche, mais aussi dans la pratique et la politique. (1) page 9.

N'y aurait-il pas là une avenue à étudier pour enfin s'opposer à tout le discours entendu qui classe automatiquement la violence masculine, car nous ne la nions pas, comme étant "une volonté systématique de domination" et qui met la "violence féminine", car nous ne devons pas la nier, comme étant nécessairement "une violence réactionnelle ou spontanée face à un conflit".

Pour conclure:

"Des efforts considérables ont été consentis pour mesurer la prévalence de la violence conjugale, de même que les répercussion physiques ou psychologiques de telles agressions. Cependant, de façon paradoxale, les enquêtes et les études sur la violence conjugale esquivent presque complètement la question primordiale - déterminer quand et comment survient l'interruption de la violence". (2)

Pourrions-nous ajouter que cette absence d'effort ne se limite pas à l'aspect de la temporalité de la violence mais aussi à son type.

Pour avoir accès aux textes cités:

(1) Gloor Daniela, Meier Hanna, Les hommes victimes de violence - aspect scientifiques et sociopolitiques du débat Basler Interventionsprojekts gegen Gewalt in Ehe und Partnerschafts.

Le lien: http://www.jura.ch/services/ega/violence/hommevictime.pdf

(2) Laroche Denis, "La désistance à la violence conjugale" dans Bulletin - Données sociodémographiques en bref Institut de la statistique , Québec, Volume 8 - numéro 1, Octobre 2003

Le lien:

http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/BrefOct03.pdf

Génogramme

[ Mardi 11 Mai, numéro 31 ]

Nous vous présentons le texte d'une courte allocution de Hans Lehmann présentée à Toronto en 1995.

GÉNOGRAMME

C'est un outil graphique, qui permet de découvrir, de soulever un ou plusieurs des voiles du mystère de notre existence actuelle. Nous avons plusieurs mémoires. L'une d'elles, inconsciente, nous lie à la nature, dans ses cycles saisonniers. Nous arrivons à la vie, nous sommes confrontés à la mort. Chaque jour nous fait changer. Cependant, l'éducation que nous recevons et la société dans laquelle la vie nous a amené à vivre nous conditionnent, et progressivement, nous limitent dans nos potentialités d'évolution.

Nous oublions que nous pouvons changer.

Heureusement, ou malheureusement souvent, des événements apparemment inattendus surviennent. Il parait nécessaire d'être confrontés à des situations inhabituelles pour se poser quelques questions : d'où venons-nous, pourquoi sommes-nous là, où allons-nous ?

Chacun de nous a plusieurs histoires, une histoire sociale, une histoire économique, une histoire politique, une histoire familiale, une histoire affective et pour certains, une histoire ancestrale.

Chacune de ces histoires peut recevoir un éclairage puissant grâce au génogramme limité à l'une de ces histoires. C'est alors que cet outil graphique va nous aider à trouver quelques réponses, souvent inédites.

Je sais que la différence essentielle qui est établie dans les quatre règnes : minéral, végétal, animal, humain est le degré de compréhension affective. L'être humain dans son état actuel d'évolution est conscient qu'il se développe et s'épanouit qu'avec un environnement affectif chaleureux, gratuit et respectueux.

Dans les situations relationnelles en difficulté, le génogramme va permettre de découvrir des aspects affectifs perturbés. Il va permettre aussi d'aller dans le passé génétique de chacun, de prendre en compte le poids du passé dans notre comportement d'aujourd'hui.

Si nous sommes prêts à en tenir compte, tout peut et va changer.

Nous débloquons notre conditionnement, nos habitudes, nos critères, nos repères, nos idéaux. Nous nous construisons avec d'autres connaissances, nous poursuivons notre vie enrichis par cette expérience, éclairés par cette vision nouvelle de notre histoire, tellement personnelle, individuelle qu'elle ne peut pas se comparer à celle de quelqu'un d'autre.

Cette approche de notre vie affective par le génogramme va nous aider à déterminer nos attentes affectives, ce que nous avons pu donner, ce que nous avons pu recevoir, ce que nous pouvons partager.

C'est notre vie que nous découvrons !


Pour des liens sur le génogramme

http://www.er.uqam.ca/merlin/af691572/geno.html

http://www.chez.com/sylviecastaing/genogramme.htm#Historique

Assemblée générale du 10 mai 2004

[ Lundi 10 Mai, numéro 30 ]

Le 10 mai dernier s'est tenue l'assemblée générale de Père pour toujours Genève. Les objectifs en étaient les suivants:

- Présentation du bilan des activités du comité sortant
- Modification des statuts de l'Association
- Election d'un nouveau comité

Au cours de la présentation du bilan, les membre du comité, ont parlé de leurs activités depuis leur élection en octobre 2003. Les réalisations sont les suivantes:

- Demande de subvention pour la mise en place d'une permanence d'accueil pour les pères en situation de crise à la fois auprès du Bureau de l'Egalité de l'Etat de Genève et auprès du fond de prévention de la violence du Département de l'Action Sociale et de la Santé.

- Remise à jour du site Internet avec la publication régulière de chronique sur la paternité.

- Réunion hebdomadaire du comité.

- Proposition de simplification des statuts

Au cours de la présentation, les membres du comité, Claude Jacot-Descombes, Olivier Monney, Felipe Fernandez et Paul Ménard ont particulièrement insisté sur l'atmosphère particulièrement constructive des réunions depuis leur élection.

Le deuxième point a été une proposition de refonte des statuts. L'objectif de cette refonte en était une de simplification en donnant au comité des pouvoirs plus étendus et en remplaçant l'organe de contrôle par l'élection de deux vérificateurs. C'est ce type de structure que nous trouvons dans l'ensemble des associations à but non-lucratif. L

La proposition de refonte des statuts a été adoptée à l'unanimité par l'assemblée générale.

Le dernier point était celui de l'élection d'un nouveau comité. Les membres sortant se sont représenté en bloc et ont été élu à l'unanimité. Les membres du comité restent donc:

- Claude Jacot-Descombes
- Olivier Monney
- Felipe Fernandes
- Paul Ménard

Textes de réflexion sur les politiques du père

[ Samedi 08 Mai, numéro 28 ]

Erudit est une site Internet de promotion et de diffusion du savoir universitaire. On y trouve donc plusieurs revues qui traitent de sujets aussi divers que la médecine, la sociologie ou la criminologie.

En 1997, la revue Lien social et Politique publiait dans son numéro 37 un numéro sur les Politiques du père sous la direction de Germain Dulac, du Centre d'études appliquées sur la famille de l'Ecole de Service Social de l'Université McGill (Montréal) et de Nadine Lefaucheur du CNRS-GRASS de l'Université Paris VIII.

Ce numéro traite donc de différents aspects reliés à la "paternitude" sur 11 articles regroupés en 3 sections:
- Politique et mouvances de la paternité
- La gestion du "démariage"
- Pouvoir et pratiques paternelles.

Nous vous invitons à faire un saut sur le lien suivant:

http://www.erudit.org/revue/lsp/1997/v/n37/index.html

et vous souhaitons une bonne lecture.

Un père, ça sert à quoi ?

[ Jeudi 06 Mai, numéro 29 ]

Voici un texte paru à la suite de la publication du livre de Serge Ferrand, Papa, à quoi sers-tu? paru au Editions Option Santé en 2003. Il s'agit d'un texte de François Brooks qui s'interroge sur le rôle du père.


Il me semble que cette question, mise dans la bouche d’un enfant, est née dans l’esprit d’un père qui s’est fait congédier du nid familial et qui, réduit au rôle de guichet automatique, se demande : « En tant que père, n’aurais-je pas une autre utilité? Je suis papa, en quoi suis-je utile à mes enfants? » Cette exclusion ressentie par le père lui donne automatiquement le goût de se faire désirer. Rejeté par sa conjointe, a-t-il encore une chance de se faire aimer de ses enfants? « Ma fille, mon garçon, m’aimez-vous encore? Comment puis-je vous être utile? » Et pour simplifier les choses, parce que, par les temps qui courent, les garçons semblent plus déstabilisés que les filles après le congédiement de leur père : « Mon garçon, as-tu quelque amour pour ton père? » Voilà la première question.

Dans un monde utilitariste, le statut du père ne suffit pas ; pour être aimé, il faut être utile. D’où la question de l’enfant : « Papa, à quoi sers-tu? » Amenée dans ce contexte, c’est comme si l’enfant disait : « Je veux bien t’aimer papa, mais mon amour n’est pas gratuit ; il faut que tu me sois utile à quelque chose. » C’est le monde à l’envers dirait mon grand-père. Alors que les fils ont toujours eu à faire leurs preuves pour se gagner l’amour de leur père, c’est maintenant le père qui doit se mériter l’amour du fils. De plus, cette approche mercantile caractéristique de notre société me gène parce qu’elle suscite en moi la question complémentaire : « À quoi sert-il de mettre des enfants au monde? »

La thèse romantique développée dans ce livre cherche à démontrer que le bon père est un père qui sait se faire aimer. C’est un père qui cherche à devenir copain avec son fils ; un père si blessé du rejet de ce qu’il représente, qu’il est prêt à se mettre dans une situation d’égalité avec son fils pour aller apprendre en même temps que lui à faire du canot-camping. Un père est-il l’égal de son fils? Est-ce que c’est au père de s’efforcer à se mettre au niveau de son fils pour gagner son amour ou n’est-ce pas plutôt au fils de s’efforcer de s’élever au niveau de son père pour gagner son affection? Qui doit gagner l’amour de qui? Et qu’est-ce que c’est que ce pays si malade d’amour qu’il rend les pères coupables de l’absence d’amour de leur progéniture pour eux! J’ai plutôt le goût d’inverser la question : « Mon fils, à quoi me sers-tu? »

Nous avions jadis une cellule familiale solide où on ne se demandait pas si papa nous aime. Papa se levait à cinq heure du matin. Il travaillait jusqu’au soir pour gagner l’argent sans lequel sa famille ne pouvait pas survivre. L’amour du père, c’était la survie de sa famille. Cette seule survie commandait le respect des enfants. Le plus souvent d’ailleurs les enfants étaient utiles à leurs parents. Dès leur plus jeune âge, ils s’impliquaient dans les travaux de la ferme. D’un côté comme de l’autre, le père était utile à ses fils, et les fils utiles à leur père, dans l’entreprise familiale qui consistait à se mettre mutuellement au service de l’autre. L’autorité paternelle était reconnue comme une force positive apportant la sécurité et l’harmonie. Mais aujourd’hui, la femme et les enfants survivent quoi qu’il advienne. S’ils n’y arrivent pas, l’État s’en charge. Le rôle traditionnel du père a été absorbé par l’État duquel nous sommes tous devenus les enfants. Autrefois, le père avait droit au respect de ses enfants ; aujourd’hui, il aura leur amour s’il est gentil. Autrefois les enfants étaient utiles au père qui en tirait toute sa fierté, aujourd’hui, à quoi ses enfants peuvent-ils bien lui servir? Le plus souvent, ils suivent des chemins diamétralement opposés à leur père qu’ils s’efforcent de nier par tous les moyens possibles : ils feront un métier différent, ils adhéreront à des valeurs toutes autres, il iront même jusqu'à éprouver une certaine honte à donner leur nom de famille lorsqu’on leur demandera de s’identifier. Tout comme leur mère féministe, comme s’ils voulaient être nés d’eux-mêmes, ils refuseront avec entêtement de s’identifier à leur père.

On peut très bien inverser la question et ainsi expliquer le taux de dénatalité au Québec mais une fois que les enfants sont nés, il faut faire avec. Serge Ferrand a raison de poser la question : « Papa, à quoi sers-tu? » Mais quelle est l’utilité d’un père qui serait guéri de son problème de manque d’amour et qui serait à nouveau capable d’aimer, de donner, d’être? Être père, n’est-ce pas avant tout faire quelque chose de bien, en être fier et donner à son fils un modèle gratuit? L’amour d’un père doit-il, à l’image de celui de la mère, être inconditionnel et charnel, ou ne doit-il pas plutôt présenter quelques exigences et s’affranchir du romantisme féminin? L’amour d’un fils pour son père n’est-il pas mieux démontré lorsque celui-ci se reconnaît en lui, que par des je t’aime vides de sens dont raffolent les romantiques? Et si le premier rôle du père doit être de couper le cordon ombilical[1] qui unit l’enfant à sa mère, ne doit-il pas démontrer son amour d’une manière différente et complémentaire? La femme donne un corps charnel à son fils. Le fils a-t-il besoin de la même chose de son père, ou n’aurait-il pas plutôt besoin que ce père lui donne les clefs du monde par l’exemple, l’éducation et l’instruction? Mais voilà, le père fut aussi expulsé de ce rôle depuis longtemps par l’État qui a pris en charge la formation professionnelle de ses fils et filles.

À la question « Papa, à quoi sers-tu? », ce livre propose la réponse suivante : « À être aimé ». En soi, je suis tout à fait d’accord avec l’auteur pour dire qu’il n’y a rien de plus utile pour un être que d’aimer. De toute évidence, il est bien que notre rapport au père soit teinté d’amour. Je suis aussi d’accord pour dire que cet amour doit passer par l’épreuve d’une initiation au monde tant matériel que spirituel. Mais il me semble que l’aspect spirituel ait été remplacé par l’aspect émotionnel. Nulle part je n’y ai trouvé l’importance de l’influence philosophique que le père doit exercer sur sa progéniture. L’amour intellectuel est devenu tabou mais n’y aurait-il pas lieu de le réhabiliter? L’être humain est un tout composé d’un corps, d’un cœur et d’un esprit. Enlevez un de ces trois aspects et il apparaîtra une sorte de monstre incomplet qui cherche à combler son manque par mille artifices aveuglants.

Serge Ferrand n’a jamais rempli son rôle de père mieux que durant la période où il travaillait à sa bande dessinée. Son fils Jesson le confirme à la page 41 : « …C’est excitant de suivre ta carrière, tu sais! Pour moi, c’est un success-story… si, si, je t’assure! … J’ai vu la façon dont tu as été récompensé par ton travail! J’ai toujours eu l’impression que tu travaillais fort et que tu réussissais. Quand je te regardais en train de dessiner ta bédé, avec cette lumière qui se reflétait de ton papier sur ta figure… je me souviens de tout, c’est comme si c’était hier. T’étais un personnage… quelqu’un de très solide. Je te voyais carrément comme… invulnérable. » Un père stoïque qui, loin des je t’aime romantiques, s’acharnait à réaliser ce en quoi il croyait le plus. Plus que l’objet de son travail, c’est dans son attitude à la tâche que Jesson voit l’homme qu’il reconnaît comme son père : un père qui a réussi.

L’amour philosophique, intellectuel ou spirituel (appelez-le comme vous voudrez), a ceci de particulier qu’il se distingue de l’amour charnel et de l’amour romantique. Il est caractéristique au père. Il naît d’une admiration qui n’a que faire du charme ou de la séduction. Si le père a à regagner une fonction dans l’éducation de ses fils et filles, c’est en se distinguant par sa pensée, sa foi et sa détermination. Bien sûr, il y aura confrontation ; il y a toujours eu confrontation entre père et fils. Mais à la différence de l’amour maternel inconditionnel, celui du père pose des exigences qui obligent son fils ou sa fille à se dépasser. L’amour qui en naît est celui qui naît entre deux adversaires qui se confrontent et duquel le plus faible apprend du plus fort. Le domaine de l’amour inconditionnel est déjà envahi par la mère et par l’État. C’est de l’amour qui engage à se surpasser que notre progéniture a maintenant besoin pour son équilibre.

Devant l’immense propagation de la médiocrité dans tous les domaines, n’est-il pas évident que nous avons, plus que jamais, besoin que renaisse le désir de se surpasser et du travail bien fait. Si le père doit servir à quelque chose n’est-ce pas comme modèle, d’idéal, d’honnêteté et d’intégrité que nous en avons besoin? Domaines dans lesquels, à ce qui me semble, le féminisme n’a pas aidé à faire progresser les choses depuis son avènement, bien au contraire.

« Si tu n’aimes pas tes enfants, fais leur la vie facile » nous disait Robert Heinlein.

[1] Si on admet cette thèse selon laquelle le principal rôle du père consiste à couper le cordon ombilical de l’enfant, doit-on s’étonner que les mères, affranchies de la dépendance envers leur mari, l’aient congédié et s’opposent farouchement à toute intervention dans leur relation symbiotique avec ses enfants? N’est-ce pas d’ailleurs pour empêcher que l’on dénonce cette immoralité que les mères ont pris l’assaut les pères pour leur inventer quelque immoralité pour que la cour les écarte systématiquement du giron familial?


Merci à François Brooks pour l'autorisation de reproduire son texte.

Pour avoir accès à l'ensemble du texte, le lien est le suivant:

http://www.philo5.com/Feminisme-Masculisme/040425%20Papa%20a%20quoi%20sers-tu.htm

Pour le résumé du livre de Serge Ferrand, Papa, à quoi sers-tu? paru au Editions Option Santé en 2003:

http://www.optionsante.com/livre_papa.html

La médiation familiale: définition et principes

[ Mardi 04 Mai, numéro 27 ]

La médiation familiale comme moyen d'arriver à une solution

Quels sont la définition et les objectifs de la médiation familiale ? On trouve une réponse à cette question dans un document publié par l'Association Pour la Médiation Familiale intitulé Pratique éthique de médiation familiale.

" La médiation familiale, notamment en matière de séparation et de divorce, est un processus de gestion des conflits dans lesquels les membres de la famille demandent ou acceptent l'intervention confidentielle et impartiale d'une tierce personne, le médiateur familial.

Son rôle est de les amener à trouver eux-mêmes les bases d'un accord durable et mutuellement acceptable, tenant compte des besoins de chacun et particulièrement de ceux des enfants dans un esprit de co-responsabilité parentale.

La médiation familiale aborde les enjeux de la désunion, principalement relationnels, économiques, patrimoniaux.

Ce processus peut être accessible à l'ensemble des membres de la famille (ascendant, descendants, collatéraux) concernés par une rupture de communication dont l'origine est liée à une sépartion"


Il existe aussi des principes selon lesquels la médiation familiale doit s'exercer. En effet, le médiateur doit veiller à garantir la confidentialité de la démarche, la non-violence physique et verbale. Dans cet optique, il doit poser un cadre des discussion et le rappeler avec fermeter lorsque nécessaire. Il doit être garant de l'égalité des places et faire preuve d'indépendance, de neutralité et d'impartialité. Finalement, le médiateur n'a pas à imposer de décision et encore moins trancher le différend. Ce n'est donc pas un arbitre.

Pour approfondir le sujet, nous vous invitons à consulter le site de l'Association Pour la Médiation Familiale à l'adresse:

http://www.mediationfamiliale.asso.fr/

Vous pouvez aussi avoir accès au document intitulé Les principales étapes de la médiation familiale paru sur le site de petitmonde.com à l'adresse:

http://www.petitmonde.com/iDoc/Article.asp?id=10330

Réunion du comité de Père pour toujours Genève

[ Lundi 03 Mai, numéro 26 ]

Dans les cadre des ses réunions hebdomadaires, les membres du comité se sont réunis le 3 mai 2004 afin de discuter des dernières nouvelles et de la préparation de la prochaine assemblée générale du 10 mai 2004.

Parmi les activités et nouvelles de la semaine écoulée, citons les excellents résultats du nombre de visites sur le site qui tournent autour d'une moyenne quotidienne de 100 pour la dernière semaine du mois d'avril. A ce jour, ce sont plus de 1900 visites qui on été recensées.

De plus, un communiqué de presse annonçant le premier mois de remise à jour du site de Père pour toujours Genève a été envoyé à plus de 500 personnes du canton (conseillers d'Etat, députés au Grand-Conseil, directeurs des départements de l'action sociale et de la santé et du département de l'instruction publique, journalistes, juges, etc). Dans le communiqué de presse intitulé: Nouveau site Internet de Père pour toujours (Genève)- vitesse de croisière atteinte, on pouvait lire:

"Père pour toujours Genève informe la communauté suisse et genevoise de la remise à jour de son site Internet à l’adresse : http://www.perepourtoujours.ch . Depuis le 29 mars 2004, soit 1 mois, le site a atteint sa vitesse de croisière avec la publication de chroniques quotidiennes sur les pères, la médiation, la violence familiale et la parentalité en général. Ces chroniques reprennent des textes de rapports gouvernementaux, d’articles scientifiques, de journaux ou d’émissions de télévision ou de radio. Ce sont actuellement plusieurs dizaines de liens créés et plusieurs centaines de pages de rapports accessibles via le site.

Le comité de Père pour toujours (Genève) s’est fixé comme objectif de faire du site, un centre de références crédibles et sérieuses. A cet effet, tous les textes cités sont référencés et tant que faire se peut, accessibles directement sur la toile.
"

Le comité a aussi discuté de la modification des statuts de Père pour toujours Genève et de leur simplification.

Pour ceux et celles qui désiraient avoir un copie des statuts, nous pouvons vous l'envoyer par courrier électronique, en nous faisant une demande via la section Contact

Rappelons que l'Assemblée Générale de Père pour toujours (Genève) a bien lieu le lundi 10 mai 2004. Dans la première convocation, une erreur s'était glissée sur la date. Veuillez donc en prendre note.

Un grand merci à Felipe, membre du comité, pour son travail.

Les paradoxes du père nécessaire et du père abject

[ Vendredi 30 Avril, numéro 25 ]

La fragilité de la paternité dans la société québécoise : le paradoxe du père nécessaire et du père abject

Germain Dulac Ph.D., sociologue et chercheur Centre d'études appliquées sur la famille, École de service social de l'Université McGill écrivait un article en août 2000 sur les différentes représentations que la société, en particulier la société québécoise, se faisait de l'image du père.

Cet article est intéressant et nous l'avons relevé parce qu'il est toujours d'actualité et que les questions qui y sont soulevées sont centrales. Parmi elles, celle de l'absence quasi totale d'une représentation positive du père et de la paternité, de la vision collective de la famille. En d'autres mots, on parle des mères et des enfants, les pères quant à eux... Sans doute sommes-nous en parti responsable de notre absence du concept actuel de la famille et avons-nous un espace à reconquérir.

Cette absence va évidemment au delà de l'imaginaire. Pratiquement, elle a ses effets sur l'ensemble du processus de mise en place d'une politique de la famille en général et de ses implications au niveau de la définition de politiques de santé publique en particulier. En effet, en Suisse et particulièrement à Genève, les pères et le concept de paternité comme éléments essentiels du développement des enfants et des différents aspects de leur santé sont absents de ce processus. Pour beaucoup, ceux qui veillent à développer des concepts tels que ceux défendus par Père pour toujours Genève (co-responsabilité, équivalence parentale, formation à la parentalité) sont malheureusement souvent perçus comme des hommes ayant "découverts leur rôle de père après un divorce" ou pire comme des "hommes dans la colère et frustrés".

Comme le souligne l'auteur:

Cet article soulève des questions qui, à première vue, ne sont pas évidentes parce qu’elles ne sont pas encore instituées en savoir officiel.

(...)

Plusieurs facteurs contribuent à fragiliser la paternité. Nous sommes plusieurs à avoir documenté le comportement des hommes, leurs manières de concilier le travail et la famille, de vivre les transitions familiales et les crises de la vie. En revanche, peu de personnes se sont véritablement intéressées aux représentations sociales de la paternité.

LE DISCOURS SOCIAL PARADOXAL : LE PÈRE NÉCESSAIRE ET ABJECT

Nous vivons un moment de l’Histoire où les sociétés développées sont confrontées à des changements si violents et si rapides qu’il est souvent difficile de trouver une cohérence, de faire du sens avec ce qui se passe.

Du côté des institutions, par exemple, qui peut aujourd’hui me décrire ce qu’est une famille ? Difficile d’avoir la réponse juste; d’ailleurs, on parle plutôt des familles, ne dit-on pas que la famille est à géométrie variable, qu’elle a de multiples facettes, qu’elle est souvent atypique,...

(...)

Ce qui est vrai des institutions l’est aussi pour les normes qui définissent le rôle du père. Plusieurs personnes hésitent désormais avant de définir ce qu’est un père. Si nous divergeons d’opinion sur ces points, cela n’est pas sans lien avec le fait que, comme société, nous vivons sous l’emprise d’un paradoxe du père nécessaire et du père abject. D’un côté, on nous dit que le père est nécessaire; de l’autre, il serait un être immoral, indigne de notre confiance. Il est important de prendre un peu de temps pour mettre en place les éléments constitutifs de ce paradoxe, partout présents et qui s’immiscent de manière insidieuse dans notre vie.

LE NÉCESSAIRE PÈRE ET LES CONSÉQUENCES CATASTROPHIQUES DE SON ABSENCE SUR LES ENFANTS

Le premier volet de ce paradoxe est à trouver dans tous les débats qui traitent de l’importance du père et de son corollaire, à savoir les conséquences catastrophiques de son absence sur les enfants.

Le rôle du père s'est longtemps résumé aux tâches de pourvoyeur. Mais, depuis l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, les rôles masculins sont le théâtre d'un déplacement de la fonction centrale du père où le rôle d'agent de socialisation est plus important qu'auparavant. Le déplacement des éléments, attributs et caractéristiques qui définissent le rôle du père s'est fait graduellement. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître aujourd’hui, il a fallu faire la preuve que les pères étaient capables de paterner.

Aujourd'hui encore, on cite les travaux de Parke, et de Lamb, qui datent du début des années 1970, lorsqu’il est question de soutenir le fait que les hommes sont capables d'interagir avec les nouveau-nés ou d’interpréter les mimiques, les cris et le langage corporel des enfants. Je précise cela pour signaler que durant les années 1970 on s’interrogeait sur la capacité parentale des pères. L’idée, selon laquelle les hommes ont un potentiel nurturant (pour reprendre une expression anglaise) ne s’est pas imposée facilement dans l’esprit des gens. Aujourd’hui, elle n’a pas acquise la place qui lui revient, car bien des gens ne sont pas prêts à admettre le corollaire à savoir que le fait d’être parent ne peut plus se résumer au fait biologique de la maternité et de l'accouchement. Ce qui revient à dire que la parentalité ne relève pas du domaine exclusif des femmes pas plus dans la tendre enfance qu’à d’autres moments de la vie des enfants. Bien des gens considèrent encore la bipolarité des fonctions parentales : un âge de la mère et un âge du père. Cela veut donc dire que s’il y a du travail à faire du côté des pères, il y a aussi un travail à faire du côté des mères pour qu’elles lâchent prise.

(...)

La légitimité de la paternité a donc passé par l'institutionnalisation de l'équivalence entre le maternage et le paternage et je me prends à penser qu’on n’a pas encore dépassé ce débat.


Les questions posées par Germain Dulac peuvent-elles s'appliquer à la problématique de la paternité en Suisse ? Nous pensons que oui. Les problèmes et défis des pères, d'ici et maintenant, restent les mêmes et l'évolution nécessaire pour la reconnaissance de notre "paternitude" et de notre rôle auprès des enfants est encore bien embryonnaire.

Pour avoir accès à l'article de Germain Dulac, publié par le Centre de Jeunesse de Montréal, Institut Universitaire, le lien est le suivant:

http://www.centrejeunessedemontreal.qc.ca/cmulti/defi/defi_jeunesse_0006/sommaire.htm

Méprise et erreur sur la personne

[ Jeudi 29 Avril, numéro 24 ]

Pourquoi un tel titre. Dans le numéro 22 de notre chronique je citais Francine Allard, romancière, comme étant l'auteur de l'article intitulé: "Comment valoriser le rôle du père et promouvoir son engagement parental". En fait, il y a eu erreur sur la personne. La Francine Allard que j'avais citée est en fait assistante sociale et non pas romancière. Il y a donc deux Francine, la romancière un peu rêveuse et l'assistante sociale qui écrit des choses sérieuses.

Cependant, la romancière, bien qu'elle soit rêveuse, du moins c'est ainsi qu'elle se qualifie, a quand même son opinion sur les pères et elle ne m'en voudra sûrement pas en citant quelques extrait d'un de ses textes écrit à ce sujet qui s'intitule Les pères

Les pères

Texte de Francine Allard

Juin 2002

Dans mon œuvre, j’ai moult fois célébré le père présent. Le père que fut le mien et aussi celui que j’ai donné à mes enfants. Dans mes chroniques quotidiennes (www. matin.qc.ca) , je ne l’ai pas oublié non plus. Depuis quatre ans, je célèbre le père présent, le père attentif, le père tendre. J’ai vilipendé le père violent. Le père absent. Mais j’ai aussi conspué la femme despote qui, de plus en plus, à l’abri d’un féminisme réactionnaire, retire subtilement l’idée même du père de la tête de ses enfants dès que survient une séparation. Insidieux lavage de cerveaux innocents.

Lorsque j’ai compris le ravage que l’absence du père était en train de créer chez les adolescents québécois, j’ai tenté de parler à mes consoeurs. J’ai questionné la désormais affaire Fabienne Brin. Pourquoi Marc Habib Eghbal était-il coupable d’avoir enlevé Sara alors que des milliers de mes congénères féminines enlèvent leurs enfants à l’année longue sans que la justice n’ait la moindre réaction? Pourquoi un homme n’a-t-il pas le droit de voir ses enfants dès qu’il cesse d’être un bon amant pour sa femme? Pourquoi un homme qu’on a chéri passionnément et qui a été jusque-là un bon père, devient-il un crétin immonde, dangereux et violent dès que survient la grogne dans le couple? Pourquoi le balancier, retenu par les féministes enragées, ne revient-il pas du côté des hommes pour s’immobiliser au milieu de leurs différences? Pourquoi les femmes ont-elles le droit de ne compter que sur une pension monétaire de leur ex conjoint qui lui, doit payer sans avoir le droit de voir ses enfants? Et, question ultime : si, comme le prétendent les psys de tout acabit, seules les femmes possèdent la structure affective pour s’occuper des enfants, pourquoi accorderait-on le droit aux homosexuels d’en adopter?

Toutes ces questions, suis-je la seule à me les poser et à les poser aux divers gouvernements? Dans les différents médias au Québec, on n’interroge pas le féminisme. On ne risque pas sa réputation en semant pareilles interrogations. On fait la sourde oreille au désespoir des hommes. On ne se recueille pas sur les milliers de suicides masculins causés par le déni de leur paternitude. On ne cherche pas non plus à modifier nos gestes. On se tait, c’est tout. Au Québec, les médias renvoient les lettres d’opinion des lecteurs qui questionnent le despotisme des femmes et la mesquinerie des avocats. Les journalistes refusent d’ouvrir un œil sur les desperados que sont devenus les hommes depuis que leurs compagnes ont découvert qu’elles peuvent vivre sans eux. Qu’elles peuvent désormais créer la vie sans eux. Qu’elles peuvent nier jusqu’à leur existence.

(...)


Francine Allard


Pour avoir accès au texte complet, le lien suivant vous y donne accès:

http://www.francineallard.com/editoriauxTexte.php?id=23


Pour avoir accès au site de Francine Allard, romancière, l'adresse est la suivante:

http://www.francineallard.com

Comment valoriser le rôle du père et promouvoir son engagement parental

[ Mercredi 28 Avril, numéro 22 ]

Parmi les objectifs de Père pour toujours Genève la promotion de la coparentalité, de l'équivalence parentale et la formation à la parentalité sont essentiels.En 1999, sur le site de Petit Monde, Francine Allard, a publié un article sur la promotion des pères et de leur engagement parental.

Celle-ci écrivait:

En 1993, La Politique de périnatalité affichait sa conviction quant à l'importance du rôle du père et reconnaissait la compétence parentale des pères et des mères. Enfin, Le plan d'action jeunesse de la région de Québec, recommandait d'accorder une attention particulière aux pères (1994): «Une attention particulière doit être apportée aux activités de promotion et d'interventions qui s'adressent de façon spécifique aux pères. On a déjà démontré les liens existants entre la force ou la faiblesse de l'attachement et le développement des attitudes liées à la protection ou à l'abus. Trop souvent, le réseau ne s'adresse qu'aux mères et consolide les stéréotypes de rôles. Il faut trouver des moyens favorisant l'implication des pères et des conjoints de fait.» p. 17

Les autres questions et points soulevés par Francine Allard dans cet article était:

- Qu'est-ce qu'un père engagé?

- Comment définit-on l'engagement paternel?

- Les mécanismes sociaux qui favorisent le désengagment paternel

- Les éléments qui encouragent l'éclosion de l'engagement du père?

- Comment valoriser le rôle du père et promouvoir son engagement parental?

Cet article vous intéresse ?

Pour y avoir accès voici le lien:
http://www.petitmonde.com/iDoc/article.asp?id=2952

La bibliographie de l'article est disponible à l'adresse suivante:
http://www.petitmonde.com/iDoc/article.asp?id=2951

L'adresse de Petit Monde, un portail canadien sur la famille et l'enfance, est la suivante:
http://www.petitmonde.com

S'interroger sur la place des hommes dans l'enseignement primaire

[ Mercredi 28 Avril, numéro 23 ]

Au cours de l'émission du 27 avril 2004 Ici l'Ontario de Radio-Canada (Ontario), Madame Claire Maltais de l'Université d'Ottawa et directrice du programme de formation à l'enseignement est interviewée sur la sous-représentation des hommes dans l'enseignement primaire.

Pour Claire Maltais, il faut sérieusement s'interroger sur cette problématique dans le cadre d'une société caractérisée par un fort taux de divorce où les enfants sont peu ou pas en contact avec des hommes. Dans une environnement où les pères sont de plus en plus nombreux à ne voir leurs enfants qu'un week-end sur deux, les enfants, selon Madame Maltais, manquent de repères masculins.

Pour elle, il s'agit d'un problème qui trouve ses racines essentiellement dans la vision que la société a du partage des rôles liés aux genres. On priviligie davantage une femme pour s'occuper des enfants même au niveau scolaire. Les conditions de travail et salariale serait une des autres causes et la sous représentation des hommes qui doivent s'intégrer à un environnement majoritairement féminin en est une autre. Finalement, une dernière raison et non la moindre est celle du climat général où les hommes craigent les fausses accusations d'abus de plus en plus fréquentes, allant même à leur recommander de ne jamais rester seul.

Pour Madame Maltais, la proportion idéale serait de 50 50.

Merci à Rémi Tremblay pour l'information.

Pour avoir accès à l'émission voici le lien. L'interview débute à 20 minutes après le commencement de l'émission Ici l'Ontario.

http://www.radio-canada.ca/util/zapmedia/version10/detecteback.asp?menu=1&lien=http://www.radio-canada.ca/Medianet/CJBC/IciLOntario200404271130.asx

Le site de la faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa est:

http://www.education.uottawa.ca/bienvenue.html

Femme nouvelle

[ Lundi 26 Avril, numéro 21 ]

Anna Lietti enfonce encore le clou. Dans l'édition du 26 avril 2004 du journal Le Temps, la journaliste commente sur un ton ironique la décision d'une actrice américaine, Angelina Jolie, d'adopter un enfant en évitant surtout de s'encombrer d'un père. Voici quelques extraits de l'article Femme nouvelle.

Une bonne partie de nos malheurs viennent, en somme, de ce que les humains n'ont pas seulement une mère, mais aussi un père. L'actrice américaine Angelina Jolie l'a bien compris. Dans une interview à Paris-Match, elle raconte qu'elle vient d'adopter un petit Cambodgien, (...) et qu'elle n'envisage pas de vivre à nouveau avec un homme. Plus précisément: Angelina Jolie n'envisage pas de vivre avec un homme «parce qu»'elle veut beaucoup d'enfants: «Je ne veux pas les troubler», explique-t-elle.

(...) Et l'actrice de dessiner le nouvel horizon de la femme du XXIe siècle: «Mes relations avec les hommes et ma vie de famille seront séparées.»

Bon. Mais l'adoption, voire l'insémination artificielle restent des réponses imparfaites au défaut de fabrication de base de l'humanité, qui est la procréation sexuée. Son idéal de perfection, c'est la reproduction virginale.

(...)

C'est un grand jour, mes sœurs. Mieux que le clone (condamné à l'appauvrissement génétique), la souris Kaguya donne corps au fantasme féminin absolu, celui d'un monde complètement débarrassé des pères, voire des hommes tout court. Enfin la paix. Tout est tellement plus simple sans les mecs.


Le lien vers le journal Le Temps est le suivant:

http://www.letemps.ch

Pour avoir accès à l'article:

http://www.letemps.ch/template/opinions.asp?page=6&article=133233

Aldo Naouri. Les Pères et et les Mères

[ Samedi 24 Avril, numéro 20 ]

Pourquoi les pères doivent reprendre le pouvoir aux mères ? C'est le titre provocateur que nous pouvions lire dans l'édition internet du 19 avril 2004 de l'Express.fr a propos du dernier ouvrage du pédiatre Aldo Naouri, Les Pères et les Mères paru aux éditions Odile Jacob.

Voici quelques extraits de cet article:

"Il y a de la jubilation chez ce pédiatre-là. De la jubilation dans la provocation. Une fois de plus, Aldo Naouri va agacer et désarmer, tant son propos est iconoclaste, bien que nourri d'arguments puisés dans la psychanalyse et l'anthropologie. Le livre touffu et passionant qu'il publie ces jours-ci aux éditions Odile Jacob s'intitule Le Pères et les Mères, mais c'est à ces dernières qu'il s'attaque d'abord. Les mères sont toutes-puissantes, martèle-t-il, il faut les arrêter. Sauvons les enfants de la fusion inquiète dont elles les accablent: "La maladie la plus grave qui puisse affecter un être humain (surtout masculin) en devenir, c'est d'être encombré d'une telle mère." Il en appelle aux pères, sommés de se comporter en homme"

Il n'est jamais très réjouissant de se voir tancer: les pères et les mères d'aujourd'hui, tout occupés qu'ils sont à inventer de nouvelles figures de parentalité, très créatives et joliment postmodernes, se font fermement rappeler à l'ordre. «Vous êtes au service de vos enfants, lance-t-il dans son nouveau livre. Mais vous ne leur rendez pas service.» Jamais on ne s'est tant occupé, préoccupé, des enfants. Justement, assène-t-il, nos enfants vont mal.
(...)



Les références du livres sont les suivantes:

Naouri, Aldo Les pères et les Mères Editions Odile Jacob, 2004

Pour avoir accès au résumé du livre sur le site des éditions Odile Jacob:

http://www.odilejacob.fr/nouveautes/index.php?op=nouveautes&livre=1917&cat=03

Pour avoir accès à l'article de l'Express.fr voici le lien:

http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/famille2/dossier.asp?ida=427337

Aussi une interview du Dr. Naouri en cliquant sur le lien suivant:

http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/famille2/dossier.asp?ida=427338

Assemblée générale du MCPV2

[ Vendredi 23 Avril, numéro 19 ]

Le 22 avril dernier, l'assemblée générale du Mouvement de la condition paternelle Vaud-Valais a rassemblé plus de 60 de ses membres à l'auditorium Corthésy de IMD à Lausanne.

Au cours de cette réunion, les membres du comité et son président, Philippe Etter ont été réélus à l'unanimité. Le comité a présenté un rapport sur les activités de l'année 2003 dont un des éléments les plus importants a été la mise en place des réunions de Papa-Contact de Martigny et de Rennens, des lieux d'échanges pour les pères. Ces réunions mensuelles rassemblent maintenant plusieurs dizaines de pères qui peuvent discuter et échanger sur leurs expériences.

Philippe Etter et les membres du comité ont informé les membres présents des projets en cours pour l'année 2004. Parmi ces projets, citons la mise en place d'un support juridique, la formation d'animateurs des réunions de Papa-Contact et la mise en place d'une permanence d'accueil

Pour contacter le MCP-V2, voici les références:

MCP-V2
Case postale
1870 Monthey 2
tel.: 0848 49 50 51
courriel: mvcp@bluewin.ch
président: Philippe Etter

Le site est accessible à l'adresse:

http://www.sospapa.ch



L'homme battu: impensé car impensable social

[ Mardi 20 Avril, numéro 17 ]

Dans la dernière édition (1/2004) de la revue Questions familiales, publiée par la Centrale pour les questions familiales de l'Office fédéral des assurances sociales de la Confédération, on peut lire l'article "L'homme battu: impensé car impensable social".

Dans l'introduction de cet article écrit par Sophie Torrent, assistante sociale, on peut lire:

"Depuis peu, le tabou se dévoile de plus en plus. Par exemple, une journée de formation organisée sur la violence domestique par le Bureau de l'égalité entre femmes et hommes de la ville de Zurich et la Paulus-Akademie en janvier 2004 comprenait un atelier qui portait le titre "les hommes peuvent-ils être victimes?" Et dans la revue FamPram deux sociologues, qui ont par ailleurs accompagné le projet d'intervention de Bâle-Ville "Halt-Gewalt", ont abordé le thème "homme victimes de violence domestique" dans un article. (voir encadré)"

Torrent, Sophie "L'homme battu: impensé car impensable social" dans Questions familiales Office fédéral des assurances sociales, Berne, numéro 1 (2004) pp 50-52

Pour lire cet article de la revue Questions familiales voici le lien:

http://www.bsv.admin.ch/publikat/familien/d/ff0401.pdf

Les hommes s'ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins

[ Mardi 20 Avril, numéro 18 ]

Le 7 janvier 2004, le Ministère de la Santé et des Services Sociaux du gouvernement du Québec (Canada) publiait un rapport sur la condition masculine intitulé: Les hommes: s'ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins.

Dans le sommaire de ce rapport on peut lire:

Les changements récents vécus par la société québécoise bouleversent la vie de beaucoup d'hommes et rendent difficile la socialisation des garçons. Le domaine des service n'échappe pas à ce constat. Les clients masculins y sont parfois reçus froidement par des dispensateurs de services, pas toujours tolérants et disposés à leur endroit. Ces attitudes découlent d'une opinion généralisée à l'effet que les hommes n'ont pas besoin d'aide en même temps que cela s'explique par le fait que les exigences de l'aide sont antinomiques par rapport aux exigences de la masculinité: renoncer au contrôle plutôt qu'exercer un contrôle, montrer ses faiblesse plutôt que montrer sa force, faire l'expérience de la honte plutôt qu'exprimer sa fierté, etc.

(...)

Le Comité prend acte de ces importants besoins et, à l'instar de la grande majorité des chercheurs, considère qu'il faut attaquer les tabous en affirmant sans réserve que plusieurs hommes sont en situation de difficulté aux plans de la santé physique, de la santé mentale et du comportement. Parmi toutes les priorités, il distingue d'abord l'urgence de reconnaître publiquement les besoins des hommes, puis celle ressortie de toutes ces consultations, qui consiste à mettre sur pied un service d'accueil, de soutien et de référence à l'intention des hommes qui vivent des situations de crise. Il retient aussi l'importance d'adapter les approches, les services et les modes d'intervention aux besoins des hommes et l'intérêt de consolider et de développer le réseau communautaire et de réaliser des efforts de sensibilisation auprès de la population en général.

Le Comité est aussi convaincu qu'il importe de revoir les principales mesures entourant les ruptures d'union et d'encourager la participation de hommes dans la famille.(...) Enfin, il croit à la pertinence de s'attaquer aux préjugés négatifs à l'égard des hommes, notamment ceux qui leur attribuent le monopole de la violence"
.

Les références de ce rapport sont:

Rondeau Gilles, Gagnon Lucie et Mercier Guy, Les hommes: s'ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins Gouvernement du Québec, Ministère de la Santé et des Services sociaux, (Québec) 2004

Ce document est accessible sous format .pdf à l'adresse:

http://ftp.msss.gouv.qc.ca/publications/acrobat/f/documentation/2004/04-911-01rap.pdf

D'ennemis à coéquipiers

[ Lundi 19 Avril, numéro 16 ]

Dans un article, intitulé "D'ennemis à coéquipiers le difficile apprentissage de la coparentalité apràs un divorce conflictuel" paru dans le volume 24, numéro 3 de la revue genevoise Thérapie familiale, les auteurs, Dr. P. Goncalves et A. Grimaud de Vincenzi, s'attardent sur la question du conflit de loyauté auquel sont soumis les enfants dans des cas de divorce conflictuels.

Le résumé de l'article, indique:
"Lors d'un divorce conflictuel, les enfants sont presque inévitablement triangulés dans la lutte entre les parents, qu'elle soit ouverte ou faite de disqualifications sournoises du type de celles décrites par Gardner sour le nom de syndrome d'aliénation parentale.

Les auteurs décrivent, en prenant comme fil conducteur deux vignettes cliniques, différentes interventions et techniques systémiques (inspirées des approches structurales, stratégiques et narratives) ayant pour but de détrianguler l'enfant et aider les parents à constituer progressivement une équipe parentale collaborante et fonctionnelle.

Sont particulièrement soulignés quelques pièges à éviter et la nécessité d'articuler les intervention thérapeutiques avec les tribunaux concernés"


Les références de l'articles sont:

Goncalves P. et Grimaud de Vincenzi A. Thérapie familiale, Médecine et Hygiène ed. (Genéve) Vol 24, No 3, pp 239-253^. (2003)

Pour avoir accès à ce numéro de la revue Thérapie familiale, voici le lien:

http://mhsrvweb.medhyg.ch/revues/r_accueil.php4?revue=3&num=165

Quand la présomption d'innocence n'existe plus

[ Lundi 12 Avril, numéro 15 ]

A la TSR, le 10 avril 2004, Darius Rochebin, animateur de l'émission Pardonnez-moi invitait l'avocat Jacques Barillon dans le cadre de la parution de son livre écrit avec le Dr. Paul Bensussan intitué. Le désir criminel.

Au cours de cette émission Maître Barillon a l'occasion de parler de la tendance actuelle de ne plus reconnaître dans les faits la présomption d'innocence. "Faut-il codifier les rapports entres hommes et femmes" est la question posée par le juriste.

Dans son livre, on peut lire:

"Dans les affaires d'allégations de crime ou de délit sexuel, la plaigante16 est présumé dire vrai. "Il faut beaucoup de courage à une femme pour parler, révéler ce qu'elle a enduré et déposer plainte", proclame-t-on pour en déduire que la plaignante dit la vérité. Ce "courage" repose sur un double postulat: la plaignante a réellement vécu ce qu'elle décrit et la personne qu'elle désigne en est indiscutablement l'auteur.

Mais quel courage faut-il à cellee qui n'a pas été victime de l'acte qu'elle dénonce pour le "révéler" aux autorités policières ou judiciaires. Si la plaignante qui allègue faussement prenait des risques réels au terme du processus judiciaires (poursuite pour dénonciation calomnieuse et condamnation à réparer le préjudice subi par celui qui a été accusé à tort), on pourrait évoquer une forme de courage, alors que, ici, on confond la cause et les effets, par indigence intellectuelles ou à dessein: la fin justifie souvent les moyens dans les combats judiciaires comme sur les champs de batailles"
page 100-101.

Jacques Barillon soulève ici une question centrale, celui de la reconnaissance d'un des principes fondamentaux du droit des sociétés civilisées: la présomption d'innocence.

Or ici, en Suisse, ce principe fondamental de la présomption d'innocence et celui tout aussi fondamental de "l'épreuve de la preuve" sont particulièrement mis à mal par le climat actuel où les hommes sont nécessairement des agresseurs et les victimes sont nécessairement féminines.

En effet selon la LAVI (loi d'aide aux victimes d'infraction) "aucune confrontation ne peut être ordonnée si la victime s'y oppose, ce qui signifie qu'un homme peut être condamné à une lourde peine de prison sans jamais aveoir eu la possibilité de croiser le regard de son accusateur, à fortiori de lui poser des questions (...) Dans les affaires où, comme en matière de harcèlement sexuel, la parole de la victime vaut souvent preuve, on peut donc être comdamné sur la base d'une accusation convaincante portée par un plaigant crédible, mais sans aucun élément matériel et objectif ni même de confrontation pages 150-151.

16 Nous rappelons que le statut juridique de plaignant ne confère pas ipso facto celui de victime: se plaindre n'implique pas nécessairement que l'on ait subit.

Les références du livre sont les suivantes:

Barillon Jacques, Bensussan Paul, Le désir criminel Odile Jacob (2004)

Pour le résumé du livre, voici le lien:

http://www.odilejacob.fr/maincat.asp?IdLivre=1884

Pour l'interview de Jacques Barillon à l'émission Pardonnez-moi:

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?descending=true&siteSect=608001&language=fre&searchNow=true&searchString=barillon

Les Suissesses aussi peuvent frapper...

[ Dimanche 11 Avril, numéro 14 ]

Le Matin dans son édition du 11 avril 2004 titrait ainsi un article sur la violence familiale au féminin. Ainsi, on pouvait lire:

"Surprise. Dans plusieurs cantons alémaniques, les femmes qui s'en prennent physiquement à leur mari ou à leur compagnon sont en recrudescence...révèlent les statistique de la police.

La publication ce printemps des toutes premières statistiques sur les violences domestiques dans certains cantons a réservé quelques surprises. On y découvre ainsi que, sur 135 délits commis dans le canton de Saint-Gall en 2003, quarante-sept l'on été par des femmes, soit 34%. Un pourcentage qui est tout aussi étonnant dans les cantons de Zurich (13%) et de Bâle-Campagne (22%). Ce dernier canton tient d'ailleurs des statistiques séparées depuis 2002, et Kurt Otter, inspecteur de la police cantonale, confirme que "les femmes ont de plus en plus recours à la violence". Il n'est toutefois pas possible de faire des comparaisons au niveau de l'ensemble du pays, car la plupart des cantons ne publient pas des statistiques qui tiennent compte du sece des auteurs de délits".


A la suite de cette constatation, il apparait que ce qui était inconcevable il y peu en Suisse, au niveau même du concept, à savoir que des femmes puissent être violentes aussi, apparait maintenant comme une réalité. Cependant, comme le souligne cette violence ne serait que réactive (sic).Cela nous amène à nous poser les questions suivantes:

Si l'on admet que la violence féminine, est passée d'un statut d'impossiblilité conceptuelle à un statut de réalité, peut-on s'imaginer aussi une évolution dans le même sens lorsqu'on parle de violence féminine seulement réactive ?

Si l'on admet que des hommes sont violentés aussi dans le cadre de la famille, est-il concevable de maintenir la campagne actuelle à propos de la violence contre les femmes où seuls les hommes sont ciblés. En d'autres mots, cette campagne laisse-t-elle entendre que la violence féminine contre les hommes et les enfants est acceptable ?

A la lumière de ces résultats, peut-on admettre que les bureaux de l'égalité des différents cantons seront davantage à l'écoute des organisations masculines et de défense des pères ?

Peut-on s'attendre aussi à une modification du discours entendu "ad nauseam" a propos des femmes seules victimes de la violence familiale ?

Peut-on s'attendre à ce que le Conseil Fédéral cesse de boycotter Parents Forever Switzerland en n'accusant même pas réception des courriers envoyés sur le sujet ?

Pouvons-nous nous attendre à ce que la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey change son discours à propos de la violence conjugale et fasse preuve de plus d'équilibre et d'équité sur cette question ?

Finalement, en arriverons nous un jour à considérer que la violence n'est pas liée au sexe mais est une caractéristique malheureusement commune aux humains ?

Droits des pères en Grande-Bretagne

[ Samedi 10 Avril, numéro 13 ]

Dans sa dernière édition du 10 aril 2004, le magazine britannique The Economist publiait un article sur les droits des pères et la réaction de juges de la Cour Suprême de la Grande-Bretagne face à la fallite du système judiciaire d'appliquer les décisions des tribunaux.

Sous-titré, un juge de la Cour Suprême se soulève pour les droits des pères, on pouvait lire:

"Ce ne sont plus seulement les pères qui se soulèvent dans un mouvement extraordinaire de protestation contre leurs traitements inéquitables dans les tribunaux. Des juges les rejoignent. Dans une attaque publique sans précédent sur la faillite du système judiciaire, Sir James Murphy, juge à la Cour Suprême, a appelé la semaine passée à un profond changement, particulièrement en fonction des relations des pères divorcés avec leurs enfants. "La confiance des citoyens est déjà en chute libre" disait-il. "Nous devons agir. Nous devons le faire maintenant".

Le juge réagissait à la suite de l'échec d'un père de faire appliquer ses droits de visite suite à 43 décisions de justice prisent par 16 juges différents.

"Le juge laissait entendre que la façon dont la justice britannique applique les droits de visite pourrait être en contradiction avec la Convention Européenne des Droits de l'Homme qui garantie le droit du respect de la vie de famille, le droit de se faire entendre dans un délais raisonnable et l'application des décisions de justice"

Cet article a été publié sous le titre Custody Retilting scales - A High Court judge stands up for fathers' right parue dans The Economist, volume 371, no 8370, page 31, April 10th 2004.

Pour avoir accès à l'article, voici le lien:

http://www.economist.com/World/europe/displayStory.cfm?story_id=2575479

Le lien Internet vers The Economist est:

http://www.economist.com

Maltraitance contre les enfants

[ Jeudi 08 Avril, numéro 12 ]

Chaque année, le gouvernement américain publie des données quant à la maltraitance contre les enfants. Ces rapports de l'Administration on Children Youth and Family, une section de l'US Department of Health and Human Services, sont publiés depuis maintenant 13 ans.

Le rapport de 2004 traite des données recueillies auprès de plus de 603'000 enfants maltraités au cours de l'année 2002. Les types de maltraitance répertoriés ont été classés en 4 groupes: les maltraitances physiques, les maltraitances psychologiques, les abus sexuels et la négligences. Les responsables de ces maltraitances sont dans l'ordre:

- 40.3 % les mères seules
- 19.1 % les pères seuls
- 18.0 % les mères et les pères en commun
- 5,4 % les mères avec une autre personne
- 1,0 % les pères avec une autres personne
- 13,0 % un membre extérieur aux parents
- 3.2 % inconnu

Pour avoir accès aux rapports des 13 dernières années, voici le lien:

http://www.acf.dhhs.gov/programs/cb/publications/cmreports.htm

Les victimes au masculin

[ Mercredi 07 Avril, numéro 11 ]

La question de la violence au féminin n'est pas à ce que certaines et certains voudraient nous faire croire comme étant une nouvelle lubie de groupes "masculinistes" voulant à tout prix à ramener les femmes à leurs chaudrons et revenir au passé. Voici un extrait d'un rapport publié en 1996 par le Gouvernement du Canada - Santé Canada sur la victimologie au masculin.

"De la nécessité d'un nouveau regard sur la victimologie au masculin

Le sous-titre de cet ouvrage, Nouveau regard sur la victimologie au masculin, est une invitation au public aussi bien qu'aux praticiens à «revoir» et à «réévaluer» leur savoir et leur compréhension de la violence et des mauvais traitements, et de faire en sorte que l'on puisse y inclure une perspective masculine . Si l'on se fie aux indices présentés dans les pages du présent rapport, cette doléance est convaincante et incontournable.

La réflexion et le discours actuels, tant publics que professionnels, en matière de mauvais traitements et de violence interpersonnelle sont majoritairement fondés sur un point de vue axé sur la femme. Il n'y a là ni juste ni faux, ni bien ni mal; cela étant plutôt fonction de ceux et celles qui ont su prendre la parole. Cependant, il en résulte que la victime a toujours un visage féminin, les contrevenants, un visage masculin. Et c'est ce visage masculin des bourreaux qui fait que la violence dans notre société a été «masculinisée» et qu'elle est exclusivement imputée aux hommes et aux «modes de socialisation masculins». Bien qu'il soit indéniable qu'il existe une dimension masculine à de nombreuses formes de violence, surtout sexuelles, des théories aussi superficielles sur la socialisation des mâles ne peuvent expliquer pourquoi l'écrasante majorité des hommes ne sont pas violents.

La violence est même imputée à l'hormone masculine, la testostérone. Le paradoxe de cet argument n'échappe pas aux victimes masculines. Alors que les femmes luttent depuis belle lurette pour invalider la prétendue malédiction qui voudrait qu'elles soient à la merci de leurs hormones, voilà que l'on accuse les hommes d'être à la merci des leurs.

Les hommes victimes cheminent sur un sentier très étroit, entre leur volonté d'être entendus et validés, d'une part, et leur désir d'être «pro-femmes» et solidaires des victimes féminines, tout en remettant en question des idées reçues qui reflètent des stéréotypes qui ne les favorisent guère. En luttant contre certains de ces stéréotypes, ils s'exposent souvent à des accusations de misogynie, d'appartenir à la réaction idéologique contre le féminisme, ou encore d'appliquer en sous-main un programme occulte visant à miner les gains des femmes. S'il y a la moindre véracité à l'une ou l'autre de ces accusations, elles devront être confrontées par nous tous. Mais si elles ne sont motivées que par la crainte qu'une reconnaissance de la victimologie masculine puisse saper les gains des femmes, alors il faudra en discuter sans détour et surtout sans essayer de minimiser le vécu de ces hommes en s'engageant dans une sorte de compétition qui chercherait à établir lequel des deux groupes aurait été le plus meurtri. Néanmoins, il importe que nous nous rendions tous compte que bien des femmes risquent d'avoir de la difficulté à prêter l'oreille aux drames des victimes masculines avant d'avoir été rassurées à cet égard.

Il est triste de constater que les hommes victimes et leurs porte-parole risquent gros en s'opposant au statu quo et qu'ils subissent de fortes pressions pour rester tranquilles. N'est-il pas paradoxal que les pressions exercées sur eux ne font que reproduire, à un niveau social, les mêmes modèles de silence, de déni, et de tentative de banalisation qu'ils ont subis aux mains de leurs agresseurs? Si nous ne confrontons pas la nécessité de guérir les «blessures de l'être sexuel», aussi bien des hommes que des femmes, alors nous mettons en péril la recherche de la paix entre les sexes.

Enfin, et c'est peut-être là la raison la plus importante de réexaminer notre compréhension de la problématique, force est de constater que hommes et adolescents ne se joignent pas de manière significative aux femmes dans la lutte pour mettre fin à la violence. Cela est en partie explicable dans la mesure où les hommes n'ont pas du tout le sentiment que leurs propres drames sont reflétés dans les discussions publiques sur la violence et les mauvais traitements. S'il fallait se fier uniquement aux médias pour faire connaître cet aspect du vécu masculin, fort peu de drames individuels viendraient à être connus, hormis les cas particulièrement sensationnels des orphelinats d'obédience religieuse ou de diverses écoles provinciales de formation. Il n'est pas rare d'entendre des garçons manifester du ressentiment à l'égard d'un programme scolaire anti-violence qui attribue sans discernement à leur sexe les rôles d'exploiteurs, de harceleurs, de violeurs et d'agresseurs sexuels en puissance. En effet, il est difficile pour une personne de se solidariser avec un mouvement social collectif contre la violence lorsqu'elle a le sentiment que les drames de sa propre vie sont banalisés, exclus du propos ou repoussés du revers de la main. Un examen même sommaire de la documentation fait clairement ressortir qu'elle est essentiellement fondée sur des stéréotypes, et sur des hypothèses jamais remises en question quant à une présumée « colère masculine », « agression masculine » ou « sexualité masculine » . Trop souvent, les auteurs prennent pour point de départ une caricature des pires éléments imaginables de la «virilité » et présument que cette caricature est valable pour tous les hommes.

Maintenant que les hommes commencent à se lancer sur les sentiers déjà battus par les femmes, ils font appel à tout leur courage pour ajouter leurs propres voix au débat public et au discours professionnel sur la violence et les mauvais traitements. Si nous souhaitons que les hommes s'engagent dans un véritable dialogue, nous devons être ouverts à l'expression de leurs critiques, de leurs expériences, et de leur souffrance.


Mathews, Frederic Le garçon invisible: nouveau regard sur la victimologie au masculin enfants et adolescents
Gouvernement du Canada, 1996

Pour avoir accès au document complet, voici le lien:

http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/nfntsxinvisible_f.html#s_ouvrir

Hommes battus, mais ignorés par l'Etat

[ Lundi 05 Avril, numéro 10 ]

Dans son édition du 5 avril 2004, le Matin titrait ainsi un article sur la violence familiale au féminin.

Interviewé par le journaliste Jean-Pierre Molliet, Patrick Robinson de Parents Forever Switzerland, s'exprimait ainsi:

"Il y a autant d'hommes que de femmes victimes de violences physiques. Ce sont d'ailleurs le plus souvent les femmes qui se montrent violentes - tant physiquement que psychologiquement - l'égard des enfants. "
(...)
"Les maris et concubins ont beaucoup de réticences à se dévoiler comme des individus battus par leur compagne. Ils ont d'autant plus de honte à tomber le masque que, très souvent, ils ont été la risée des services sociaux auprès desquels ils s'étaient adressés, pensant à tort obtenir conseils et soutien"

Pour avoir accès à l'article du Matin, voici le lien

http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinheadactu/actu_suisse/hommes_battus,_mais.html

Sur ce sujet tabou de la violence familiale, nous vous invitons à lire les rapports suivants:


Laroche Denis La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Gouvernement du Québec, 2003
Ce document est accessible à l'adresse Internet suivante:
http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/violence_h-f99_pdf.htm

Kochtkouk Oleg La tendresse suspecte Cabedita Collection Regard et Connaissance (2002)
Pour plus d'information sur cet essai, voici le lien:
http://www.cabedita.ch/detail.php?idcatalog=363

Statistique Canada La violence familiale au Canada: un profil statistique Gouvernement du Canada, 2000

Torrent, Sophie L'homme battu - un tabou au coeur du tabou Option Santé Eds, 2002
Pour plus d'information sur cet essai, voici le lien:
http://www.optionsante.com/livre_hommebattu.html

Trocme N.et al. Etude canadienne sur l'incidence des signalements des cas de violence et de négligence envers les enfants Gouvernement du Canada, Santé-Canada (2001)
Ce document est accessible en fichier pdf au travers du site d'accès suivant:
http://www.hc-sc.gc.ca/pphb-dgspsp/publicat/cisfr-ecirf/pdf/cis_f.pdf

US department of Health and Human Services 10 years reporting Child Maltreatment 1999 2000

Nouveau site Internet pour Père pour toujours Genève

[ Lundi 29 Mars, numéro 9 ]

Le 29 mars 2004, notre site Internet a été remis à jour.

Nous voulons faire de ce site un lieu de références pour tout ce qui a trait aux sujets qui concernent la famille, en particulier ceux reliés aux aspects suivants:
- la paternité
- la coparentalité
- l’apprentissage de la parentalité
- la violence familiale
- la maltraitance enfantine
- le droit familial.

Le projet est certes ambitieux et ne compte pour l’instant que sur la bonne volonté et le courage d’hommes et de femmes qui veulent aller au-delà des préjugés et des idées toutes faites auxquels nous sommes confrontés.

Cependant, pour qu’un tel projet de centre de références se développe, ce site doit être caractérisée par son interactivité soit en visitant le site mais surtout en en proposant des documents de références, des histoires de cas, des idées, des liens etc… Nous verrons à en faire un tout cohérent, et riche d’information.

Pour être informé de manière automatique des nouveautés, faites nous le savoir.

Il s’agit là d’un des projets de Père pour toujours. D’autres sont en cours dont un des plus important est sans aucun doute celui de l’ouverture d’une permanence d’accueil.

Finalement, vous trouverez en au niveau des contacts, un bulletin d’adhésion à l’organisation de PPTG…parce que sans sous, c’est difficile. D’ici la fin de la semaine, vous devriez avoir accès à notre compte postal. Les donations sont toutes bienvenues. Au nom de Père pour toujours (Genève), je vous remercie.

Merci aussi à Karine Delhom, notre WebMaster

http://www.kalyz.com

Service de promotion de l'égalité entre homme et femme

[ Jeudi 18 Mars, numéro 8 ]

Dans le cadre du Service pour la promotion de l'égalité entre homme et femme, Père pour toujours Genève s'est adressé à Madame Martine Brunschwig Graf, présidente du département des finances du canton de Genève.¨

Une demande de subvention a été faite afin de réaliser un objectif essentiel de notre association: la reconstruction d’une permanence d’accueil pour les pères en difficulté.

Comme indiqué dans notre lettre:

"Le Service de Promotion de l’Egalité entre Homme et Femme a pour mission entre autre :
« L’élimination de toute forme de discrimination directe ou indirecte dans la loi;
La réalisation et la promotion de l´égalité entre hommes et femmes dans tous les domaines de la vie.»

C’est dans le cadre de cette mission, que nous nous adressons à votre département dans le mesure où :

- il n’y à ce jour dans le canton de Genève aucun véritable point de chute, d’accueil pour les pères en difficulté.

- il n’existe pas d’organisation de promotion de la coparentalité où l’apport que les deux parents jouent dans le développement de l’identité des enfants est reconnu unanimement."

Emission ONE FM

One_FM.gif [ Jeudi 11 Mars, numéro 7 ]

Le 11 mars 2004, l'émission Enzo & les filles de ONE FM de Genève avait pour thème: "la parentalité et le droit des pères" à laquelle ont participé deux membres de Père pour toujours Genève, Olivier Monney et Hans Lehmann.

Au cours de cette émission animée par Enzo, Vanessa, Gaëlle et Philippe, plusieurs auditeurs, hommes et femmes, ont téléphoné pour faire part de leur entier accord pour le développement et de la mise en pratique du principe de la coparentalité, en d'autres mots que les enfants sont issus d'un père et d'une mère et que l'un et l'autre se sentent responsabilisés d'assumer une éducation active même après un divorce.

Un grand merci pour tous ceux qui nous ont fait part de leur expérience.

Merci à ONE FM

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Fonds de Prévention de la Violence

[ Samedi 28 Février, numéro 6 ]

Dans le cadre du Fonds de prévention de la violence, Père pour toujours Genève a présenté une demande de subvention auprès du DASS (Département de l'Action Sociale et de la Santé.

Les objectifs généraux de notre projet sont les suivants :
- Faire reconnaître le principe de la coparentalité
- Prévenir les comportements agressifs dans des situations conflictuelles
- Utiliser les compétences des professionnels dans la compréhension du vécu de ces pères ou de ces situations.

De manière plus spécifique, les effets attendus de ce projet sont les suivants :
- Permettre à un plus grand nombre d’enfants de garder leurs deux parents dans une responsabilité active d’éducation après une séparation ou un divorce.
- Diminuer les facteurs de risque de comportement agressif
- S’assurer que les pères aient un lieu d’écoute et d’échanges de leur « paternitude ».
- Permettre aux pères d’améliorer leurs compétences relationnelles

La violence familiale n'a pas de sexe

[ Vendredi 27 Février, numéro 5 ]

Dans le cadre d'une série de cinq émissions radiophoniques de Radio-Canada, animées par la journaliste Denise Bombardier et intitulée La planète des hommes ce cinquième volet aborde le difficile problème de la violence masculine et féminine.

Dans le résumé de ce cinquième volet, on peut lire:

"On a souvent l'impression que l'agressivité et la violence sont des caractéristiques purement masculines. Mais de plus en plus de voix viennent remettre en cause le mythe de l'innocence féminine. La violence n'a pas de sexe. Et toutes les violences sont à la source d'immenses détresse. (...) L'émission se penche sur l'importance de donner aux garçons des modèles d'hommes qui les inspirent, au-delà des valeurs actuelles proposées par la société: célébrité, pouvoir et fric.

La série se termine sur l'importance de la fonction du père dans l'éducation des enfants dans l'éducation des enfants.


Interview de Sophie Torrens, auteure de L'homme battu et de Guy Corneau, psychanalyste et écrivain.

L'émission est disponible sur Internet à l'adresse (connexion ADSL souhaitable):

http://radio-canada.ca/radio/profondeur/hommes/

Comité de Père pour toujours

[ Jeudi 05 Février, numéro 4 ]

Le comité de Père pour toujours Genève élu le 14 octobre a repris ses activités le 5 février 2004.

Dans le procès-verbal de cette réunion, on peut lire:
"Les membres présents soulignent l’importance d’accélérer le momentum et d’augmenter la fréquence des réunions."

L'objectif est aussi d'augmenter le momentum des actions prises afin d'en arriver d'ici peu à la réouverture d'une permanence d'acceuil, la rénovation du site Internet de Père pour toujours, la création d'un brochure.

Un autre objectif du comité est de faire de notre association, un acteur incontournable et crédible de la problématique de la famille en particulier de la parentalité sur le canton.

Les membres élus du comité sont:
- Felipe Fernandez (économiste)
- Paul Ménard (chimiste)
- Olivier Monney (éducateur spécialisé)
- Claude Jacot-Descombes (administrateur)

OMS Rapport mondial sur la violence

[ Lundi 12 Janvier, numéro 3 ]

Le 12 janviers 2004, des délégués de Pères Pour Toujours Genève participaient au colloque international « Campagne mondiale pour la prévention de la violence, étapes de la première année » organisé par l’OMS et le Département de l’Action Sociale et de la Santé du Canton et de la République de Genève.

Au cours de cette journée et d'un atelier, les délégués présents ont eu l'occasion d'intervenir auprès d'un des animateurs des ateliers, le Dr. Halpérin, sur la nécessité de mettre en place un observatoire sur la violence sous toutes ses formes.

Au cours de cette journée, des contacts ont été entrepris auprès d'organisations de promotion de la santé du canton de Genève.

Père pour toujours était représenté par
- Oleg Kochtchouk (professeur et auteur)
- Hans Lehmann (médiateur familial)
- Paul Ménard (chimiste)
- Patrick Robinson (biologiste)

Tous parent ! Pour comprendre la capacité parentale

[ Dimanche 11 Janvier, numéro 1 ]

Le 11 octobre 2003, Parents Forever Switzerland, organisait une conférence sur la capacité parentale à l'Université de Lausanne. Les conférenciers invités étaient:

- Le Dr. Paul Bensussan, Dr. méd., psychiatre et expert judiciaire à Versaille et auteur de nombreux ouvrages
Exposé: "Parent maltraitant, enfant maltraité: qui croire"

- Le Professeur Hubert Van Gisegheim, Ph.D., Professeur de psychologie au département de psycho-éducation de l'Université de Montréal.
Exposé: "L'audition de l'enfant dans le processus judiciaire"

- Maître Jacques Barillon, avocat au Barreau de Genève et de Vaud.
Exposé: "La justice face aux abus et aux sévices parentaux"

- Madame Christine Castelain-Meunier, sociologue, Ecole des Hautes études en Sciences sociale, (CADIS), Paris.
Exposé: "Rôles et conflit de rôle dans le coupel contemporain"

- Madame Urusla Kodjoe, psychologue, médiatrice familiale et thérapeute de famille, Emmendingen, Allemagne.
Exposé: "Aliénation parentale: la contribution des institutions à la perte de contact entre parent et enfant. Un cas exemplaire dans le canton de Vaud."

- M. Benoît Reverdin et M. Rodolphe Soulignac, psychologue, Département de psychiatrie de l'Hôpital Cantonal Universitaire de Genève.
Exposé: "Parent et famille "sains?""

- M. Gérard Salem, Dr. méd. psychiatre FMH et M. Nahum Frenck, Dr. méd. pédiatrie FMH, Lausanne:
Exposé: La "Fondation éthique familiale et la Consultation Interdisciplinaire de la Maltraitance Intrafamiliale (CIMI).

Plus de 200 auditeurs (assistants sociaux, juges, avocats, psychologue) de la Suisse Romande étaient incrits.

Pour obtenir les textes des exposés, veuillez nous écrire.

[ Lundi 01 Septembre, numéro 0 ]

Père Pour Toujours Genève milite pour que chaque enfant puisse avoir une place équilibrée auprès de ses deux parents.

Père Pour Toujours Genève travaille à mettre en place un centre d'accueil et d'écoute pour les pères


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